Cet article a été originellement publié dans Curiosité et cabinets de curiosités, Neuilly, Atlande, 2004, p. 93-108.

Table des matières

Paul Contant, apo­thi­caire de Poi­tiers, est un amou­reux de la nature et des curio­si­tés. Né en 1562, il gran­dit auprès d’un père apo­thi­caire qui com­mente Dios­co­ride. Des voyages ita­liens et alpins qu’il fait lors de sa jeu­nesse, le Poi­te­vin rap­porte des spé­ci­mens rares, et un goût tou­jours plus aigui­sé pour l’inédit et les curio­si­tés.

Il amasse pro­gres­si­ve­ment quelques pièces de choix, et pré­pare bien­tôt un texte des­ti­né à faire connaître au monde les mer­veilles de sa col­lec­tion. Dans un pre­mier temps, en 1600, il l’intitule Bou­quet prin­ta­nier, et le dédie à Julien Mau­clerc, sieur du Ligne­ron, un Roche­lais ins­tal­lé à Apre­mont sur Vie, en Bas-Poi­tou. Le titre de ce pre­mier cata­logue semble indi­quer que cette pre­mière ver­sion n’était consa­crée qu’aux végé­taux du jar­din de l’apothicaire, mais en réa­li­té l’auteur y pré­sente déjà une sélec­tion d’objets et de curio­si­tés zoo­lo­giques. Le cata­logue que nous avons réédi­té1 dans ses ver­sions ulté­rieures montre bien par son titre modi­fié, Le Jar­din, et Cabi­net poé­tique, que la col­lec­tion n’est plus exclu­si­ve­ment bota­nique : les végé­taux sont accom­pa­gnés d’autres curio­si­tés natu­relles, loin­taines ou mons­trueuses, ain­si que de quelques objets que nous appel­le­rions aujourd’hui eth­no­gra­phiques.

L’objet de cette étude est de ten­ter de recons­ti­tuer le plus fidè­le­ment pos­sible la réa­li­té concrète d’un cabi­net de col­lec­tion­neur en Poi­tou au tour­nant des xvie et xviie siècles. Cette inves­ti­ga­tion a été menée en pre­nant Paul Contant comme exemple de réfé­rence. Les docu­ments le concer­nant sont en effet rela­ti­ve­ment nom­breux, et per­mettent de se repré­sen­ter, même par­tiel­le­ment, la façon dont pou­vaient cir­cu­ler les curio­si­tés et les curieux du Poi­tou de l’époque.

En ce qui concerne Contant, il a été pos­sible de tra­vailler sur dif­fé­rents sup­ports : tout d’abord à par­tir des écrits que nous a lais­sés le col­lec­tion­neur lui-même, à savoir, d’une part les dif­fé­rentes ver­sions du Jar­din, et Cabi­net poé­tique (1609–1628), puis l’Exa­goge mira­bi­lium (liste en latin parue en 1628, qui classe les pièces de la col­lec­tion en les ran­geant sous dif­fé­rentes rubriques)2, les gra­vures qui accom­pagnent ces deux textes, enfin les Com­men­taires sur Dios­co­ride, parus en 1628, écrits en par­tie par le père, com­plé­tés et publiés par le fils, dans les­quels on trouve bon nombre de pré­ci­sions sur les voyages et les aléas de la col­lec­tion. Nous dis­po­sons éga­le­ment des docu­ments four­nis par les visi­teurs de Contant, au pre­mier rang des­quels figure Abra­ham Göl­nitz, qui, dans son jour­nal de voyage, relate avec quelques détails inté­res­sants son pas­sage chez l’apothicaire3. Reste enfin un pam­phlet qui paraît à Leyde en 1608, signé « Les Manes du sei­gneur du Ligne­ron », dans lequel s’exprime la colère de s’être vu pré­fé­rer un autre dédi­ca­taire. En manière de revanche, le pam­phlé­taire dénonce cer­tains abus de Contant (lar­cins, men­songes en tous genres). Calom­nies ou véri­tés ? S’il est dif­fi­cile de tran­cher, ces remarques, même dic­tées par le dépit, nous ren­seignent à leur manière sur les façons de pro­cé­der de l’apothicaire.

Pour les autres col­lec­tion­neurs, la recherche ne fut pas des plus simples, tant les docu­ments dont nous pour­rions dis­po­ser sont rares. L’étude des autres curieux du Poi­tou a été réa­li­sée à par­tir de leurs propres cata­logues lorsqu’ils existent, ou de récits de visi­teurs étran­gers, voire en der­nier recours à l’aide de recherches menées par les éru­dits du xixe siècle ; ces sources étant mal­heu­reu­se­ment lacu­naires et le plus sou­vent invé­ri­fiables, elles seront mises à contri­bu­tion avec la plus grande pré­cau­tion.

Amonceler - Attirer

Paul Contant est repré­sen­ta­tif des curieux de son époque en ceci qu’il se pré­oc­cupe en toute occa­sion de ramas­ser, de ras­sem­bler, afin d’exposer dans son cabi­net de curio­si­tés le « maga­zin du monde ». La col­lec­tion se pense comme un micro­cosme, un abré­gé de toutes les mer­veilles dont la nature est capable. Entre 1600 et 1628, l’apothicaire de Poi­tiers exerce à mer­veille son métier de curieux : du texte du Bou­quet à celui de l’Exagoge, c’est-à-dire du pre­mier au der­nier état de la col­lec­tion, celle-ci ne cesse de prendre de l’ampleur.

Réduite d’abord à un jar­din, ter­rain ori­gi­nel à plus d’un titre de la col­lec­tion d’un apo­thi­caire pro­tes­tant – refuge édé­nique et pro­fes­sion­nel à la fois –, la col­lec­tion est obli­gée, très vite, de se trans­por­ter en par­tie à l’étage de la mai­son du curieux. Si le groupe des objets res­ser­rés dans cette pièce appe­lée « cabi­net » compte 43 spé­ci­mens en 1609, en 1628 il y en aura plus de 4500, sans comp­ter les quelque 3000 plantes exo­tiques conser­vées dans quinze her­biers secs. Il n’est même plus ques­tion du « jar­din » à ce stade, puisque la col­lec­tion s’intitule désor­mais Exa­goge mira­bi­lium natu­rae è Gazo­phy­lia­cio Pau­li Contan­ti Pic­ta­ven­sis Phar­ma­co­paei, dési­gna­tion que l’on peut tra­duire par « Résu­mé des mer­veilles de la nature figu­rant dans le Tré­sor de Paul Contant, Apo­thi­caire de Poi­tiers ». Non seule­ment il s’agit à pré­sent d’un « tré­sor », appel­la­tion qui brille de pro­messes mys­té­rieuses à la manière des fameuses « chambres aux mer­veilles » de l’époque, mais encore la liste est don­née en latin, ce qui lui confère une appa­rence de sérieux et un ver­nis scien­ti­fique dont nous aurons à repar­ler. Nous sommes en tout cas bien loin du modeste jar­din de simples des débuts. Le conte­nu, comme l’esprit, a chan­gé.

Aux pièces natu­relles, telles que fruits, graines, bois, écorces, fleurs, racines, gommes, désor­mais dis­tin­guées en rubriques rai­son­nées, viennent s’adjoindre des fos­siles, des pierres ou mine­rais, et autres coquillages (objets tirés des pro­fon­deurs de la terre, ou de la mer). On trouve éga­le­ment plus d’une cen­taine d’animaux, ou de par­ties d’animaux, comme une mâchoire de baleine, une corne de licorne, quatre cro­co­diles, un pied d’élan, une dent d’éléphant, une dent d’hippopotame, un cas­tor, un bec de tou­can… Enfin, il faut par­ler des objets d’art, tota­le­ment pas­sés sous silence dans les pré­cé­dentes ver­sions des inven­taires de Contant, mais qui repré­sentent tout de même une part non négli­geable de son « tré­sor » de 1628, à savoir quelque 3500 sta­tuettes de bronze, une cen­taine de fla­cons d’essences ou de par­fums, et toutes sortes d’objets inso­lites et admi­rables, comme un astro­labe de mer, des miroirs concaves, des parures du Nou­veau Monde faites de dents humaines, des papiers de Chine, du papy­rus… On ne s’étonnera pas qu’après la mort de Contant, il ait fal­lu, aux dires de son petit-fils Raf­fou, employer à plein temps quatre démé­na­geurs pen­dant sept jours pour débar­ras­ser la pièce qui mena­çait de s’effondrer.

