Cet article de Marie-Élisabeth Boutroue a été originellement publié dans « Curiosité et cabinets de curiosités », Neuilly, Atlande, 2004, p. 43-63.

 

Les cabi­nets de curio­si­tés, qu’il s’agisse de ceux de la Renais­sance ou de ceux qui ont sui­vi jusqu’au xviiie siècle, ont lar­ge­ment inté­res­sé la cri­tique. Cer­tains d’entre eux sont jus­te­ment célèbres, tant en rai­son de leur richesse que des per­son­na­li­tés qui les ont conçus ou visi­tés ; d’autres, plus limi­tés, ont beau­coup moins inté­res­sé les his­to­riens1. Avant d’envisager le cas par­ti­cu­lier d’Ulisse Aldro­van­di, il convient cepen­dant de remar­quer qu’il existe de nom­breux textes expli­ci­tant le pro­gramme épis­té­mo­lo­gique de ces col­lec­tions2 : j’en retien­drai deux, tar­difs, qui ne sont pas les plus fré­quem­ment convo­qués mais qui ont été écrits par de bons connais­seurs de la ques­tion. Le pre­mier émane du natu­ra­liste Buf­fon et se trouve dans le pre­mier dis­cours sur l’His­toire natu­relle3:

la plu­part de ceux qui, sans aucune étude pré­cé­dente de l’histoire natu­relle, veulent avoir des cabi­nets de ce genre, sont de ces per­sonnes aisées, peu occu­pées, qui cherchent à s’amuser, et regardent comme un mérite d’être mises au rang des curieux ; ces gens-là com­mencent par ache­ter sans choix tout ce qui leur frappe les yeux ; ils ont l’air de dési­rer avec pas­sion les choses qu’on leur dit être rares et extra­or­di­naires, ils les estiment au prix qu’ils les ont acquises, ils arrangent le tout avec com­plai­sance, ou l’entassent avec confu­sion, et finissent bien­tôt par s’en dégoû­ter : d’autres au contraire, et ce sont les plus savants, après s’être rem­pli la tête de noms, de phrases, de méthodes par­ti­cu­lières, viennent à en adop­ter quelqu’une, ou s’occuper à en faire une nou­velle, et tra­vaillant ain­si toute leur vie sur une même ligne et dans une fausse direc­tion, et vou­lant tout rame­ner à leur point de vue par­ti­cu­lier, ils se rétré­cissent l’esprit, cessent de voir les objets tels qu’ils sont et finissent par embar­ras­ser la science, à la char­ger du poids étran­ger de toutes leurs idées.

Cette pré­sen­ta­tion de la réa­li­té des cabi­nets de curio­si­tés est sévère, la répro­ba­tion de Buf­fon devant des entre­prises vaines ou intel­lec­tuel­le­ment contes­tables est tan­gible. Quelles que soient les per­sonnes visées par Buf­fon dans ce texte, la dimen­sion mon­daine du cabi­net de curio­si­tés est une réa­li­té incon­tes­table de son temps. Et, au-delà des riches col­lec­tion­neurs connus au xviiie siècle, c’est bien la ques­tion du sens de la col­lec­tion et de son inté­gra­tion dans une méthode de pen­sée scien­ti­fique qui est ici posée.

Le second texte, peu connu semble-t-il, qui évoque le pro­blème du sens de la col­lec­tion vient d’un dia­logue fic­tif publié par Pao­lo Boc­cone en 16714. Ce dia­logue a des visées pro­pre­ment publi­ci­taires ; son but est de mettre en évi­dence les qua­li­tés scien­ti­fiques et péda­go­giques de façon à obte­nir un mécé­nat et il anti­cipe assez net­te­ment sur les cri­tiques de Buf­fon. Voi­ci ce qu’écrit ce bota­niste ita­lien du xviie siècle ; c’est un sei­gneur non iden­ti­fié qui s’exprime le pre­mier :

Reve­nons main­te­nant à nostre dis­cours sur la Phy­sique : J’ay des­sein d’amasser, et for­mer un Cabi­net curieux, afin que les gens d’estudes puissent exa­mi­ner dili­gem­ment toutes les choses natu­relles, qui peuvent ser­vir, tant à la phy­sique qu’à la Mede­cine.

Mon­sei­gneur, vous vous acquer­rez en cela une repu­ta­tion digne de vous, en tra­vaillant aus­si pour le bien public, et je m’asseure que tout le monde fera des vœux pour vostre pros­pe­ri­té.

Mon­sieur, vous qui avez quelque connois­sance en ces choses, je vous prie de me don­ner un moyen pour y bien reus­sir, et me dites de quelle manière vous vous com­por­te­riez s’il vous fal­loit faire de mesme ?

Mon­sei­gneur, pour vous obeir, je vous diray que cela seroit dif­fi­cile à toutes autres per­sonnes qu’à sa Majes­té, parce qu’elle a des Ministres et sujets de grande conduite, et bien enten­dus, où à quelque per­sonne de la pre­mière qua­li­té comme vous, Mon­sieur, je vous assure que si vous aviez entre­pris ce des­sein vous en vien­driez faci­le­ment à bout : Car si des per­sonnes pri­vées comme Impe­ra­tus et Cal­ceo­la­rius ont fait un assez beau recueil de ces choses exquises, à plus forte rai­son vous, Mon­sei­gneur, à Paris où la poli­tesse et l’abondance de toutes ces choses rares et curieuses règnent depuis si long temps.

Des­cen­dons au par­ti­cu­lier, et voyons com­ment vous vous y com­por­te­riez.

Pre­mie­re­ment, Mon­sei­gneur, je ferois cher­cher par toute la France, vers la marine, dans la cam­pagne, dans les lieux où il y a des cabi­nets curieux, comme celuy de Mon­sieur Dhuis­seau à Sau­mur, et de Mon­sieur Gra­bu­sat à Lyon5, pour faire venir tout à Paris, et non seule­ment des terres, des coquilles, des ani­maux, des petri­fi­ca­tions ; mais encore ces monstres, et d’autres curio­si­tez dignes d’être exa­mi­nées selon ce qui se lit dans huit livres de Dios­co­ride, Pareus, Aldro­van­dus, Cal­ceo­la­rius, Cae­sal­pi­nus, Ges­ne­rus, Ron­de­le­tius, Bel­lo­nius, Impe­ra­tus, Wor­mius, Cae­sius, et autres sem­blables6.

On ne peut bien per­fec­tion­ner l’estude des choses de la Nature, qu’en les exa­mi­nant dans le natu­rel, et dans l’original par des expe­riences fre­quentes ; Ain­si vous avez fort bien fait de pen­ser à ramas­ser tous les mate­riaux ; il fau­dra employer des gens sça­vans et adroits, pour voyages, tant dedans que dehors le Royaume, et par ce moyen on décou­vri­ra diverses choses rares et curieuses.

Pour faire voir la neces­si­té de cette recherche, on doit consi­de­rer, qu’il y a plu­sieurs années qu’on ne sça­voit point, qu’il y eust en France des Mines d’Ametiste, et d’autres pierres dures, et cepen­dant on en a décou­vert quan­ti­té. Apres cela, le com­merce que la France a dans l’Inde peut rendre cette recherche plus eten­duë et plus utile.

Vous m’avez satis­fait, et je me sou­vien­dray de vous à la pre­mière occa­sion.

J’ai eu l’occasion ailleurs de com­men­ter ce texte dont l’importance n’avait pas échap­pé à la lec­ture sagace de Pau­la Find­len7. Outre le des­sein de publi­ci­té per­son­nelle qui est une spé­cia­li­té de Pau­lo Boc­cone8, on en retien­dra plu­sieurs idées com­plé­men­taires par­mi les­quelles la men­tion de cabi­nets datant d’une époque anté­rieure à celle du natu­ra­liste sici­lien, mais appa­rem­ment encore exem­plaires de son temps. Les deux col­lec­tions citées, celle de Fer­rante Impe­ra­to et celle de Fran­ces­co Cal­zo­la­ri, remontent en effet à la fin du xvie siècle. La deuxième idée à rete­nir de cet ensemble est celle de l’utilité de telles col­lec­tions entre échan­tillon­nage de la nature et mani­fes­ta­tion osten­ta­toire de curio­si­tés mon­daines. Comme lieu de visite, le dis­cours de Pao­lo Boc­cone décrit un lieu ouvert au public, au moins invi­té, autant qu’un lieu de tra­vail et d’observation pour les savants. La der­nière idée qui retient mon atten­tion dans ce texte concerne le rap­port com­plexe entre les livres et les objets. Dans les livres de réfé­rences cités par Boc­cone figurent tous les ouvrages qui consti­tuent un outil de tra­vail pour les natu­ra­listes de la Renais­sance et du xviie siècle. Je note en outre que, si l’on excepte Dios­co­ride, auteur antique que tous les bota­nistes ont en effet consul­té depuis le haut Moyen-Âge jusqu’à la période qui est celle de Boc­cone9, nombre des auteurs modernes ensuite men­tion­nés ont été eux-mêmes les heu­reux pro­prié­taires de col­lec­tions par­ti­cu­lières. Ailleurs, le dia­logue fic­tif de Boc­cone et du grand sei­gneur oblige à rela­ti­vi­ser la pré­émi­nence de l’expérience sur le livresque, pré­émi­nence sur laquelle insiste P. Find­len10. La méthode d’examen des plantes soi­gneu­se­ment décrite par Boc­cone asso­cie étroi­te­ment l’examen direct des plantes et les réfé­rences lit­té­raires qui fondent la connais­sance livresque d’un végé­tal. Même si l’on attri­bue un sens péda­go­gique à ce texte, il reste de l’ordre du pro­gramme métho­do­lo­gique. L’expérience n’est jamais exclu­sive du texte. L’importance du phé­no­mène de la col­lec­tion a été bien mise en évi­dence pour la seule ville de Bologne par une étude récente de Raf­fael­la Mor­sel­li qui dresse, en quelque sorte, l’inventaire des inven­taires de col­lec­tions bolo­naises pour le xviie siècle11. Fon­dée sur le dépouille­ment des archives de soixante-dix notaires, cette étude des inven­taires après décès abou­tit à un livre de plus de cinq cents pages. C’est dire si la col­lec­tion consti­tue un phé­no­mène majeur de l’époque ; c’est aus­si mon­trer à quel point elle par­ti­cipe de l’univers cultu­rel de la socié­té culti­vée ita­lienne. C’est sur l’une des plus impor­tantes d’entre elles qu’il convient ici de s’arrêter : celle du natu­ra­liste bolo­nais Ulisse Aldro­van­di, méde­cin de la seconde moi­tié du xvie siècle.

La lit­té­ra­ture cri­tique sur Ulisse Aldro­van­di est l’une des plus abon­dantes sur le sujet12. La cri­tique, depuis le xviie siècle et jusqu’à aujourd’hui, a lar­ge­ment com­men­té la ques­tion de la consti­tu­tion de la col­lec­tion du méde­cin de Bologne. De nom­breux tra­vaux ont bien mon­tré les spé­ci­fi­ci­tés du musée Aldro­van­di qui demeure encore aujourd’hui l’un des mieux connus du monde scien­ti­fique ita­lien de la fin de la Renais­sance. Cette noto­rié­té du musée Aldro­van­di s’explique de plu­sieurs façons. La pre­mière expli­ca­tion vient de son excep­tion­nelle éten­due. À coup sûr, il s’agit d’une col­lec­tion pri­vée par­mi les plus impor­tantes de l’époque, si l’on excepte les col­lec­tions prin­cières ou royales et celles du pape. Mais il s’agit aus­si d’une col­lec­tion qui appar­tient de plein droit à un dis­po­si­tif de construc­tion du savoir scien­ti­fique. Aldro­van­di ne se contente jamais d’accumuler les objets : comme l’ont très bien mon­tré nombre de spé­cia­listes, il les décrit, il les classe et il les uti­lise au fil de ses trai­tés, publiés ou res­tés inédits. C’est pour ma part ce der­nier aspect qui m’intéresse le plus, celui des rap­ports étroits entre l’érudition livresque et la col­lec­tion de rea­lia13. On doit au sou­ci d’explicitation sys­té­ma­tique mani­fes­té par le natu­ra­liste bolo­nais de dis­po­ser de nombre de textes consti­tuant au fil du temps une sorte de dis­cours de la méthode du musée, pour son propre usage autant que pour les visi­teurs et les cor­res­pon­dants ; et c’est de l’un des plus impor­tants de ces textes qu’il convient de par­tir pour com­men­cer le che­min.

Ulisse Aldro­van­di, comme d’autres pos­ses­seurs de cabi­nets de curio­si­tés, s’est inté­res­sé aux pro­blèmes de l’organisation et du sens du ras­sem­ble­ment de sa col­lec­tion14. Cette réflexion s’exprime par­ti­cu­liè­re­ment dans un texte inti­tu­lé Dis­cor­so natu­rale di Ulisse Aldro­van­di, phi­lo­so­pho e medi­co, nel quale si ragio­na in gene­rale del suo museo et delle fatiche da lui usate per rau­nare da varie par­ti del mon­do, qua­si in thea­tro di natu­ra, tutte le cose che in quel­lo sono : et bre­ve­mente si dis­crive il modo di poter­si rac­corre insieme facil­mente da cias­cu­no tutte le cose sub­lu­na­ri, come piante, ani­ma­li et varie cose mine­ra­li ; et insiem toc­ca il modo di sco­pi­ri la cog­ni­tion d’alcuni medi­ca­men­ti incer­ti e dub­bii on non poca uti­li­tà non solo de medi­ci, ma d’ogn’altro stu­dio­so. Le texte est adres­sé à Gia­co­mo Bon­com­pa­gni15.

