Cabinet de Béague, André

Cabinet décrit dans Detail general de toutes les raretez... (1775) par son propriétaire même.

Très nettement, le cabinet de Béague sert de publicité à son fonds de commerce : il est vrai que les riches vêtements et accessoires qu’il propose à la location ne déparent pas les merveilles que recèlent les armoires de son cabinet. André Béague ouvre pour nous tous ses tiroirs, méthodiquement, l'un après l'autre, et l'on a la chance de pouvoir se représenter le capharnaüm du marchand collectionneur, un invraisemblable bric-à-brac d'objets aux noms savoureux, rassemblés dans un lieu circonscrit, son cabinet de curiosités au plafond luxueusement décoré. Il finit par préciser que le volume textuel de sa description pourrait être augmenté d'un tiers s'il cherchait l'exhaustivité...

Le texte saisi ici est celui de l’exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève (Réserve : 8 ZZ 6382 INV 9616 FA) ; une gravure qui figure en regard de la page de titre n'a pu être reproduite ici.

 

    Aver­tis­se­ment.

Il y avoit quelque temps qu’André Beague desi­roit de don­ner au Public, et sur­tout aux Per­sonnes curieuses, une idée dis­tincte, tant du conte­nu de son Cabi­net de Curio­si­tés, que des dif­fé­rens assor­ti­mens qui com­posent ses Maga­sins, les­quels sont divi­sez en plu­sieurs Apar­te­mens dif­fé­rens ; A la véri­té ce n’a point été sans beau­coup de peine et à grand frais que ledit Beague s’est appro­prié la plû­part de toutes les rare­tés dont il sera par­lé ci-après, d’autant que depuis 1740 jusqu’en 1753 il fit nombre de voyages, tant dans la Capi­tale et autres endroits du Royaume, que chez l’Etranger, à ce sujet : Enfin après bien des recherches et tra­vaux pénibles, il sçût tirer des dif­fé­rens Cabi­nets de France, de ceux d’Angle-

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terre et du Bra­bant, quan­ti­té de diverses piéces très-curieuses, telles que Coquilles, Petri­fi­ca­tions, Plantes marines, Oyseaux, Insectes, Pois­sons, Ani­maux ter­restres, le tout par­fai­te­ment bien conser­vé : Médailles, Tableaux, Figures en Ivoire, Bronze et autres matiéres, avec quan­ti­té d’autres Piéces phy­siques et méca­niques, dont la vuë est offerte aux hon­nêtes gens : de même que tous les Effets ren­fer­més dans ses maga­sins, sont au ser­vice des Ama­teurs, à louër en tout temps.
Ocu­lis sit licen­tia, pax Mani­bus.

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Pre­mier apar­te­ment.

Cette Chambre consiste en une quan­ti­té d’Armoires qui l’en envi­ronnent, rem­plies de toutes sortes d’habillemens [en Or, Argent et Soye] à la Turque avec Bon­nets, Cein­tu­rons, Cime­terres, Tur­bans, Sceptres, etc. D’autres à la Juive, à la Chi­noise, à la Per­sane et à la Greque ; le tout pour les deux Sexes. Au des­sus de ces Armoires sont pla­cés en pyra­mide plu­sieurs Ins­tru­mens de musique ancienne, tels que Harpes, Luth, Gui­tarre, Man­do­line, Basse de Viole, Quin­ton d’amour, Vio­lon­chelles, Vio­lons, Pochettes, Haut­bois,

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Bas­sons, Flutes, basses Flutes, Tam­bou­rins, Tam­bours de Pro­vence avec Fifres, etc. On trouve aus­si dans la même Chambre plu­sieurs beaux et bons Cla­ve­cins, plu­sieurs Orgues d’Allemagne, Tri­angles, Trompes et Cors de chasse, Tym­balles et Trom­pettes magni­fi­que­ment gar­nies, etc.
Le fond de cette même Chambre offre aux yeux une espéce d’Amphithéatre qui forme une Armoire à douze grands bat­tans, dont cha­cun est gar­ni d’un riche Vête­ment de masque, ser­vant de déco­ra­tions aux por­tieres, au tra­vers des­quelles on passe pour entrer au deuxiéme Apar­te­ment.

Second Apar­te­ment.

Cette Chambre est aus­si toute envi­ron­née d’Armoires, pleines de plu­sieurs sortes d’habillemens curieux de Sau­vages, Afri­quains, Ame­ri­quains,

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Négres, Esclaves Turcs, de Pay­sans et Pay­sannes, Ber­gers et Ber­geres, d’Hussards, le tout en soye­rie très-riche­ment gar­ni, habits de Furies, d’Ombres, de Sque­lettes, de Lion, d’Ours, et quan­ti­té d’autres non ici spé­ci­fiés.
Le des­sus des­dites Armoires est plein de pos­tures d’Animaux par­fai­te­ment sculp­tez, entre les­quels on voit des Cha­meaux, Dro­ma­daires, Bœufs, Vaches, etc. Avec plu­sieurs attri­buts tels qu’Arcs, Car­quois, Cornes d’Abondance, Lires, Bou­cliers, Ancres, Bour­dons, Hou­lettes, Rames et Tri­dents. Dans le nombre de ces Armoires il s’en trouve une superbe de bois d’Ebenne, incrus­tée magni­fi­que­ment en cuivre, haute d’environ neuf pieds et large à pro­por­tion, ser­vant de Biblio­theque à jour, dans laquelle sont d’excellens Livres, et quan­ti­té de très-belles et bonnes Estampes. Plus la peau d’un Ser­pent aqua­tique nom­mé en latin Boa, d’environ treize pieds de lon­gueur, et large à pro­por-

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tion, par­fai­te­ment conser­vée : cet ani­mal suit ordi­nai­re­ment les trou­peaux de Bœufs, et suce les mamelles des Vaches : on en voit quelque fois en Calabre où on en tua un sous l’Empereur Clau­dius, dans le ventre duquel on vit un enfant qu’il avoit ava­lé tout entier : Une autre peau de Ser­pent de huit pieds de lon­gueur, d’une cou­leur jau­nâtre, mar­que­tée de brun ; elle est tout-à-fait curieuse : et au plan­cher de la même Chambre pend une grande côte de Baleine, avec plu­sieurs Cro­co­diles de dif­fé­rentes especes et gran­deurs.
Entre ce second et troi­siéme Apar­te­ment sont deux gale­ries toutes rem­plies d’un bout à l’autre d’Habillemens de toutes nations de dif­fe­rens Carac­teres, tels que de Rois, de Reines, Offi­ciers, Sol­dats, Gardes, Mate­lots, Rameurs, Esclaves et Valets de toutes sortes de Livrées, en Soye, Velours, Tis­sus et autres Etoffes. De magni­fiques dra­pe­ries d’Or et d’Argent bro­dées et rele­vées en bosse, ser­vans à la

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déco­ra­tion des Trônes de Théatres, Chars triom­phans, etc.

Troi­siéme apar­te­ment.

Cette Chambre est très-spa­cieuse, puisque c’est la même qui a ser­vi de Cha­pelle à l’ancienne Mai­son de Ville : au milieu est une Orgue excel­lente à plu­sieurs regîtres, tra­vaillée d’un goût sin­gu­lier, propre pour Eglise. Le cir­cuit de cette Chambre est gar­ni d’Armoires à plu­sieurs bat­tans, les­quels forment en dif­fe­rentes reprises, après ouver­tures, plu­sieurs chan­ge­mens de Tapis­se­ries écla­tantes, par le grand nombre des dif­fe­rentes pier­re­ries atta­chées aux somp­tueux et riches Habits à la Romaine et autres, dont toutes ces Armoires sont pleines ;
sça­voir,
Plu­sieurs Habits et Man­teaux Royaux de Draps d’Or et d’Argent,

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Velours cra­moi­si, Damas, etc. Bro­dés en plein avec Cré­pines en Or et en Argent, de diverses cou­leurs : d’autres gar­nis éga­le­ment en Points d’Espagne aus­si d’Or et d’Argent, avec Cou­ronnes, Sceptres et Dia­dêmes : quan­ti­té de superbes Casques, Bonets et Coliers à la Romaine, les vête­mens de Pape, Levites, avec Thiarres, Mïtres, Cha­peaux, Etoles, Crosses etc. le tout enri­chi magni­fi­que­ment en Pier­re­ries, Or et Argent.
La seconde Ouver­ture de ces Armoires fait voir une quan­ti­té de superbes Habits à la Fran­çoise, en draps d’Or et d’Argent, bro­dés de toutes façons ; de Velours de plu­sieurs cou­leurs aus­si bro­dés de fin Or et Argent ; d’autres tout gar­nis en Points d’Espagne et Galons sur toutes les tailles, et plu­sieurs autres de Soye et Drap très-riche­ment gar­nis de même, avec les Vestes.
La Face de l’entrée de cette même