Com­pa­rée à d’autres col­lec­tions contem­po­raines du Poi­tou, celle de Contant affiche donc sa pré­di­lec­tion pour les curio­si­tés de la nature, goût par­ta­gé entre autres par Samuel Vey­rel, apo­thi­caire de Saintes, par Raoul Col­lin à Fon­te­nay-le-Comte, ou encore par son conci­toyen Michel Tira­queau, ama­teur de plantes loin­taines. Notons en revanche que Paul Contant, nour­ri à la lec­ture de Dios­co­ride, ne montre aucun inté­rêt pour la numis­ma­tique : contrai­re­ment à bien des col­lec­tion­neurs de son époque, il néglige les médailles.

Disposer

Reste à devi­ner com­ment les pièces de la col­lec­tion se répar­tis­saient et étaient don­nées à voir lors de la visite. C’est un sou­ci récur­rent des col­lec­tion­neurs que de se deman­der com­ment dis­po­ser, arran­ger, amé­na­ger. En pre­mier lieu parce que ce pro­blème recoupe celui, très épi­neux, du clas­se­ment des objets, les­quels, étant des rare­tés, ont jus­te­ment ceci de par­ti­cu­lier qu’ils sont qua­si­ment inclas­sables, étant par­fois à mi-che­min entre deux caté­go­ries. En second lieu, dans la mesure où l’abondance est consi­dé­rée comme une qua­li­té, un pro­blème maté­riel de place peut sur­ve­nir, à mesure que la col­lec­tion aug­mente4 : tout finit par crou­ler sous la pro­fu­sion, comme le dit Pierre Tri­chet au sujet du célèbre cabi­net de Samuel Vey­rel :

N’y remarques tu pas des Conches admi­rables ?

Que la Nacre, et la Pourpre abondent sur les aix ?

Que tout y est exquis ? et que mesme les tables

Se courbent dou­ce­ment sous un si noble faix ?

Que tous les cas­se­tins et les boites sont pleines

De Buc­cines de mer, ou bien de Por­ce­laines ?5

Le cabi­net de curio­si­tés a hor­reur du vide. Éta­gères, tables, boîtes, cas­settes, tiroirs, il n’est pas un espace qui ne soit débor­dant.

Ceci n’est pas sans rap­port, du reste, avec l’effet qu’entend pro­duire sur son visi­teur le col­lec­tion­neur. Une col­lec­tion doit exhi­ber sa pro­fu­sion autant que ses pièces uniques. Et il n’est sans doute pas si facile qu’on le croit d’éblouir l’œil et l’imagination : ce ne sont pas des igno­rants6 qui visitent les cabi­nets de curio­si­té. Au contraire, le public le plus fré­quent, et celui que recherche Contant, est un public d’amateurs aver­tis, col­lec­tion­neurs eux-mêmes, voya­geant à tra­vers l’Europe et visi­tant de pré­fé­rence les cabi­nets de curio­si­tés. Autant dire qu’il s’agit d’un public de connais­seurs qui sans être bla­sés sont sans doute dif­fi­ciles. Il faut donc déployer quelque ingé­nio­si­té pour les émer­veiller. Or, contrai­re­ment à la ten­dance cou­rante, Contant ne fait figu­rer dans son cata­logue aucune gra­vure expo­sant une vue pan­op­tique de la pièce. Si l’on sou­haite devi­ner quelques élé­ments de dis­po­si­tion des mer­veilles de Contant, il faut donc se pen­cher sur d’autres élé­ments : les textes de son poème et de l’Exagoge, le témoi­gnage d’Abraham Göl­nitz, et les gra­vures.

De l’étude croi­sée de ces textes7, il res­sort tout d’abord, dans le poème, que Contant com­mence par évo­quer ses arbres les plus grands, sus­cep­tibles d’être vus de loin dès l’arrivée du voya­geur à Poi­tiers, dans le but sans doute de sou­li­gner d’emblée le carac­tère spec­ta­cu­laire de sa col­lec­tion, dès l’abord du jar­din – cer­tains de ses arbres étant des spé­ci­mens rares dans la ville de Poi­tiers, l’auteur se vante d’être celui qui les expose dans la cité8. Si le jar­din se voit de loin, l’arrivée dans le cabi­net est éga­le­ment pré­pa­rée avec soin selon cette même pré­oc­cu­pa­tion : il faut frap­per l’imagination, rien de tel donc qu’un gigan­tesque cro­co­dile pour ouvrir le poème des curio­si­tés zoo­lo­giques ; Göl­nitz, quant à lui, recons­ti­tue des rubriques, et son compte ren­du n’aide pas beau­coup à se repré­sen­ter la réelle dis­po­si­tion des objets dans la pièce. Cepen­dant, il place au pre­mier rang de sa liste des ani­maux ter­restres le dra­gon de Contant – cet effrayant mon­tage de taxi­der­miste était-il effec­ti­ve­ment pla­cé à l’entrée du cabi­net ? – puis la chauve-sou­ris géante, autre spé­ci­men cer­tai­ne­ment impres­sion­nant ; la liste des aqua­tiles com­mence par le ser­pent géant, sui­vi du rémo­ra et du diable de mer. Les places de choix reviennent logi­que­ment aux créa­tures de grande taille ou d’allure mons­trueuse. Tou­te­fois rien ne per­met d’en déduire avec cer­ti­tude la dis­po­si­tion spa­tiale choi­sie par Contant, puisque ce pour­rait tout aus­si bien être l’ordre que choi­sit Göl­nitz pour repor­ter les objets dans son cale­pin, tout sim­ple­ment parce que, ne citant pas tous les objets qu’il voit, le voya­geur ne s’intéresse qu’aux pièces les plus rares, et place en tête de cette liste par­tielle celles qu’il a jugées les plus remar­quables.

Pour devi­ner l’organisation maté­rielle de la col­lec­tion, il nous reste les gra­vures four­nies par Contant. L’une repré­sente un bou­quet, assem­blage plus esthé­tique que réa­liste, des plantes que l’apothicaire dit culti­ver dans son petit jar­din. D’autres repré­sentent, gra­vés sépa­ré­ment sur les pages, les dif­fé­rents objets, ani­maux ou monstres de la col­lec­tion, tous numé­ro­tés, comme les plantes du bou­quet – ces numé­ros ren­voyant aux entrées du texte, et à l’index final qui donne le nom de toutes les curio­si­tés. Enfin, l’édition de 1628 ajoute une gra­vure figu­rant un meuble à tiroirs fer­més, et dont les éta­gères contiennent les quinze her­biers secs.

