Cet article de Nicole Masson a été originellement publié dans « Curiosité et cabinets de curiosités », Neuilly, Atlande, 2004, p. 177-185.

J’ai choi­si de suivre une piste bien spé­ci­fique pour exa­mi­ner les cabi­nets de curio­si­tés, celle des ventes aux enchères avec cata­logue des­crip­tif de la col­lec­tion ven­due. Il s’agit là d’un angle par­ti­cu­lier, celui d’un com­merce qui se rap­proche du com­merce du livre rare et pré­cieux, domaine qui m’est fami­lier1. J’ai pu consta­ter que les cata­logues de vente de biblio­thèques ren­fer­maient sou­vent un dis­cours tenu sur les pra­tiques de biblio­phi­lie. J’ai sou­vent remar­qué que lorsque le col­lec­tion­neur appré­ciait aus­si bien les beaux livres que les objets de curio­si­té, les deux ventes se suc­cé­daient. J’ai donc choi­si d’examiner treize ventes aux enchères, tenues entre 1662 et 1768, qui ont concer­né ces deux domaines2.

Rap­pe­lons d’abord briè­ve­ment la typo­lo­gie que les his­to­riens du livre ont éta­blie à pro­pos des biblio­philes. Ils dis­tinguent la biblio­thèque éru­dite ou « robine » qui per­met, en quelque sorte, à la noblesse de robe de légi­ti­mer par la culture son ascen­sion sociale. L’Advis que publie Gabriel Nau­dé (1627 puis 1644) en trace les grandes lignes, insis­tant sur l’humanisme éru­dit et l’esprit de sérieux qui y règnent. Mais l’évolution mer­can­tile est là, qui fait des livres rares des objets de « curio­si­té » et des signes osten­ta­toires de luxe. Un des cata­logues que j’ai rete­nus peut nous per­mettre d’affiner cette pre­mière ana­lyse, c’est celui de Raphaël Tri­chet Du Fresne (1662). Ce biblio­thé­caire, atta­ché d’abord à Gas­ton d’Orléans, puis à la reine Chris­tine de Suède, est jus­te­ment un ami de Nau­dé. Il dis­pose d’une biblio­thèque consi­dé­rable, bien dans l’esprit de Nau­dé, avec de nom­breux manus­crits grecs, latins et ita­liens. Après sa mort, elle sera ache­tée en bloc par Col­bert pour la Biblio­thèque royale. Mais Tri­chet Du Fresne n’est pas seule­ment un huma­niste, il a aus­si héri­té de son père un esprit fan­tasque et curieux. En effet, ce der­nier, Pierre Tri­chet, s’est consti­tué un « cabi­net curieux » dont il donne en vers amphi­gou­riques une des­crip­tion dans une pla­quette de 21 pages. On y trouve un cro­co­dile empaillé, mais aus­si des bronzes, de la pein­ture, et des ins­tru­ments de musique qu’il col­lec­tionne avec pas­sion. Il en écri­ra même un trai­té. Raphaël est son unique fils sur­vi­vant et il se trouve en quelque sorte inves­ti par son père de la mis­sion de pour­suivre et par­ache­ver ses col­lec­tions. Tri­chet Du Fresne a donc un cabi­net de curio­si­tés remar­quable que la reine Chris­tine va acqué­rir de son vivant. Ain­si coha­bitent chez lui l’esprit de sérieux qui fait pré­fé­rer « les meilleurs textes dans les meilleures édi­tions », et la fan­tai­sie du curieux qui choi­sit soi­gneu­se­ment les objets de son cabi­net, fan­tai­sie qui ali­men­te­ra sa délec­ta­tion.

Aux savants s’opposent donc les connais­seurs, les ama­teurs. Par­mi les cata­logues qui font l’objet de notre étude, notons celui de Guillaume-Louis de Chu­bé­ré3, qui col­lec­tionne les cata­logues de « cabi­nets curieux » et les cata­logues de col­lec­tions d’estampes, et qui est lui-même un col­lec­tion­neur de tableaux. Mais il n’est pas fait men­tion dans ce cata­logue de vente d’un cabi­net de curio­si­tés per­son­nel.

Entrons plus avant dans la lec­ture de quelques-uns de ces cata­logues qui nous per­mettent d’entrevoir les col­lec­tions ven­dues.