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Chambre est embel­lie de très-belles Déco­ra­tions de Théatres : au-des­sus des Armoires à droite, sont mon­tez sur pié­des­taux trois Pos­tures, dont celles des côtés tiennent cha­cune une arme offen­sive ; celle du milieu qui est grande comme en nature, est armée de toutes piéces en acier, elle est mou­vant par res­sort : Ces Pos­tures sont envi­ron­nées d’un Tro­phée d’Armes très-anciennes et curieuses, tels qu’Arquebuses, Pis­to­lets à mêches, Lances, Hale­bardes, Jave­lots, Mas­sues, Haches Consu­laires, Fais­ceaux d’Arme, Arba­lêtres, Arcs, Dards, Traits et Car­quois, Sabres et Epées de dif­fé­rentes formes, entre autre un Damas avec lequel un poi­gnet fort peut cou­per un bar­reau de fer de trois lignes d’épaisseur, d’un seul coup ; un très-beau Bou­clier d’acier, très-ancien et par­fai­te­ment bien gra­vé, une Epreu­vette pour connoître la force de la Poudre, et quan­ti­té d’autres Anti­quailles.
Au-des­sus des autres Armoires à gauche, sont plu­sieurs bons Tableaux

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dont on laisse la déci­sion aux Connois­seurs, de même que de tous ceux ren­fer­mez dans le Cabi­net, duquel l’on va voir la des­crip­tion et le détail de son conte­nu.

Qua­trieme et der­nier apar­te­ment.

Au des­sus de la Porte se voit la même ins­crip­tion latine, dont il est déjà fait men­tion au bas de l’Avertissement de ce Recueil, en lettres d’Or.
Ce Cabi­net, dont le pla­fond est peint par Van­der­burgh, d’un des­sein d’Architecture, rehaus­sé en or, peut avoir envi­ron cent pieds de cir­con­fé­rence, et est de même que les Apar­te­mens pré­dé­dens envi­ron­né de dix Armoires, dont sept grandes dorment autant de petits Cabi­nets par­ti­cu­liers ; les Portes de ces Armoires sont embel­lies de Tru­meaux enca­drés en do-

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rures, ce qui forme une réver­bé­ra­tion brillante et écla­tante : au-des­sus de ces mêmes Portes sont les Tableaux dont on a deja par­lé : au centre de ce même Cabi­net on voit un Fort d’environ vingt pieds de contour, enchas­sé en bor­dures de Glaces pour for­mer l’éloignement : ce Fort dans son enceinte forme un Corps de Place d’Armes, envi­ron­né de Mai­sons, Ram­parts, Portes, Ponts levis, Bar­rieres, Corps de Gardes, Fos­sets, Bas­tions, Demi-lunes, Che­mins cou­verts et Gla­cis, sur lequel il y a plu­sieurs déta­che­mens d’Infanterie et Cava­le­rie, qui semblent vou­loir en faire l’investiture ; aus­si bien que nombre de Canons, Mor­tiers, Bombes, Bou­lets, Cha­riots d’Artillerie et Cais­sons.
Aux côtés de ce Fort sont sur pie­des­taux deux Exa­gones, l’un à deux étages, repré­sen­tant douze sujets dif­fé­rens, en très-belles figures d’émail, bien finies. L’autre est un optique en théatre : Entre les dif­fé­rens sujets qu’il offre, on voit un Jeu de Paume,

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une Salle d’armes, le Quar­tier du Roi, la Chambre Hol­lan­doise, une Foire aux Che­vaux, un Ber­ceau où l’on tire au blanc, etc.

Conte­nu de la pre­miere armoire.

Cette Armoire ren­ferme plu­sieurs Miroirs cilin­driques, concaves, ardens et convexes : Sça­voir :
Un Miroir cilin­drique à cinq faces, accom­pa­gné de douze dif­fé­rens Tableaux repré­sen­tans quan­ti­té de Figures com­plettes, les­quelles se réü­nissent dans le sus­dit Miroir en une seule, tout à fait dif­fé­rente.
Un autre dont les Tableaux sont tel­le­ment dif­formes qu’on n’y sçau­roit decou­vrir aucune marque de quelque objet que ce soit ; au lieu que dans le Miroir, on y observe des Sujets bien finis.
Un autre nom­mé Cône, poin­tu par le haut, sur lequel on fixe l’œil pour

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décou­vrir dans le centre, des Objets par­faits, tan­dis que les Tableaux seules n’offrent aux yeux qu’un dif­fus bar­bouillage.
Deux Primes en tri­angle ser­vans à réü­nir les cou­leurs des rayons du Soleil, le niveau d’eau, et plu­sieurs autres expé­riences phy­siques.
Un Bou­quet, une Rose, un Per­oquet et quelqu’autres Piéces magiques, plu­sieurs autres Miroirs ser­vans à gros­sir, dimi­nuer et ren­ver­ser les objets.
Une Lan­terne magique sin­gu­liere, avec nombre de dif­fé­rens chan­ge­mens peints sur plu­sieurs sortes de Verres.
Seconde armoire.
Où on voit une Scri­banne d’écaille de Tor­tue, les faces des Tiroirs sont gar­nies de petits Tableaux peints sur marbre incrus­té en orne­mens de bronze doré, au nombre de quinze, y com­pris les deux Por­tieres qui ren­ferment une Pers­pec­tive de glace, au des­sus de laquelle est un

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Christ d’ivoire de dix pouces d’hauteur ; ce mor­ceau est très-beau, aus­si a-t’il été admi­ré de plu­sieurs ; la Croix et son Pied sont en glaces très-bien incrus­tées et enchas­sées en dorure.

Troi­sieme armoire.

Dans laquelle il y a quan­ti­té de belles Figures par­fai­te­ment sculp­tées, en bronze, cuivre, ivoire, albâtre, bouis, et plu­sieurs autres de com­po­si­tion, entre les­quelles les Divi­ni­tés de la Fable en terre bron­zée, les cinq Sens de Nature fort bien carac­te­ri­sés, trois petites Vierges en ivoire, l’une de cinq pouces et les deux autres d’un pouce et demi cha­cune de hau­teur, extre­me­ment bien finies, deux autres Figures de Femmes aus­si d’ivoire, tra­vaillées très-artis­te­ment, une Racine de la Chine, sur un des bouts de laquelle on a adroi­te­ment sculp­té une Tête de Chi­nois, et un grand nombre d’autres Figures dont le détail seroit trop long à cause de la quan­ti­té.

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Qua­trieme armoire.

Elle contient plu­sieurs mou­ve­mens autant sur­pre­nans qu’artistement tra­vaillés, la Machine nom­mée l’Electricité, accom­pa­gnée de dif­fe­rentes Figures en Bronze, autres métaux et com­po­si­tions qui forment autant de Jets d’eau par­ti­cu­liers étant posés sur un Tuyau capi­tal : plus le Mane­quin qui pisse, une Danse en rond, un Joueur de musette, un Soleil, une Etoile, un Verre à vin, une Even­tail, une Grotte et quan­ti­té d’autres Pieces et varie­tés curieuses, mer­veilleu­se­ment ima­gi­nées.

Cin­quieme armoire.

Le conte­nu de celle-cy est dépo­sé sur les apuis et en des­sous des fenêtres du Cabi­net. On y voit d’abord un Miroir mou­vant, com­mu­ne­ment appel­lé la Chambre obs­cure, dans lequel tous les Objets se voyent ren­ver­sés, plu­sieurs Caisses d’Optique toutes mon­tées de dif­fé­rentes

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gran­deurs avec envi­ron six cens chan­ge­mens, entre les­quels sont les prin­ci­pales Vûës de l’Europe, toutes enlu­mi­nées.

Sixieme armoire.

