Programme de la 2e journée d'étude du cycle "Les mots de la science à la Renaissance"

 

Cycle de journées d’études : « Les mots de la science à la Renaissance »

 

Journée 2

 

Vision, observation, autopsie…

Le regard savant vu par ses mots

 

Jour­née d’étude inter­na­tio­nale

 20 mai 2014

Facul­té des Lettres et Sciences Humaines Vic­tor-Sega­len

20, rue Duquesne — 29200 BREST

Salle du conseil – C 219

 

Orga­ni­sa­tion : Myriam MARRACHE-GOURAUD (UBO – HCTI)

et Vio­laine GIACOMOTTO-CHARRA (Bor­deaux 3 – MSHA)

  

Pro­gramme

"Combien que les aveugles puissent philosopher et contempler les choses, les pensant en leur esprit, si est-ce qu’il y a des choses en nature qu’il faut necessairement avoir veues pour en avoir la science." (Pierre Belon)

 

 

9h Myriam Mar­rache-Gou­raud (Uni­ver­si­té de Bre­tagne Occi­den­tale, HCTI) et Vio­laine Gia­co­mot­to-Char­ra (Uni­ver­si­té Bor­deaux 3, Centre Mon­taigne)

Ouver­ture de la jour­née

 

Mati­née 

Le regard des méde­cins et des natu­ra­listes

 

9h20 Emma­nuelle Lacore-Mar­tin (Uni­ver­si­ty of Edin­burgh, Royaume Uni)

Le regard de l’anatomiste : de l’immatérialité de la vue à la véri­té du dis­cours scien­ti­fique dans les Ope­ra ana­to­mi­ca et le Dis­cours de la conser­va­tion de la veue, des mala­dies mélan­cho­liques, des catarrhes et de la vieillesse d’André du Lau­rens

9h50 dis­cus­sion

 

10h Ophé­lie Cha­va­roche (Cor­nell Uni­ver­si­ty, USA)

Images spé­cu­laires : Voir et être vu dans les trai­tés d’obstétrique à la fin de la Renais­sance

10h30 dis­cus­sion

 

10h40 pause

 

11h Fran­çoise Veillet (Uni­ver­si­té de Bre­tagne Occi­den­tale, Centre Fran­çois Viète)

Ambroise Paré : la dif­fu­sion du mes­sage scien­ti­fique par le texte, l’image et son com­men­taire.

11h30 dis­cus­sion

 

11h40 Phi­lippe Glar­don (Uni­ver­si­té de Lau­sanne, Suisse)

Le rôle de nota dans la des­crip­tion natu­ra­liste argu­men­ta­tive des trai­tés d’histoire natu­relle du XVIe siècle

12h10 dis­cus­sion

 

12h30 déjeu­ner

 

Après-midi

Pul­sions sco­piques, spé­ci­fi­ci­tés du regard comme mode d’approche scien­ti­fique

 

14h : Benoît Jean­jean (UBO, HCTI)

Les pages limi­naires du Thea­trum orbis ter­ra­rum d'Ortelius, édi­tion latine de 1595 : vision du monde ou image de l'auteur ?

 

14h20 dis­cus­sion

 

14h30 Del­phine Toquet (ENIB — Ecole natio­nale d'Ingénieurs de Brest, Tech­no­pôle Brest-Iroise)

Vues de Bacon et sur Bacon : jeux d’optique, jeux de miroir.

15h00 dis­cus­sion

 

15h10 pause

 

15h30 Gré­go­ry Cham­bon (Uni­ver­si­té de Bre­tagne Occi­den­tale, Centre Fran­çois Viète)

His­to­rio­gra­phie du déchif­fre­ment de l'écriture cunéi­forme par les savants de la Renais­sance.

16h dis­cus­sion

 

16h10 David Banks (Uni­ver­si­té de Bre­tagne Occi­den­tale, HCTI / ERLA)

Le pro­cès de per­cep­tion dans l’article savant à la fin du dix-sep­tième siècle.

