Le mot « cabi­net » ren­voie d’abord, si l’on s’en tient à une accep­tion assez géné­rale, à un lieu reti­ré, de dimen­sions rela­ti­ve­ment réduites, où l’on se tient à l’écart du monde ; en ce sens, il s’oppose clai­re­ment au mot « gale­rie » – et aux réa­li­tés qu’il désigne. Ain­si dans l’architecture des châ­teaux et palais fran­çais de la fin du XVIe siècle, les deux lieux s’opposent par leur volume mais plus encore par leur fonc­tion : l’un est un lieu pri­vé, l’autre un lieu public ; le pre­mier est un lieu où l’on reçoit peu, ou bien un intime, en confi­dence, tan­dis que l’autre est par nature lieu de récep­tion, lieu où l’on se montre et s’expose, y com­pris par le biais de la déco­ra­tion.

Ce sème du retrait se déve­loppe, du moins se conserve et se spé­ci­fie au fil de l’histoire du mot – ci-des­sous reflé­tée à tra­vers quelques dic­tion­naires à comp­ter de la fin du XVIIe siècle.

En ce sens, il y a lieu de s’interroger sur les repré­sen­ta­tions (des gra­vures, par exemple, notam­ment pour des fron­tis­pices) qui donnent à voir des « cabi­nets » de grande ampleur : s’agit-il encore de cabi­nets ? n’est-ce pas une tra­duc­tion contes­table ren­voyant à d’autres pra­tiques, en d’autres espaces géo­gra­phiques que fran­çais, ou bien plus tar­di­ve­ment ? Ce qui paraît cer­tain, c’est que lorsqu'on en arrive aux « cabi­nets d’histoire natu­relle » du XVIIIe siècle, le terme ne recouvre plus les mêmes réa­li­tés que deux siècles aupa­ra­vant, au point que l’idée, pour­tant essen­tielle, de retrait du monde, paraît qua­si­ment per­due.

Reste que le stu­dio­lo de Fede­ri­go da Mon­te­fel­tro à Urbi­no est déjà, dès le XVe siècle, un lieu aux faibles dimen­sions qui, notam­ment par ses mar­que­te­ries en trompe-l’œil, est sup­po­sé ouvrir sur le monde (les tiroirs et pla­cards, déco­rés de mar­que­te­ries, ne ren­ferment-ils pas le monde entier, à tra­vers les prin­ci­pales acti­vi­tés humaines ?) ; c’est un lieu consa­cré au repos, mais à un repos de savant, d’humaniste ver­sé dans tous les domaines du savoir. On touche là un point essen­tiel de la défi­ni­tion du mot à la Renais­sance : un lieu réduit mais qui se prête à la consti­tu­tion d’une image du monde, que ce soit par l’accumulation d’éléments rares et pré­cieux (y com­pris les séries de por­traits d’hommes illustres) ou par la réflexion et la médi­ta­tion (A. Lugli (Natu­ra­lia et Mira­bi­lia. Les cabi­nets de curio­si­tés en Europe, p. 75–76) rap­pelle que ce lieu « doit beau­coup à la tra­di­tion de la vie monas­tique et à ses valeurs de culture et de recueille­ment » ; elle le met éga­le­ment en rela­tion avec les repré­sen­ta­tions pic­tu­rales de saint Jérôme dans sa cel­lule, fort en vogue à par­tir du XVe siècle). De là découlent les réa­li­tés bien connues de ce que seront les cabi­nets de curio­si­tés.

  • Dic­tion­naire de L'Académie fran­çaise, 1re édi­tion, 1694.CABINET. s. m. Lieu de retraite pour tra­vailler, ou conver­ser en par­ti­cu­lier, ou pour y ser­rer des papiers, des livres, ou quelque autre chose, selon la pro­fes­sion ou l'humeur de la per­sonne qui y habite. Grand cabi­net. petit cabi­net. cabi­net à che­mi­née. le cabi­net du Roy. le cabi­net de la Reine. Huis­sier du cabi­net. un cabi­net de pein­tures, de tableaux, d'armes, de curio­si­tez, de rare­tez, d'antiques. Piece de cabi­net.

    Il signi­fie aus­si, Tout ce qui est conte­nu dans le cabi­net: comme, Il vend son cabi­net. il fait un cabi­net. on estime le cabi­net d'un tel vingt mille escus.

    Il veut dire encore, Une espece de buf­fet à plu­sieurs layetes ou tiroirs. Cabi­net d'Allemagne. cabi­net d'ebene, d'escaille de tor­tuë &c. pied de cabi­net.

    Cabi­net, veut dire aus­si, Les secrets, les mys­teres les plus cachez de la Cour. Il entend mieux le cabi­net qu'homme qui soit à la Cour. l'intrigue du cabi­net.

    Il signi­fie encore, Un petit cou­vert dans un jar­din, soit de char­pente, de maçon­ne­rie, ou de ver­dure. Cabi­net de che­vre­feuille, de jas­min etc.