Ain­si l’« Avis » en tête du cata­logue de Guillaume-Fran­çois Joly de Fleu­ry4, abbé, cha­noine, ancien pro­cu­reur de Paris, met en évi­dence le paral­lèle entre « cabi­net de livres » et « cabi­net de curio­si­tés » :

Les cir­cons­tances d’un Inven­taire, & la néces­si­té de vui­der le loge­ment qu’occupait la Biblio­théque, n’ont pas per­mis de faire un Cata­logue métho­dique des Livres de feu M. l’Abbé DE FLEURY. On a été contraint de le faire sui­vant l’ordre des N° de l’Inventaire ; mais en fai­sant la des­crip­tion des Livres com­pris sous cha­cun de ces N° on a rap­pro­ché les volumes d’une même matière ou d’un même Auteur, autant qu’il a été pos­sible. Au reste par l’inspection du Cata­logue il sera aisé de juger qu’on ne pou­voit pas faire de ces Livres une Biblio­theque sui­vie, & consé­quem­ment que M. L’Abbé de Fleu­ry n’a vou­lu for­mer qu’un Cabi­net com­po­sé de Livres utiles & curieux, & de Trai­tez sin­gu­liers pour lesz­quels il avoit un goût déci­dé. Il en avoit un pareil pour les Estampes & les Curio­si­tez de la Nature et de l’Art, dont il a lais­sé une Col­lec­tion consi­de­rable & pré­cieuse. On en a publié le Cata­logue, & la vente a sui­vi.

Par­fois, en fin de cata­logue, on aper­çoit l’amorce d’une col­lec­tion. Ain­si Étienne Fran­çois Geof­froy5, méde­cin apo­thi­caire, a ras­sem­blé quelques objets :

Un Dro­guier, en deux grandes Armoires de bois de noyer, dont les portes contiennent 800 pots de verre ; & dont les tablettes et les tiroirs sont rem­plis de dif­fe­rentes pieces concer­nant l’Histoire Natu­relle, d’un Her­bier, et de dif­fe­rens Ani­maux ren­fer­mez dans des tubes de verre scel­lez her­mé­ti­que­ment.

Un Sque­lette humain, ren­fer­mé dans une boëtte vitrée.

Plu­sieurs Micro­scopes de dif­fe­rentes gran­deurs.

Mais on voit bien que la col­lec­tion est en rap­port direct avec ses acti­vi­tés de méde­cin spé­cia­liste des médi­ca­ments6.

Chez Théo­dore Baron7, même chose : il appar­tient à une famille célèbre de méde­cins et s’est ins­tal­lé très natu­rel­le­ment un labo­ra­toire de chi­mie de nature sans doute uti­li­taire. L’inventaire qui en est dres­sé a cepen­dant pour nous, aujourd’hui, toute la poé­sie du fatras hété­ro­clite :

Petits matras, cor­nus, cucur­bittes, châ­pi­taux, reci­piens, plâ­teaux, ento­noirs, flâ­cons, tous de verre, propres aux expé­riences & essais de chi­mie.

Une pierre à por­phy­ri­ser, avec sa mol­lette d’écaille de mer.

Une petite armoire, conte­nant quinze petits tiroirs de car­ton, divi­sés en qua­rante-huit com­par­ti­mens, cha­cun en par­tie rem­pli de dif­fé­rens échan­tillons de matière médi­ci­nale ; avec un corps de six tiroirs de bois, ser­vant de pied à ladite armoire, les­dits tiroirs conte­nant quelques mor­ceaux d’histoire natu­relle.

