Cabinet de Colart

Témoignage de Thomas Platter, voyageur bâlois de passage à Amiens en 1599.

A Amiens, la col­lec­tion de Mon­sieur Colart, archi­tecte de la cita­delle, per­met de véri­fier les ori­gines antiques de la ville. Le col­lec­tion­neur a en effet amas­sé chez lui toutes sortes d’objets décou­verts pen­dant les fouilles effec­tuées avant la construc­tion de la nou­velle for­te­resse. La visite se conclut par le don à Tho­mas Plat­ter d’un petit ins­tru­ment dont on décrit l’utilité.

Quoi qu’il en soit [depuis l’expulsion des Espa­gnols, n.d.t.], les bour­geois d’Amiens doivent sup­por­ter, de façon per­ma­nente, la pré­sence d’une nom­breuse gar­ni­son de sol­da­tesque occu­pante. J’en ai par­lé avec Mon­sieur Colart, archi­tecte de la cita­delle. Il m’a dit que le monarque avait l’intention effec­ti­ve­ment de main­te­nir et d’entretenir en toute époque un effec­tif de cinq cents mili­taires dans cette for­te­resse. Creu­sées, les douves d’icelle ont révé­lé toutes sortes de vieilles mon­naies païennes, et puis des effi­gies et d’autres anti­qui­tés, tout ça en très grand nombre. Tel était le résul­tat de l’affouillement sou­ter­rain qu’on a effec­tué dans le ter­ri­toire de la nou­velle for­te­resse. J’ai pu voir une grosse par­tie de cette col­lec­tion d’ « antiques » chez le même Mon­sieur Colart. Lequel m’a fait cadeau par ailleurs d’un très ancien ins­tru­ment qu’il avait trou­vé près d’un petit verre de pom­made bal­sa­mique. Cet outil avait ser­vi à piquer la peau dans le bain pour y faire mieux péné­trer la pom­made à force de mas­sages. En tout cas, la preuve est faite : Amiens est une cité très antique !

Source : Le siècle des Plat­ter. III, L'Europe de Tho­mas Plat­ter : France, Angle­terre, Pays-Bas, 1599–1600 , par Le Roy Ladu­rie, Emma­nuel (éd. , trad. ) et Liech­ten­han, Fran­cine-Domi­nique (trad.) Paris, Fayard, 2006, p. 187.