 

  • Dic­tion­naire de L'Académie fran­çaise, 4e édi­tion, 1762.CABINET. s.m. Lieu de retraite pour tra­vailler, ou conver­ser en par­ti­cu­lier, ou pour ser­rer des papiers, des livres, pour mettre des tableaux, ou quelqu'autre chose de pré­cieux. Grand cabi­net. Petit cabi­net. Le cabi­net du Roi. Le cabi­net de la Reine. Huis­sier du cabi­net. Un cabi­net de pein­tures, de tableaux, d'armes, de curio­si­tés, de rare­tés, d'antiques. Cabi­net de médailles. Cabi­net des Livres du Roi. Pièce de cabi­net.

    On appelle Homme de cabi­net, Un homme qui aime l'étude.

    Il signi­fie aus­si Tout ce qui est conte­nu dans le cabi­net; comme, Il vend son cabi­net. Il fait un cabi­net. On estime le cabi­net d'un tel vingt mille écus.

    Il veut dire encore, Une espèce de Buf­fet à plu­sieurs layettes ou tiroirs. Cabi­net d'Allemagne, de la Chine. Cabi­net d'ébène, d'écaille de tor­tue, &c. Pied de cabi­net.

    On appelle Cabi­net d'orgue, Une espèce d'armoire dans laquelle il y a une orgue. Il a un beau cabi­net d'orgue.

    CABINET Veut dire aus­si, Les secrets, les mys­tères les plus cachés de la Cour. L'intrigue du cabi­net. Les secrets du cabi­net.

    Il signi­fie encore Un petit lieu cou­vert dans un jar­din, soit de treillage, de maçon­ne­rie, ou de ver­dure. Cabi­net de che­vre­feuille, de jas­min, etc.

 

  • Jean-Fran­çois Féraud, Dic­tio­naire cri­tique de la langue fran­çaise, Mar­seille, Mos­sy, 1787–1788. CABINET , s. m. [ Kabi­nè , 3e è moy.]

    1°. Lieu de retraite pour tra­vailler ou pour conver­ser. Grand cabi­net , petit cabi­net.

    2°. Lieu où l'on serre des papiers, des livres, des médailles, etc. Cabi­net de tableaux, de curio­si­tés, de médailles, d' antiques, etc. — Homme de cabi­net , qui aime le repôs et les livres.

    3°. Ce qui est conte­nu dans un cabi­net: il vend son cabi­net : on estime son cabi­net vingt mille écus.

    4°. Espèce de bufet à plu­sieurs logettes, ou tiroirs. — On apèle, en ce sens cabi­net d'orgue , une espèce d'armoire, dans laquelle il y a un orgue.

    5°. En par­lant des Sou­ve­rains, il signi­fie le conseil par­ti­cu­lier. "Charles n'étoit pas un grand Capi­taine, mais c'étoit un grand homme de cabi­net .Trév. Savoir les secrets du cabi­net , régen­ter, gou­ver­ner le cabi­net . L. T.

    * On disait aûtre­fois tenir cabi­net , pour tenir assem­blée, rece­voir du monde chez soi. Trév. L. T. — On disait aus­si cabi­net pour gar­de­robe, lieux, etc. Molière fait dire au Misan­thrope, au sujet d' un méchant Son­net.

    Fran­che­ment, il n'est bon qu'à mettre au cabi­net.

 

  • Dic­tion­naire de L'Académie fran­çaise, 5e édi­tion, 1798.CABINET . s. m. Lieu de retraite pour tra­vailler, ou conver­ser en par­ti­cu­lier, ou pour ser­rer des papiers, des livres, pour mettre des tableaux, ou quelqu'autre chose de pré­cieux. Grand cabi­net. Petit cabi­net. Le cabi­net du Roi. Le cabi­net de la Reine. Huis­sier du cabi­net. Un cabi­net de pein­tures, de tableaux, d'armes, de curio­si­tés, de rare­tés, d'antiques. Cabi­net de médailles. Cabi­net des livres du Roi. Pièce de cabi­net.

    On appelle Homme de cabi­net, Un homme qui aime l'étude.

    Il signi­fie aus­si Tout ce qui est conte­nu dans le cabi­net; comme: Il vend son cabi­net. Il fait un cabi­net. On estime le cabi­net d'un tel vingt mille écus.

    Il veut dire encore, Une espèce de buf­fet à plu­sieurs clayettes ou tiroirs. Cabi­net d'Allemagne, de la Chine. Cabi­net d'ébène, d'écaille de tor­tue, etc. Pied de cabi­net.

    On appelle Cabi­net d'orgue, Une espèce d'armoire dans laquelle il y a un orgue. Il a un beau cabi­net d'orgue.

    Cabi­net , veut dire aus­si, Les secrets, les mys­tères les plus cachés de la Cour. L'intrigue du cabi­net. Les secrets du cabi­net. Secré­taire du cabi­net. Cour­rier du cabi­net.

    Il signi­fie encore Un petit lieu cou­vert dans un jar­din, soit de treillage, de maçon­ne­rie, ou de ver­dure. Cabi­net de chèvre­feuille, de jas­min, etc.

    Il signi­fie aus­si Les lieux d'aisance d'une mai­son. Ces vers sont bons à por­ter au cabi­net . Il est fami­lier.