La gra­vure des plantes montre, en majes­té, les bulbes, série de fleurs dis­po­sée selon un arc cen­tral et splen­dide – les bulbes sont en effet ce qu’il y a de plus enviable et de plus rare en matière de fleurs : tulipes, nar­cisses, ané­mones, lis, sont les plus pré­cieuses des plantes à col­lec­tion­ner à l’époque. Les grands arbres dont il a été ques­tion pré­cé­dem­ment encadrent toutes les autres plantes, comme c’est le cas peut-être dans le jar­din pro­pre­ment dit9. Pour ima­gi­ner la dis­po­si­tion de son petit jar­din, on peut regret­ter que Contant ne donne pas de l’endroit une vue géné­rale, ain­si que le fera Jean Fra­neau en 161610. Tou­te­fois, nous savons qu’il passe un moment excep­tion­nel dans le jar­din de simples de Padoue11 : imite-t-il, de retour à Poi­tiers, le majes­tueux modèle ita­lien, qui adopte un plan cir­cu­laire, et dont les murs sont gar­nis de niches et de sta­tues ? Rien ne per­met de l’affirmer, mais d’une part c’est une dis­po­si­tion qui semble avoir du suc­cès, d’après la planche que donne Fra­neau de son « Cabi­net des fleurs »12, d’autre part on sait que le jar­din côtoie son offi­cine, comme le jar­din de Padoue com­por­tait, à proxi­mi­té, des salles des­ti­nées à pré­pa­rer ou dis­til­ler les plantes médi­ci­nales, et d’autres espaces abri­tant une col­lec­tion de natu­ra­lia : « Et dans ce petit théâtre », dit le guide cata­logue de Padoue, « comme en un petit monde, on fera spec­tacle de toutes les mer­veilles de la nature »13. Ce spec­tacle total est bien l’objectif ambi­tieux affi­ché par Contant lorsqu’il pro­pose un cata­logue qu’il inti­tule Jar­din, et Cabi­net poé­tique, des­ti­né à décrire les splen­deurs et du jar­din et du cabi­net d’objets natu­ra­li­sés.

Il faut com­plé­ter cette repré­sen­ta­tion des col­lec­tions exté­rieures et inté­rieures de Contant en s’efforçant d’imaginer des efforts d’installation dans la pièce qui abrite les objets : les gra­vures, qui repré­sentent avec tant d’exactitude les bêtes et monstres du cabi­net, nous ren­seignent peut-être sur la mise en scène muséo­gra­phique des objets. Le tou­can et le camé­léon natu­ra­li­sés s’agrippent-ils sur leur branche sur l’étagère de Contant comme sur la gra­vure qui nous les montre ? Les tech­niques des taxi­der­mistes de l’époque per­met­taient-elles réel­le­ment d’obtenir des résul­tats aus­si fidèles à la nature ? Est-il per­mis de pen­ser que ces ani­maux empaillés ont bel et bien exis­té tels quels dans le cabi­net de l’apothicaire, même si cer­tains élé­ments (peau, plumes…) ont subi une dégra­da­tion rapide ? La branche qui porte le camé­léon ou l’îlot au sol irré­gu­lier où repose l’iguane sont-ils, en somme, le fruit de l’imagination du gra­veur, le res­pect de simples conven­tions ou sté­réo­types de la gra­vure d’histoire natu­relle, ou la res­ti­tu­tion scru­pu­leuse d’une véri­table mise en scène des objets, au demeu­rant fort com­mune à l’époque, où les repré­sen­ta­tions des cabi­nets débordent d’animaux natu­ra­li­sés avec leur milieu natu­rel ? S’agit-il enfin d’une mise en scène sou­hai­tée, idéale et recons­ti­tuée comme l’est celle du bou­quet ? Les ani­maux mis en situa­tion ne font-ils par­tie que de l’histoire de la repré­sen­ta­tion des col­lec­tions, sortes d’« images d’Épinal » du cabi­net de curio­si­tés ?14 Cette der­nière pos­si­bi­li­té n’est pas à négli­ger, puisqu’il est impor­tant pour Contant d’apparaître aux yeux du public comme un véri­table col­lec­tion­neur. Aus­si livre-t-il soi­gneu­se­ment, en bon « publi­ci­taire », cer­tains élé­ments tra­di­tion­nels de la repré­sen­ta­tion d’un cabi­net. Nous n’écarterons aucune de ces hypo­thèses ici, consi­dé­rant jusqu’à preuve du contraire qu’elles sont toutes par­tiel­le­ment vraies pour le cas qui nous occupe. En par­ti­cu­lier nous ne sou­hai­tons pas exclure l’idée que ces ani­maux natu­ra­li­sés aient pu exis­ter, sous la forme que montrent les gra­vures, dans le cabi­net de Contant, du moins avant que le temps ne les dégrade.

Quant au meuble de 1628, il est tout à fait curieux dans la mesure où il cache au lieu de mon­trer. Cer­tains col­lec­tion­neurs exposent, en appen­dice de leur inven­taire, le meuble qui contient leurs mer­veilles15. Mais ils four­nissent éga­le­ment une légende per­met­tant de savoir ce que contient ce meuble. Rien de tel chez Contant, qui n’a en l’occurrence nulle visée didac­tique ou ratio­na­li­sante : les tiroirs n’ont pas d’étiquettes, les dos des her­biers indiquent un ordre alpha­bé­tique des­ti­né à faire illu­sion – il n’est en effet pas aisé de consti­tuer des her­biers autre­ment que chro­no­lo­gi­que­ment – tan­dis que cer­tains d’entre eux portent des noms d’espèces (« bulbes », « legumes ») uni­que­ment des­ti­nés à mettre en valeur un pan de la col­lec­tion : l’apothicaire a donc assez de bulbes pour en rem­plir tout un ouvrage ! se dit le lec­teur médu­sé. Fonc­tion­nant selon une logique pseu­do-scien­ti­fique, ce meuble mérite d’être com­pa­ré aux vues pan­op­tiques repré­sen­tant com­mu­né­ment les cabi­nets de l’époque, celui de Fer­rante Impe­ra­to (1599), ceux de F. Cal­ceo­la­ri (1622) ou d’O. Worm (1655), même s’il pose la ques­tion de la repré­sen­ta­tion a contra­rio, cachant au lieu d’exhiber, et que de ce fait son fonc­tion­ne­ment soit plu­tôt sur le mode de l’implicite : dévoi­lant peu – quelques spé­ci­mens allé­chants flottent en marge –, la gra­vure laisse toute liber­té au spec­ta­teur pour devi­ner, ima­gi­ner, et sur­tout dési­rer ouvrir le meuble. Cette stra­té­gie est une mise en scène des­ti­née à faire venir le curieux.

Ces sou­cis de mise en scène ne sont pas sépa­rables, rap­pe­lons-le sans nous y arrê­ter, de la visite gui­dée, assu­rée par le col­lec­tion­neur lui-même, lequel mul­ti­plie cer­tai­ne­ment avec enthou­siasme les détails pit­to­resques ou éru­dits au sujet des objets expo­sés. C’est une pra­tique cou­rante chez les col­lec­tion­neurs de curio­si­tés, pré­cise Contant au sujet de Fer­rante Impe­ra­to16, comme en témoigne Pierre Tri­chet pour Samuel Vey­rel, sym­pa­thique guide de son propre musée :

Quel plai­sir auras tu d’y voir l’œil de baleine,

L’hirondelle de mer, la coste d’Elephant,

La corne du Bel­zar, le Dra­gon, la Scor­pene,

L’Alcion, la Lan­gouste, et d’un pois­son la dent

Enorme en sa gros­seur, l’Herisson sans espine,

Le Che­va­lot marin, et l’Estoille marine ?