Par­mi la quan­ti­té de Piéces inter­es­santes qui sont à voir dans cette Armoire, et dont le détail seroit ennuyeux, on y remarque par­ti­cu­lie­re­ment deux Edi­fices d’un goût par­fait et d’un ouvrage inoui, l’un repré­sen­tant une Eglise, d’un pied et demi de lon­gueur, sur huit pouces de haut et huit de large : sa Façade est com­po­sée de trois Por­tails, aux côtés s’élevent deux Clo­chers de cinq pouces de hau­teur, à chaque milieu des côtés sont deux autres grands Por­tails ; mais ce qui rend cette Piece encore plus curieuse, c’est qu’on découvre par­fai­te­ment dans son inté­rieur la Grande Nef qui conduit au Chœur, deux autres Nefs qui tournent à l’entour, et la Grille du milieu, qui est dorée et d’un Ouvrage exquis.

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L’autre Edi­fice forme un Châ­teau de Plai­sance, d’un pied car­ré, sur dix pouces d’hauteur : ce Bâti­ment a trois étages, son milieu est entou­ré de quatre gros Pavillons lan­ter­nés, entre les­quels est un Dôme par­fai­te­ment tra­vaillé.
Un Carosse de deux pieds de long sur un pied de haut, plein de Figures, auquel sont atte­lez deux Che­vaux Tigres, conduits par un Cocher sur son Siége, lequel a son mou­ve­ment par­ti­cu­lier aus­si bien que le Laquais, les Che­vaux et le Carosse même, qui fait douze à quinze fois le tour du Cabi­net, lorsqu’on en a ban­dé les res­sorts.
Une petite Figure de Femme, d’un pied ou envi­ron d’hauteur, magni­fi­que­ment vêtuë, aus­si mou­vante par res­sort : elle saluë par­fai­te­ment, se pro­méne ain­si qu’une per­sonne ani­mée, tenant à la main une éven­tail avec laquelle elle badine agréa­ble­ment. Enfin tous ses mou­ve­mens sont par­fai­te­ment imi­tés au natu­rel.

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Sep­tieme armoire.

Vingt-quatre Tiroirs rem­plis de Médailles, en sont d’abord le prin­ci­pal orne­ment : Mais avant qu’on puisse en don­ner le Cata­logue, on atten­dra à consul­ter les Anti­quaires sur ce sujet ; et même il sera néces­saire de par­cou­rir les ouvrages des Ecri­vains tant anciens que modernes qui en ont trai­té ; car on sçait qu’anciennement on écri­voit par notes ou écri­tures abre­gées, de sorte qu’une seule lettre signi­fioit un mot entier : La preuve en est si cer­taine, que sous l’Empereur Conrad I. Golt­zius a fait un Trai­té pour l’intelligence des Legendes des Medailles ; et les modernes qui en ont écrit, sont Jacques Gohar­ry, Alde-Manuce le jeune, Fran­çois Hott­man, Fré­de­ric Lin­den­brok, Tho­mas Rey­ni­sius, et Ser­to­rio Orsa­ti. Enfin en atten­dant, l’on se conten­te­ra de dire qu’il y en a dans ces Tiroirs de très-anciennes et en quan­ti­té, tant en Or et Argent, qu’en autres Métaux.

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Dans la même Armoire sont :
Vingt-quatre autres Médailles d’Empereurs Romains, dont douze émaillées sur Bronze, et douze autres de Métail blanc, enca­drées : Vingt Piéces de Nacre de Perle par­fai­te­ment gra­vées en Taille douce : Plu­sieurs petites Cas­settes d’Ecaille artis­te­ment tra­vaillées, les unes gar­nies d’argent dehors et dedans, en Bronze doré : Une Boëte à mouches, d’argent, curieuse pour l’excellence de l’ouvrage, dont le tour est émaillé et peint en fleu­rage : sur le des­sus est aus­si peint en Email un Empe­reur Romain envi­ron­né de dix-sept beaux Gre­nats.
Une autre Boëte d’ivoire, dans laquelle il y a un Tiroir gar­ni d’une Glace en Tru­meau : sur le des­sus du cou­vercle de cette Boëte, est cize­lé un Che­val tirant un Trai­neau char­gé d’une espéce de Cofre fort, sur lequel est posée une Sta­tue équestre d’argent doré.
Un Cou­vercle d’argent doré fort cu-

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rieux, sur les Espa­tules duquel on a très-adroi­te­ment cize­lé deux Figures antiques.
Un Etuy d’Avanturine, et un autre de Cris­tal gar­ni en Argent.
Deux Por­traits en Migna­tures, très-beaux, et enca­drés en argent.
Un autre Por­trait sur le cou­vercle d’une Boëte d’Argent doré.
Une Boëte de Nacre, incrus­tée en or, car­rée, qui se separe en trois com­par­ti­mens, dont le dedans du cou­vercle est gar­ni d’un Miroir.
Une autre idem, ovale, avec deux Fla­cons de cris­tal, ajus­tez en dedans.
Une autre idem, ronde, qui peut ser­vir de Lan­terne, Piéce curieuse.
Un Colier de l’Ordre de la Toi­son d’or, par­fai­te­ment tra­vaillé.
Huit Médaillons des Arts libe­raux, très-bien cize­lés sur cuivre.
Une magni­fique Even­tail d’yvoire, dont la Pein­ture en Migna­ture, repre­sente trois dif­fe­rens Tableaux.
Plu­sieurs autres Por­traits peints sur l’ivoire et plu­sieurs autres curio­si­tés.
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Cata­logue du coquillier.

Hui­tieme armoire.

Pre­mier Tiroir.
Il forme seize Boëtes rem­plies de petits Coquillages, Por­ce­laines en blanc, blancs rayés de noir, de brun, bigar­rés en plu­sieurs cou­leurs ; Lima­çons, Vis, Rochers, Bivalves de Fleuves, et quan­ti­té d’autres Coquilles qu’on nomme quel­que­fois Mon­noie de Gui­née, et plus pro­pre­ment graine ou semence de Coquille, puisqu’en lisant le pré­sent

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Cata­logue, on les ver­ra gran­dir de degrè en degré jusqu’à la hau­teur de plus d’un pied.

II. Tiroir.
Où il n’y a que dix com­par­ti­mens rem­plis comme ci-des­sus de Cor­nets, Vis, Bucins de Fleuve et quan­ti­té d’autres.

III. Tiroir.
A quatre sépa­ra­tions seule­ment, où les Coquilles sont un peu plus grandes.

IV. Tiroir.
Idem, rem­pli de jolis petits Coquillages, tels que Cor­nets à Volutes, Por­ce­laines, Olives, Lima­çons et autres.

V. Tiroir.
Où on voit des petits Casques de diverses cou­leurs, douze petits Murex ou Rochers, huit petits Bucins et quatre Tonnes, dont on aura occa­sion de par­ler, vingt belles Por­ce­laines brunes mou­che­tées de blanc etc.

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VI. Tiroir.
Rem­pli de Coquillages Bivalves, nom­més Moules de Fleuve.

VII. Tiroir.
Idem, en quatre par­ties, sça­voir : Les cou­leurs de Rose­lez, Vio­let, Rouge, et émaillés de diverses cou­leurs.

VIII. Tiroir.
En quatre Par­ties dont la pre­miere contient quatre Lima­çons ou Sabots à bouches apla­ties, deux Patelles ou Toits Chi­nois, trois Cornes d’Ammon et quelqu’autres : La seconde, onze beaux Sabots de diverses cou­leurs et gran­deurs : La troi­siéme, neuf Lepas ou Patelles : Et la der­niere sept Coquilles Bivalves très-dis­tin­guées.

IX. Tiroir.
Il est com­po­sé de cin­quante Cilindres, ou Rou­leaux, autre­ment nom­més Olives, de la gran­deur d’un pouce, agréa­ble­ment variés en jaune, blanc, brun et autres cou­leurs.

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X. Tiroir.
Ce Tiroir est com­po­sé de vingt-huit Murex ou Rochers, appel­lés Musiques, d’un pouce ou envi­ron de gran­deur, et de plu­sieurs petites Tonnes ou Harpes.

XI. Tiroir.
Il contient qua­rante Por­ce­laines, dont la grande varié­té réjouït agréa­ble­ment la vûë par la diver­si­té des cou­leurs et des mar­brures.

XII. Tiroir.
Celui-cy ren­ferme vingt-quatre Coquilles appel­lées Vis, très-bien variées dans leurs cou­leurs, entre les­quelles il y en a une de cou­leur fauve, com­po­sée de dif­fé­rentes pointes tout variées, les­quelles vont en dimi­nuant jusqu’au bout.