Ce texte n’est pas un inédit. De nom­breux his­to­riens en ont déjà remar­qué l’intérêt et il a fait l’objet d’une trans­crip­tion, d’une édi­tion et d’un com­men­taire par les soins de San­dra Tugno­li-Pat­ta­ro, en annexe d’un ouvrage publié en 198116. Ce texte étant essen­tiel, je com­mence par en rete­nir rapi­de­ment quelques élé­ments au fil du texte. À juste titre, San­dra Tugno­li Pat­ta­ro sou­ligne que le musée d’Aldrovandi est appe­lé micro­cosme par le natu­ra­liste et qu’il s’agit de ras­sem­bler en un même lieu les divers objets exem­plaires du monde réel. Aldro­van­di com­mence en effet par cette idée17 :

Ces objets, pour la plus grande par­tie, sont ras­sem­blés et pré­sen­tés devant les yeux, non seule­ment les objets réels, mais encore les objets peints, des­si­nés d’après le vivant dans mon petit monde de nature, que nuit et jour, sans céder ni à la dépense ni à la fatigue, de toutes mes forces, je cherche à enri­chir et embel­lir, cer­tain que cette par­tie du savoir a tou­jours été dési­rée par notre grand phi­lo­sophe comme une par­tie très rare et très pré­cieuse entre tous les autres sujets qu’il trai­ta dans sa phi­lo­so­phie uni­ver­selle des choses pro­duites par la nature riche et ingé­nieuse.18

La pré­sen­ta­tion du musée, pla­cé sous l’autorité incon­tes­table d’Aristote, se défi­nit dès l’abord comme une sorte de réduc­tion du monde natu­rel. La suite du texte, comme l’annonce cette courte intro­duc­tion, contient en effet un expo­sé de l’organisation du monde qui a pour corol­laire la typo­lo­gie des objets conte­nus dans le musée. L’ordre de l’exposé n’est pas seule­ment topo­lo­gique ; il ajoute à la défi­ni­tion des caté­go­ries d’objets un ordre crois­sant de l’état de la per­fec­tion des objets qui orga­nise dou­ble­ment le monde natu­rel phy­sique et sa per­fec­tion phy­sique et méta­phy­sique. Les plantes, moins par­faites que les ani­maux sont elles-mêmes pré­sen­tées dans un ordre crois­sant de sophis­ti­ca­tion mor­pho­lo­gique19 :

Donc, je dis que le nombre de plantes que j’ai obser­vées jusqu’ici, entre les plantes par­faites et les plantes impar­faites, avoi­sine les cinq mille.

Com­men­çons par les impar­faites qui sont de cette nature parce qu’elles n’ont pas de feuilles. Tels sont les truffes, les cèpes, les plu­tées de cerf et le vin­go ((Il s’agit là d’une série de cham­pi­gnons. Je tra­duis Cer­vi­ni par plu­tées de cerf, en pré­ci­sant tou­te­fois que l’épithète cer­vi­nus, dans la nomen­cla­ture myco­lo­gique, s’applique à d’autres cham­pi­gnons. Je n’ai pas iden­ti­fié le vin­go. On trouve un assez grand nombre de cham­pi­gnons dans le tome vi de l’herbier peint et la nomen­cla­ture de ces cryp­to­games dans AAVV, L’Erbario dipin­to di Ulisse Aldro­van­di, p. 237–255.)) qui sont des racines qui naissent de la pour­ri­ture sous la terre. […] Outre les plantes que j’ai décrites comme impar­faites, qui sont au pre­mier degré de l’imperfection et que nous dési­gnons glo­ba­le­ment comme impar­faites, il s’en trouve d’autres qui pos­sèdent des feuilles, une racine mais qui ne pro­duisent ni fleurs ni fruits comme la fou­gère, le capil­laire de Mont­pel­lier, la langue de cerf et quelques autres qui se trouvent au second degré de l’imperfection. […] Par­mi les plantes par­faites que j’ai obser­vées, on trouve les arbres à fruits, les sous-arbris­seaux, les herbes. Par­mi ces der­nières, on dis­tingue les céréales, les légumes et les herbes à pro­pre­ment par­ler par­mi les­quelles les comes­tibles.

Ces quelques extraits vau­draient sim­ple­ment comme dis­cours taxi­no­mique théo­rique s’ils n’étaient clai­re­ment inti­tu­lés Esem­pla­ri rac­col­ti nel thea­tro di natu­ra, ren­voyant ain­si à un élé­ment maté­riel de la col­lec­tion, et il ne s’agirait que d’un prin­cipe de ran­ge­ment si les cri­tères rete­nus ne ren­voyaient pré­ci­sé­ment à une caté­go­ri­sa­tion des végé­taux dans la nature. Comme on voit, la proxi­mi­té du micro­cosme et du macro­cosme se nour­rit pro­pre­ment de la pen­sée de clas­si­fi­ca­tion, laquelle, on le com­prend aisé­ment – et Aldro­van­di l’explique net­te­ment –, dérive direc­te­ment de la pen­sée aris­to­té­li­cienne et théo­phras­tienne. La der­nière phrase, repre­nant la répar­ti­tion clas­sique des plantes en arbres, arbris­seaux, sous-arbris­seaux et herbes est en confor­mi­té avec la taxi­no­mie théo­phras­tienne admise à l’époque. Plus inté­res­sante encore est la fin de ce para­graphe qui inté­resse direc­te­ment les her­biers de plantes sèches :

Si nous pre­nons en compte le nombre des plantes des anciens décrites par les modernes, nous ver­rons que l’on arrive à peine à deux mille, et que, néan­moins, il en existe bien davan­tage, comme on le ver­ra dans mes recherches sur les plantes que j’ai obser­vées ; de même pour­ra-t-on les voir séchées et col­lées dans qua­torze gros volumes si l’occasion s’en pré­sente. Et ces mêmes plantes, paral­lè­le­ment, lorsqu’elles sont fraîches, avec les fleurs, les fruits et les racines et toutes leurs autres par­ties consti­tu­tives, je les fais des­si­ner au plus près du vivant.20

Dans cette orga­ni­sa­tion du micro­cosme, l’herbier prend sa place de mul­tiples manières : meilleur, par hypo­thèse, que les repré­sen­ta­tions figu­rées, suf­fi­sant dans les cas où l’on n’a pas de moyen de croi­ser l’observation avec une des­crip­tion ancienne, ancrant une plante dans le réel quand elle n’est connue que sous une forme pro­blé­ma­tique. La forme ouverte de l’herbier, jamais ache­vé, comme celle de la col­lec­tion rend ain­si pos­sible l’ouverture du savoir sur le monde, et la prise en compte de son infi­nie diver­si­té. Il serait aisé de mon­trer que cette forme était ren­due néces­saire par l’apport de nou­veaux objets natu­rels en pro­ve­nance du Nou­veau Monde. Mais cette expli­ca­tion, pour légi­time qu’elle soit, ne suf­fit pas : la remarque d’Aldrovandi doit nous orien­ter aus­si dans une autre direc­tion. La supé­rio­ri­té numé­rique des plantes connues au temps de la Renais­sance concerne aus­si les végé­taux les plus cou­rants de l’Europe médi­ter­ra­néenne. Pline l’Ancien expli­quait très bien au livre xxv de l’His­toire natu­relle que nombre de plantes n’avaient pas de nom. Cette bizar­re­rie explique notam­ment que la bour­rache n’apparaisse pas dans les her­biers antiques. Le phy­to­nyme latin bora­go n’apparaît que dans les textes médié­vaux : János Stir­ling le men­tionne chez Pie­ro Cres­cen­zi, et dans nombre des lexiques plus ou moins spé­cia­li­sés qui consti­tuent le Cor­pus Glos­sa­rio­rum Lati­no­rum ((J. Stir­ling, Lexi­con nomi­num her­ba­rum arbo­rum, fru­ti­cumque lin­guae lati­nae, Buda­pest, 1995, 4 vol.)). Car­me­lia Opso­mer ne le voit pas dans les textes anté­rieurs au xe siècle qui forment son cor­pus21. Cette ques­tion de la non coïn­ci­dence entre le cor­pus antique et celui des plantes réel­le­ment obser­vées, même en se limi­tant aux végé­taux qui pou­vaient être connus à l’époque de Pline et de Dios­co­ride, est un des pôles de la réflexion scien­ti­fique de la Renais­sance. On trouve la même réflexion dans l’un des cha­pitres de la longue intro­duc­tion de Jean Ruel à son De natu­ra stir­pium22. Dans ce cas aus­si, si la pen­sée de Pline dans quelques cha­pitres bien connus de l’His­toire natu­relle sert de fon­da­tion à la construc­tion du dis­cours scien­ti­fique, c’est la conscience du déca­lage entre la lit­té­ra­ture ancienne et la réa­li­té contem­po­raine qui en consti­tue le pilier cen­tral.

Les col­lec­tions d’animaux font éga­le­ment appa­raître une orga­ni­sa­tion maté­rielle qui ren­voie direc­te­ment au musée. À pro­pos d’objets inani­més dans les­quels il doit se trou­ver essen­tiel­le­ment des miné­raux, Aldro­van­di écrit :

Il ne faut pas pas­ser sous silence les deux armoires que j’ai fait construire avec beau­coup de soin et dans les­quelles sont ran­gées quatre mille cinq cent cin­quante quatre tiroirs, que j’ai nom­més cimi­liar­cho et pan­de­chio des choses nées dans le monde infé­rieur. Ces tiroirs sont rem­plis de choses inani­mées, pro­duites dans les entrailles de la terre et sur sa sur­face. Ces objets épellent toute la phi­lo­so­phie des objets inani­més et la pré­sentent avec clar­té devant les yeux.23

Une fois encore, l’énumération des miné­raux donne lieu à une clas­si­fi­ca­tion dont le texte laisse entendre qu’elle est plu­tôt d’ordre intel­lec­tuel. Pour­tant la fin de cette sec­tion du texte ramène assez bru­ta­le­ment le lec­teur ou le visi­teur, comme on pré­fère, à la réa­li­té maté­rielle du musée :

J’ai vou­lu ici tra­cer à grands traits les genres d’objets inani­més de mon micro­cosme. Par­mi les pierres, on en voit beau­coup peintes dans nos livres inti­tu­lés Figure delle pietre de figu­ra deter­mi­na­ta, que l’on peut faci­le­ment connaître par la pein­ture.24

L’idée de micro­cosme et celle de l’exemplarité des échan­tillons rete­nus dans le musée débouchent sur d’autres consi­dé­ra­tions qui per­mettent de mettre net­te­ment en rela­tion la cueillette des échan­tillons et la consti­tu­tion du savoir, notam­ment bota­nique.

Aldro­van­di déve­loppe l’idée, cou­rante au xvie siècle, que la col­lec­tion natu­ra­liste qui l’intéresse doit être enri­chie d’échantillons pré­le­vés au cours des voyages, les siens ou ceux que d’autres font. Cette dis­po­si­tion sou­li­gnée par le natu­ra­liste doit être mise en rela­tion avec le sys­tème des échanges constants entre les savants de l’Europe de la Renais­sance, échanges qui font cir­cu­ler dans les mêmes caisses les livres et les graines, les plantes et les pierres. Sur le ver­sant du dis­cours théo­rique, ces échanges signi­fient la néces­saire ouver­ture à l’infinité du monde natu­rel à laquelle tous sont émi­nem­ment sen­sibles.

Comme le rap­pelle régu­liè­re­ment la cri­tique, la chance du musée Aldro­van­di, ce fut le tes­ta­ment du natu­ra­liste qui légua au sénat de Bologne l’intégralité des col­lec­tions à cette triple condi­tion qu’elles ne soient jamais dis­per­sées, que l’on pour­suive la publi­ca­tion de son œuvre et que les col­lec­tions soient ouvertes au public. Cette der­nière condi­tion explique que le registre des visi­teurs du musée conti­nue de croître, y com­pris après la mort du natu­ra­liste. L’examen des noms de ce registre per­met sans doute de pré­ci­ser le sta­tut de la col­lec­tion comme ins­tru­ment  de média­tion et de construc­tion des savoirs spé­cia­li­sés aux­quels elle don­nait accès.

Les visi­teurs du musée Aldro­van­di appa­raissent dans des listes manus­crites bien évi­dem­ment conser­vées avec la biblio­thèque. Le manus­crit 110 du fonds par exemple classe les visi­teurs en fonc­tion de leurs titres et par ordre alpha­bé­tique25. Le sou­ci de clas­si­fi­ca­tion expri­mé par l’organisation de cette liste ne sur­prend pas ; il est à la mesure de la caté­go­ri­sa­tion du monde en vigueur dans l’ensemble de l’œuvre aldro­van­dienne. La clas­si­fi­ca­tion dis­tingue suc­ces­si­ve­ment des méde­cins, des étu­diants et plus géné­ra­le­ment des hommes de savoir ; mais elle fait éga­le­ment appa­raître des pré­lats de l’Église, des nobles ita­liens, et plus géné­ra­le­ment ce que le siècle sui­vant nom­me­ra d’honnêtes curieux. Dans cette pre­mière liste, pro­cé­dant en quelque sorte selon l’orientation pro­fes­sion­nelle des visi­teurs, se dis­tinguent des noms connus : celui de Car­lo Sigo­nio26 par exemple, ou de moins connus comme celui du méde­cin Alfon­so de Bena­vides27. Dans les caté­go­ries défi­nies, on relè­ve­ra tout par­ti­cu­liè­re­ment le nombre très impor­tant d’étudiants qui semble confir­mer l’utilisation péda­go­gique de la col­lec­tion. Une deuxième liste est jointe à la pre­mière. Elle orga­nise la liste des visi­teurs en fonc­tion de leur ori­gine géo­gra­phique. Ce qui frappe dès l’abord dans ce deuxième ensemble, c’est l’extrême diver­si­té des ori­gines ; il semble que l’Europe entière se soit don­né ren­dez-vous et l’on trouve à côté d’un très grand nombre d’Italiens quelques Fran­çais. S’y côtoient un membre du conseil du roi, Jean Le Gay ; un abbé de La Roche­fou­cauld, un théo­lo­gien nom­mé Annas de Gue­ry28 ; un méde­cin, Pierre de la Bis­trate29 ; un conseiller du Par­le­ment, D. Parant, et, là encore, un assez grand nombre d’étudiants.