Je te repute heu­reux d’avoir trou­vé la porte,

De VEYREL qui paroist entre les plus cour­tois,

Qui t’instruict volon­tiers sur la diverse sorte

Des Fruicts, des Mine­raux, des Pierres et des Bois :

Je te repute heu­reux d’avoir faict tel ren­contre,

Puis que mesme l’Autheur son Cabi­net te monstre.17

Chaque objet vu est ain­si enri­chi par le dis­cours qui l’accompagne : qu’elle soit his­to­rique, légen­daire, scien­ti­fique ou mytho­lo­gique, la strate dis­cur­sive est char­gée de mettre en relief la sin­gu­la­ri­té de l’objet. Son his­toire dit son sta­tut extra­or­di­naire, tenant soit aux cir­cons­tances de sa décou­verte, soit à la légende, à l’histoire sainte, à une énigme rap­por­tée par l’histoire natu­relle. Le texte poé­tique de Contant trans­met cet embel­lis­se­ment émo­tion­nel et pro­di­gieux, éle­vant des choses par­fois assez com­munes au rang d’insignes sin­gu­la­ri­tés. Si les objets nous manquent, le dis­cours qui les accom­pagne les fait sur­gir devant l’imagination du lec­teur du xxie siècle.

Amitiés, rivalités

Com­ment accu­mu­ler un tel tré­sor ? Faut-il attendre que les mer­veilles viennent à soi, ou par­tir à la recherche des rare­tés à l’autre bout du monde ? Sans aller aux anti­podes, il est pos­sible de se pro­cu­rer des objets loin­tains dès leur arri­vée dans les ports fran­çais, avec les risques de fal­si­fi­ca­tion que cela com­porte18. On peut aus­si échan­ger avec d’autres ama­teurs, ou encore faire soi-même des recherches : her­bo­ri­ser – ce que fait Contant dans les Alpes – et être à l’affût, en voyage, de ce qui se fait de plus beau et de plus rare.

Mais que faut-il entendre exac­te­ment par le « rare » ? Le sta­tut de la rare­té dépend du degré d’ignorance du col­lec­tion­neur, et fluc­tue selon les modes. Le rare n’est pas néces­sai­re­ment le loin­tain, l’étranger, l’inédit, même si cer­tains élé­ments des col­lec­tions répondent à ces cri­tères, tel le cro­co­dile de Contant, van­té parce qu’il a délais­sé le Nil loin­tain pour les bords du Clain, ou le canoë, qui tire son inté­rêt, comme le mara­cas, des remarques eth­no­gra­phiques aux­quelles il donne lieu concer­nant les mœurs des habi­tants du Nou­veau Monde ; la tulipe, à son tour, est sys­té­ma­ti­que­ment asso­ciée à sa Tur­quie natale.

La col­lec­tion flo­rale et ses évo­lu­tions per­mettent de mesu­rer la manière dont les col­lec­tion­neurs repoussent les limites géo­gra­phiques de leurs inves­ti­ga­tions. Ce sont les fleurs à bulbe d’origine orien­tale qui prennent de la valeur à l’époque de Contant. L’apothicaire lui-même raconte très bien com­ment il s’est trou­vé au tour­nant de cet engoue­ment, et com­ment sa col­lec­tion, qui d’abord gla­nait sans dis­tinc­tion toute fleur ou végé­tal, a pris une nou­velle inflexion après la décou­verte des « fleurs étran­gères » impor­tées des Indes, de Byzance, d’Espagne – les­quelles occu­pe­ront alors dans son poème, autant que dans le bou­quet gra­vé (et à n’en pas dou­ter dans le jar­din pro­pre­ment dit), une place cen­trale :

Car en mes jeunes ans nous n’avions cognois­sance

Que des simples qui sont aujourd’huy par la France,

Sans estime et sans prix, et nous n’avions encor’

Les Coronnes en main, ny le riche thre­sor

Des Indes recou­vré, et des Espaignes belles

Œilla­dé la beau­té des plantes plus nou­velles.

Nous n’avions de Bizance encore des­cou­vert

Les Tulipes sans fin, et le Sim­pliste expert

En ce temps n’avoit veu plante dont l’excellence

Meri­tast qu’on en fist estime par la France.19

Témoin pri­vi­lé­gié de cette ten­dance, le Cabi­net des fleurs de Jean Fra­neau n’expose que des espèces de ce type, et tire sa gloire de la varié­té qu’il pos­sède au sein de chaque famille de bulbes : le jar­din ne compte pas moins de 31 ané­mones, 8 hya­cinthes, 10 nar­cisses, 50 tulipes… Il ne manque pas d’insister sur le fait qu’il délaisse toutes les autres fleurs, même belles, si elles sont trop connues ou trop com­munes : l’Élégie xxii qui leur est consa­crée leur per­met de pleu­rer leur dis­grâce, sous le titre « Com­plainte et doléance des fleurs anciennes » :

[…] mais quoy helas nous sommes

Nous sommes mais helas repous­sées des hommes,

L’on nous jecte dehors des Par­terres fleu­ris,

Nostre vray domi­cil est nostre ancien pour­pris.

Par­my tant de gaye­tez tant de beau­tez nou­velles,

N’aurons nous point de place ès Jar­dins avec elles ?20

Il n’est pas de col­lec­tion digne de ce nom sans son par­terre d’anémones ou de tulipes. À ce titre, Contant rend hom­mage à Charles de L’Écluse. Après avoir rap­por­té et accli­ma­té les bulbes en Europe, le bota­niste de Leyde lui a four­ni les pré­cieuses ané­mones : et l’apothicaire de s’exclamer  qu’il est louable d’avoir ain­si réus­si à « mul­ti­plier le rare en abon­dance ». Cette remarque per­met de mieux com­prendre à quel point la rare­té tient moins à l’unicité de l’objet qu’à sa nou­veau­té :

C’est ce grand de Lecluse, à qui nostre pou­voir21

A esté des­cou­vert comme bien pou­vez voir

En tant de ses labeurs ; dont la docte science

A faict que tout le monde en ait eu cognois­sance

Car non content d’avoir de nous tout le plai­sir

Qu’il pou­voit sou­hait­ter d’un louable desir,

Pre­mier nous fit par­roistre aux Jar­dins des grands Princes,

Et des­puis trans­por­ter en cent mille Pro­vinces :

De sorte que chas­cun ores desire avoir,

Le bien tant seule­ment que de nous pou­voir voir.

Atten­dant qu’un Hymen d’une bonne semence

Face mul­ti­plier le rare en abon­dance.22

De toute évi­dence, pour Contant, culti­ver le rare, c’est pos­sé­der cer­taines pièces, non pas tant parce qu’elles sont véri­ta­ble­ment uniques, mais parce qu’elles sont à la mode, éphé­mères ten­dances, rare­tés d’un moment que tous les ama­teurs s’arrachent. C’est une manière pour lui d’entrer dans le cercle fer­mé des grands col­lec­tion­neurs.

Cela n’est pas ano­din, car il faut culti­ver ses rela­tions : sa col­lec­tion doit beau­coup aux échanges ou dons consen­tis par d’autres curieux avec les­quels il est en contact. C’est pour­quoi il leur rend hom­mage dans son poème, lorsqu’il évoque les pièces qu’ils lui ont offertes. Hors de France, il cor­res­pond, grâce à son ami le méde­cin Paschal Le Coq, avec l’illustre de L’Écluse, déjà cité, mais aus­si avec Pierre Dugat, fon­da­teur de l’Acadie et nom­mé lieu­te­nant géné­ral de la Nou­velle France, qui fut peut-être son pour­voyeur en topi­nam­bours, enfin avec le « docte Anguillare », admi­nis­tra­teur du jar­din de Padoue, qui lui a per­mis de se ser­vir en cueillant des plantes afin d’enrichir son her­bier sec :

[…] nous don­nant toute liber­té de prendre et cueillir ce que nous vou­drions de son magni­fique jar­din, pour en rem­plir les papiers qu’il voyoit dediez à cet usage, chose qu’il ne per­met­toit à tous : mais voyant la cognois­sance que nous avions des plantes et le desir d’en sça­voir encores d'avantage, il nous per­met­toit d’en rem­plir des porte fueilles, dont j’ay encore les plantes en mes quinze her­biers, que j’ay avec beau­coup de soing et dili­gence, recueillis de divers endroicts, et qui paroissent et parois­tront mal­gré mes envieux, comme un thre­sor d’inestimable prix et valeur. (Contant, Com­men­taires sur Dios­co­ride, chap. xxxix)