XIII. Tiroir.
Trente-six Cilindres de même espéce que ceux du neu­viéme Tiroir, mais plus grands.

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XIV. Tiroir.
Huit très-belles Tonnes ou Harpes, de deux pouces de gran­deur : Qua­torze Rochers de dif­fé­rentes cou­leurs et rayeures.

XV. Tiroir.
Quinze Murex ou Rochers gar­nis de rides et tuber­cules par étages, dont les levres sont en forme d’aîles, avec le fond des cou­leurs en blanc ; quelqu’uns melés de taches brunes, d’autres dont les levres sont fort minces, et d’autres fort épaisses.

XVI. Tiroir.
Vingt Buc­cins de cou­leur fauve, avec corps rabo­teux et queuës can­ne­lées, dont les Bouches forment des replis sin­gu­liers.

XVII. Tiroir.
Trente Cilindres de deux pouces, entre les­quels sont la Bru­nette, le Bro­card de soie, le Drap d’Or et le Drap d’Argent.

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XVIII. Tiroir.
Cinq Murex ou Rochers appe­lés Casques, dont deux trui­tés avec de belles cla­vi­cules : Neuf Tonnes d’un blanc tache­té de jaune et de canel assés pro­fon­de­ment : On remarque des Dents aux deux côtés de la bouche, avec un double rebord qui forme la levre exte­rieure : Six Tonnes cane­lées, cou­vertes de tuber­cules par rangs, avec têtes ele­vées et queuës recour­bées, de cou­leur fauve, à bouches blanches et levres rebor­dées.

XIX. Tiroir.
Dix-huit belles Porc­ce­laines entre les­quelles sont la Taupe, la Sou­ris, la grande Argus, de forme alon­gée, fond jau­nâtre avec trois fas­cies brunes, mar­quées lege­ré­ment, le corps est semé de petites Mouches rondes, brunes ; le dedans qui est évi­dé, repre­sente les yeux d’Argus. Cinq autres ver­ge­tées de lignes brunes sur un fond d’Agathe claire, et plu­sieurs autres diver­se­ment bigar­rées.

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XX. Tiroir.
Ce Tiroir est com­po­sé de vingt-quatre belles Coquilles nom­mées le Pourpre, dont les côtes sont gar­nies de pointes et tuber­cules ; la cou­leur est d’un blanc sali, tra­ver­sé de quatre lignes noires avec Queuës recour­bées en bec.

XXI. Tiroir.
Qua­rante Cor­nets à volutes, dont six Hebraïques à robes blanches tache­tées de noir : huit Cor­nets à fond blanc ponc­tué de brun avec deux fas­cies d’un jaûne pâle : six autres Cor­nets bruns et aurores, mar­brés en blanc, et quelques autres très-bien diver­si­fiées.

XXII. Tiroir.
Où on voit dix-huit Murex ou Rochers de trois pouces de gran­deur, dont six nom­més Oreilles d’Asne, à cause de leurs levres qui s’étendent en forme d’aîles, avec des pointes longues ; le fond de la Bouche est d’un rouge vif : douze autres

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à stries avec bou­tons dans leurs cla­vi­cules, et une pointe très-saillante vers le haut.

XXIII. Tiroir.
Quinze belles Por­ce­laines de trois pouces et demi de gran­deur, d’un fond brun, ondé et tigré de jaune et de blanc.

XXIV. Tiroir.
Celui-cy contient vingt Becasses à robe, de cou­leur fauve raiée de lignes et taches brunes et grises, cou­vertes de rides et cane­lures rabo­teuses, de tuber­cules avec cla­vi­cules assés éle­vées, la Bouche bor­dée de liziéres cou­leur de chair, et la queuë extré­me­ment longue et cane­lée.

XXV. Tiroir.
Ce Tiroir contient vingt-huit Coquilles, Sça­voir :
Six Cli­lindres d’environ quatre pouces de gran­deur, deux Bro­cards de soye, quatre écor­chés d’un blanc tirant sur la cou­leur de chair, le fond

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tra­ver­sé de taches brunes, et raié par tout lege­re­ment : huit Cor­nets à volutes, d’un fond blanc ponc­tué de jaune, par­fai­te­ment varié ; et qua­torze autres volutes à fond blanc, raié de jaune et autres cou­leurs.

XXVI. Tiroir.
Celui-cy com­pose dix-huit Murex ou Rochers, nom­més l’Oreille d’Achirée, avec deux rangs de pointes gar­nies de trois et quatre ran­gées de tuber­cules jusqu’à l’extrémité : la cou­leur est aurore, tirant sur le rouge, et le dedans d’un rouge très-vif.

XXVII. Tiroir.
Où on voit quinze magni­fiques Por­ce­laines de trois pouces et demi de gran­deur ou envi­ron, à fond blanc, mou­che­té d’un brun aurore très-brillant.

XXVIII. Tiroir.
Ici sont douze Murex ou Rochers nom­més Lam­bis, d’environ cinq pouces de gran­deur : Sça­voir, six

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Arai­gnées gar­nies de pieds et doigts fort longs et cro­chus, avec queuës et cla­vi­cules poin­tues, une entre les­quelles est dis­tin­guée des autres par sa mar­brure et son poli : six autres Arai­gnées, dont les corps sont tous pleins de bosses et tuber­cules, avec des queuës alon­gées et recour­bées : on en decouvre les têtes fort dis­tinc­te­ment.

XXIX. Tiroir.
Il contient six Peignes, dont deux à grands étuis, Sça­voir, un par­tant de son som­met cane­lé, sur lequel sont des tuber­cules éle­vées et creuses : le dedans est blanc, bor­dé d’un ruban cou­leur de rose : le second a ses étuis bario­lés et mar­que­tés de taches brunes ; ses oreilles qui sont égales, sont mar­brées de même, le dedans est bor­dé de blanc et brun : les quatre autres sont de toute autre forme.

XXX. Tiroir.
Il est com­po­sé de vingt-quatre Coquilles, Sça­voir : six Rochers

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Murex nom­més musiques, très-dis­tin­gués par leurs points et lignes noires, imi­tans le papier écrit en notes : Dix-huit autres Murex à cinq étages, n’ayant de tuber­cules que dans les cla­vi­cules ; leurs robes sont bario­lées de brun sur fonds jaunes et jau­nâtres, ils sont très-beaux et de diverses gran­deurs.

XXXI. Tiroir.
Douze grands Lima­çons ou Sabots de belle gran­deur, umbi­li­qués, leur fond est bien poli, d’un blanc taché de noir, et le dedans nacré : Six autres Sabots plus petits, nacrés d’un très grand-brillant, dehors et dedans.

XXXII. Tiroir.
Ce Tiroir icy est trés-impor­tant, car il ren­ferme un trés-bel assor­ti­ment de Coquillages choi­sis ; ce qui occa­sionne un char­mant coup d’œil, sur­tout par les diver­si­tés des espéces dont il est rem­pli, sça­voir :

Une Por­ce­laine trui­tée d’une cou-

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leur fort douce, sur fond blanc.
Trois autres nom­mées Por­ce­laines de la Chine, très-bien polies, et par­fai­te­ment mar­brées, avec les levres aurore.
Deux autres dito nom­mées la Taupe, sin­gu­lieres par quatre ondes jau­nâtres sur un fond blanc, qui en par­tagent les super­fi­cies.
Deux autres dito plus petites, ondées de jaune sur fond blanc, trans­pa­rentes et par­fai­te­ment polies.
Un Cilindre et Rou­leau nom­mé (comme il est déjà dit) le Bro­card de Soie.
Un autre nom­mé le Drap oran­gé.
Idem le Drap d’Argent.
Idem le Drap d’Or, à cause de son beau com­par­ti­ment.
Deux Volutes nom­mées la Flam­boiante, ondées et cou­pées de flammes aurore sur un fond blanc.
Deux idem nom­mées la Cou­ronne Impé­riale, à cause de leurs têtes plates et char­gées de pointes ou tuber­cules, qui forment en effet une