À côté de ces deux pre­mières listes, il convient de signa­ler deux autres docu­ments per­met­tant de pré­ci­ser les rap­ports éta­blis entre le musée et ses visi­teurs-uti­li­sa­teurs. Le pre­mier se pour­suit lar­ge­ment au-delà de la dis­pa­ri­tion du natu­ra­liste de Bologne. Il est for­mé de la réunion de papiers col­lés dans les registres rédi­gés de la main même des visi­teurs du musée30. Cer­tains se contentent de dater et signer tan­dis que d’autres ajoutent une petite note. Par exemple le car­di­nal Cae­ta­ni, en 1587 : « Hen­ri­cus car­di­na­lis Cae­ta­nus lega­tis bon­na­niae vidit mira­bi­lia natu­rae in stu­dio doc­to­ris Ulis­sis Aldro­van­di, anno 1587 » ; ou après la mort du natu­ra­liste en 1635, cette note de Pom­ponne de Bel­lièvre : “Ego Pom­po­nius de Bel­lievre regis chris­tia­nis­si­mi lega­tus Ulys­sis Aldro­van­di stu­dium variis natu­rae mira­cu­lis orna­tum sum­ma cum ani­mi volup­tate sum contem­pla­tus X Kal. Nov. 1635”.

La lec­ture de ces notes du livre d’or du musée est édi­fiante à plus d’un titre. Les notes émanent le plus sou­vent de per­sonnes qui ne sont pas des pro­fes­sion­nels de l’histoire natu­relle. Elles contiennent une série d’ingrédients fina­le­ment assez constants : émo­tion, admi­ra­tion et joie (mais c’est peut-être la règle pour ce genre de docu­ments) ; sen­si­bi­li­té au micro­cosme, c’est-à-dire du musée comme résu­mé de la créa­tion dans une pers­pec­tive qui coïn­cide en effet tota­le­ment avec le des­sein d’Aldrovandi.

Si ces listes de visi­teurs éclairent l’historien sur la ques­tion de la renom­mée de la col­lec­tion bien au-delà du ter­ri­toire de Bologne, le der­nier des docu­ments que j’aimerais men­tion­ner ici éclaire sur les condi­tions mêmes de la consti­tu­tion de la col­lec­tion. Il s’agit, là encore, d’une liste d’hommes illustres ayant per­mis, à un titre ou un autre, l’accroissement de la col­lec­tion31. Cette liste se rap­porte tou­jours direc­te­ment aux objets et à la col­lec­tion. Il s’agit de tous ceux qui ont indi­qué une sta­tue, mon­tré une ins­crip­tion, pro­cu­ré une plante. Dans cer­tains cas, l’étiquette s’étend jusqu’à deve­nir une véri­table notice : par exemple pour le car­di­nal de Car­po qui signale à Aldro­van­di les restes d’une sta­tue gigan­tesque. Ou pour le car­di­nal Far­nese, dont le palais entre Rome et Tibre est expli­ci­te­ment men­tion­né pour la sta­tue d’Hercule. Cette pre­mière par­tie de la liste est alpha­bé­tique des noms de per­sonnes, phy­siques ou morales. La seconde pro­cède par le regrou­pe­ment géo­gra­phique des per­sonnes. Par exemple le phar­ma­cien Petrus Codel­berg d’Anvers appa­raît au fol. 235 et le méde­cin d’Arras Charles de L’Escluse à côté du méde­cin bâlois Jacob Zwin­ger ou du pré­fet du jar­din de Padoue, le prus­sien Mel­chior Gui­lan­di­nus. À Naples, Aldro­van­di est rede­vable aux phar­ma­ciens Por­ta et Fer­rante Impe­ra­to. On trouve éga­le­ment Daniele Bar­ba­ro, le véni­tien Bel­la­gam­ba, le méde­cin de Venise Maran­ta, le véro­nais Cal­zo­la­ri ; le peintre Ligoz­zi, le phar­ma­cien Gio­van­ni Pona. Cer­tains d’entre eux appa­raissent aus­si dans la cor­res­pon­dance d’Aldrovandi.

Le sou­ci de men­tion­ner les hommes qui ont per­mis le musée ou ceux qui par leur visite ont jus­ti­fié son exis­tence ins­talle donc la col­lec­tion aldro­van­dienne dans un espace inter­mé­diaire entre consti­tu­tion et com­mu­ni­ca­tion du savoir. Il reste à mon­trer com­ment Ulisse Aldro­van­di lui-même uti­lise les objets dans les trai­tés qu’il rédige et, plus géné­ra­le­ment, com­ment s’opère le lien entre les objets et les mots dans les manus­crits inédits ou publiés du natu­ra­liste bolo­nais.

Sans doute la pré­sen­ta­tion au fil du texte du Dis­cor­so natu­rale que j’ai tout d’abord pro­po­sée était-elle beau­coup trop rapide ; mais le texte est don­né – à bon droit – comme fon­da­men­tal par San­dra Tugno­li Pat­ta­ro et il per­met aisé­ment de mettre en évi­dence l’organisation du musée en tant que tel.

Il fait plus encore : les caté­go­ries ins­tau­rées par Aldro­van­di dans la des­crip­tion des objets sont aus­si celles qui struc­turent très clai­re­ment les publi­ca­tions du natu­ra­liste. On note­ra par exemple la men­tion sys­té­ma­tique des ani­maux à nature double à la fin des clas­si­fi­ca­tions ani­males pro­po­sées dans le texte. C’est ain­si le cas pour les oiseaux dont Aldro­van­di pré­cise :

Il ne faut pas lais­ser de côté les oiseaux dont la nature est double. Par­mi ceux-ci, il faut comp­ter ceux qui sont bisulques et l’ongle fen­du comme c’est le cas de l’autruche seule­ment ; on ajou­te­ra dans les oiseaux de nature double la chauve-sou­ris qu’Aristote nomme qua­dru­pède atro­phié, parce qu’elle a des dents, des oreilles et des mamelles pour nour­rir son petit avec son lait, comme le font les qua­dru­pèdes et les vivi­pares.32

L’Orni­tho­lo­gie adopte la même clas­si­fi­ca­tion, mais Aldro­van­di ne voit pas que les chauves-sou­ris dans la caté­go­rie des oiseaux ambi­gus ; aux autruches et aux chauves-sou­ris, il ajoute les striges et les gry­phons33. De la même façon, pour les pois­sons, la prise en compte des organes de la res­pi­ra­tion per­met de clas­ser dans des caté­go­ries dif­fé­rentes ce que le natu­ra­liste nomme en latin ceti d’une part et ceta­cei de l’autre. La dis­tinc­tion per­met de dif­fé­ren­cier les silures et les glan­ni d’une part, les baleines de l’autre. En résu­mant trop som­mai­re­ment, c’est une façon d’introduire une clas­si­fi­ca­tion dans l’ensemble des gros pois­sons. Mais cette clas­si­fi­ca­tion a un corol­laire, à la fois dans la pen­sée zoo­lo­gique et dans la pen­sée phi­lo­lo­gique : elle est en effet au centre d’un autre trai­té, res­té inédit, sur les silures et les estur­geons, à pro­pos d’un pois­son nom­mé tur­sio qui n’apparaît que chez Pline34. Ain­si pré­sen­tée, la clas­si­fi­ca­tion intro­duite entre les gros pois­sons est donc le lien qui per­met d’un côté de com­men­ter et de com­prendre le texte incon­tes­ta­ble­ment fau­tif de Pline et de l’autre d’avancer dans la des­crip­tion mor­pho­lo­gique d’animaux que rap­prochent leur taille, leur milieu de vie et la com­mu­nau­té des sources lit­té­raires qui per­met­taient jusqu’alors de les décrire.

Ce qui est vrai des ani­maux se véri­fie encore dans les autres trai­tés, et, pour limi­ter mon pro­pos à un petit nombre d’exemples, je vais cher­cher ceux-ci dans la Biblio­lo­gia, texte inti­tu­lé éga­le­ment par son auteur Far­ra­go his­to­riae papy­ri. Ce texte, dont je pré­pare actuel­le­ment l’édition, est un trai­té por­tant sur l’histoire de l’écriture, l’histoire des langues et celle des uni­ver­si­tés35. Le point de départ de ce trai­té est une ques­tion posée par Camil­lo Paleot­ti, par ailleurs des­ti­na­taire de nom­breux autres textes dans les manus­crits Aldro­van­di. La réponse d’Aldrovandi pré­sente cette carac­té­ris­tique de ne pas être véri­ta­ble­ment construite, en par­tie parce que le texte est res­té inache­vé36. Elle s’organise en quelque sorte cir­cu­lai­re­ment autour de son objet, et, s’il est pos­sible de déter­mi­ner de grands blocs thé­ma­tiques dans les mille cinq cent pages du texte, les cha­pitres, quel­que­fois répé­ti­tifs, traitent le sujet dans une logique en forme d’ellipse. Le point de départ du trai­té est un com­men­taire sur le pas­sage du livre xiii de l’His­toire Natu­relle dans lequel Pline décrit la fabri­ca­tion du papier de papy­rus et les dif­fé­rentes qua­li­tés de papier en énu­mé­rant les usages aux­quels ils répondent. Il est ques­tion à plu­sieurs reprises du musée dans ce contexte. Le pre­mier exemple vient d’un pas­sage dans lequel Aldro­van­di, avant d’en arri­ver à la ques­tion de l’identification du papy­rus des anciens, exa­mine les autres sup­ports de l’écriture connus dans l’Antiquité. Il évoque tout d’abord le cas de ce livre écrit sur un intes­tin de dra­gon qui conte­nait toute l’Iliade et toute l’Odys­sée.

Non res­te­ro di dire che anco­ra sono sta­ti fat­ti l’idoli appres­so l’antichi da intes­ti­ni di alcu­ni ani­ma­li si come tes­ti­fi­ca Io. Zonar­ra nel ter­zo libro de suoi Anna­li, che nel tem­po che regnò Basi­lische fu un gran incen­dio in Constan­ti­no­po­li et fra l’altri edi­fi­tii brus­ciò la Biblio­te­cha nel­la quale erano inclu­si cen­to vin­ti mila pez­za volu­mi di libri fra qua­li scrive che vi era un intes­ti­no di dra­cone di lon­ghez­za di cen­to ven­ti pie­di dove era scrit­to tut­ta l’Iliade et Odis­sea d’Homero  con l’Historia di tutte le cose fatte del­li homi­ni gran­di et illus­tri.

L’histoire est belle, mais comme l’écrit Aldro­van­di, elle pro­vient en réa­li­té d’un pas­sage de l’historien byzan­tin Zona­ras37. Cette his­toire res­te­rait de l’ordre de l’exem­plum si elle n’était rap­por­tée par un homme de science. Or, pour un natu­ra­liste quelque peu sou­cieux de véri­fier le carac­tère plau­sible de ce récit, il importe de véri­fier que la taille d’un intes­tin de dra­gon per­met­tait une telle copie. C’est alors un recours à un objet qui pro­vient non de sa propre col­lec­tion mais de celle du grand-duc de Tos­cane :

a pro­po­si­to di cosi gran ser­pente ho vis­to appres­so il Sere­nis­si­mo gran duc­ca di Tos­ca­na una spo­glia di ser­pente di molte brac­cia lon­gho et lar­go nel quale è veri­si­mile che’l suo intes­ti­no fusse anco­ra di gran revo­lu­tione.

Il faut inter­pré­ter ce pas­sage selon deux logiques com­plé­men­taires. D’un côté, la men­tion de ce pas­sage dans un trai­té où il n’est par ailleurs nul­le­ment ques­tion ni des dra­gons, ni de Zona­ras est un des signes de la volon­té de trai­te­ment exhaus­tif des sources, fussent-elles très secon­daires, carac­té­ris­tique de la méthode per­cep­tible dans tous les trai­tés d’Aldrovandi. L’autre aspect est le sens du recours à l’objet dans une dis­cus­sion qui prend appui sur les sources tex­tuelles. La men­tion de la peau de ser­pent conser­vée dans les col­lec­tions du grand-duc de Tos­cane joue non comme une vali­da­tion de la belle his­toire rap­por­tée par Zona­ras mais comme un com­plé­ment à la seule vali­da­tion logique. Le musée apporte une confir­ma­tion, comme l’explique très clai­re­ment le natu­ra­liste, de l’ordre du vrai­sem­blable et seule­ment du vrai­sem­blable.

Le natu­ra­liste en vient ensuite à la ques­tion des tablettes de cire qu’on uti­li­sait à l’aide de sty­lets. La pre­mière réfé­rence, comme c’est sou­vent le cas chez Aldro­van­di, pro­vient de l’His­toire natu­relle de Pline l’Ancien. Elle est sui­vie par des consi­dé­ra­tions des­crip­tives sur les tablettes de cire :

Ces tablettes por­taient des noms dis­tincts. Cer­taines étaient dites quin­tuples, d’autres triples, d’autres doubles, selon le nombre de feuillets qu’elles conte­naient. Elles pou­vaient éga­le­ment ne pas être toutes fabri­quées avec le même maté­riau. Cer­taines étaient fabri­quées en bois de cèdre, d’autres en ivoire, d’autres en os et d’autres encore en par­che­min. Elles pou­vaient aus­si être de cou­leurs variées, cer­taines jaunes, d’autres vertes, cou­leur du safran ou cou­leur chair.38

Cette fois, c’est la varié­té des cou­leurs qui semble éton­nante et c’est donc elle qui sup­pose une véri­fi­ca­tion. Voi­ci com­ment Aldro­van­di la décrit : « Aujourd’hui encore, on fabrique des par­che­mins de cou­leurs diverses comme on peut le voir sur les exem­plaires de mon musée qui me furent don­nés par le grand-duc de Tos­cane »39.

L’évocation de l’instrument scrip­teur pour écrire sur les tablettes est ensuite l’occasion de ren­voyer le lec­teur à l’histoire du mar­tyr de saint Cas­sien, mis à mort, comme le rap­pelle Pru­dence, par ses élèves et deve­nu depuis le patron des ensei­gnants40. Il faut ajou­ter que la ques­tion des tablettes de cire, comme du reste beau­coup des ques­tions rele­vant de l’histoire de l’écriture, était de celles qui pou­vaient dura­ble­ment inté­res­ser le natu­ra­liste ; on en trouve d’autres traces dans les manus­crits, tout par­ti­cu­liè­re­ment dans une lettre adres­sée à V. Pinel­li et soi­gneu­se­ment reco­piée41.