Nous pou­vons éga­le­ment grou­per trois cata­logues d’académiciens des sciences dont on vend, à la suite des livres, à la der­nière vaca­tion, les ins­tru­ments de tra­vail. Ils sont ven­dus avec les estampes s’il y en a, et avant les « meubles, linges, hardes et autres effets ». Il s’agit de l’abbé de La Caille, de Clai­raut et de Le Camus. Ain­si pour l’abbé de La Caille8, pro­fes­seur de mathé­ma­tiques au Col­lège Maza­rin, on trouve 27 articles d’astronomie et de mathé­ma­tiques, en plus d’un petit labo­ra­toire avec forge et éta­bli de menui­sier, et une men­tion manus­crite9 en énu­mère encore une quin­zaine de plus (règles, ther­mo­mètres, chaîne-toise, etc.) sans doute de moindre valeur. Les ins­tru­ments « les plus consi­dé­rables » ont été reti­rés par l’Académie royale des Sciences. Pour Alexis Clai­raut10, envoyé, lui, avec Mau­per­tuis en Lapo­nie pour mesu­rer le méri­dien, il s’agit de lunettes, d’objectifs et d’instruments de mathé­ma­tiques. Enfin, Le Camus11, archi­tecte du roi, exa­mi­na­teur des ingé­nieurs et du corps royal d’artillerie, confrère de Mau­per­tuis et de Cas­si­ni, pos­sède dif­fé­rentes machines de phy­sique, de chi­mie, d’astronomie, d’optique, de méca­nique et d’horlogerie.

Nous sommes donc en pré­sence de col­lec­tions de scien­ti­fi­ca, si on se réfère aux clas­si­fi­ca­tions ordi­naires des cabi­nets de curio­si­tés. Toutes ces pièces ven­dues ne consti­tuent pas à pro­pre­ment par­ler des cabi­nets, mais par leur dis­per­sion en vente publique, elles viennent vrai­sem­bla­ble­ment enri­chir des cabi­nets d’amateurs qui enché­rissent, en même temps qu’elles enri­chissent les fonds royaux de l’Académie des Sciences qui semble exer­cer une sorte de droit de pré­emp­tion sur les ins­tru­ments de ses membres, quand elle n’est pas direc­te­ment éta­blie comme léga­taire. C’est le cas pour Pajot d’Onsembray12, membre hono­raire, ancien inten­dant géné­ral des postes et relais de France – une sorte de « curieux » qui serait deve­nu savant et recon­nu comme tel ? –  qui lègue à l’Académie des Sciences son cabi­net d’histoire natu­relle en 1754.

Mais un cata­logue retient par­ti­cu­liè­re­ment l’attention, c’est celui de la vente de livres et d’objets de Louis-Augus­tin Angran, che­va­lier, vicomte de Font­per­tuis. Il témoigne de l’évolution mer­can­tile de la biblio­phi­lie. En effet, ses livres sont ven­dus par Bar­rois et la Veuve Piget en février 1748 et ses objets curieux un mois plus tard par Ger­saint13 qui en a dres­sé le cata­logue. Mal­gré son édu­ca­tion, fils d’une jan­sé­niste qui lui a don­né pour pré­cep­teur M. Eus­tace, confes­seur de Port-Royal, Angran est un athée, ami du Régent et débau­ché comme lui. Il exerce pour lui la charge de capi­taine des chasses. Il est donc repré­sen­ta­tif d’un cer­tain esprit à la mode, fri­vole, et cher­chant davan­tage la rare­té et la bizar­re­rie que l’excellence des pièces. Ain­si le Jour­nal des Sça­vans de février 174814 com­mente la col­lec­tion de « coquilles » d’Angran, non sans ambi­guï­té :

M. Ger­saint nous aver­tit que M. de Font­per­tuis avoit pris le goût des Coquilles, depuis trop peu de temps pour avoir pu se four­nir de ces mor­ceaux fins & rares, qui seuls dis­tinguent un Cabi­net & attirent les yeux des Curieux. Lors, dit-il, qu’on com­mence à don­ner dans quelque espèce de curio­si­té que ce soit, on trouve bon tout ce qui se pré­sente, & même on ne soup­çonne pas qu’il y ait des pré­cau­tions à prendre pour faire un choix, tout paroit égal alors. Mais à mesure qu’on fré­quente les ama­teurs, & qu’on voit chez eux, du beau, de l’exquis, & du rare, on se dégoûte du mediocre & du com­mun que l’on pos­sé­doit, & on prend de l’ardeur & de la pas­sion pour l’excellent à mesure que l’on per­fec­tionne ses connais­sances & son goût ; rien ne flatte tant un Ama­teur que de pou­voir mon­trer à un autre Ama­teur quelque chose que l’on ne voit point ailleurs, ou qu’on ne voit pas si par­fait. Il paroit que M. de Font­per­tuis auroit pu pous­ser la curio­si­té des Coquilles assez loin, puisque dans la quan­ti­té qu’il en avoit & qui forme qua­torze tiroirs bien rem­plis, il y a de très-belles choses & qu’il n’y manque que de ces pièces rares que le hazard seul peut faire ren­con­trer.