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espéce de cou­ronne : leur fond est blanc, ponc­tué de brun avec fas­cies, sur un fond jaune pâle.
Un Rocher ou Murex brun, unique par sa varie­té ; ses levres forment un bour­re­let avec une bande ou cotte tra­ver­sant la Coquille depuis la tête jusqu’à la baze : chose sin­gu­liere.
Trois idem plus petits, de cou­leur d’agathe, à tuber­cules bario­lées de brun sur fond blanc.
Un Sabot nom­mé le Bou­ton de la Chine, à fond blanc, bario­lé de rouge et de brun, se levant à sept étages peu saillans, et par­fai­te­ment bien nacré au dedans.
Un autre Sabot en cul de lampe, à plu­sieurs étages, gar­nis de pointes bario­lées de dif­fé­rentes cou­leurs, et nacré au dedans comme le pré­cé­dent.
Un autre idem, dont la nacre est par­fai­te­ment décou­verte, ce qui le rend très-brillant.
Un autre idem bario­lé de cou­leur

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de rose, dehors et dedans.
Quatre Murex très-rares, les corps sont tout char­gés de pointes noires sur un fond brun ; ces pointes forment dif­fé­rens étages, avec cla­vi­cules fort éle­vées.
Trois Lima­çons à bouches demi rondes, nom­més Nérites, à fonds blancs, bigar­rés de cou­leur de rose, noire, bleuë, verte, et plu­sieurs autres cou­leurs : ces mor­ceaux sont rares.
Un autre idem de cou­leur brune, gar­ni de tuber­cules.
Deux idem nom­mée le Ruban, à bouches demi rondes, très-rémar­quables par une raye rou­geâtre qui tra­verse les robes bario­lées à fond brun, d’un poli mer­veilleux.
Deux Musiques tout à fait par­ti­cu­lieres.
Une magni­fique Coquille nom­mée Gri­mace, à cause de ses levres qui sont extré­me­ment rabo­teuses et repliées ; tout le corps est cou­vert de tuber­cules inégales et très-sin­gu­liéres.

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Deux harpes nom­mées en latin, Har­pas nobi­lis, de cou­leur brune avec des cottes bario­lées de blanc.
Deux Tonnes ou Gon­dolles extrê­me­ment legeres, de cou­leur brune, jas­pée, les bouches sont extrê­me­ment éva­sées par les bouts : quelques Authe­rus la nomment la Gon­dole papi­ra­cée, d’autres la Noix de mer.
Un Lima­çon à bouche ronde, bigar­ré de vert et de brun, très bien nacré en dedans.
Un autre à bouche demi ronde, en fond brun tra­ver­sé de deux lignes blanches très-bien polies.
Deux Cilindres ou Olives de cou­leur blanche, mar­brée de brun, l’un des­quels est tra­ver­sé par deux bandes très-brunes.
Deux Buc­cins nom­més Mîtres, à fonds blancs, tache­tés régu­lié­re­ment de rouge.
Une belle Vis à fond blanc taché de brun.
Un beau Rocher à quatre rangs de tuber­cules, fond blanc, mar­bré

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en brun clair brillant.
Un Cor­net à volutes, nom­mé l’Hébraïque, fond blanc mar­que­té de noir.
Un beau Lepas ou Para­sol de la Chine, gri­sâtre, fes­ton­né en brun rou­geâtre, de même que la pointe qui est trans­pa­rente.
Une belle Corne d’Ammon, ornée de sept grandes pointes, et bien nacrée en dedans.
Un très-beau Lima­çon de cou­leur rou­geâtre rayée de blanc, et gar­ni d’un rebord saillant, avec quan­ti­té d’autres Piéces ren­fer­mées dans ce der­nier Tiroir.
Dans la même Armoire on trouve encore deux belles Nau­tilles de dix pouces de gran­deur, dont l’une conserve sa robe natu­relle, qui est de cou­leur fauve très-unie et tachée de blanc : le dedans est nacré, et jette plu­sieurs rayons et nuances chan­geans comme l’Opale : au milieu on voit un petit trou rond, qui se com­mu­nique par des tuyaux de cloi-

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son en cloi­son : l’extremité de la revo­lu­tion de la volute est d’un brun tirant sur le noir. L’autre qui est de même qua­li­té, est entié­re­ment decou­verte et nacrée dehors comme dedans : la volute est cou­pée et reper­cée artis­te­ment, elle est ornée de figures gra­vées en Taille-douce tout autour : ces deux piéces sont belles, et méritent une atten­tion par­ti­cu­liere.
Deux Murex d’un pied de gran­deur, nom­més l’Oreille d’Achiré, gar­nis de quatre à cinq rangs de tuber­cules jusqu’à l’extremité : la cou­leur en dehors tire sur l’aurore, celle en dedans est de cou­leur de rose, par­fai­te­ment polie.
Deux grands Buc­cins ou Trompes Marine, de treize pouces, de cou­leur blanche mar­brée en brun : l’intérieur des bouches est cane­lé de noir, den­te­lées d’un côté, sur un fond blanc.
Deux gros Lima­çons de dix pouces de gran­deur, à tuber­cules, très-

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bien nacrées dehors et dedans, avec une grande raye en relief regnante depuis la tête jusqu’à la baze.
Huit Murex de dif­fé­rentes gran­deurs, dont les plus forts ont jusqu’à dix pouces, et vont toû­jours en dimi­nuant de paire en paire : ils sont tous par­fai­te­ment bien variés.
Plu­sieurs gros Sabots et Culs de lampes ; un entre autres est nacré en dehors, et est des plus grands, bario­lé de vio­let, cra­moi­si et cou­leur de rose : quelqu’uns des autres ont le dedans d’un jaune poli, ce qui fait qu’on les nommes Bouche d’or.
Dans une petite boëte par­ti­cu­liere, on voit deux très-belles Coquilles Occi­den­tales, qu’on nomme en latin Concha Vene­ris : les pointes qui paroissent sur les levres et leurs stries pro­fondes, de cou­leur de rose, leur ont fait don­ner ce nom.
L’on voit encore çà et là sur des Consolles dans les envi­rons de cette Armoire, plu­sieurs autres Coquilles et quelques grandes piéces de Na-

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cre avec quelques Oreilles de Mer Occi­den­tale.
Sup­ple­ment au coquillier.
Avant de pas­ser à la neu­viéme Armoire, on trouve encore dans celles des Coquilles, deux petites Figures ou Mar­mou­zets habillés et coë­fés en si petits Coquillages, qu’on ne sçau­roit en faire la dis­tinc­tion que de prés.
Deux petits Lions habillés de même.
Une autre Figure habillée et coë­fée d’aîles de mouches étran­geres, de dif­fé­rentes cou­leurs, très-artis­te­ment tra­vaillée.

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Deux Plantes Marines, nom­mées Even­tails de Mer : elles sont de sub­stance demi pier­reuse.
Deux autres idem, toutes par­ti­cu­lieres.
Un Ani­mal du Bre­sil, nom­mé Arma­dille ou Tatou, comme on va le voir. Cet Ani­mal qui est gros comme un Chat, a le museau d’un Cochon, la queuë d’un Lezard, les pieds d’un Heris­son ter­restre : il est cou­vert et armé de toute parts comme un Hale­cret, à écailles dures, dans les­quelles il se retire à la façon des Tor­tuës de terre, d’où vient que les Espa­gnols le nomment Arma­dillo, qui signi­fie armé de toute piéce : il se tient tan­tôt dans l’eau comme les Amphi­bies, tan­tôt en terre, dans laquelle il penétre avec tant d’adresse et de pré­ci­pi­ta­tion, qu’en une nuit il fait une lieue de che­min : les gens du Pays l’appellent Tatou, sa chair est fort bonne à man­ger, on tire de

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sa queuë un petit os, qui étant pul­ve­ri­sé et mis dans les oreilles en petites pilules, appaise d’abord les dou­leurs de tête : il est très-bien conser­vé et très-curieux. Il y a encore quelqu’autres Curio­si­tés dans cette Armoire.

FIN DU COQUILLIER.

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Cata­logue des ani­maux, des insectes et des pois­sons etran­gers.

Neu­vieme armoire.

Elle contient par­ti­cu­lié­re­ment trente-trois Bou­teilles, rem­plies d’Esprit de vin, qui ren­ferment les Ani­maux détaillés cy-après.

Pre­miere Bou­teille.
Dans laquelle est conser­vée une Vipére de l’Isle de Corse,

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longue d’environ treize pouces : sa Peau est gri­sâtre, ondée de brun for­mant une espéce de Mosaïque : On connoît en géné­ral qu’il y a des Viperes de dif­fé­rentes espéces, cer­taines sortent vivantes du ventre de leurs meres, et d’autres en œufs ; quoiqu’il en soit, il est cer­tain que la Vipére n’atteint jamais la taille des autres Ser­pens, quoi qu’on en trouve de diverses gran­deurs : celle-cy a la Peau lis­sée et écailleuse sur le dos, molle et vis­queuse en des­sous ; ses gen­cives sont très-gar­nies de petites dents, ayant aux côtés des def­fenses : sa langue, qu’elle darde avec vio­lence, est longue et four­chue, ses yeux sont fort petits : il en naît quel­que­fois en Dal­ma­tie et dans le Dau­phi­né.