Ces deux exemples invitent à recon­si­dé­rer le rôle du musée dans la pen­sée d’Aldrovandi aus­si bien que dans la construc­tion du savoir. Si, comme le montre abon­dam­ment le Dis­cor­so natu­rale, le musée est une pièce de la recons­truc­tion du monde, l’objet dans le musée, convo­qué par le natu­ra­liste dans le cours de son argu­men­ta­tion, joue comme indice sup­plé­men­taire, comme carac­té­ri­sant de l’objet, ou, si l’on pré­fère l’image, comme une simple pièce d’une recons­truc­tion de puzzle en ver­sion kaléi­do­sco­pique. Ces rap­ports de l’objet et du savoir, de la place des res au regard des ver­ba ont été fré­quem­ment sou­li­gnés et inter­pré­tés par la cri­tique42. Patri­cia Fal­guières, qui défi­nit la col­lec­tion ency­clo­pé­dique comme l’une des moda­li­tés des lieux com­muns, met par­ti­cu­liè­re­ment en évi­dence le sta­tut des images dans l’œuvre aldro­van­dienne aus­si bien que dans le musée43. Elle réfute, à juste titre, l’idée selon laquelle l’image serait une simple redon­dance du texte et y voit tout à l’inverse « un moyen de lec­ture, de scan­sion du texte, un moment dans la pro­cé­dure de mémo­ri­sa­tion »44. Le rap­pro­che­ment avec les arts de mémoire consti­tue l’un des fils direc­teurs de sa lec­ture des col­lec­tions ency­clo­pé­diques. On doit pou­voir entrer encore plus dans les détails. S’agissant des images des objets, il convien­drait alors de remar­quer qu’elles sont elles-mêmes des objets inter­pré­ta­tifs. Sans doute a-t-on pu sou­li­gner le soin extrême pris par Aldro­van­di pour abou­tir à des repré­sen­ta­tions des objets natu­rels au plus près de la réa­li­té et sans doute l’observation des planches et des bois conduit-elle à confir­mer ce soin par­ti­cu­lier. Mais le cas d’Aldrovandi est assez excep­tion­nel. La lec­ture la plus élé­men­taire des cor­res­pon­dances de natu­ra­listes de la Renais­sance suf­fit à mettre en évi­dence la dif­fi­cul­té de réa­li­sa­tion de ces images. Les natu­ra­listes se plaignent suc­ces­si­ve­ment de ne pas trou­ver le peintre suf­fi­sam­ment expert, le gra­veur suf­fi­sam­ment soi­gneux quand ce n’est pas l’imprimeur suf­fi­sam­ment géné­reux pour auto­ri­ser la confec­tion de jeux de bois bota­niques plus proches du réel. La cor­res­pon­dance d’Aldrovandi contient quel­que­fois ce genre de remarques en forme de déplo­ra­tion, mais elle n’est pas la seule. La cor­res­pon­dance de Charles de L’Escluse et celle de Mat­thias de L’Obel le disent éga­le­ment, pour ne citer que deux des contem­po­rains les plus célèbres du natu­ra­liste bolo­nais, et d’une façon beau­coup plus véhé­mente45. Dans ces condi­tions, et avant toute inter­pré­ta­tion, l’image est en effet sou­vent dis­qua­li­fiée comme simple redon­dance. On admet­tra qu’elle ait une valeur indi­cielle, en incluant dans le champ des réa­li­tés poten­tiel­le­ment dési­gnées par l’image les textes aus­si bien que les rea­lia. Il faut donc tom­ber d’accord avec P. Fal­guières et inter­pré­ter une image d’iris por­tant des fleurs de plu­sieurs cou­leurs ou à l’inverse jux­ta­po­sant des plantes suc­ces­si­ve­ment d’une seule cou­leur comme ren­voyant tout à la fois à la réa­li­té des iris et à la contro­verse sur ses cou­leurs, lar­ge­ment déve­lop­pée, par exemple, dans les lettres médi­ci­nales de Gio­van­ni Manar­di. Il faut encore accep­ter l’idée que la repré­sen­ta­tion de la man­dra­gore joue comme élé­ment struc­tu­rant la mémoire46. Il reste que le sys­tème, tout orga­ni­sé qu’il paraisse dans cette pré­sen­ta­tion, est sans doute infi­ni­ment plus com­plexe : ain­si les lexiques bota­niques, dont la des­ti­na­tion péda­go­gique et mné­mo­tech­nique est clai­re­ment attes­tée, par exemple dans la pré­face que Conrad Ges­ner rédi­gea pour les tables publiées par David Kyber, ne sont pas illus­trés. Ils sont en revanche assez fré­quem­ment poly­glottes, ren­voyant ain­si à une autre des réa­li­tés fré­quem­ment men­tion­nées par les cri­tiques : celle de la coexis­tence entre des mots latins et des mots ver­na­cu­laires.

Il arrive même que, ain­si convo­qué dans un dis­cours théo­rique, l’objet et son image soient en quelque sorte déca­té­go­ri­sés. L’un des meilleurs exemples, tou­jours pris dans la Biblio­lo­gia, concerne pré­ci­sé­ment le papy­rus. Les deux cents pre­mières pages du texte traitent de la ques­tion véri­ta­ble­ment com­plexe de la déter­mi­na­tion de la plante uti­li­sée par les anciens pour fabri­quer du papier. On com­prend bien que, pour méri­ter un trai­te­ment dans une durée pareille, il fal­lait que règne véri­ta­ble­ment la confu­sion. Pour­tant, il était pos­sible de voir direc­te­ment le papy­rus en Sicile, pour­tant Mel­chior Wie­land en avait obser­vé direc­te­ment en Égypte, pour­tant il s’en trou­vait, encore plus sim­ple­ment, dans le jar­din bota­nique de Pise. Il était donc sans doute assez aisé pour un natu­ra­liste aus­si aguer­ri qu’Ulisse Aldro­van­di, qui se révé­lait ailleurs capable de ras­sem­bler les meilleures rare­tés, de trou­ver ici ou là une ombelle de papy­rus, un mor­ceau de la fameuse tige tri­an­gu­laire ou un échan­tillon du rhi­zome. On ne trouve cepen­dant pas d’image du papy­rus dans l’Hor­tus pic­tus, ou plu­tôt, la seule image qui res­semble à du papy­rus n’est pas iden­ti­fiée comme telle et pose à son tour un pro­blème de déter­mi­na­tion dont voi­ci à peu près les termes47 : la planche de l’herbier peint est inti­tu­lée com­bre­tum Pli­nii et pré­sente un syno­nyme, her­ba lucio­la Hetrus­cis. Il faut com­men­cer par la pre­mière déter­mi­na­tion. Le Com­bre­tum ((Et non pas lom­bre­tum comme trans­crit l’Erba­rio dipin­to di Ulisse Aldro­van­di, p. 327.)) appa­raît deux fois au livre xxi de l’His­toire natu­relle de Pline l’Ancien. La plante est d’abord décrite, à la suite du bac­car qui est, d’après J. André, l’immortelle jaune48. Comme sou­vent dans les textes anciens, la des­crip­tion pro­cède par ana­lo­gies et dif­fé­rences : « on appelle com­bre­tum une plante qui lui res­semble beau­coup ; ses feuilles vont s’amincissant jusqu’à deve­nir des fils ; elle est plus haute que le bac­car »49. Dans sa note, J. André rap­pelle que la déter­mi­na­tion du com­bre­tum a posé quelques pro­blèmes de tra­duc­tion. Lit­tré sug­gé­rait un jonc et pro­po­sait jun­cus mari­nus L. dont, rap­pelle-t-il, un article de P. Four­nier a mon­tré qu’il n’existait pas. Il sug­gère alors une autre immor­telle à feuilles étroites et par­ti­cu­liè­re­ment hely­chri­sum angus­ti­fo­lium ou heli­chry­sum orien­tale, plus haute.

J’ignore s’il faut ou non lire dans le texte de Pline la men­tion d’une immor­telle. La suite de la note de J. André admet que le texte est par­ti­cu­liè­re­ment peu sûr dans ce pas­sage, et, pour­rait-on ajou­ter, dans une grande par­tie du livre xxi50. Ce qui est cer­tain, en revanche, c’est que l’image d’Aldrovandi, à l’entrée Com­bre­tum, ne sau­rait ren­voyer à une immor­telle. Il faut donc en conclure qu’Aldrovandi, et pro­ba­ble­ment nombre de ses contem­po­rains, rece­vaient autre­ment le texte de l’His­toire natu­relle et, par voie de consé­quence, le savoir pli­nien. On peut mal­gré tout essayer de pour­suivre le débat plus avant. L’équivalence entre Com­bre­tum Pli­nii et Her­ba Lucio­la existe ailleurs que chez Aldro­van­di. On la trouve chez C. Bau­hin51 où elle est don­née comme équi­va­lant à Gra­men hir­su­tum capi­tu­lo glo­bo­so, pas à papy­rus52. C. Bau­hin pré­cise en outre que les deux termes de la nomen­cla­ture existent chez Anguilla­ra d’une part, Césal­pin d’autre part. L’image d’Aldrovandi conser­vée dans son musée est donc signi­fiante à des degrés variés : elle iden­ti­fie clai­re­ment Com­bre­tum Pli­nii à un jonc ; ce jonc est rap­pro­ché d’une nomen­cla­ture qui doit sans doute au Pinax de C. Bau­hin ; l’absence de rap­pro­che­ment avec le papy­rus de Pline, en dépit des simi­la­ri­tés d’ombelles, doit ren­voyer à un rap­pro­che­ment qu’Aldrovandi ne fait pas. Si l’on ajoute à l’absence de rap­pro­che­ment dans les images le fait que le papy­rus est bien, dans l’esprit du natu­ra­liste de Bologne, une plante dont la déter­mi­na­tion est pro­blé­ma­tique, il faut alors conclure que les carac­tères dis­cri­mi­nants du papy­rus sont ailleurs. C’est la tige tri­gone qui fait la dif­fé­rence, avec la hau­teur de la plante et la struc­ture interne de la tige qu’Aldrovandi décrit d’ailleurs d’une façon assez étrange53.

C’est dans l’herbier de plantes sèches, qu’il consi­dère à juste titre comme un pan de son micro­cosme, que l’on retrouve le papy­rus. Il s’agit à pré­sent de papier, et plus pré­ci­sé­ment, d’un frag­ment de papy­rus hié­ra­tique, sur lequel on dis­tingue net­te­ment la déesse Maat sou­te­nant la voûte céleste. La plante réelle a dis­pa­ru et l’objet joue méto­ny­mi­que­ment le rôle d’un rap­pel de son rôle his­to­rique selon une forme dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne convient pas abso­lu­ment à la caté­go­rie du micro­cosme dans laquelle elle s’inscrit pour­tant54. Dans ce cas pré­cis, les objets, les images et les textes s’enroulent ensemble au fil des cha­pitres et tissent ain­si à la fois le texte de la Biblio­lo­gia et l’idée qu’on pou­vait avoir de la réa­li­té du papy­rus à la fin de la Renais­sance. Pour le papy­rus, comme pour beau­coup d’autres objets, on ne peut pas igno­rer que la conscience des res et la déter­mi­na­tion des objets passent obli­ga­toi­re­ment par la sédi­men­ta­tion des savoirs et la mise en pers­pec­tive des objets de la col­lec­tion aus­si bien que des repré­sen­ta­tions dont Aldro­van­di, moins que qui­conque, ne peut igno­rer la carac­tère quel­que­fois approxi­ma­tif. Plu­tôt que de cher­cher à orga­ni­ser dans un sys­tème démons­tra­tif que l’infinie « varié­té des choses » ren­drait néces­sai­re­ment incom­plet, le ras­sem­ble­ment des choses, des images et des mots, dans une struc­ture souple et mou­vante invite le natu­ra­liste à ten­ter de sai­sir les choses en révé­lant, comme cela a été bien mon­tré, tota­le­ment dis­po­nible et per­méable à la tota­li­té de leurs mani­fes­ta­tions55.

Ailleurs, dans le texte de la Biblio­lo­gia, il est encore ques­tion du papy­rus et d’un objet que le natu­ra­liste pos­sède effec­ti­ve­ment :

Je pos­sède dans mon musée une très belle tige de sec­tion tri­an­gu­laire que j’utilise comme bâton d’appui. […] Ce bâton est un don du très célèbre car­di­nal Paleot­ti. Seules les tiges les plus petites ont été appor­tées en Ita­lie parce que celles qui sont de taille supé­rieures ne sont pas adap­tées pour être uti­li­sées par des per­sonnes âgées ou malades. Les plus grosses étaient tout à fait aptes à la fabri­ca­tion du papier. Ceux qui pensent que la canne indienne est du papy­rus se trompent : la canne indienne a une tige ronde et noueuse ce qui n’est pas le cas du papy­rus.56

Il serait assez simple d’accumuler les exemples. Remar­quons que dans le texte ci-des­sus, Aldro­van­di ne dit pas com­plè­te­ment qu’il dis­pose d’un mor­ceau de tige de papy­rus mais seule­ment d’un bâton à sec­tion tri­an­gu­laire qu’il a eu la curio­si­té d’observer. On ne peut en effet pas consi­dé­rer le recours à l’objet-exemplaire que consti­tue la plante du musée comme rele­vant sim­ple­ment du recours à l’expérience, répu­tée lever l’ambiguïté : l’objet ici s’inscrit dans un sché­ma dia­lec­tique per­met­tant d’aller des textes aux objets, des objets à l’expérience, de l’expérience au dis­cours et réci­pro­que­ment. Le cas est si net en l’espèce qu’on trouve un peu plus loin l’explication de ce recours, vu cette fois sous l’angle de la cri­tique tex­tuelle. Il s’agit alors d’examiner la ques­tion de la tra­duc­tion de Théo­phraste de Théo­dore Gaza. Sans doute n’est-il pas inutile de pré­ci­ser que cette tra­duc­tion qui remonte au milieu du xve siècle est bien la seule qui cir­cule nota­ble­ment pen­dant tout le siècle sui­vant. Cela ne signi­fie nul­le­ment que la Renais­sance ne se soit pas inté­res­sée à la lettre du texte de Théo­phraste : on doit à Jacques Dalé­champs, par exemple, une autre tra­duc­tion de l’His­to­ria Plan­ta­rum ; mais ce texte est res­té inédit et la com­pa­rai­son pré­cise des deux tra­duc­tions reste à faire. Pour Aldro­van­di, il est donc d’autant plus néces­saire de prendre en compte le pro­blème de la tra­duc­tion qu’il en connaît les limites, qu’il sait le grec, suf­fi­sam­ment pour être sen­sible à la ques­tion de la pré­ci­sion des tra­duc­tions qui engagent un point de vue sur la mor­pho­lo­gie des plantes et qu’il réflé­chit pré­ci­sé­ment sur une ques­tion de typo­lo­gie du réel et de dis­tri­bu­tion de la nomen­cla­ture ancienne. Voi­ci donc ce qu’on lit dans la Far­ra­go :