Le Jour­nal, d’ailleurs, explique l’utilité de ces cata­logues dont Ger­saint, lui-même col­lec­tion­neur de coquillages, est deve­nu spé­cia­liste :

Voi­ci le sixième Cata­logue dans ce goût que publie M. Ger­saint : ces sortes d’ouvrages sont fort utiles, ils forment des connais­seurs en tout genre de curio­si­té, ils inté­ressent les familles en les met­tant en état de n’être point trom­pées sur le prix d’effets peu connus, & empêchent les Etran­gers d’avoir pour rien & d’emporter hors du Royaume des curio­si­tés qu’ils nous reven­draient ensuite fort cher.

Ce cata­logue et les com­men­taires qu’il sus­cite m’ont pous­sée à m’attacher à ce cas par­ti­cu­lier de la col­lec­tion de « coquilles » qui semble très repré­sen­ta­tive du goût du temps. En effet, depuis la fin du xviie siècle, on s’intéresse vive­ment à ce type de « curio­si­tés ». Nico­las Bou­cot, gar­de­rolle des offices de France, les col­lec­tionne ain­si que les estampes, les livres illus­trés et les pier­re­ries, et toute sa col­lec­tion est ven­due à sa mort en 1699. Ger­main Brice com­mente ain­si son cabi­net dans sa Des­crip­tion nou­velle de la ville de Paris15 :

Ce qui fait la plus consi­dé­rable curio­si­té de ce cabi­net, que per­sonne ne s’estoit avi­sé de pous­ser si loin, ce sont les coquillages ; et l’on est sur­pris d’en trou­ver cin­quante boëtes assez grandes toutes rem­plies. Ce qui achève de don­ner de la satis­fac­tion dans ce riche Cabi­net, est un bureau qui s’ouvre, dans lequel on a dis­po­sé plu­sieurs com­par­ti­ments tous rem­plis de pier­re­ries de diverses cou­leurs, et de coquilles les plus pré­cieuses : avec les­quelles on a mêlé des agathes taillées, antiques et modernes. Toutes ces choses ensemble, mises exprès confu­sé­ment, forment, par la varié­té des cou­leurs vives qui s’y trouvent, une espèce de par­terre rem­pli de fleurs dif­fé­rentes.

On voit, à tra­vers cette des­crip­tion de la mise en valeur des objets, que les coquillages, mêlés aux pier­re­ries, ne sont pas conser­vés et clas­sés de manière scien­ti­fique, mais qu’ils par­ti­cipent d’un dis­po­si­tif déco­ra­tif ou plus exac­te­ment d’un spec­tacle conçu pour impres­sion­ner la vue dans un faux désordre savam­ment amé­na­gé. C’est bien une ques­tion de mode, de goût, met­tant l’accent sur le plai­sir de l’œil et lar­ge­ment tri­bu­taire du sen­sua­lisme en vogue. La lec­ture atten­tive d’un cata­logue que fait paraître Ger­saint en 173616 peut nous per­mettre de pous­ser plus loin l’analyse.

En effet, dans cet ouvrage, l’amateur mais aus­si le mar­chand Ger­saint, qui est deve­nu l’expert incon­tes­table des coquillages, se livre à des consi­dé­ra­tions nom­breuses et variées sur la col­lec­tion et l’esprit qui y pré­side, esquisse une liste des col­lec­tions les plus répu­tées et une biblio­gra­phie sur le sujet.