Plus proches géo­gra­phi­que­ment, « mon Robin », bota­niste pari­sien, auteur d’un inven­taire du jar­din bota­nique du roi agré­men­té de conseils pour culti­ver les plantes selon les mois de l’année, lui a don­né « tant de sortes de fleurs » ; Laurent Cate­lan, de Mont­pel­lier, lui offre son fla­mant rose. Ses confrères poi­te­vins ou sain­ton­geais ne sont pas oubliés dans le poème : Contant cite l’apothicaire de Saintes Samuel Vey­rel « Qui sainc­te­ment pous­sé m’a d’un don gra­tuit / Don­né tout ce qui plus de cher et rare luit / Dedans mon Cabi­net, m’ayant (chose incroyable) / Faict des pre­sans qui sont de prix ines­ti­mable23 : / Vey­rel croy que ton nom, en memoire sera, / Et qu’à Xainctes tous­jours ton renom flo­ri­ra » (op. cit., p. 107). Du Sin, Mou­chaud, de Béziers, Georges, Super­ville, ou Mori­ceau sont tous des phar­ma­ciens roche­lais – le der­nier lui aurait don­né, entre autres « sin­gu­la­ri­tez » exo­tiques, un cro­co­dile : « Les sin­gu­la­ri­tez que j’ay de Mori­ceau ; / Que l’on void aujourd’huy paroistre par mer­veilles / Dedans mon Cabi­net plein de choses nou­velles ; / Que l’Inde, le Peru, que le Nil, que le Nord, / Ont jet­té par faveur sur le bigar­ré bord / Du Clain pro­fond ruis­seau ; » (p. 169). Le sieur de Ligne­ron, grand col­lec­tion­neur, a lar­ge­ment contri­bué à la consti­tu­tion du tré­sor de Contant – c’est peut-être la rai­son pour laquelle il avait été choi­si comme pre­mier dédi­ca­taire. Hom­mage lui est ren­du à la fin de l’inventaire (p. 235–237) :

Tu as tous­jours vac­qué de toute ta puis­sance

De cher­cher les thre­sors, qui dans l’Inde ont nais­sance,

Pour en ton Cabi­net mons­trer en un moment

Tout ce qui naist et meurt en ce bas ele­ment :

Dont ta grande bon­té et ton amour loyale

M’a dai­gné depar­tir d’une main libe­rale :

Entre autres les Tatoüs, et l’Uletif pois­son,

Maints fruicts, maints ani­maux, maint rare Lima­çon,

Et maints autres pre­sens dont je te remer­cie

Que chers je gar­de­ray tout le temps de ma vie.

En somme, une col­lec­tion se monte à l’aide d’une mosaïque de dons ou d’échanges gra­cieux. Paul Contant, accu­sé d’avoir désha­billé les col­lec­tions des autres pour com­po­ser la sienne, se défend avec ardeur d’un tel tra­vers. En revanche il explique qu’il ne s’interdit pas d’accepter les dons qui lui sont faits, lais­sant entendre qu’il doit nombre de ses splen­deurs à des amis bien­veillants :

[…] mais si quelque per­sonne

Voyant mon Cabi­net quelque present me donne

Pour enri­chis­se­ment, beau Cen­seur vou­drois-tu

Qu’un don fust refu­sé d’un Sei­gneur reves­tu

De bonne volon­té ? Car l’un donne une chose

L’autre autant libe­ral, en soy mesme pro­pose

Estant en sa mai­son sans regar­der au prix

De m’envoyer l’oyseau dans les Moluques pris

L’autre un Dra­gon ais­lé, l’autre un fruit admi­rable,

L’autre un Ser­pent cres­té, hydeux, espou­van­table,

L’autre divers pois­sons, l’autre divers oyseaux

L’autre maints fruicts divers, l’autre des chers metaux,

L’autre un livre Cynois, l’autre diverses plantes,

Pour orner mon jar­din de choses dif­fe­rentes.

Et bref à qui mieux mieux, et pour le tran­cher net

C’est à qui plus ren­dra riche mon Cabi­net.24

Zone de pas­sage déci­sive pour ces nom­breux échanges, située entre La Rochelle et Poi­tiers, Fon­te­nay-le-Comte est une ville qui entre­tient avec ses voi­sines des rela­tions impor­tantes. Poi­tiers attire les jeunes Fon­te­nai­siens, puisque les for­ma­tions en droit et en méde­cine de l’université y sont recon­nues ; quant à La Rochelle, elle sert de refuge aux réfor­més de Fon­te­nay chas­sés par les vic­toires du camp adverse pen­dant les guerres de reli­gion. Cette flo­ris­sante capi­tale du Bas-Poi­tou est un centre de cir­cu­la­tion des biens et des beaux esprits, qui attire les curieux dès la seconde moi­tié du xvie siècle. Il n’est donc pas sur­pre­nant de trou­ver dans cette ville, bien avant les Contant, mais déjà de la même manière, des lignées de col­lec­tion­neurs de père en fils, dont quelques exemples nous sont connus. Raoul Col­lin, d’après l’inventaire dres­sé après son décès en 154925, laisse à Sébas­tien (son fils, ou son neveu) deux coffres rem­plis d’herbes séchées et clas­sées dans un cer­tain ordre, ain­si que le peu de livres d’histoire natu­relle qu’on pos­sé­dait alors. Le même Sébas­tien Col­lin ouvri­ra une faïen­ce­rie à Fon­te­nay quelques dizaines d’années plus tard avec un autre illustre col­lec­tion­neur de la région, Ber­nard Palis­sy. Les frères Bris­son pos­sèdent semble-t-il une pré­cieuse col­lec­tion de livres, mais aus­si d’objets d’arts et de curio­si­tés. Grâce à Hubert Gölt­zius, anti­quaire numis­mate de Van­loo, qui dit l’avoir visi­tée lors d’un voyage à Paris en 156126, on peut dire que la col­lec­tion existe déjà lorsque Bar­na­bé Bris­son est encore jeune avo­cat pari­sien, avant de reve­nir exer­cer à Fon­te­nay-le-Comte. Tou­te­fois, la plus célèbre des col­lec­tions fami­liales fon­te­nai­siennes, ini­tiée par un père puis conti­nuée par un fils, est celle de Michel Tira­queau27.

Michel pos­sède, un inven­taire ver­si­fié nous le dit28, de belles anti­qui­tés, des sta­tues de bronze et d’airain, des vases, des mon­naies, des tableaux, une biblio­thèque consi­dé­rable, enfin des natu­ra­lia et arti­fi­cia­lia rap­por­tées au prix de grands dan­gers : ani­maux (hip­po­campe, remore, lézard du Bré­sil, et « maint bar­bare monstre »…), baumes ou végé­taux exo­tiques (poivre, clous de girofle, palme, sucre de canne, tabac), enfin d’autres objets curieux tels l’œuf d’autruche, de velus cha­peaux, des panaches ou des habits de car­ti­lage confec­tion­nés par les sau­vages, sont chan­tés en 1566, un an après sa mort par son petit-neveu André de Rivau­deau. En « cette chambre ornée » qu’est son cabi­net, Tira­queau « tient le Pérou et Gui­née, les rares thré­sors du ter­roir indien ». La col­lec­tion compte aus­si un her­bier peint de 500 plantes. L’inventaire de la suc­ces­sion pré­cise que la belle pro­prié­té dis­po­sait d’une serre chaude (« loge vitrée »). Comme son conci­toyen Fran­çois Mizière, doc­teur en méde­cine et pos­ses­seur d’un cabi­net d’antiquités et d’histoire natu­relle à Fon­te­nay, Michel Tira­queau connaît bien Ber­nard Palis­sy, puisque celui-ci lui rend visite au moins deux fois, en 1555 et 1560.