II. Bou­teille.
Une autre Vipére du Dau­phi­né, de ving pouces de lon­gueur, de Peau gri­sâtre sur le ventre, et le dos tirant sur le verd, car­re­lée d’un

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bout à l’autre de noir, autant bien que pour­roit faire le pin­ceau.
Un Ser­pent du Bre­sil, nom­mé en latin Boia­na­cu, long de deux pieds, de cou­leur blan­châtre, cer­clé d’un bout à l’autre d’anneaux roux, de la lar­geur d’un doigt, par­ta­gés par tiers à dis­tances égales. Cet Ani­mal est rep­tile et ram­pant sans pieds : on en trouve de dif­fé­rentes gran­deurs. Sa Tête est plate et com­pri­mée, sa Bouche est bien gar­nie de Dents aigues, sa Langue est fort mince et deliée, noire et four­chue à l’extremité, laquelle il lance avec grande force, de sorte qu’étant en rage, elle devient rouge comme le feu même : il habite ordi­nai­re­ment les bois, les lieux pier­reux et déserts, il vit de Plantes, de Sou­ris et de Vers, il quitte tous les ans sa Peau au Prin­tems, comme les autres Ser­pens ; sa mor­sure est très-dan­ge­reuse.

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III. Bou­teille.
Une Vipére du Dau­phi­né, de dix-huit pouces de lon­gueur, Peau ver­dâtre sur le dos, et grise sur le ventre, car­re­lée comme la pré­ce­dente.
Une autre petite de même.

IV. Bou­teille.
Un Ser­pent de vingt-huit pouces de long, et un pouce de gros­seur, de cou­leur grise mar­brée de cou­leur tan­née.
Un Aspic à quatre pieds comme un Lézard, appel­lé par quelques Auteurs le grand Basi­lic d’Affrique. Depuis la tête jusqu’au gros de la queuë, il a cinq pouces de dis­tance ou envi­ron, et d’un bout à l’autre seize pouces : la Peau est de cou­leur de fer, cha­gri­née sur le dos avec des pointes rudes, allant toû­jours en dimi­nuant jusqu’au bout de la queue : il en a aus­si aux deux côtés de la tête, qui lui servent de defenses.

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V. Bou­teille.
Deux Vipéres, l’une d’environ vingt pouces de long, de la gros­seur d’un petit tuyau de plume, de Peau grise cer­clée de brun autour du Corps, et noire vers la queue : l’autre beau­coup plus mince, d’environ qua­torze pouces de lon­gueur, de même cou­leur que la pré­cé­dente, excep­té une ligne cou­leur de fer sur le dos : la queue est presque imper­cep­tible.

VI. Bou­teille.
Un Ser­pent Affri­quain, nom­mé en latin Aspi­dis spe­cies color feru­gi­ni­na. Cet Ani­mal a envi­ron cinq pieds de long ; son Corps vers le milieu est bleu sur le dos ; sur le ventre est une ligne blanche, qui conti­nue jusqu’à l’extremité de la queue : il est très-véni­meux. On croit que ce fut par cette espéce de Ser­pens, que Cleo­patre se fit pic­quer, pour se don­ner la mort, après la défaite d’Antoine : on en trouve

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en Egypte et en Espagne.

VII. Bou­teille.
Un Pois­son de mer appel­lé grosse tête, de six pouces de long : le haut du corps de même que la tête ont trois pouces de tour et plus ; il tient beau­coup du Cabillaux.
Deux autres Pois­sons curieux.

VIII. Bou­teille.
Un Aspic de même espéce que celui de la qua­triéme Bou­teille, ne dif­fé­rant en rien autre qu’en sa gran­deur, qui est de trente pouces.

IX. Bou­teille.
Deux Ser­pens de Dal­ma­tie, de dif­fé­rentes gros­seurs et gran­deurs.

X. Bou­teille.
Un Aspic de deux pieds de long, ram­pant, d’un pouce de gros­seur, de cou­leur grise mar­brée en mosaïque d’un brun noir.

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XI. Bou­teille.
Trois petits Pois­sons Marins très-curieux.

XII. Bou­teille.
Un Came­leon d’un pied de lon­gueur ou envi­ron, sem­blable à un Lézard, excep­té les jambes qui sont plus longues et plus menues : sa tête est très-grosse à pro­por­tion du corps, elle est rele­vée d’une espéce de crête car­thi­la­gi­neuse large, de figure tri­an­gu­laire, poin­tue par le haut, et un peu aigue par devant : son museau est for­mé en pointe obtruse, ayant deux petites ouver­tures qui lui servent de narines ; ses yeux sont grands ; son ventre est gros, l’épine du dos est rele­vée et aigue jusqu’au bout de la queue, qui est beau­coup plus longue que son corps, rude, recour­bée, et poin­tue vers le bout : ses pieds sont fen­dus en deux par­ties, dont la plus large est com­po­sée de trois doigts, et l’autre de

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deux tous armés de griffes. Le corps est cou­vert d’une peau très-fine, qui se change en plu­sieurs cou­leurs, selon les pas­sions de l’Animal. Etant mort il conserve toû­jours la même qui est grise : il est à croire que celui-cy vient d’Egypte, à cause de sa gran­deur, puisque ceux d’Arabie et du Mexique n’ont que six pouces tout au plus : quoiqu’il en soit, les Anciens ont racon­té bien des mer­veilles du Came­leon, jusques là qu’ils ont dit, que sa langue (si on la lui arra­choit étant en vie,) ser­voit à faire gagner les Pro­cès de celui qui la por­toit ; qu’on fai­soit ton­ner et pleu­voir si on brû­loit sa tête avec du bois de Chêne, ou si on rotis­soit son foye sur une Tuile rouge : que si on lui arra­choit l’œil droit étant en vie, cet œil étant mis dans du lait de Chévre, ôtoit les Taies : que sa langue atta­chée sur une Femme enceinte, la fai­soit accou­cher sans dan­ger : que sa Machoire droite ôtoit toute peur et frayeur, étant

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por­tée sur soi ; et que sa queue arrê­toit des Rivieres. Mat­thiole et Solin disent qu’il y a une telle anti­pa­thie entre le Cor­beau et le Came­leon, que celui là meurt incon­ti­nent après qu’il a man­gé de sa chair : quelques Modernes assurent que le Came­leon pour évi­ter les Ser­pens, monte sur des arbres, et que delà il les épie pour les faire mou­rir par sa bave, qu’il laisse tom­ber sur eux : il darde sa langue sur les Mouches, qui s’y attrapent comme sur la glue. Voiez Mon­co­nis et Mr. Per­rault qui en a fait des dis­sec­tions.
Il y a encore dans la même Bou­teille trois petits Pois­sons curieux.

XIII. Bou­teille.
Une Vipére de l’Isle de Corse, de trois pieds de lon­gueur, émaillée d’un com­par­ti­ment ovale, de cou­leur d’Or, sur un fond gris et bleuâtre : elle est de la gros­seur d’un pouce : l’Espéce en est si rare, qu’il se passe des Siécles sans en voir.

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Un autre Ser­pent de vingt pouces, mar­bré de cinq ou six des­seins par­ti­cu­liers, sur fond gris et gris brun.

XIV. Bou­teille.
Plu­sieurs Vers à soye et Che­nilles, dis­tin­guées par leurs mons­trueuses gros­seurs.

XV. Bou­teille.
Un Ser­pent de deux pieds et demi de long, mar­bré en brun sur fond gris et bleu.

XVI. Bou­teille.
Un Lézard d’un pied ou envi­ron de lon­gueur, de cou­leur blan­châtre poin­tée de taches brunes par­fai­te­ment arran­gées : sa tête qui est grosse aus­si bien que ses yeux, paroissent être sculp­tés en bas relief ; ses pieds sont tigrés de noir et armés de griffes très-longues : on ignore d’où il vient, mais il est sûr qu’il s’en trouve de cette espéce en Affrique et en Amé­rique ; qu’ils ont jusqu’à six et sept pieds de lon­gueur,

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et qu’ils sont même très-dan­ge­reux ; quoique cepen­dant les Habi­tans de ces deux Régions mangent leur Chair qui est très-déli­cate.