16h40 dis­cus­sion et conclu­sions

 

 

Infor­ma­tions com­plé­men­taires sur le cycle de jour­nées d’études « Les mots de la science à la Renais­sance » : http://www.msha.fr/formesdusavoir/

 

Deux fichiers pdf à télé­char­ger :

Affiche 20 Mai 2014

Pro­gramme 20 mai 2014

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Pour mémoire : Appel à com­mu­ni­ca­tions pour la seconde jour­née

Brest, 20 mai 2014

« Vision, obser­va­tion, autop­sie : le regard scien­ti­fique et ses mots à la Renais­sance »

 La seconde jour­née se pro­pose d’étudier le lexique scien­ti­fique atta­ché au regard dans les sciences : vision, obser­va­tion, autop­sie, et de mesu­rer quel est le sens pré­cis que cha­cun (savant, homme de cabi­net ou voya­geur, méde­cin, natu­ra­liste ou astro­nome…) donne aux mots qui décrivent le regard ou le rôle qu’ils lui confèrent dans la recherche. La pers­pec­tive adop­tée est tou­jours réso­lu­ment inter­dis­ci­pli­naire, afin de com­prendre quelle charge séman­tique ces mots peuvent prendre selon qu’ils sont pro­non­cés ou écrits dans un cadre scien­ti­fique ou phi­lo­so­phique, voire réin­ves­tis dans des formes lit­té­raires dont l’enjeu reste la divul­ga­tion de la science (poé­sie phi­lo­so­phique, astro­no­mique, par exemple). Le natu­ra­liste Pierre Belon est caté­go­rique :

 

Com­bien que les aveugles puissent phi­lo­so­pher et contem­pler les choses, les pen­sant en leur esprit, si est-ce qu’il y a des choses en nature qu’il faut neces­sai­re­ment avoir veues pour en avoir la science.

 

Ce fai­sant, il dis­tingue deux voies de la connais­sance : par l’esprit – c’est-à-dire par le rai­son­ne­ment et l’intellect – et « par ce qui s’offre tout mani­feste à noz sens ». Ces deux aspects com­plé­men­taires, par la pen­sée et l’usage de la rai­son d’une part, et par l’observation du réel d’autre part, semblent indis­so­ciables pour accé­der à une sai­sie scien­ti­fique des objets que l’on étu­die (« pour en avoir la science »). Il oppose ain­si deux figures majeures, Démo­crite et Aris­tote : Démo­crite, modèle dont il se détourne parce qu’il « se pri­va volon­tai­re­ment de la lumiere de ses yeulx, sans avoir aucune autre occa­sion évi­dente de ce faire, sinon que, se vou­lant deli­vrer des empes­che­mens qui adviennent à ceulx qui voyent clair, pen­sa que les dis­cours qu’il pre­ten­doit faire à son plai­sir en seroyent plus hau­tains et exquis, et auroit son esprit plus à delivre, s’estant osté l’empeschement qui pro­vient par la lumière des yeux » ; Aris­tote, au contraire, consti­tue une réfé­rence pour Belon, en ce que le phi­lo­sophe grec par­vient au plus haut degré de science en pri­vi­lé­giant la connais­sance des faits de nature, ce qu’« il n’eust sçeu faire sans l’observation ocu­laire du natu­rel des ani­maux ».

À une époque où l’on ne se contente plus, dans les dis­ci­plines savantes, de la lec­ture des sources antiques, mais où celles-ci sont sou­vent pas­sées au crible de l’observation per­son­nelle in situ jugée tou­jours plus fiable qu’une connais­sance reçue par « ouï-dire » , et où l’on n’hésite pas à effec­tuer de longs voyages pour se rendre compte « par soi-même » et « au vif » des réa­li­tés que l’on sou­haite étu­dier ou que l’on est char­gé d’observer pour le compte d’un roi ou des pre­mières ins­ti­tu­tions et col­lec­tions, les mots qui défi­nissent le regard du savant ou du curieux sont ame­nés à jouer un rôle cru­cial, non seule­ment pour « dire » mais pour per­mettre à celui qui n’a pas vu de par­ta­ger ce savoir et de l’acquérir par les mots (innu­trire disait Mon­taigne).