Il faut dès l’abord pré­ve­nir que dans la tra­duc­tion de Théo­phraste par Théo­dore Gaza, au cha­pitre du papy­rus, on lit tri­que­tros angu­la­tos. Le mot angu­la­tos ne se trouve pas dans le texte grec de Théo­phraste où on lit seule­ment ôñßãùíïõò qui signi­fie tri­an­gu­laire parce que s’il est tri­an­gu­laire, il s’ensuit tout natu­rel­le­ment qu’il est aus­si angu­leux. Le mot angu­la­to est donc inutile et s’il s’était trou­vé dans le texte grec, on aurait dû lire  ãùíéþäç qui est le mot que Dios­co­ride uti­lise au cha­pitre iv du livre i, lorsqu’il dit que le cype­rus a le même fût que celui du jonc odo­rant, mais plus grand d’une bras­sée et angu­leux. Et c’est à bon droit que Dios­co­ride uti­lise le mot  ãùíéþäç pour signi­fier angu­leux englo­bant ain­si plu­sieurs espèces de sou­chets dont cer­taines ont un fût tri­an­gu­laire et d’autres qua­dran­gu­laire comme je l’ai sou­vent obser­vé ; mais en disant « angu­leux », il intègre l’une et l’autre espèce et je le confirme moi-même par Cor­ne­lius Cel­sus qui appelle jonc  qua­dran­gu­laire, le sou­chet : Sans doute, s’il avait connu le sou­chet tri­an­gu­laire, il n’aurait pas res­treint à cette seule espèce et il aurait uti­li­sé le mot “angu­leux” comme Dios­co­ride l’a fait pour évo­quer les deux espèces.57

La ques­tion de l’importance des tra­duc­tions dans l’architecture géné­rale de la construc­tion du savoir chez Ulisse Aldro­van­di a été mise en évi­dence par P. Fal­guières qui y voit une des mani­fes­ta­tions de ce qu’elle appelle l’exigence phi­lo­lo­gique, ailleurs qua­li­fiée de per­tur­ba­trice de la nomen­cla­ture héri­tée de l’Antiquité58. Il faut sous­crire à cette ana­lyse, tout en remar­quant que la ques­tion de la tra­duc­tion, notam­ment en ce qui concerne Dios­co­ride et Théo­phraste, méri­te­rait un exa­men  beau­coup plus appro­fon­di, ne serait-ce que parce que la confi­gu­ra­tion des pro­blèmes posés par la trans­mis­sion d’un texte par­ti­cu­lier n’est pas exten­sible sans pré­cau­tions aux autres. Pour Dios­co­ride, par exemple59, la tra­duc­tion majo­ri­tai­re­ment en cir­cu­la­tion pen­dant la Renais­sance est celle de Jean Ruel. Mais la tra­di­tion tex­tuelle de Dio­so­co­ride, indé­pen­dam­ment de l’exigence phi­lo­lo­gique géné­rale, est sur­tout per­tur­bée par la mise en cir­cu­la­tion du manus­crit de Dio­so­co­ride aujourd’hui nom­mé Dios­co­ride de Vienne. L’arrivée du plus ancien témoin de Dios­co­ride en Europe est le fait des ambas­sades d’Ogier de Bus­becq et des négo­cia­tions de son méde­cin. Mat­thiole, l’un des prin­ci­paux trans­met­teurs de Dios­co­ride au xvie siècle, signale ce docu­ment, et si l’on constate bien des écarts de tra­duc­tion d’une édi­tion à l’autre, il n’est pas tou­jours men­tion­né qu’ils sont dus à la prise en compte de témoins nou­veaux du texte dios­co­ri­dien. Pour Pline, c’est encore une tra­duc­tion (vers l’italien) qui est en cause dans la Far­ra­go. L’une des édi­tions de la tra­duc­tion de Lodo­vi­co Dome­ni­chi omet un membre de phrase dans lequel il est ques­tion de l’ordre dans lequel il faut dévi­der la tige de papy­rus pour obte­nir une feuille plane60. Cette omis­sion est bien vue par le natu­ra­liste qui ajoute alors une note mar­gi­nale :

Lodo­vi­co Dome­ni­chi, dans sa tra­duc­tion de Pline, oublie ces mots : « Prin­ci­pa­tus medio atque inde scis­su­rae ordine », qui ont pour­tant une grande impor­tance sous peine de ne pas com­prendre de quelle façon on fabrique le papier.61

Il est encore ques­tion du musée et des objets dans la Biblio­lo­gia, à pro­pos de la canne indienne, dont le natu­ra­liste récuse l’idée qu’il puisse s’agir du papy­rus des anciens. Le recours à l’autopsie sur l’un des objets du musée appa­raît alors :

On voit donc que ceux qui ont pré­ten­du que la canne indienne était le papy­rus des anciens se sont trom­pés puisque la canne indienne est ronde et non pas tri­an­gu­laire comme le montre celle que j’ai dans mon musée et qui m’a été don­née par le très célèbre car­di­nal Paleot­ti.62

À pro­pos des feuilles de bana­nier, aptes à rece­voir un texte écrit, c’est encore l’exemplaire du musée qui est convo­qué :

On voit encore aujourd’hui qu’on écrit sur cer­taines feuilles impor­tées de l’île de Madère, dans les­quelles est embal­lé le sucre. Ain­si les feuilles de la plante nom­mée bana­nier, sur les­quelles ont peut faci­le­ment écrire ; je pos­sède deux ou trois exem­plaires de ces feuilles dans mon musée.63

Ou encore, à pro­pos du cala­mus de Dios­co­ride :

Le calame est aus­si une sorte d’aromate, peut-être nom­mé ain­si en rai­son de la petite taille de la plante. Le pro­phète Jéré­mie la men­tionne « Cala­mum suaue oben­tem de ter­ra lon­gi­qua ». De même dans Éze­chiel : « Sta et cala­mus in nego­tia­tione tua ». Ce calame est une plante très rare, nom­mée Calame odo­rant par Dios­co­ride. J’en ai dans mon musée qui m’a été envoyé depuis Constan­ti­nople par le célèbre Mar­can­to­nio Bar­ba­to alors qu’il était bailli de la Séré­nis­sime auprès du Grand Turc.64

Si l’on passe main­te­nant du côté des œuvres du natu­ra­liste qui ont fait l’objet d’une publi­ca­tion, le constat est le même. La pré­face du De Insec­tis ani­ma­li­bus, par exemple, met clai­re­ment l’accent sur l’importance de la col­lecte dans le pro­ces­sus même de construc­tion du savoir, selon une pers­pec­tive toute moderne. Il est alors ques­tion de la col­lecte des insectes dans la cam­pagne et de la façon de les faire entrer ensuite dans un cycle de connais­sances. C’est l’occasion pour le natu­ra­liste d’évoquer à la fois les pro­cé­dures qui lui per­mettent d’entrer en pos­ses­sion des objets natu­rels et le trai­te­ment de l’information scien­ti­fique dont l’objet est por­teur : Ulisse Aldro­van­di évoque alors le tra­vail du secré­taire et du peintre, mis à contri­bu­tion dès lors qu’il s’agit de rendre compte d’un nou­vel insecte décou­vert dans la cam­pagne65.

Pour­tant, si le recours à la col­lec­tion est attes­té dans la pré­face, le reste du texte men­tionne peu le musée d’Aldrovandi. Quelques remarques éparses per­mettent cepen­dant de pré­ci­ser le recours à des col­lec­tions comme garan­ties dans la prise en compte de la diver­si­té des espèces repé­rées à l’intérieur d’un genre66. Ce texte apporte s’il en était besoin une illus­tra­tion par­faite des argu­ments déve­lop­pés par Pau­la Find­len dans la deuxième par­tie de son ouvrage. On retien­dra tout par­ti­cu­liè­re­ment le mou­ve­ment en flux et en reflux asso­ciant la lec­ture des Anciens aux voyages des natu­ra­listes, puis des voyages à la consti­tu­tion des col­lec­tions, puis des col­lec­tions à l’ouvrage de syn­thèse qui fait de nou­veau la part belle au recours à la lec­ture des Anciens67. Les condi­tions de consti­tu­tion de la col­lec­tion consti­tuent l’un des topoi du dis­cours limi­naire. On le trou­ve­rait éga­le­ment, pour res­ter à Bologne, dans le Museo Cos­pia­no, publié par Loren­zo Lega­ti au xviie siècle68.

Ces quelques exemples suf­fi­raient sans doute à mettre en évi­dence le pro­jet glo­bal de construc­tion du savoir chez Aldro­van­di, pro­jet qui rend étroi­te­ment com­plé­men­taires les col­lec­tions d’objets, les col­lec­tions de repré­sen­ta­tions d’objets et les livres qui per­mettent l’approche pure­ment intel­lec­tuelle et his­to­rique des pro­blèmes natu­ra­listes. À l’opposé des tra­vers stig­ma­ti­sés par Buf­fon, loin de l’aimable dis­trac­tion dis­tin­guée sous-enten­due par Pao­lo Boc­cone, le musée Aldro­van­di s’inscrit dans une pers­pec­tive intel­lec­tuelle exi­geante. Son uti­li­té péda­go­gique en découle néces­sai­re­ment et l’on com­prend mieux ain­si que, au xviie siècle nais­sant, et plus tard encore, l’on ait pu visi­ter le musée à la fois pour mieux sai­sir la réa­li­té du monde rame­né à un micro­cosme sai­sis­sable, ou pour tout sim­ple­ment en admi­rer les étran­ge­tés. Cette uti­li­sa­tion de la col­lec­tion est celle du spé­cia­liste. Elle contente d’abord le savant, elle est lieu de construc­tion des savoirs sans pour autant exclure le visi­teur curieux. Pour ce der­nier, on fini­ra même, bien plus tard, par éta­blir une sorte de code d’accès au musée dans lequel on mesure l’écart entre deux usages. Il faut donc, long­temps après la dis­pa­ri­tion d’Aldrovandi, lais­ser le mot de la fin à un der­nier bon connais­seur de ces col­lec­tions, ami de Buf­fon de sur­croît. Le texte auquel je vou­drais lais­ser le soin de conclure ces lignes a été publié en 1770 par Hen­ri Duchesne. Il est fré­quent dans les biblio­thèques et se pré­sente comme une sorte de manuel, de guide des col­lec­tions natu­ra­listes69. Comme on pou­vait s’y attendre, le pro­gramme, révé­lé par la pré­face, allie les col­lec­tions natu­relles aux col­lec­tions artis­tiques :

Qu’un homme entre dans un vaste por­tique orné de tableaux, il en admire l’élégance, la finesse ; si on lui met à la main un livre qui lui en explique les sujets, son atten­tion se réveille. Rien ne lui échappe, il entre dans toutes les idées du peintre. Il devient juge de son inten­tion et de son exé­cu­tion. En un mot, il pénètre jusques dans ses pen­sées les plus secrètes.

Il peut en être de même de celui qui entre dans un cabi­net d’Histoire Natu­relle. Sa curio­si­té est exci­tée par le concours et l’aspect des objets. Il manque quelque chose à son plai­sir, s’il ignore les par­ti­cu­la­ri­tés piquantes de leur his­toire. Dans ce cas, un homme de goût, un ama­teur éclai­ré, est d’un secours néces­saire ; c’est pour y sup­pléer, que les auteurs de ce petit ouvrage ont don­né tous leurs soins à ce Manuel. Leur inten­tion a été de tra­vailler pour les per­sonnes qui, par état, ne peuvent faire une étude par­ti­cu­lière de l’Histoire Natu­relle. Dans ce des­sein, ils ont aban­don­né le pro­jet qu’ils avoient conçu de trai­ter sépa­ré­ment et métho­di­que­ment cha­cun des trois règnes. L’ordre alpha­bé­tique a paru conve­nir le plus au but qu’il se pro­po­saient […]. Mais on a éten­du les bornes de ce manuel à des objets qui n’ont point de rap­port immé­diat avec l’Histoire Natu­relle, par la seule rai­son qu’ils se trouvent dans les Cabi­nets, tels que les Médailles, les mor­ceaux antiques, les habille­ments et armes des Sau­vages, les pièces ana­to­miques, etc. Il n’est pas, sans doute, inutile d’observer ici que la par­tie de l’antiquité a été tra­vaillée d’après la riche col­lec­tion du cabi­net de Sainte-Gene­viève. […] Ce petit Manuel, qui doit être regar­dé comme la clef de tous les Cabi­nets d’Histoire Natu­relle, sera, pour les Savants, une espèce de réper­toire, qui rap­pel­le­ra tou­jours à leur esprit des connais­sances plus pro­fondes. Les ama­teurs et ceux qui se font des cabi­nets, y pui­se­ront ces connais­sances d’agrément, qui réveillent le goût, et tiennent l’esprit en gaie­té. Les voya­geurs seront amu­sés par la connais­sance de ce que les pro­duc­tions des cli­mats éloi­gnés offrent de plus curieux et de plus piquant. Ce sera pour tout le monde un livre d’observations dans les pro­me­nades, d’instruction et de curio­si­té dans les Cabi­nets d’Histoire Natu­relle, les Serres chaudes, les jar­dins bota­niques, les ména­ge­ries, les fau­con­ne­ries, etc. et enfin de délas­se­ment et de récréa­tion dans les moments de loi­sir.