XVII. Bou­teille.
Un Ser­pent d’environ quatre pieds de long, gros comme le bras, de cou­leur blanche et brune, avec une grosse tête variée de dif­fé­rens des­seins, aus­si bien que tout le corps.

XVIII. Bou­teille.
Un Lézard de même espéce que celui de la sei­ziéme Bou­teille, mais plus gros.

XIX. Bou­teille.
Une Vipére du Dau­phi­né, d’environ seize pouces, et d’un bon doigt de gros­seur, dont tout le corps est anne­lé de cercles fes­ton­nés et mou­che­tés.
Un autre Ser­pent de deux pieds, gar­ni d’une mosaïque curieuse d’un bout à l’autre, excep­té sous le ventre qui est gris.

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Une Cou­leuvre d’Italie, de trente pouces de lon­gueur, de la gros­seur d’un tuyau de pipe ; sa cou­leur est de verd de mer, avec une ligne blanche sur le ventre.

XX. Bou­teille.
Une Taran­tule par­ti­cu­liére, de cou­leur brun-mar­ron, de la gros­seur d’un gros gland de Chêne, toute velue : elle a la tête appli­quée immé­dia­te­ment sur l’estomac comme la bouche d’une Cigale, laquelle se joint au bas du ventre par une espéce de nœud : elle a huit jambes, arti­cu­lées cha­cune par quatre join­tures, armées d’ongles cro­chus : elle a aus­si huit yeux. Comme tout le monde ne sçait pas les funestes effets que peut occa­sion­ner cet Insecte par sa piquûre, il est bon d’en don­ner ici une petit idée.
La Taran­tule ou Taran­tole, que les Ita­liens nomment Tar­ran­to­la, est un Insecte ou Arai­gnée cham­pêtre, très-veni­meux, dont la piquûre rend les hommes insen­sés, fort as-

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sou­pis, et leur cause enfin la mort. Plu­sieurs Auteurs croient que le venin de la Taran­tule change de qua­li­té de jour en jour et d’heure en heure, parce qu’il cause une grande diver­si­té de pas­sions à ceux qui en sont piqués : Les uns chantent, les autres rient, les autres pleurent, les autres crient inces­sam­ment ; les uns dorment tou­jours, les autres ne peuvent jamais dor­mir ; les uns vomissent conti­nuel­le­ment, ou suent, ou tremblent ; d’autres tombent en de conti­nuelles frayeurs ou fré­ne­sies, rages et furies ; il donne des pas­sions pour diverses cou­leurs, et fait qu’aux uns le rouge plaît, aux autres le verd, aux autres le jaune ; il y a des gens qui en sont incom­mo­dés qua­rante et cin­quante ans ; il fixe l’imagination qu’on a quand on en est piqué : De sorte qu’un homme qui s’imagineroit être Roi en ce moment, cette agréable ima­gi­na­tion ne le quit­te­roit qu’avec le venin ou avec la vie. La musique gué­rit cepen­dant

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quel­que­fois du venin de la Taran­tule, parce qu’elle réveille les esprits des malades qui ont besoin d’agitation. Alexan­der ab Alexan­dro en rap­porte quelques exemples. On trouve quan­ti­té de ces Insectes dans le Royaume de Naples, et sur­tout dans les envi­rons de la Ville de Tarente dans la Pouille, d’où l’Insecte tire son nom.
Dans la même Bou­teille est aus­si une autre espéce de grosse Taran­tule nom­mée Pha­lang, voïez Aetius.
Il y a encore plu­sieurs petits Vers Marins.

XXI. Bou­teille.
Un Ser­pent nom­mé, Mater For­mi­ca­rum, de vingt-six pouces de long, de cou­leur blan­châtre, anne­lé de cercles d’un pouce de lar­geur, rous­sâtres et ran­gés en grillage de deux en deux.

XXII. Bou­teille.
Une Sou­ris de la Cam­pagne de Rome, très-curieuse, de quatre

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pouces de lon­gueur et deux de gros­seur, ayant la tête sem­blable à celle d’un San­glier, le ventre tigré sur aurore, et le dos brun velour­té.

XXIII. Bou­teille.
Deux petits Came­leons et un Lésard, de deux pouces cha­cun de lon­gueur.

XXIV. Bou­teille.
Deux Ser­pens du Bré­sil, d’environ seize pouces de lon­gueur, de même espéce que celui de la seconde Bou­teille.

XXV. Bou­teille.
Une grosse Cigale asia­tique, de trois pouces de lon­gueur, de cou­leur rousse, aïant la tête immé­dia­te­ment atta­chée à ses épaules : ses yeux sont fort gros, ses aîles sont dou­blées, grandes et deliées ; elle a quatre jambes fort longues : les Orien­taux la mangent, et plu­sieurs ne vivent que de cette espéce d’Insecte.

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XXVI. Bou­teille.
Un Ser­pent du Bré­sil, de deux pieds, de l’espéce de ceux de la vingt-qua­triéme Bou­teille.
Une Vipére de dix-huit pouces de long, verte, tachée de noir.

XXVII. Bou­teille.
Trois Pois­sons de Mer, très-curieux.

XXVIII. Bou­teille.
Un Lésard d’un pied et demi de lon­gueur, de même espéce que celui de la sei­ziéme Bou­teille.

XXIX. Bou­teille.
Trois autres Pois­sons tout-à-fait remar­quables.

XXX. Bou­teille.
Une Vipére de dix-huit pouces de lon­gueur, curieux par sa cou­leur diver­si­fiée.
Un autre petit Ser­pent de huit pouces.

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XXXI. Bou­teille.
Quatre petits Lésards de dif­fé­rentes gran­deurs et cou­leurs.

XXXII. Bou­teille.
Un Aspic, de l’espéce ren­fer­mée dans la hui­tiéme Bou­teille.

XXXIII. et der­niere Bou­teille.
Trois petits Che­vaux Marins, nom­més en latin, Hip­po­cam­pus, qui est un Insecte de Mer, de la lon­gueur du doigt, gros à peu prés comme le pouce, de figure appro­chant celle du Che­val, de cou­leur grise et jau­nâtre, armé de pointes osseuses peu piquantes, affer­mi par un grand nombre de côtes depuis la tête jusqu’au bout de la queuë. Il n’a point de pieds, le museau est long, fort et robuste, ouvert seule­ment du bout, la tête est rabo­teuse aus­si bien que le corps, le ventre est ample à pro­por­tion de la gran­deur, la queuë est longue, recour­bée for­mant des anneaux, il porte sur la

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tête étant vivant du poil long et redres­sé, mais il tombe étant mort.
Dans la même Armoire, on trouve aus­si un petit Dra­gon Marin et un Pois­son appel­lé l’Une de Mer, très-curieux.
Un Œuf d’Autruche très-gros.
Un autre Œuf gris, de quatre pouces de gran­deur, trou­vé en 1740. dans le pays d’Haynaut.
Trois pommes de Pin extra­or­di­naires.
Deux Cocos idem.
Un grand Crabe très-bien conser­vé, d’un pied et demi de lon­gueur, appel­lé en latin Can­cer per­ver­sus : sa cou­leur est d’un brun clair très-brillant.
Dans le bas de cette même Armoire sont vingt-quatre Tiroirs dont le pre­mier contient quan­ti­té de Verres de mul­ti­pli­ca­tion, de dif­fe­rentes gran­deurs.

II. Tiroir.
Plu­sieurs Verres de Lan­ternes magiques.

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III. Tiroir.
Plu­sieurs idem d’Optiques.

IV. Tiroir.
Plu­sieurs figures de Lan­ternes magiques, par­fai­te­ment peintes et enchas­sées.

V. Tiroir.
Dif­fe­rentes pieces de Micro­scopes.

VI. Tiroir.
Une Car­na­ciere qui repré­sente des oyseaux et des Fleurs, for­més avec des Perles de dif­fe­rentes cou­leurs, un Rouet, deux Balances et quelqu’autres pieces machi­nales.

