Appel à communications : journée d'étude "Théorie et expérience" (Bordeaux, 17 octobre 2014)

Cycle de jour­nées d’étude : « Les mots de la science »

Pro­jet coor­don­né et orga­ni­sé par Vio­laine Gia­co­mot­to-Char­ra (Bor­deaux 3 – TELEM / MSHA) et

Myriam Mar­rache-Gou­raud (Uni­ver­si­té de Bre­tagne Occi­den­tale – Brest, HCTI EA 4249)

Appel à com­mu­ni­ca­tion pour la troi­sième jour­née d’étude

L’histoire des sciences et des savoirs à la Renais­sance se heurte à un pro­blème constant et pro­fond : celui de l’exacte nature du lexique scien­ti­fique et de sa pro­gres­sive ins­crip­tion dans les dif­fé­rentes langues ver­na­cu­laires, à une époque d’importantes trans­for­ma­tions lin­guis­tiques, concep­tuelles et scien­ti­fiques. Si le lexique savant médié­val et celui de la période clas­sique com­mencent à être bien étu­diés, la période 1450 – 1630, de la nais­sance de l’imprimerie à la « révo­lu­tion scien­ti­fique », est une période d’entre-deux encore mal explo­rée, tant du point de vue de l’histoire des sciences et des savoirs, que du point de vue du lexique savant qui sous-tend et incarne cette his­toire, en latin ou en ver­na­cu­laire. Le pro­jet d’un tra­vail sur le lexique savant de la Renais­sance est donc né d’un constat simple, fait par un ensemble de cher­cheurs lit­té­raires, lin­guistes et /ou his­to­riens des sciences et des savoirs venus de dis­ci­plines dif­fé­rentes (méde­cine, mathé­ma­tiques, phi­lo­so­phie natu­relle, zoo­lo­gie, bota­nique…) : nous man­quons d’outils per­for­mants pour com­prendre ce lexique et savoir le lire sans ana­chro­nisme. En outre nous devons, néces­sai­re­ment, prendre en compte un aspect cru­cial du pro­blème, le pas­sage du latin, et par­fois du grec, aux langues ver­na­cu­laires, et le dia­logue presque constant entre les cultures gré­co-latine et ver­na­cu­laire. L’outil lin­guis­tique ne peut cepen­dant être appré­hen­dé comme une enti­té en soi ; il demande constam­ment d’être exa­mi­né au prisme des rea­lia d’une époque (col­lec­tions, anti­quaires, archéo­lo­gie des objets ser­vant aux artes…)   Pour com­men­cer à don­ner vie ce pro­jet, l’équipe « Formes du savoir » (Bor­deaux 3), asso­ciée à l’équipe HCTI (Brest), orga­nise un cycle de jour­nées d’études, inti­tu­lé « Les mots de la science à la Renais­sance », dont la pre­mière a été consa­crée aux noms par les­quels la science et le savoir se dési­gnent eux-mêmes : science, connais­sance, savoir, curio­si­té… (Bor­deaux, 10 jan­vier 2014). Nous nous pro­po­sons de pour­suivre cette jour­née intro­duc­tive, par l’étude de deux caté­go­ries de mots qui sont reve­nus constam­ment dans le champ des recherches, mais qu’il est néces­saire de dis­tin­guer et d’ordonner : la série des mots du regard et de l’observation, d’abord, celle des mots de l’expérience, ensuite.

Appel à com­mu­ni­ca­tions pour la troi­sième jour­née

Bor­deaux, 17 octobre 2014

 

« L’on ne doibt faire dif­fi­cul­té d’essayer tous expe­ri­ments » :

l’expérience et ses mots à la Renais­sance

(en col­la­bo­ra­tion avec Jac­que­line Vons, Uni­ver­si­té Fran­çois Rabe­lais, Tours)