Mais sur­tout pour jouir plus agréa­ble­ment de cet ouvrage et acqué­rir des connais­sances faciles dans l’Histoire Natu­relle, il n’est pas de meilleur moyen que de fré­quen­ter les Cabi­nets. Nous ne sommes plus dans ce temps d’ignorance, où le savoir farouche et jaloux, enve­lop­pé du man­teau de l’orgueil, était inac­ces­sible. Rien n’est plus digne d’éloge que cette poli­tesse, cette hon­nê­te­té, cette affa­bi­li­té avec laquelle les princes, les grands, les gens de goût donnent aux étran­gers et aux curieux un accès facile dans ces temples de la nature, où les col­lec­tions les plus com­plètes sont dis­tri­buées avec autant de choix que d’intelligence.70

  1. Les études clas­siques sur la ques­tion sont les sui­vantes : J. Von Schlos­ser, Die Kunst- und Wun­der­kam­mern der Spä­tre­nais­sance, 1908 ; A. Lugli, Natu­ra­lia et mira­bi­lia: il col­le­zio­nis­mo enci­clo­pe­di­co nelle Wun­der­kam­mern d’Europa, Milan, 1983 (éd. fr., Paris, Adam Biro, 1998) ; Macro­cos­mos in Micro­cos­mo : die Welt in der Stube : zur Ges­chichte des Sam­melns 1450 bis 1800, éd. A. Grote, Opla­den, Leske & Budrich, 1994 ; The Ori­gins of museums : the cabi­net of curio­si­ties in six­teenth and seven­teenth cen­tu­ry Europe, Oxford, Cla­ren­don press, 1985 ; K. Pomian, Col­lec­tion­neurs, ama­teurs et curieux : Paris, Venise, xvie -xviiie siècle, Paris, Gal­li­mard, 1987 ; A. Schnap­per, Col­lec­tions et col­lec­tion­neurs dans la France du xviie siècle, Paris, Flam­ma­rion, 1988 ; P. Find­len, Pos­ses­sing nature : museums, col­lec­ting, and scien­ti­fic culture in ear­ly modern Ita­ly, Ber­ke­ley, Los Angeles et Londres, 1994 ; Stanze del­la mera­vi­glia. I musei del­la natu­ra tra sto­ria e pro­get­to, éd. L. Bas­so Per­es­sut, Bolo­gna, Clueb, 1997 ; P. Fal­guières, Les Chambres des mer­veilles, Paris, Bayard, 2003. Cette biblio­gra­phie n’est nul­le­ment exhaus­tive, à peine indi­ca­tive. Le livre de P. Mau­riès (Cabi­nets de curio­si­tés, Paris, Gal­li­mard, 2002) com­porte des erreurs his­to­riques. []
  2. Des Ins­crip­tiones de Qui­chel­berg, aux remarques de Dide­rot. Ces der­nières sont com­men­tées par G. Olmi dans L’Inventario del mon­do : cata­lo­ga­zione del­la natu­ra e luo­ghi del sapere nel­la pri­ma età moder­na, Bolo­gna, Il Muli­no, 1992, p. 199. []
  3. Œuvres de Buf­fon avec la syno­ny­mie et la clas­si­fi­ca­tion de Cuvier aug­men­tées des obser­va­tions et sup­plé­ments des plus célèbres natu­ra­listes mises en ordre et anno­tées par J. Piz­zet­ta…, tome pre­mier, Paris, Parent Des­barres, 1868, p. 170. Ce texte est dis­po­nible en ver­sion numé­rique sur le ser­veur Gal­li­ca de la Biblio­thèque natio­nale de France. []
  4. P. Boc­cone, Recherche et obser­va­tions natu­relles sur la pro­duc­tion de plu­sieurs pierres, prin­ci­pa­le­ment de celles qui sont de figure de coquille, et de celles qu'on nomme corne d'Ammon, sur la petri­fi­ca­tion de quelques par­ties d'animaux. Sur les prin­cipes des glos­so­petres. Sur la pierre estoi­lée, et sur l'embrasement du Mont Gibel ou Etna arri­vé en l'an 1669, Par M. Boc­cone, sici­lien, qui en a fait à diverses fois le dis­cours et les démons­tra­tions, dans l'Académie de Mr. L'abbé Bour­de­lot, À Paris, chez Claude Bar­bin, au Palais, sur le second per­ron de la Sainte Cha­pelle, 1671. Ce texte est dis­po­nible en ver­sion élec­tro­nique (mode texte) sur le site de la biblio­thèque inter­uni­ver­si­taire de méde­cine, à l’adresse http://www.bium.univ-paris5.fr. Pao­lo Boc­cone, en reli­gion Dom Sil­vio Boc­cone, moine cis­ter­cien à par­tir de 1682, est un des natu­ra­listes les plus impor­tants du xviie siècle. Ses tra­vaux les plus admi­rés portent sur la flore médi­ter­ra­néenne, sur la nature du corail ou sur les érup­tions de l’Etna. Ses voyages l’ont conduit à par­cou­rir toute l’Europe et il semble avoir vécu de cours par­ti­cu­liers don­nés aux grands sei­gneurs qui lui assu­raient aide et pro­tec­tion. On lui doit l’un des pre­miers her­biers de types, dont le meilleur exemple est aujourd’hui conser­vé à l’herbier natio­nal de Hol­lande à Leyde. []
  5. Sans doute Isaac d’Huisseau, mieux connu pour son hypo­thé­tique par­ti­ci­pa­tion à la publi­ca­tion de La Reu­nion du Chris­tia­nisme, ou la maniere de rejoindre tous les Chres­tiens sous une seule Confes­sion de Foy, Sau­mur, 1670. Je n’ai pas iden­ti­fié la col­lec­tion Gra­bu­sat. Au reste, le pas­sage à Lyon de P. Boc­cone est bien attes­té par un autre moment du même dis­cours où il pré­cise qu’il a don­né des cours dans cette ville. Le jar­din bota­nique de Lyon conserve aus­si un her­bier de plantes sèches du même Boc­cone. []
  6. C’est-à-dire : Ambroise Paré, Ulisse Aldro­van­di, Fran­ces­co Cal­zo­la­ri, Cesal­pi­no, Conrad Ges­ner, Guillaume Ron­de­let, Pierre Belon, Fer­rante Impe­ra­to, Ole Worm, Fede­ri­co Cesi. []
  7. P. Find­len, Pos­ses­sing nature : museums, col­lec­ting, and scien­ti­fic culture in ear­ly modern Ita­ly, Ber­ke­ley, Los Angeles et Londres, 1994, p. 107–108. []
  8. Le ms. 2039 de la biblio­thèque inter­uni­ver­si­taire de méde­cine de Paris, qui ren­ferme l'un des her­biers en impres­sion natu­relle fabri­qués par le natu­ra­liste ita­lien, pré­sente un feuillet qui a ser­vi de sup­port pour les essais d'impression après avoir été uti­li­sé pour l'impression d'un pla­card à voca­tion publi­ci­taire van­tant l'excellence des cours dis­pen­sés par Boc­cone et l'habileté du pro­fes­seur. []
  9. La trans­mis­sion et la récep­tion de Dios­co­ride au Moyen Âge ont été étu­diées tout par­ti­cu­liè­re­ment par J. Riddle, J. Stan­nard et C. Dubler. Pour la période médié­vale, la connais­sance de Dios­co­ride est d'abord mesu­rable par l'existence de copies en plus ou moins grand nombre. Il semble que l'une des pre­mières men­tions de Dios­co­ride dans un texte médié­val por­tant sur les plantes doive être cher­chée dans le poème du pseu­do Macer, dit Macer Flo­ri­dus, texte datant selon toute pro­ba­bi­li­té du xie siècle, cou­ram­ment attri­bué de nos jours à Odon de Meung. []
  10. P. Find­len, op. cit., p. 203. []
  11. R. Mor­sel­li, Reper­to­rio per lo stu­dio del col­le­zio­nis­mo bolo­gnese del sei­cen­to, Bolo­gna, Patron, 1997. []
  12. La biblio­gra­phie que nous don­nons ici n’est qu’indicative et non exhaus­tive. On se repor­te­ra en par­ti­cu­lier aux études sui­vantes : G. Olmi, Ulisse Aldro­van­di : scien­za e natu­ra nel second cin­que­cen­to, Tren­to, 1976 ; S. Tugno­li-Pat­ta­ro, Meto­do e Sis­te­ma nel pen­sie­ro scien­ti­fi­co di Ulisse Aldro­van­di, Bolo­gna, Clueb, 1981 ; P. Fal­guières, Inven­tion et mémoire : aux ori­gines de l’institution muséo­gra­phique. Les col­lec­tions ency­lo­pé­diques et les cabi­nets de mer­veilles dans l’Italie du xvie siècle, thèse de l’Université Paris I, 1988 ; G. Olmi, L’inventario del mon­do, op. cit. De nom­breuses publi­ca­tions récentes pré­sentent les col­lec­tions de des­sins du musée. Par­mi celles-ci on note­ra : Hor­tus pic­tus dal­la rac­col­ta di Ulisse Aldro­van­di, Rome, Edi­zio­ni dell’Elefante, 1993 ; G. Olmi, L. Ton­gior­gi Toma­si, De pis­ci­bus : la bot­te­ga artis­ti­ca di Ulisse Aldro­van­di e l’immagine natu­ra­lis­ti­ca, Rome, Edi­zio­ni dell’Elefante, 1993 ; AAVV, L’Erbario dipin­to di Ulisse Aldro­van­di : un capo­la­vo­ro del Rinas­ci­men­to, éd. A. Maio­ri­no, M. Minel­li, A. L. Mon­ti et B. Nero­ni, sup­ple­men­to al per­io­di­co men­sile Flor­tec­ni­ca, 1995 ; Il Tea­tro del­la natu­ra di Ulisse Aldro­van­di, Bologne, Com­po­si­to­ri, 2001. Cha­cun de ces ouvrages pré­sente à la fois une sélec­tion ico­no­gra­phique et des études cri­tiques sur les prin­ci­paux aspects du musée. Les tables de plantes, le cata­logue des manus­crits et un choix de lettres sont aujourd’hui dis­po­nibles sous forme numé­rique à l’adresse www.pinakes.org. []
  13. Cet aspect n’est pas absent de la réflexion de la cri­tique. Il est constam­ment men­tion­né dans les tra­vaux de P. Fal­guières, P. Find­len, G. Olmi etc. On peut éga­le­ment ren­voyer aux indi­ca­tions don­nées par A. Lugli, Natu­ra­lia et mira­bi­lia, en par­ti­cu­lier, p. 80–81, 94 sq., pour le rap­port entre l’organisation du lieu et l’utilisation à la fois secrète et éru­dite que le savant peut en faire. L’auteur rap­pelle aus­si que l’Orbis sen­sua­lium pic­tus d’Amos Come­nius défi­nit le lieu de la col­lec­tion comme celui de la médi­ta­tion et de la construc­tion du savoir. Sans entrer dans le détail de la pro­blé­ma­tique du lieu qui occupe une grande par­tie de la thèse de P. Fal­guières, je retiens comme point de départ de ma propre réflexion celle de l’utilisation de la col­lec­tion, qu’elle com­porte exclu­si­ve­ment ou non des livres. Je ten­te­rai donc de mon­trer ici la décli­nai­son de cette thé­ma­tique en pre­nant appui sur deux textes aldro­van­diens, le Dis­cor­so natu­rale d’une part, la Far­ra­go his­to­riae papy­ri autre­ment connue sous le titre de Biblio­lo­gia d’autre part. []
  14. Sur ce point, G. Olmi montre dans L’inventario del mon­do (op. cit., p. 205 sq.) de quelle façon les col­lec­tions natu­ra­listes pri­vi­lé­gient l’ordre métho­dique. []
  15. Gia­co­mo Bon­com­pa­gni (1548–1612), fils natu­rel du pape Gré­goire xiii. U. Col­da­gel­li, dans la notice qu’il consacre à ce per­son­nage dans DBI (Dizio­na­rio bio­gra­fi­co degli Ita­lia­ni), remarque que nombre de trai­tés lui furent dédiés, écrits par les meilleures plumes de son temps. []
  16. S. Tugno­li-Pat­ta­ro, op. cit., p. 173–232. L’auteur signale dans la biblio­gra­phie qu’elle avait d’ailleurs uti­li­sé ce texte dans une pré­cé­dente publi­ca­tion et le com­mente lar­ge­ment au fil de son étude. Les réfé­rences dans les notes ren­voient d’abord à la pagi­na­tion du manus­crit. La pagi­na­tion indi­quée entre cro­chets ren­voie à l’édition de Mme Tugno­li-Pat­ta­ro. []
  17. La lit­té­ra­ture cri­tique sur l’idée du micro­cosme est infi­nie. Voir par­ti­cu­liè­re­ment K. Pomian, Col­lec­tion­neurs, ama­teurs et curieux, op. cit., p. 60 sq. []
  18. Dis­cor­so, p. 504 [p. 176] : « delle cose natu­ra­li, qua­li per la mag­gior parte si vedo­no rau­nate et poste innan­zi a gl’occhi, non solo real­mente, ma ancho­ra in pit­tu­ra, al vivo ritratte, nel mio picciol’mondo di natu­ra, nel qual gior­no e notte non per­do­nan­do né a spe­sa né a fati­ca, con ogni mio potere cer­co di abbel­lir­lo et arri­chir­lo, sapen­do al cer­to che ques­ta parte, come nobi­lis­si­ma et prae­cla­ris­si­ma fu sempre bra­ma­ta dal nos­tro gran’philosopho [Aris­to­tele] come parte raris­si­ma et pre­cio­sis­si­ma fra tutte l’altre cose da lui trat­ta­ta nel­la sua filo­so­fia uni­ver­sale delle cose pro­dotte dal­la ric­ca et inge­nio­sa natu­ra ». []
  19. Dis­cor­so, p. 510–511 [p. 182] : « Dico, adunque, che fra il nume­ro di quelle piante che insin’hora da me osser­vate sono, fra per­fette et imper­fette, arri­va­no al nume­ro di cinque milia. []