Un autre indi­vi­du a des liens avec Palis­sy dans le cercle des col­lec­tion­neurs ayant sans doute eu une impor­tance pour Contant, il s’agit de Julien Mau­clerc, sei­gneur du Ligne­ron, le pre­mier dédi­ca­taire du Bou­quet prin­ta­nier, relé­gué par la suite au second rang au pro­fit de Sul­ly. Ce Roche­lais est aus­si en rela­tion avec le Bas-Poi­tou, puisqu’il ouvre à Apre­mont sur Vie, sous Fran­çois ii, une faïen­ce­rie de terre blanche imi­tant l’art des arti­sans ita­liens ; il est l’auteur d’un trai­té d’architecture qui paraît à La Rochelle en 1600, et dont Contant cite cer­tains élé­ments dans son poème, notam­ment l’invention de la « simple mou­vante, et double et triple roue »29. Cette flat­te­rie n’empêchera pas Mau­clerc, ou plu­tôt « les manes » de celui-ci, d’étaler au grand jour des riva­li­tés bien réelles. Contant se voit non seule­ment accu­sé d’avoir pillé le cabi­net de l’architecte pour « ves­tir » le sien, mais encore on lui reproche son ingra­ti­tude : l’apothicaire aurait four­ni à Mau­clerc, en échange, des bulbes très com­muns qu’il aurait fait pas­ser pour hau­te­ment sin­gu­liers – pour mas­quer la super­che­rie, il en aurait cau­té­ri­sé les racines. Le mal­heu­reux Mau­clerc se serait alors retrou­vé, en fait de miri­fiques Lis de Perse, avec de vul­gaires Molys ! Un cer­tain nombre de tur­pi­tudes sont révé­lées par le pam­phlet30, et elles font cer­tai­ne­ment par­tie aus­si de la vie moins avouable d’une col­lec­tion.

La plus piquante des mau­vaises actions de Contant serait, à en croire le pam­phlé­taire de Leyde, d’avoir déro­bé un camé­léon à son confrère Mou­chaud en pré­tex­tant qu’un oiseau s’en serait empa­ré alors qu’il l’avait posé sur un rebord de fenêtre pour qu’il sèche ; le pam­phlet nous apprend aus­si que l’avidité de Contant l’aurait inci­té à ten­ter de sub­ti­li­ser une corne de rhi­no­cé­ros et un pied d’élan appar­te­nant à son ami Du Sin. Le col­lec­tion­neur semble n’avoir aucun scru­pule. Com­plé­ter sa col­lec­tion est impor­tant, notam­ment en consti­tuant des séries31.

Reve­nons à ce sujet au cas pra­tique du Lis de Perse évo­qué plus haut comme l’une des pommes de dis­corde entre Contant et le sieur du Ligne­ron. Ce der­nier affirme qu’en fait de Lis de Perse, Contant lui aurait offert des bulbes de Moly. Mais Contant pos­sède-t-il seule­ment des Lis de Perse ? L’index le laisse croire, annon­çant leur pré­sence, sans leur don­ner cepen­dant de numé­ro, ce qui est contraire à l’usage obser­vé pour les autres élé­ments de la col­lec­tion. Le texte, s’il place les Lis de Perse qua­si­ment au centre de la série des plantes, reste néan­moins ambi­gu :

Je te revere donc ô des belles, la belle,

Qui pour nous venir voir, ta mai­son pater­nelle

As libre­ment quit­té, croy belle qu’au plus beau

Et lieu plus eminent de mon Jar­din nou­veau

Je te don­ne­ray place, et pres de la Coronne

Des à present je veux que place l’on te donne.32

L’apothicaire réserve à la plante une place de choix dans ses plates-bandes, mais la for­mu­la­tion au futur peut lais­ser sup­po­ser qu’il n’en pos­sède pas encore. Si l’on exa­mine atten­ti­ve­ment le bou­quet gra­vé, on trouve effec­ti­ve­ment une plante qui n’a pas de numé­ro par­mi les bulbes, et il se pour­rait bien que ce soit le Lis de Perse, dépour­vu de numé­ro dans le bou­quet comme dans l’index. Pour­tant, après consul­ta­tion des dif­fé­rents her­biers de l’époque, il appa­raît que la plante des­si­née ici sans numé­ro au milieu des autres bulbes n’est pas un Lis de Perse. À vrai dire, les her­biers men­tionnent rare­ment cette plante nou­velle, et lorsqu’ils le font ils ne sont pas tous d’accord sur son iden­ti­fi­ca­tion, encore moins sur sa nomen­cla­ture, nou­veau­té oblige. Charles de L’Écluse (Rario­rum plan­ta­rum his­to­ria, 1601) appelle Lis de Perse une fleur à longue tige et à pétales ouverts en cou­ronne que beau­coup, notam­ment de l’Obel33, et Contant à sa suite, appellent la Cou­ronne impé­riale. De l’Obel, pour sa part, nomme Lis de Perse une fleur à longue tige mais à clo­chettes retom­bantes, plus proche de notre hya­cinthe actuelle. Il res­sort de ces obser­va­tions que ni de L’Écluse, ni de L’Obel, n’appellent la plante de Contant Lis de Perse. En revanche, la fleur sans numé­ro du bou­quet de Contant prend le nom de Hya­cin­thus poe­ti­cus chez de L’Obel (op. cit., p. 50), qui ajoute que c’est de L’Écluse qui la lui a fait décou­vrir. De L’Écluse la men­tionne aus­si, mais sans la clas­ser comme son confrère avec les hya­cinthes : on la trou­ve­ra dans sa flore par­mi les iris, comme le fera après lui l’Herbier de Basi­lius Bes­ler (1613)34. Cet Her­bier pré­sente l’avantage de mon­trer côte à côte les deux objets du litige : la fleur que Contant donne pour le Lis de Perse, appe­lée ici Iris Tube­ro­sa, et le Lis de Perse, tel que le nomme de L’Obel, que Contant ne pos­sède abso­lu­ment pas.

De ces obser­va­tions croi­sées res­sortent trois hypo­thèses. La pre­mière consiste à sup­po­ser que Contant nous ment, parce qu’il sou­haite faire croire qu’il pos­sède un Lis de Perse, fleur raris­sime dans les her­biers, et qu’on connaît encore rela­ti­ve­ment mal à l’époque – il est dès lors dif­fi­cile d’aller véri­fier l’authenticité du spé­ci­men –, ce qui lui confère indé­nia­ble­ment un sta­tut de curio­si­té. Ou alors Contant ne ment pas, mais de bonne foi – et comme il n’en sait évi­dem­ment pas plus que les bota­nistes les plus aver­tis sur cette fleur – il pense avoir un Lis de Perse, alors qu’il s’en est fait remettre un faux : un iris, au mieux une hya­cinthe. Enfin, il est pos­sible de sup­po­ser que, fai­sant fi des deux ver­sions savantes contra­dic­toires, l’apothicaire pro­pose ici avec audace sa propre nomen­cla­ture – en pré­sen­tant sa propre ver­sion du « Lis de Perse » – comme une sorte de défi scien­ti­fique, prise de posi­tion qui lui per­met de se poser comme savant plus encore que comme col­lec­tion­neur.