On s’attachera donc à en com­prendre le ou les sens des dif­fé­rents mots liés au regard selon leur contexte d’apparition, que ce soit dans les récits de voyages, les ouvrages de méde­cine, les trai­tés d’astronomie, de bota­nique, de zoo­lo­gie et plus géné­ra­le­ment tout ouvrage lié à l’exposé tex­tuel de la science. Il impor­te­ra éga­le­ment de s’interroger sur la manière dont ces termes, qui impliquent des méthodes nou­velles, bous­culent les hié­rar­chies exis­tantes dans les tech­niques des savants autant que dans la révé­rence due aux caté­go­ries antiques, et prennent une valeur opé­ra­toire pour remettre en ques­tion la notion même de véri­té, d’une manière dont nous sommes aujourd’hui sans doute les héri­tiers. Elles engagent en effet de nou­velles pra­tiques savantes, et engendrent de nou­veaux lieux pour l’exercice des savoirs (amphi­théâtre, labo­ra­toires, cabi­nets…), dans les­quels le rôle du regard est essen­tiel, ain­si que de nou­veaux publics. On devra véri­fier si l’évolution de ces mots a en outre des consé­quences sur la concep­tion du livre, si d’une part, le sta­tut de l’illustration, ses tech­niques et sa valeur de repré­sen­ta­tion du réel vont en être modi­fiés, et d’autre part, sur quelles bases réelles de l’observation, des genres que la cri­tique a long­temps pré­sen­tés comme nou­veaux, tel le genre des Obser­va­tiones en méde­cine, sont fon­dés.

Apprendre, savoir, ain­si, ne vont pas sans voir, aus­si vrai que Pan­ta­gruel, qui mani­feste un « appé­tit stri­dent » de savoir, est dit « desy­rant tous jours veoir et tous jours apprendre ». Les décou­vertes et les évo­lu­tions scien­ti­fiques de la Renais­sance semblent par­ti­cu­liè­re­ment liées à la ques­tion de l’observation, et de la dif­fu­sion des images qui en sont issues.

Les pro­po­si­tions de com­mu­ni­ca­tion pour­ront donc por­ter sur des ques­tions atta­chées au texte aus­si bien qu’à l’image, quand cette der­nière entre dans le cadre pré­cis d’une contro­verse savante liée à l’observation ou pour défi­nir l’organe et le méca­nisme (trai­tés d’optique) de la vision. L’étude du lexique de la vision chez un auteur pré­cis peut être envi­sa­gée, afin de faire res­sor­tir la varié­té et la com­plé­men­ta­ri­té des mots et de leurs déve­lop­pe­ments séman­tiques, comme on pour­ra évo­quer des contextes lexi­co­lo­giques plus larges, en dia­chro­nie par exemple, pour mesu­rer les évo­lu­tions per­cep­tibles de la langue latine à la langue et aux usages ver­na­cu­laires, ou en com­pa­rant l’usage d’un même mot chez plu­sieurs auteurs, dans plu­sieurs dis­ci­plines ou dans des dic­tion­naires. Il sera bon de s’interroger sur les concep­tions du regard qu’impliquent la charge notion­nelle des mots qui le dési­gnent, en par­ti­cu­lier les dif­fé­rentes manières selon les­quelles la vision  est consi­dé­rée comme voie d’accès aux savoirs, ain­si que son arti­cu­la­tion avec la notion de repré­sen­ta­tion (« por­trait », « arran­ge­ment », « des­crip­tion », « au natu­rel », « au vif »…), ces quelques sug­ges­tions n’ayant rien d’exhaustif.

 

Les pro­po­si­tions de com­mu­ni­ca­tion, accom­pa­gnées d’un bref résu­mé, doivent être ren­voyées à Myriam Mar­rache-Gou­raud (myriam.marrache-gouraud@univ-brest.fr) et à Vio­laine Gia­co­mot­to-Char­ra (violaine.giacomotto@u-bordeaux3.fr) avant le 15 mars 2014.