  20. Dis­cor­so,p. 511 [p. 182–183] : « Se consi­de­ra­re­mo il nume­ro delle piante degl’antichi et da moder­ni des­critte, vedre­mo che appe­na arri­va­no al nume­ro de due mila et, non­di­me­no, se ne tro­va­no mol­to maggior’numero, si come si vederà nelle mie his­to­rie da me osser­vate, et pari­mente sen­sa­ta­mente vedere si pos­so­no esic­cate et incol­late in quat­tuor­de­ci gran’volumi, che da cias­cu­no pos­so­no essere vedute quan­do viene l’occasion : le qua­li piante, pari­mente, quan­do sono ver­di, con fio­ri, frut­ti, radi­ci et con l’altre sue par­ti, le fac­cio depin­gere al vivo ». []
  21. C. Opso­mer, Index de la phar­ma­co­pée du ier au xe siècle, Hildesheim–Zurich–New-York, 1989, 2 vol. []
  22. Jean Ruel, De natu­ra stir­pium, Paris, 1536. La ques­tion du nom des plantes est trai­tée au cha­pitre xx du pre­mier livre, p. 90–117 de l’édition de 1536. Ce texte reprend en les déve­lop­pant les pas­sages du livre xxv de l’His­toire Natu­relle de Pline l’Ancien où les mêmes ques­tions sont abor­dées. []
  23. Dis­cor­so, p. 522 [p. 193] : « Non è da tacere gli due arma­rii da me con grand’arte construt­ti, sen­do rin­chiu­si in que­gli quat­tro­mi­la cin­que­cen­to cin­quan­ta­quat­tro cas­set­ti­ni, i qua­li sono da me intit­to­la­ti cimi­liar­chio et pan­de­chio delle cose gene­rate in ques­to inferior’mondo, tutte ripiene delle cose inani­mate che si gene­ra­no nelle vis­cere del­la terre et sua super­fi­cie. Le qua­li fan­no com­pi­ta tut­ta la phi­lo­so­phia de mis­ti inani­ma­ti et davan­ti gl’occhi chia­ra­mente la pon­go­no ». []
  24. Dis­cor­so, p. 529 [p. 199] : « Io ho volu­to qui­vi darVe bre­ve­mente la deli­nea­tione del­li gene­ri delle cose inani­mate del moi Micro­cos­mo. Fra qua­li pietre molte se ne veg­go­no, per havere figu­ra deter­mi­na­ta, depinte ne’nostri libri intit­to­la­ti le figure delle pietre de figu­ra deter­mi­na­ta, che facil­mente per la pit­tu­ra conos­cere si pos­so­no ». []
  25. Bologne, Biblio­te­ca uni­ver­si­ta­ria, ms. 110 : Cata­lo­gus viro­rum qui visi­ta­runt Musaeum. L’ouverture des col­lec­tions au public a été bien vue par la cri­tique. Pour Aldro­van­di, on se repor­te­ra par exemple à ce qu’en dit G. Olmi dans L’inventario del mon­do, op. cit., p. 192 et 294. []
  26. Car­lo Sigo­nio (1520–1584), hel­lé­niste et pro­fes­seur de grec à Venise, puis d’éloquence à Padoue. []
  27. Il ne s’agit pas néces­sai­re­ment du théo­lo­gien fran­cis­cain homo­nyme. []
  28. Il s’agit peut-être de l’auteur du Traic­té de l’excellence du sexe fémi­nin et des pré­ro­ga­tives de la Mère de Dieu, Paris, 1635, signa­lé par Cio­ra­nes­cu. []
  29. La famille de la Bis­trate est éta­blie dans le nord de la Bour­gogne. []
  30. Bologne, Biblio­te­ca uni­ver­si­ta­ria, ms. 41 : Liber in quo viri nobi­li­tate honore et vir­tute insignes, viso Musaeo quod Excel­len­tis­si­mus Ulysses Aldro­van­dus illus­triss. Sena­tui Bono­nien­si dono dedit, pro­pria nomi­na ad per­pe­tuam rei memo­riam scri­bunt. Ce livre d’or du musée, pré­cise le cata­logue, couvre un arc chro­no­lo­gique qui va de 1567 à 1644. []
  31.  Bologne, Biblio­te­ca uni­ver­si­ta­ria, ms. 41. []
  32. Dis­cor­so, fol. 512v, p. 184 : « No è da las­care a die­tro gl’ucelli di dubia natu­ra, fra qua­li alcu­ni son­no bisul­chi che han­no l’unghia fes­sa come il stru­zo solo, aggio­gen­do, appres­so ques­ti di dub­bia natu­ra, il pipis­trel­lo, det­ta da Aris­to­tile qua­dru­pede dimi­nu­to, haven­do anco­ra egli li den­ti, orec­chi, mam­melle per nutri­care il feto col suo latte, come i qua­dru­pe­di et vivi­pa­ri ». []
  33. Sur la genèse de l’Orni­tho­lo­gie d’Aldrovandi, voir l’article de L. Pinon, « Entre com­pi­la­tion et obser­va­tion, l'écriture de l'Orni­tho­lo­gie d'Ulisse Aldro­van­di », Gene­sis, 20, 2003. []
  34. Pline, His­toire natu­relle, ix. Il s'agit du tur­sio ou thur­syon qui reste un hapax pli­nien. Aldro­van­di revient plu­sieurs fois sur cette ques­tion dans son œuvre manus­crite. On se repor­te­ra par exemple au ms. 35, Ulys­sis Aldro­van­di his­to­ria stu­rio­nis ; ou au ms. 102 : Ulys­sis Aldro­van­di his­to­ria stu­rio­nis seu acci­pen­se­ris anti­quo­rum. Plus que de deux œuvres dif­fé­rentes, il s’agit de deux états dif­fé­rents de la rédac­tion éga­le­ment adres­sés à Camil­lo Bolo­gni­ni. []
  35. La Biblio­lo­gie, autre­ment inti­tu­lée par Aldro­van­di Far­ra­go His­to­riae papy­ri, consti­tue le manus­crit 124–82 de la biblio­thèque uni­ver­si­taire de Bologne. Le texte a fait l’objet d’une publi­ca­tion très par­tielle dans deux articles assez anciens : A. Adver­si, « Ulisse Aldro­van­di, Biblio­fi­lo, Biblio­gra­fo, e Biblio­lo­go del Cin­que­cen­to », Anna­li del­la Scuo­la per Archi­vis­ti e Biblio­te­ca­ri, n° 8, 1968, p. 85–181 ; et A. Adver­si, « Nuo­vo appun­ti su Ulisse Aldro­van­di biblio­fi­lo, biblio­te­ca­rio e biblio­gra­fo e sul­la sua inedi­ta Biblio­lo­gia », La Biblio­fi­lia, n° 68, 1966, p. 51–90. La rédac­tion de ce texte semble avoir mobi­li­sé toute l’énergie du natu­ra­liste de Bologne qui fait état de l’importance de son tra­vail dans la cor­res­pon­dance ; voir par exemple ms. 6, fol. 120. []
  36. Ce qui ne signi­fie pas que le texte doit être com­pris comme confus. Aldro­van­di en sou­ligne lui-même la cohé­rence dans sa cor­res­pon­dance – voir ms. 6, fol. 120 : « nel­la biblio­lo­gia dove con acca­sione del papi­ro de gli anti­chi ven­go pari­mente a par­lar dell’antichita delle lingue et qual fosse la pri­ma con che par­la­va il notro pri­mo padre Ada­mo, essen­do nece­sa­rio che tut­to cio che si scribe et ragio­na si dica in qualche sorte di lin­guag­gio, perche altri­men­ti non potia­mo espri­mer bene i concet­ti varii dell’animo nos­tro ». []
  37. His­to­rien et cano­niste grec du xiie siècle. Ses Annales vont du com­men­ce­ment du monde jusqu’à la mort d’Alexis Com­mène en 1118. Une tra­duc­tion en fran­çais et une tra­duc­tion ita­lienne de cet ouvrage parurent en 1560. Cette pre­mière tra­duc­tion ita­lienne fut sui­vie d’une autre à Venise en 1564, puis d’une réim­pres­sion en 1570. Aldro­van­di dis­pose dans sa biblio­thèque d’un exem­plaire de la tra­duc­tion véni­tienne de 1564; il porte aujourd’hui la cote [Aula M. E.VII.18]. Le pas­sage auquel Aldro­van­di fait allu­sion se trouve au livre xiv, cap. 52, p. 1212 du tome 134 de la Patro­lo­gie de Migne. []
  38. Far­ra­go, p. 10 : « Et ques­ti pugi­la­ri era­no dis­tin­ti con varii nomi; altri era­no chia­ma­ti quin­cu­pli­ci, altri tri­pli­ci, altri dupli­ci, dal nume­ro delle foglie che conte­ne­va­no; et ques­ti pero non era­no tut­ti d’una mede­si­ma mate­ria per­ché altri era­no fat­ti di cedro, altri d’avorio, altri di bus­so et altri di mem­brane. Era­no pari­mente di diver­si colo­ri per­ché alcu­ni era­no gial­li, altri ver­di, altri di colore di zafra­no, altri di carnesi­no ». []
  39. Far­ra­go, p. 13 : « hog­gi­di anco­ra se ne fan­no di mem­brane di diver­si colo­ri si come si può vedere alcune nel mio Museo dona­time dall’altezza del gran duc­ca di Tos­ca­na ». []
  40. Pru­dence, hymne ix, v.13–16 : « Autour de lui d’innombrables enfants (spec­tacle pitoyable) enfon­çaient, fichaient dans son corps les petits sty­lets avec les­quels ils avaient l’habitude de rem­plir rapi­de­ment leurs tablettes enduites de cire, en écri­vant sous la dic­tée les paroles du maître » (trad. M. Lava­renne, éd. De la C.U.F.). []
  41. Bolo­gna, BU, 124–5. La lettre à Pinel­li est encore le lieu d’un impor­tant déve­lop­pe­ment sur les tablettes, qu’elles soient de cire, de bois ou de par­che­min. []
  42. L’étude fon­da­men­tale est celle publiée par G. Olmi, « Osser­va­zione del­la natu­ra e raf­fi­gu­ra­zione in Ulisse Aldro­van­di », dans L’Inventario del mon­do, op. cit, p. 21–161. []
  43. La ques­tion avait été éga­le­ment posée par A. Lugli, op. cit., p. 162. []
  44. P. Fal­guières, Inven­tion et mémoire, op. cit., p. 334. []
  45. Les lettres de Mathias de L’Obel ou plu­tôt quelques-unes de ces lettres ont été publiées par Armand Louis en annexe de son étude bio­gra­phique sur L’Obel. Les archives du musée Plan­tin d’Anvers conservent en outre des lettres de Charles de L’Escluse qui se plaint de ne pas par­ve­nir à faire fabri­quer des planches bota­niques propres et exactes. []
  46. Sur la lit­té­ra­ture concer­nant la man­dra­gore et d’autres plantes anthro­po­mor­phiques ou zoo­mor­phiques au Moyen Âge, on se repor­te­ra par exemple à l’excellente syn­thèse qu’en a don­né E. Pariaud-Seguin dans sa thèse (Plantes zoo­mor­phiques et anthro­po­mor­phiques au Moyen Âge, thèse inédite, 2002). []
  47. Hor­tus pic­tus, t. ix,  pl. 374. []
  48. Voir note 1, p. 103 de l’édition de la C.U.F. L’éditeur pré­cise le rap­port entre la des­crip­tion de Dio­so­co­ride et celle de Pline en ras­sem­blant les élé­ments de ce qui n’est pas abso­lu­ment une diag­nose : « Les racines res­semblent à celles de l’hellébore noir, leur odeur est proche de celle du cin­na­mome ; il aime les sols maigres et dépour­vus d’humidité ». []
  49. Pline, NH, xxi, 30 [chap. xvi]. La tra­duc­tion est celle de J. André. []
  50. La tra­di­tion tex­tuelle du livre xxi, comme c’est le cas dans la plus grande par­tie des livres médi­caux de l’His­toire Natu­relle, est par­ti­cu­liè­re­ment mal­trai­tée par les manus­crits recen­tiores du texte de Pline. Les omis­sions, les sauts du même au même, par­tiel­le­ment com­blés, les erreurs gros­sières sur les noms des plantes et les erreurs de seg­men­ta­tion des para­graphes sont direc­te­ment à l’origine des dif­fi­cul­tés ren­con­trées par les édi­teurs. Aldro­van­di uti­lise plu­sieurs édi­tions de l’encyclopédie pli­nienne. L’une d’entre elles, publiée à Lyon en 1553, est par­ti­cu­liè­re­ment anno­tée. Elle repré­sente assez bien la vul­gate pli­nienne de la seconde moi­tié du xvie siècle. L’examen atten­tif des com­men­taires tex­tuels du natu­ra­liste dans la Far­ra­go per­met cepen­dant de mettre en évi­dence l’utilisation d’autres édi­tions de Pline, en latin et en tra­duc­tion ita­lienne. []
  51. C. Bau­hin, Pinax, p. 7b. []
  52. Les autres équi­va­lences lexi­cales ren­voient à John Gerard et à Taber­nae­mon­ta­nus. []
  53. Il écrit dans la Biblio­lo­gia que la tige du papy­rus se pré­sente « a gui­sa di una cipol­la », c’est-à-dire en forme d’oignon. La tige du papy­rus est for­mée de canaux dis­po­sés lon­gi­tu­di­na­le­ment; on n’y voit nul enrou­le­ment d’enveloppes suc­ces­sives. Césal­pin retient aus­si la forme de la tige comme élé­ment dis­cri­mi­nant dans la déter­mi­na­tion du papy­rus des anciens. []
  54. Il n’est pas inter­dit de voir dans cet écla­te­ment des repré­sen­ta­tions des choses une sorte de pen­dant à l’éclatement des mots décrit par P. Fal­guières dans sa thèse (voir Inven­tion et mémoire, op. cit., p. 275 sq.), à pro­pos de l’utilisation de l’ordre alpha­bé­tique dans les car­nets d’Aldrovandi. []
  55. Sur ce point, je ren­voie à F. Char­pen­tier, J. Céard et G. Mathieu-Cas­tel­la­ni, « Pré­li­mi­naires » dans La Curio­si­té à la Renais­sance, Paris, Sedes, 1986, p. 17. []