VII. Tiroir.
Un Jeu com­po­sé de qua­rante pieces d’Ivoire, d’un pied de lon­gueur, la plû­part ornées de Figures.

VIII. Tiroir.
Plu­sieurs Pierres d’Aimant et Bous­soles curieuses.

IX. Tiroir.
Plu­sieurs Cornes, Dents, et Becs d’Animaux.

X. Tiroir.
Celui-ci est sepa­ré en quatre par-

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ties dif­fe­rentes. L’un est rem­pli de pierres de Gre­nat, l’autre d’Agathe, l’autre d’Ambre etc. avec un très-gros mor­ceau d’Avanturine, et une croix de Malthe, de même com­po­si­tion.

XI. Tiroir.
Un Crabe presqu’entier, pétri­fié dans l’Ambre gris, aus­si beau et plus dur que l’Agathe, et sur lequel la lime ne prend point : on croit cette Pétri­fi­ca­tion unique.
Plu­sieurs Fruits des Indes et de l’Amerique.

XII. Tiroir.
Plu­sieurs autres Pétri­fi­ca­tions et Ver­mis­seaux de mer, avec trois Pierres appel­lées Mar­cas­sites.

XIII. Tiroir.
Quelques Plantes, et Pointes de Porc épic.

XIV. Tiroir.
Une Plante marine appel­lée Etoile de mer, deux def­fenses de l’animal Pris­ter ou Sera, qui ont douze à treize pouces de lon­gueur, gar-

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nies de plu­sieurs ran­gées de dents.

XV. Tiroir.
Un petit Basi­lic, deux Che­vaux Marins, une petite Raye, et plu­sieurs Pois­sons curieux.

XVI. Tiroir.
Un Oyseau de Para­dis, mâle, d’un pied de lon­gueur : son bec a envi­ron un pouce et demi.
Deux Escar­bots appel­lés com­mu­né­ment Beufs volans, ils sont de la gros­seur d’un œuf, longs de six pouces, de cou­leur noire, les aîles sont gri­sâtres, bien mar­brées et très-lui­santes : il sort de leurs têtes deux cornes poin­tuës par le bout, et se réjoignent en forme de pate d’Ecrevisse.
Un Sca­ra­bée d’Egypte, de la même forme à peu près, mais tout noir.
Les huit autres Tiroirs sont tous rem­plis de très-belles Figures d’émail, d’Hommes, Femmes, Ani­maux, Arbres, Fruits, Fleurs et autres sujets : en des­sous sont aus­si quan­ti­tés de Fruits des Indes.

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LE CONTENU DE LA DIXIEME ET DERNIERE ARMOIRE

est dis­per­sé dans divers endroits du Cabi­net, sça­voir :
La dépoüille d’un Tatou beau­coup plus gros que celui de devant détaillé, au moien de laquelle on voit la manœuvre que pra­tique cet ani­mal, pour se lais­ser cou­ler dans les pré­ci­pices, quand il est pour­sui­vi des Chas­seurs.
Un Bec de Tou­can.
Deux Hyp­po­campes.
Le Pois­son nom­mé Orbis.
Dito le Tri­an­gu­laire.
Un Schinck.
Quatre Globes d’un pied et demi d’hauteur, sça­voir :
La Sphere Armil­laire.
Le Globe Ter­restre et Céleste.
Le Sys­tême com­mun, très-propre, et d’un bon Auteur.
Une grande Bous­sole d’un pied de dia­mêtre ou envi­ron, avec

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plu­sieurs Eguilles marines de trois et quatre pouces.
Plu­sieurs excel­lentes Lunettes d’aproche ou longues vûës, entre les­quelles en est une de sept pieds, très-légere.
[le para­graphe sui­vant de trois lignes est cen­su­ré]
Une Corne de Narh­val, de plus de quatre pieds de lon­gueur : elle devoit être plus longue, mais le bout en est cas­sé. L’Auteur du Cabi­net de Sainte Gene­viéve, dit, en par­lant de cette Corne, qu’un de ses Amis en ayant don­né 36. grains de raclure dans un bouillon à un de ses Enfans aban­don­né des Méde­cins, ce remede le tira d’affaire en peu de jours, par une sueur pro­di­gieuse qu’elle lui pro­cu­ra.
Une autre Corne aus­si belle que l’Ivoire, toute ronde et unie, de deux pieds huit pouces de lon­gueur ; elle est très-sin­gu­liere, et on ignore de quel ani­mal elle peut venir.

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Un très-beau Fusil à vent, qu’on charge par le moïen d’une pompe, et sans poudre ; cepen­dant il ne laisse pas de faire beau­coup d’effet ; on peut tirer jusqu’à vingt-cinq coups de suite, sans rechar­ger ; il est très-artis­te­ment tra­vaillé.
Un autre Fusil à deux Canons, très-propre.
Une très-belle Per­ruque de Crys­tal très-fléxible, et tra­vaillée aus­si fine­ment que si elle étoit faite de che­veux : On diroit en la voyant qu’elle est de fil d’argent gla­cé. Six Boules de marbre, ou Globes de cou­leurs rares.
Un Calice de Bois ren­fer­mant qua­rante-six Gobe­lets qui s’emboitent tous l’un dans l’autre, et qui paroissent ne faire qu’une seule piéce : cet ouvrage est curieux.
Plu­sieurs Cornes par­ti­cu­liéres d’Animaux, entre les­quelles est un Bois de Cerf extra­or­di­naire.
Une très-belle Pos­ture mou­vante, haute de quatre pieds, laquelle re-

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pré­sente un Turc très-riche­ment vêtu, lequel en se pro­me­nant, forme dif­fé­rens cir­cuits ; sa démarche est grace, accom­pa­gnée de mou­ve­mens de tête, pieds, mains, corps, etc.
Une autre repré­sen­tant un Negre, dont les mou­ve­mens imitent ceux d’un Vol­ti­geur : ces deux piéces sont mer­veilleu­se­ment inven­tées ;
Le fond du même Cabi­net offre une Alcove magni­fi­que­ment déco­rée, où on voit dans un magni­fique Cadre, tout de glace, un Tableau mou­vant, peint par Ber­nar­din, de deux pieds et demi d’hauteur, sur trois et demi de large : Il seroit ennuïeux de décrire ici les dif­fé­rens sujets qu’il repré­sente, à cause du nombre. Au juge­ment des Connois­seurs, cette Piéce mérite atten­tion. Au-des­sous il y a une magni­fique Com­mode, ou Bureau d’Ecaille, ins­cru­té en Cuivre doré.
On trouve encore plu­sieurs Pen­dulles, ouvrages des plus habi-

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les Ouvriers du siécle, dont le détail seroit trop dif­fus, à cause d’un nombre pro­di­gieux de Machines ser­vantes à les faire agir, et qu’il fau­droit détailler.
L’on auroit pû aisé­ment gros­sir ce Recueil d’un bon tiers de plus, en y détaillant quan­ti­té d’autres Piéces très-curieuses et qui méritent abso­lu­ment une atten­tion par­ti­cu­liere ; mais de crainte de rebu­ter le Lec­teur, à la vuë d’une espece de Volume, on atten­dra à en don­ner un Sup­ple­ment par­ti­cu­lier, pour peu que Mes­sieurs les Curieux paroissent le desi­rer.
Le Lec­teur remar­que­ra que dans le pre­mier appar­te­ment on a omis d’inserer qu’il s’y trouve un assor­tie­ment de très-beaux Domi­nos de dif­fé­rentes cou­leurs.

Les Per­sonnes qui auroient quelques Curio­si­tés ou Rare­tés à Vendre, sont invi­tées de les pré­sen­ter audit BEAGUE, qui leur en paye­ra la juste valeur, pour­vû qu’elles lui conviennent.

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MAGASIN DE MARCHANDISES CHEZ LEDIT BEAGUE.

On trouve dans cette même Mai­son un Assor­ti­ment de Linges neufs pour Hommes et pour Femmes, Batisse, Clair, Toile au lait, Basins rayés et unis, Sia­moises, Man­chettes, Enga­geantes, Mou­choirs ou Fichus et Bon­nets, le tout bro­dé, Bon­nets d’Etoffes d’or et d’argent, très-belles Jupes piquées de Mous­se­line et Coton blan de dif­fé­rens des­seins, et plu­sieurs autres Mar­chan­dises non ici spé­ci­fiées, le tout à juste prix, en gros et en détail.

SOURCE : André  BEAGUE : Detail gene­ral de toutes les rare­tez et varie­tez qu’on trouve chez André Beague mar­chand demeu­rant dans la mai­son qui fait le coin des petites halles, où pend pour enseigne l’Acteur romain, sur la petite place à Lille en Flandre. A Lille, chez P. Bro­vel­lio. 1755.