Les faux existent donc en bota­nique autant qu’en art, en une époque où le cours du Lis et celui de la Tulipe sont éle­vés et dis­pu­tés. Mais autant que les faux, et corol­laires de ceux-ci, existent encore toutes sortes d’incertitudes : les spé­ci­mens inédits repré­sentent les mys­tères et les curio­si­tés de la nature que les bota­nistes s’efforcent d’élucider dès le xvie siècle. Cette consta­ta­tion peut s’appliquer à tous les arte­facts, comme le dra­gon et cer­tains monstres. Voi­là qui illustre l’un des para­doxes inhé­rents à la consti­tu­tion d’une col­lec­tion, tri­bu­taire en effet des zones d’ombre de la science, de la van­tar­dise des uns et des autres, des filou­te­ries, de la volon­té de jeter de la poudre aux yeux du visi­teur.

Pour conclure, il faut rap­pe­ler que la col­lec­tion de Contant, peut-être ini­tiée par son père, est repré­sen­ta­tive à plus d’un titre des col­lec­tions poi­te­vines : la col­lec­tion est fami­liale, nour­rie par des voyages, appuyée sur des réseaux qui dépassent les fron­tières fran­çaises, mais qui sont aus­si avant tout soli­de­ment ancrés dans une vaste zone géo­gra­phique qui com­prend le Poi­tou, le Bas-Poi­tou, l’Aunis et la Sain­tonge, avec comme point névral­gique le port de La Rochelle, grâce auquel sont ache­mi­nés les pro­duits les plus loin­tains.

Y a-t-il des objets carac­té­ris­tiques dans ces col­lec­tions de la région poi­te­vine ? Il n’est pas de réponse pour le moment à cette ques­tion qui deman­de­rait un exa­men com­pa­ra­tif des inven­taires, les­quels au demeu­rant ne sont pas tou­jours fiables ni com­plets… Conten­tons-nous de sou­li­gner que la plu­part des col­lec­tions ren­con­trées ne sont pas prio­ri­tai­re­ment com­po­sées d’objets d’art, et s’intéressent de très près à l’histoire natu­relle. Contant est encore sur ce point un exemple signi­fi­ca­tif, à la fois ani­mé d’un esprit scien­ti­fique et capable de cer­taines com­pro­mis­sions, il est vic­time comme d’autres de contre­fa­çons, et sacri­fie sans peine sa déon­to­lo­gie au goût et aux plai­sirs du sen­sa­tion­nel.