  56. Far­ra­go, p. 42 : « Ho io nel mio museo un bel­lis­si­mo fus­to di figu­ra tri­an­gu­lare qual ado­pro per bas­tone per appo­gio […] ques­to mel dono l’Illustrissimo Car­di­nale Paleo­ti. Ven­gha­no por­ta­ti in Ita­lia sola­mente ques­ti fus­ti più pic­cio­li per­ché i più gros­si non son atti ne com­mo­di per ser­vis­sene i vec­chi et conva­les­cente que­li più gros­si era­no attis­si­mi a far car­ta. Fan­no erro­ri quel­li che cre­do­no che la can­na india­na sia il papi­ro essen­do quel­la roton­da, et nodo­sa, le qua­li notte non sono nel papi­ro ». []
  57. Far­ra­go, p. 40 : « Pri­me­ra­mente si ha da aver­tire nel­la tra­du­zione di Teo­do­ro Gaza nel capi­to­lo del papi­ro di Teo­fras­to che tra­duce tri­que­tros, angu­la­tos, che la voce ‘angu­la­tos’ non si tro­va nel tes­to gre­co di Teo­fras­to, ma sola­mente ôñßãùíïõò che vuole dire tri­an­go­lare per­ché essen­do tri­an­go­lare segue­ba neces­sa­ria­mente che è ango­lo­so ; però è super­flua quel­la paro­la ango­la­to la quale se fosse nel gre­co devrebbe dire ãùíéþäç la qual voce usò Dios­co­ride nel 4 capi­to­lo del cipe­ro, libro pri­mo, dove dice che’l cipe­ro ha il fus­to del gion­co odo­ra­to, di altez­za d’un brac­cio mag­giore et ango­lo­so ; è con gran’ giu­di­tio usò Dios­co­ride ques­ta voce ãùíéþäç cioè ango­lo­so per abrac­ciare varie sor­ti di cipe­ri ; ritro­van­do­si alcu­ni che han­no il fus­to tri­an­go­lare et altri qua­dran­go­lare si come io ho osser­va­to molte volte però dicen­do ango­lo­so abbra­cia l’una et l’altra spe­cie [p. 41] et ques­to io lo confer­mo per Cor­ne­lio Cel­so qual chia­ma il cipe­ro gion­co qua­dra­to. Et se forse havesse conos­ciu­to il tri­an­go­lare non l'haverebbe ris­tret­to a ques­ta spe­cie sola; et havrebbe det­to ango­lo­so come fece Dios­co­ride per abbra­ciare l'una et l'altra spe­cie ». []
  58. G. Olmi sou­ligne l’intérêt du natu­ra­liste pour la connais­sance des langues anciennes per­met­tant un accès direct aux textes dans Ulisse Aldro­van­di : Scien­za e natu­ra nel secon­do Cin­que­cen­to, op. cit., en par­ti­cu­lier p. 30 sq. []
  59. Sur la ques­tion de la trans­mis­sion de Dios­co­ride, il faut ren­voyer glo­ba­le­ment aux tra­vaux de J. Stan­nard, A. Tou­waide, C. Dubler et C. Beut­ler. On trou­ve­ra un état de la ques­tion en Ita­lie dans le recueil col­lec­tif publié par S. Fer­ri, Pie­tro Andrea Mat­tio­li : la vita, le opere, Pérouse, 1997. []
  60. Ce texte du livre xiii de l’His­toire natu­relle a fait l’objet de nom­breux com­men­taires. Sur la ques­tion de la fabri­ca­tion du papier de papy­rus, et donc sur celle de la per­ti­nence de la des­crip­tion pli­nienne, on pour­ra se repor­ter aux tra­vaux sui­vants : A. Bülow-Jacob­sen, « Prin­ci­pa­tus medio : Pli­ny, N.H., xiii, 72 sq. », Zeit­schrift für Papy­ro­lo­gie und Epi­gra­phik, n° 20, 1976, p. 113–116 ; C.N.B. Camac, « The Papy­rus Indus­try of the Ancients », dans Pro­cee­dings of the Cha­ra­ka Club, vii, New-York, 1931, p. 72–80 ; M. Capas­so, « Per la Sto­ria del­la Fabri­ca­zione del­la car­ta di papi­ro », Rudiae : Ricerche sul mon­do clas­si­co, n° 4, 1992, p. 81–99 ; A. de Cay­lus, « Dis­ser­ta­tion sur le papy­rus », dans Mém. de l’Académie des Ins­crip­tions et Belles Lettres, xxvi, 1759 ; E. Chio­ven­da, « Il Papi­ro in Ita­lia », Lavo­ri dell’Istituto Bota­ni­co di Mode­na, For­li, 1931 ; B. Cor­ra­do, « Meto­do dagli anti­chi Egi­zi per la fabri­ca­zione e la pre­ser­va­zione del­la car­ta-papi­ro », Aegyp­tus, anno lvii, janv-déc. 1977, p. 190–199 ; I. H. M. Hen­driks, « More about the Manu­fac­ture of Papy­rus », dans Atti del xvii congres­so inter­na­zio­nale di Papi­ro­lo­gia, Naples, 1984, t. 1, p. 31–37; N. Lewis, L’Industrie du Papy­rus dans l’Égypte Gré­co-Romaine, Paris, L. Rod­stein, 1934 ; N. Lewis, Papy­rus in Clas­si­cal Anti­qui­ty, A sup­ple­ment, Bruxelles, Fon­da­tion égyp­to­lo­gique reine Eli­sa­beth, 1989 ; A. S. Maney, et I. O’casey, The Nature and Making of Papy­rus, Barks­ton Ash, 1973, p. 55–57 ; E. Menei, Le Papy­rus, Conser­va­tion, Res­tau­ra­tion, Mémoire de l’IFROA, Paris, 1990 ; H. Ragab, Le Papy­rus, Le Caire, 1980 ; C. Pao­li, Del Papi­ro come mate­ria spe­cial­mente consi­de­ra­to come mate­ria che ha ser­vi­to alla scrit­tu­ra, Memo­ria, Firenze, Coi tipi dei suc­ce­so­ri Le Mon­nier, 1878 ; Ch. Per­rat, « Les Huma­nistes ama­teurs de papy­rus », Biblio­thèque de l’École des Chartes, n° 109, 1951, p. 173–192 ; D. Sider, « Pli­ny on the Manu­fac­ture of Paste for the Papy­rus », Zeit­schrift für Papro­lo­gie und Epi­gra­phik, n° 22, 1976, p. 74. []
  61. « Ludo­vi­co Dome­ni­ci nel­la tra­dut­tione di Pli­nio las­cia nel­la pen­na queste parole : “Prin­ci­pa­tus medio atque inde scrit­ture ordine” le qua­li sono pure di tan­ta impor­tan­za che non sapesse il modo con che si facesse la car­ta. » Aldro­van­di a rai­son. La tra­duc­tion de Dome­ni­ci oublie le membre de phrase Prin­ci­pa­tus medio atque inde scis­su­rae ordine, et passe direc­te­ment aux diverses qua­li­tés du papier. Il faut ajou­ter que la pré­face du même Dome­ni­ci insiste assez lon­gue­ment sur la dif­fi­cul­té que repré­sente la tra­duc­tion d’un texte aus­si long et aus­si tech­nique et ajoute qu’il ne s’est atte­lé au tra­vail qu’en rai­son de la défec­tion de plu­sieurs autres tra­duc­teurs pres­sen­tis. []
  62. Far­ra­go, p. 42–43 : « Da ques­to si vede che quel­li che han­no volu­to che la can­na india­na sia il papi­ro degli anti­chi, sia­no piglia­to errore essen­do quel­la roton­da et non tri­an­go­lare, si come n’ho una nel mio museo dona­ta­mi dal illus­tris­si­mo Car­di­nal Paleot­ti ». []
  63. Far­ra­go, p. 5 : « si come anco­ra hog­gi­di si scrive in alcune foglie, che si por­ta­no dall’isola di Madere, nelle qua­li è invol­to il zuc­ce­ro, si come le foglie del­la pian­ta chia­ma­ta ‘musa’ nelle qua­li si può scri­vere com­mo­da­mente et n’ ho due o tre sorte di queste foglie nel mio museo ». []
  64. Far­ra­go, p. 540 : « Il cala­mo è ancor una sorte di aro­ma­ti forse così chia­ma­to dal­la bas­sez­za del­la pian­ta, et di ques­to fa men­tione Jere­mia « Cala­mum suave oben­tem de ter­ra lon­gi­qua » et in Eze­chiel : « Sta et cla­mus in nego­tia­tione tua ». Ques­to cala­mo è cosa raris­si­ma et è chia­ma­to Cala­mo aro­ma­ti­co da Dios­co­ride. Io l’ho nel mio museo che mi fu man­da­to da Constan­ti­no­po­li per mez­zo del cla­ris­si­mo signore Mar­can­to­nio Bar­ba­to qual era all’hora balio del­la sere­nis­si­ma signo­ria di Vene­zia appres­so il gran Tur­co ». []
  65. U. Aldro­van­di, De ani­ma­li­bus insec­tis libri sep­tem, Bologne, 1602. Ce pas­sage se trouve dans l’épître limi­naire ad lec­to­rem : « Cum autem mecum repu­to, quot dies iis impen­de­rim, quos sump­tus fece­rim, mira­ri subit, quo modo tot ani­mal­cu­la inue­nire, exa­mi­nare, des­cri­bere potue­rim. Equi­dem illo­rum inue­nien­do­rum cau­sa, in sub­ur­bium, non ad recrean­dum ani­mum (ut ple­rique faciunt) totis aes­tiuis, ac autum­na­li­bus men­si­bus, me confe­re­bam ; ubi rus­ti­cos, et prece, et pre­tio exci­ta­bam, ut, si quid per agros, sub ter­ra, in aquis insec­to­rum, siue vola­ti­lium, siue rep­ti­lium inue­nirent, ad me referrent : Si quid por­ta­ba­tur nomen, natu­ram, locumque ubi cepissent, inqui­re­bam, ac saepe etiam ipse una cum ama­nuen­si­bus, et pic­tore, cum ob conti­nua stu­dia fes­si esse­mus, per vine­ta, agros, paludes, mon­tesque expa­tia­bar : pic­tor secum peni­cil­lum, ama­nuenses pugil­lares, et sty­lum fere­bant ; ille si quid cape­re­mus pic­tu dignum, pin­ge­bat, illi quod nota­tu erat dignum me dic­tante nota­bant ; atque hoc modo tam variam Insec­to­rum sup­pe­lec­ti­lem nan­cis­ci contin­git ». []
  66. Les deux mots sont évi­dem­ment à com­prendre ici dans leur stricte accep­tion aldro­van­dienne. []
  67. P. Find­len, Pos­ses­sing nature, p. 152 sq. Cet aspect de la méthode aldro­van­dienne est éga­le­ment com­men­té par P. Fal­guières dans sa thèse. []
  68. Loren­zo Lega­ti Cre­mo­nese, Museo Cos­pia­no annes­so a quel­lo del famo­so Ulisse Aldro­van­di…, Bolo­gna, 1677. Ces remarques se trouvent en par­ti­cu­lier dans l’une des pièces limi­naires adres­sée au lec­teur : « Pro­tes­ta di D. Teo­do­ro Bon­do­ni a chi legge ». La fusion des deux col­lec­tions bolo­naises a été étu­diée par G. Olmi dans Ulisse Aldro­van­di : Scien­za e natu­ra nel secon­do cin­que­cen­to, op. cit., en par­ti­cu­lier p. 86. []
  69. H. G. Duchesne et P. J. Mac­quer, Manuel du natu­ra­liste. Ouvrage utile aux voya­geurs et à ceux qui visitent les Cabi­nets d’Histoire Natu­relle et de Curio­si­tés, dédié à M. de Buf­fon, de l’Académie Fran­çoise…, Paris, G. Des­prez, 1770. L’ouvrage a été plu­sieurs fois réédi­té. Je cite d’après l’exemplaire du Museum natio­nal d’Histoire natu­relle. []
  70. En effet, cha­cun des articles de ce manuel pré­sente une sorte de résu­mé de ce que l’on peut savoir sur un objet. La notice est mani­fes­te­ment rédi­gée avec une inten­tion de séduc­tion du lec­teur. Voi­ci par exemple ce qu’on dit du patas (p. 381) : « Singe roux de Bam­boue. Il a le génie malin, har­di, moqueur et que­rel­leur ; il est gros, pesant, mais robuste et vigou­reux. À l’approche d’un vais­seau sur la côte, ils des­cendent de l’arbre à la file les uns des autres, exa­minent les hommes, ne se contentent pas de les insul­ter par les gri­maces, les gam­bades, les gestes, les pos­tures, sou­vent leur jettent au visage des mor­ceaux de bois et de pierres, et même leurs ordures qu’ils font exprès dans leurs pattes, vont jusqu’à défier les hommes au com­bat en nombre égal ; le coups de fusil les punissent de leur témé­ri­té ». Du côté des plantes, voi­ci deux notices, et d’abord celle du toxi­co­den­dron (p. 538) : « Toxi­co­den­dron : nom d’un arbre de la Caro­line, dont le suc cor­ro­sif cause à la peau une sorte d’érésipelle. Il est dan­ge­reux de tou­cher impru­dem­ment à ses feuilles. Il y a une espèce de toxi­co­den­dron au jar­din du roi dans les plates-bandes en forme de buis­son. Cet arbuste dépouillé de ses feuilles, noir, triste, d’une forme hideuse, ramas­sée, des­sé­chées, semble por­ter le carac­tère de la répro­ba­tion. Au nombre des Toxi­co­den­drons est un arbre du Japon qu’on appelle Ver­nis ; voyez ce mot. Dans la Vir­gi­nie, l’on a décou­vert plu­sieurs espèces de Toxi­co­den­drons qui ont la pro­prié­té de teindre les toiles d’un noir plus par­fait et avec moins d’acrimonie que nos pré­pa­ra­tions ordi­naires, et cette tein­ture n’est alté­rable, ni par la les­sive, ni par la lie des cendres de bois verds ». À l’inverse du toxi­co­den­dron, le trèfle des prés béné­fi­cie d’une image moins sombre, du moins tant qu’on n’en abuse pas : « Trèfle des prés : Cette plante com­mune dans les ter­rains argi­leux, est, pour les bes­tiaux qui broutent l’herbe, une nour­ri­ture excel­lente moins chaude que la Luzerne. Semée dans le mois de Mars ou d’Avril, il ne faut la cou­per que lorsqu’elle est en fleur. Elle est dans toute sa force au bout de trois ans. On fauche ce four­rage plu­sieurs fois dans l’année dans les ter­rains gras et humides. En 1754, il arri­va en Angle­terre un acci­dent funeste à des Vaches qui en man­gèrent trop et avec trop d’avidité. Elles enflèrent. Il en mou­rut dix sur le champ. On ne put sau­ver les autres que par une prompte sai­gnée. L’eau dis­til­lée de cette plante, dis­sipe l’inflammation des yeux ». []