  Dans le pro­lon­ge­ment rai­son­né de la jour­née sur les mots du regard, qui engagent pro­fon­dé­ment la ques­tion de la prise en compte du réel et de sa des­crip­tion dans la consti­tu­tion des savoirs scien­ti­fiques, nous sou­hai­tons pour­suivre la réflexion sur la manière dont se construit le rap­port théo­rie / pra­tique dans les savoirs renais­sants, et en par­ti­cu­lier sur la notion poly­sé­mique de l’expérience, dont on res­treint géné­ra­le­ment l’usage et le rôle à l’une des com­po­santes dis­tinc­tives de la science telle qu’elle se conçoit et se construit après la dite « Révo­lu­tion scien­ti­fique ». Dès le Moyen Âge, pour­tant, le terme d’expérience est attes­té dans le d’un savoir acquis « par obser­vance et expe­rience », qui peut avoir de ce fait valeur de preuve. Ce mot, ain­si, est omni­pré­sent dans les textes scien­ti­fiques de la Renais­sance, qu’il s’agisse de décou­vrir par expé­rience, d’apprendre par expé­rience ou de démon­trer par expé­rience. Que l’idée soit sim­ple­ment d’appréhender par les sens (en par­ti­cu­lier par la vue), ce qui implique déjà un rap­port com­plexe au regard et à la maî­trise du savoir, d’avoir acquis un savoir grâce à une longue pra­tique, dont la consé­quence est le « savoir-faire », ou, déjà, de construire des essais pro­bants, l’expérience est, comme la notion d’observation, une don­née impor­tante pour le dis­cours scien­ti­fique renais­sant, car elle inter­agit avec le savoir trans­mis par le livre et per­met de le véri­fier, de le cor­ri­ger, de l’illustrer ou d’en orga­ni­ser la démons­tra­tion. Selon une pers­pec­tive sema­sio­lo­gique, on pour­ra donc s’interroger sur la signi­fi­ca­tion exacte que reçoit ce mot employé par les natu­ra­listes, les méde­cins, les voya­geurs, les ency­clo­pé­distes et tous gens de savoir, en latin comme en ver­na­cu­laire. Quelle dif­fé­rence fait par exemple le latin renais­sant entre expe­rien­tia, expers, expe­rior, expe­ri­men­tum ? Com­ment les nuances impli­quées par l’existence de ces deux termes se résolvent-elles dans le pas­sage dans les dif­fé­rents ver­na­cu­laires ? Le dou­blet fran­çais entre « expe­rience » et « expe­riment », encore attes­té au xvie siècle, est-il le miroir du latin ? Com­ment, par ailleurs, s’organisent les champs res­pec­tifs de l’expérience et de la pra­tique ? Et leur tra­duc­tion tex­tuelle ? Le recueil de cas, par exemple, est-il un genre lié à l’expérience comme peuvent l’être les Obser­va­tiones ? L’évolution des termes implique-t-elle une redé­fi­ni­tion de la concep­tion des savoirs et de leur hié­rar­chie ? Que devient la dis­tinc­tion aris­to­té­li­cienne tech­nè / épis­té­mè / praxis dans un tel contexte ? Mais, s’agissant d’une notion aus­si capi­tale pour l’histoire des sciences que celle d’expérience, on pour­ra aus­si suivre une démarche ono­ma­sio­lo­gique et s’interroger sur l’existence du concept que nous nom­mons « expé­rience » et des mots qui le disent. Les notions d’expérience construite, d’expérience de pen­sée, d’expérience cru­ciale, l’idée que l’expérience est quan­ti­fiable, repro­duc­tible sont-elles en germe ou déjà pré­sentes dans la pen­sée renais­sante ? Que ce soit à par­tir de l’étude des mots en leur contexte, l’étude des condi­tions maté­rielles de l’expérience, ou de celle des concepts et de leur tra­duc­tion lin­guis­tique propre à une époque, ces jour­nées se donnent pour but de cer­ner la notion d’expérience à tra­vers l’usage réel qu’en font les hommes de savoir de l’époque.   Les pro­po­si­tions de contri­bu­tion doivent être adres­sées à Vio­laine Gia­co­mot­to-Char­ra (violaine.giacomotto@u-bordeaux3.fr), Myriam Mar­rache-Gou­raud (myriam.marrache-gouraud@univ-brest.fr) et Jac­que­line Vons (jacqueline.vons@orange.fr) pour le 15 mai 2014.