Notes de bas de page

1 P. Contant, Le Jar­din, et Cabi­net poé­tique, pré­face de J. Céard, éta­blis­se­ment du texte, intro­duc­tion et notes par M. Mar­rache-Gou­raud et P. Mar­tin, Rennes, Presses Uni­ver­si­taires de Rennes, coll. “Textes rares”, 2004.
2 Liste publiée en annexe 5 de notre édi­tion du Jar­din, et Cabi­net poé­tique, p. 261–269.
3 Abra­hamGöl­nitz, Ulysses Bel­gi­co-Gal­li­cus, 1655 ; le pas­sage qui relate sa visite chez Contant est repro­duit dans notre édi­tion en annexe 6 (p. 270–271).
4 Michel Bégon, né en 1638, fut inten­dant de La Rochelle et amas­sa une col­lec­tion res­tée fameuse ; sa cor­res­pon­dance, édi­tée par Georges Duples­sis (Michel Bégon, Paris, 1874), nous ren­seigne sur le sou­ci récur­rent de la place libre sus­cep­tible d’accueillir de nou­veaux objets : « à force de mettre tous les jours quelque chose de nou­veau dans mon Cabi­net, je m’apercois qu’il com­mence fort à se rem­plir et que j’ay bien des choses fort belles. » (3 avril 1689), « Je vais actuel­le­ment bas­tir une Gale­rie qui don­ne­ra de nou­veaux agré­mens à mon Cabi­net qui est déjà un des plus beaux du Royaume. » (29 nov 1701).
5 Indice du cabi­net de Samuel Vey­rel apo­thi­caire à Xaintes, Bor­deaux, 1635 ; extrait du poème limi­naire « Sur le cabi­net de Samuel Vey­rel », signé P.T.B. ; nous sou­li­gnons.
6 Mais il existe tout de même de ces « inno­cens » cré­dules, comme l’indique le témoi­gnage de M. de Mon­co­nys sur les dupes des arti­fices de cer­tains cabi­nets de curio­si­tés : « je cher­chay chez les Mar­chands du port quelques curio­si­tez sans en trou­ver d’autres que des coquilles mediocres. Je fus voir chez un Ser­gent de Police un Basi­lic qu’il a, lequel il nomme Coca­tris. Il dit qu’estant petit gar­çon il l’a veu vif et l’a pris dans l’estable de chez son grand-pere. Il a le corps gros comme un ver à soye lors qu’il est en seve, deux aisles assez grandes de car­ti­lage, la teste cres­tée, et deux barbes au des­sous ; le bec d’oyseau fort bien fait comme un coq : au lieu de pieds il a deux petites peaux, qui finissent en pointe un peu plus bas que l’endroit où les oyseaux ont les pieds ; la queüe est d’un seul car­ti­lage fort long et tout entor­tillé, toute semée de petites arestes. Je l’examinay avec soin. Il n’y a aucun arti­fice, ny piece cou­suë ou col­lée, et ce n’est point de ces Raies contre­faites qu’on voit aux cabi­nets, et que les curieux font pas­ser aux inno­cens pour des Basi­lics. » ; le voya­geur aver­ti est alors à La Rochelle, et cette remarque date du 15 juillet 1645 (Jour­nal des voyages de Mon­sieur de Mon­co­nys, Pre­mière par­tie, Voyage de Por­tu­gal, Pro­vence, Ita­lie, Egypte, Syrie, Constan­ti­nople et Nato­lie, Lyon, 1665, p. 20–21).
7 Pour une étude détaillée, dont nous ne repren­drons ici que quelques-unes des conclu­sions, on se repor­te­ra à la pré­face de notre édi­tion du Jar­din, et Cabi­net poé­tique, p. 16–20.
8 L’if de Contant rend son jar­din aisé­ment repé­rable dans la ville, puisqu’il dit par exemple qu’« il s’en void un grand aux Carmes de ceste ville de Poic­tiers, et un autre en mon jar­din, et n’en sçache d’autres en ceste ville ny pays cir­con­voi­sins » (Contant, Com­men­taires sur Dios­co­ride, chap. XIX) ; son cyprès mâle, il dit l’avoir « de longue main en [son] jar­din, qui pro­duict tous les ans des fruicts nou­veaux » (ibid., chap. XX)… Et comme le lieu s’enorgueillit aus­si d’un cèdre du Liban et d’un sapin, le visi­teur, même étran­ger à la ville de Poi­tiers, ne risque pas de se trom­per de jar­din.
9 Nous devons cette remarque à Pierre Mar­tin, qui a pu iden­ti­fier cette dis­po­si­tion grâce à sa res­ti­tu­tion des cou­leurs sur la gra­vure du bou­quet.
10 Jean Fra­neau, Jar­din d’hyver ou Cabi­net des fleurs, Douai, 1616.
11 « […] dans Padoüe, dans le jar­din public de la Mede­cine, qui est la Sei­gneu­rie de Venise, comme je l’ay veu en l’an mil cinq cents quatre vengts deux, estant à Padoüe avec le fameux et incom­pa­rable en sa pro­fes­sion, le sieur Fran­çois Car­ré maistre Apo­thi­caire de ceste ville de Poic­tiers, ou par bon-heur nous avons voya­gé ensemble en toute l’Italie, et se sou­vien­dra ledit sieur Car­ré que le docte l’Anguillare, pour lors gar­dien dudit jar­din, et en grand répu­ta­tion en la congnois­sance des simples, nous recueillit avec beau­coup de conten­te­ment, et nous fit paroistre à l’un et l’autre, com­bien il avoit à gré nostre ren­contre, nous don­nant toute liber­té de prendre et cueillir ce que nous vou­drions de son magni­fique jar­din… » (Contant, Com­men­taires sur Dios­co­ride, chap. xxxix).
12 Sur cette planche d’Antoine Ser­ru­rier on peut iden­ti­fier la place don­née aux dif­fé­rentes espèces de fleurs, et l’on repère éga­le­ment les sta­tues dans les niches, au fond du jar­din.
13 Le guide cata­logue du jar­din de Padoue est publié par Gero­la­mo Por­ro en 1591, alors que le jar­din, fon­dé en 1545, est encore inache­vé. Le texte (G. Por­ro, L’orto dei sem­pli­ci di Pado­va, Venise, 1591) est cité par A. Lugli (Natu­ra­lia et mira­bi­lia. Les cabi­nets de curio­si­tés en Europe, Paris, Adam Biro, 1998, p. 154).
14 Nous res­ti­tuons ici quelques hypo­thèses éma­nant des dis­cus­sions ani­mées de la jour­née d’étude de février 2004, au cours de laquelle ce sujet fut extrê­me­ment débat­tu.
15 L’exemple le plus fameux est sans doute celui de Johannes Ken­te­man (1565).
16 Contant témoigne de cette pra­tique : « Je sçay bien que Fer­rand fameux Apo­ti­caire / Fer­rand Impe­ra­tor de Naples la lumiere / L’honneur des Cabi­nets n’emporte plus d’honneur / Que moy en fai­sant voir gra­tis et de bon cœur / A tous son Cabi­net » (addi­tion de 1628, citée dans notre édi­tion p. 301).
17 Op. cit., ibid.
18 Voir à ce sujet les déve­lop­pe­ments d’A. Schnap­per à pro­pos des oiseaux de para­dis (Le Géant, la licorne, la tulipe, Paris, Flam­ma­rion, 1988, p. 80–81).
19 Ce déve­lop­pe­ment est insé­ré lorsque Paul Contant parle des ané­mones (p 131).
20 Le Cabi­net des fleurs, p. 171–172.
21 Ce sont les ané­mones qui parlent.
22 Le Jar­din, et Cabi­net poé­tique, p. 125–127.
23Nous ne savons pas pré­ci­sé­ment quels ont été ces « pre­sans […] de prix ines­ti­mable ». Peut-être s’agit-il du col­lier amé­ri­cain fait à par­tir de dents d’ennemis vain­cus, élé­ment pré­sent dans les inven­taires des deux col­lec­tion­neurs, ou encore de ce que Contant appelle ses « alii fruc­tus exo­ti­ci a me igno­ti, num. 20 » (20 autres fruits exo­tiques incon­nus de moi), que l’on retrouve dans la liste de Vey­rel sous l’appellation « Fruc­tuum per­egri­no­rum inco­gni­to­rum 24. spe­cies » (24 espèces de fruits étran­gers incon­nus). D’autres élé­ments sont com­muns aux deux inven­taires ; Vey­rel ayant une cer­taine pré­di­lec­tion pour les fos­siles, on peut sup­po­ser qu’il en a four­ni à Contant.
24 Addi­tion de 1628, p. 301.
25 Les infor­ma­tions concer­nant Fon­te­nay-le-Comte sont livrées par Ben­ja­min Fillon et Octave de Roche­brune dans Poi­tou et Ven­dée, Etudes his­to­riques et artis­tiques, Mar­seille, Jeanne Laf­fitte, 1981, t. 1 (réim­pres­sion de l’édition de Niort, 1887).
26 Hubert Gölt­zius, C. Iulius Cae­sar sive his­to­riae impe­ra­to­rum Cae­sa­rumque Roma­no­rum ex anti­quis numis­ma­ti­bus res­ti­tu­tae, 1573 ; dans le second volume, la liste où appa­raissent les noms des col­lec­tion­neurs pos­sé­dant un cabi­net de médailles en France – men­tion­nant notam­ment Bris­son à Paris et Tira­queau à Bor­deaux – est datée de 1560.
27 Il s’agit du fils aîné d’André Tira­queau, qui hérite d’une par­tie inté­res­sante de la col­lec­tion com­men­cée par son père, tan­dis que son frère André n’a appa­rem­ment en par­tage que les médailles.
28 André de Rivau­deau, Œuvres, Diverses Poé­sies, « Hymne de Marie Tira­queau », Poi­tiers, N. Loge­roys, 1566 (p. 149–150).
29 Voir p. 233 de notre édi­tion ; le titre du trai­té d’architecture, paru à La Rochelle en 1600, était for­mu­lé comme suit : Le Pre­mier Livre d’Architecture de Julien Mau­clerc Gen­til-homme Poi­te­vin Sei­gneur du Ligne­ron Mau­clerc, La Bros­sar­diere et Reman­guis, pres Apre­mont sur Vie, Paroisse de Coesc et du Fenoiller, Traic­tant tant de l’ordre Tus­ca­nique, Doricque, Ionique, Corinthe, que Com­po­site. Aux cinq pre­miers Cha­pitres duquel se ver­ra la vraie pro­por­tion des Colonnes de cha­cun ordre, selon l’usage des plus memo­rables Antiques : Accom­paigne ledict pre­mier Livre traic­tant de ladicte Tus­ca­nique, pre­miere en ordre, de tous les membres par­ti­cu­liers requis à un Temple, Chas­teau, Palais, For­te­resse ou Logis par­ti­cu­lier, bien ordon­né, comme de Portes, Croi­sées, Lucarnes, Che­mi­nées […]. Le Tout dis­tin­gué par pour­traicts par­ti­cu­liers en pers­pec­tive […]. Sur la fin duquel se trou­ve­ra les pour­traicts en pers­pec­tive des deux pro­po­si­tions suy­vantes. La pre­miere ; D’Avoir trou­vé l’invention cer­taine de faire une For­te­resse ronde, qui se pour­ra flan­quer de toutes parts, sans Bas­tion, Pla­te­forme, ne Tenaille, et com­po­sée de tel arti­fice, qu’elle ne pour­ra estre recon­gneue, ne les def­fences abba­tues, et par consequent impre­nable de force. La seconde une autre belle et admi­rable inven­tion ; L’adjonction de deux viz sans fin, avecques trois ydrau­liques, menees par une simple-double-triple roüe, com­po­see de tel arti­fice, qu’elle se mou­ve­ra de soy-mesme, par revo­lu­tion per­pe­tuelle, tant que la matiere, de laquelle elle sera fabri­quee, pour­ra durer, et mou­ve­ra les­dictes viz, pour esle­ver les eaux dor­mantes à telle hau­teur que l’on vou­dra. Contant reprend presque mot pour mot cer­tains pas­sages de ce titre.
30 Nous citons quelques pas­sages signi­fi­ca­tifs du pam­phlet dans notre édi­tion, en annexe 7 (p. 272–292).
31 De nom­breuses séries appa­raissent dans la liste de l’Exa­goge, celle des Aiguilles notam­ment, ou celle des Bois de san­tal : « San­da­li 3. gene­ra. », qui sont réper­to­riés de la même façon, par trois, chez Clu­sius : « tria sunt san­da­li gene­ra, Rubrum, Album, Pal­li­dum, quod Citri­num offi­ci­nae vocant. » (Exo­ti­co­rum libri decem, 1605, Livre i, ch. 17 « De San­da­lo », p. 173 ; nous sou­li­gnons ).
32 P 121 ; nous sou­li­gnons.
33 Voir Mathias de L’Obel, Obser­va­tiones plan­ta­rum, seu stir­pium his­to­ria, Anvers, C. Plan­tin, 1576.
34 Pour l’Hor­tus Eys­tet­ten­sis, nous avons consul­té quelques repro­duc­tions dans l’édition sui­vante : L’herbier de Basi­lius Bes­ler, éd. G. Aymo­nin, Paris, Biblio­thèque de l’image, 2002 (les fleurs citées plus loin sont repro­duites p. 19).