Il confirme tout d’abord ce plai­sir de l’œil qui est la base même de l’engouement pour les coquillages : « Rien n’est plus sédui­sant que la vue d’un tiroir de coquilles bien émaillées ; le par­terre le mieux fleu­ri n’est pas plus agréable, & l’œil est frap­pé si mer­veilleu­se­ment que l’on a peine à pou­voir le fixer. […] Enfin, tout étonne ». Il raconte qu’il est allé en Hol­lande s’approvisionner en coquilles et ani­maux (rep­tiles et insectes sur­tout) conser­vés dans l’esprit de vin. Il en est reve­nu avec de nom­breuses pièces qu’il va décrire dans le cata­logue avant de les mettre aux enchères. Le long aver­tis­se­ment qui ouvre le cata­logue nous pré­cise bien les inten­tions mer­can­tiles de Ger­saint et le res­sort psy­cho­lo­gique sur lequel il compte jouer, la « curio­si­té » :

Le goût qu’il m’a paru qu’on pre­nait en France pour les coquillages qui font par­tie de l’histoire natu­relle, m’a enga­gé à retour­ner en Hol­lande pour y faire un choix de tout ce que je pour­rais trou­ver de beau et de rare en ce genre : je crois y avoir réus­si, et (quoique par­tie inté­res­sée) j’ose dire que j’y ai fait une col­lec­tion qui paraî­tra assez par­faite aux yeux des Connais­seurs. Je me suis atta­ché à ne rien prendre que de bien condi­tion­né, & qui puisse entre­te­nir l’amour qui com­mence à renaître pour cette sorte de curio­si­té.

Si je m’aperçois que le public se déclare en faveur de ces amu­se­ments que Bon­na­ni appelle avec rai­son Récréa­tion de l’esprit et des yeux, je ferai tous mes efforts pour me mettre en état de lui don­ner de temps en temps, non seule­ment en cette par­tie, mais géné­ra­le­ment en tout ce qui peut être com­pris dans l’Histoire Natu­relle, des Col­lec­tions qui puissent satis­faire par leur sin­gu­la­ri­té les Natu­ra­listes et les Curieux. […]

Quelques Ama­teurs, exci­tés par le goût qu’ils ont pour ces Curio­si­tés, vinrent chez moi aus­si­tôt qu’elles furent arri­vées pour les exa­mi­ner sur le récit que je leur en avais fait ; ils me parurent contents du choix et de la condi­tion. Je leur décla­rai que mon inten­tion était d’en faire une vente publique, m’étant aper­çu par celles que j’avais déjà faites, que les Curieux aimaient assez ces sortes de ventes ; qu’ils les regar­daient comme un amu­se­ment. Ils applau­dirent à ce des­sein, mais ils me conseillèrent d’en faire un Cata­logue Rai­son­né, & d’y joindre quelques Obser­va­tions géné­rales sur ce genre de Curio­si­té.

Son aver­tis­se­ment montre cepen­dant qu’il est bien plus qu’un simple com­mer­çant. Il se pose, par exemple, la ques­tion de la nomen­cla­ture, des noms don­nés aux dif­fé­rents coquillages qui pour­raient, s’ils étaient mieux choi­sis, per­mettre au lec­teur de visua­li­ser déjà l’objet et à l’expert de « se faire entendre ». Il ana­lyse assez fine­ment le public des ache­teurs auquel il peut s’adresser à tra­vers son ouvrage :

Les Coquillages sont l’objet de la recherche de deux dif­fé­rentes sortes de per­sonnes ; je veux dire des Phy­si­ciens & des Curieux. Le but des uns, en les pos­sé­dant, est d’en étu­dier la cause, le prin­cipe & les suites, ce qui est pro­pre­ment la Recrea­tio men­tis de Bon­na­ni. Les autres ne les recherchent que prop­ter Recrea­tio­nem ocu­li, par délas­se­ment, & pour se pro­cu­rer un coup d’œil agréable en obser­vant la varié­té des formes & des cou­leurs dont elles sont ornées. Je ne pré­tends pas cepen­dant dire par là que l’unique motif des Curieux, en acqué­rant des curio­si­tés, soit l’amusement, & que le Phy­si­cien n’ait en vue que l’étude, & ne compte pour rien la récréa­tion des yeux ; mais seule­ment que l’agréable qui s’y ren­contre n’est qu’accessoire pour le Phy­si­cien, comme l’étude & la recherche le sont pour les Curieux.

À tra­vers toutes ces pré­ci­sions de Ger­saint, on voit se consti­tuer un mar­ché autour d’un expert, avec un sys­tème de vente aux enchères qui per­met aux ama­teurs de se croi­ser, d’échanger, de créer des liens entre eux. Et, de fait, si on regarde de près la liste des cabi­nets aux­quels Ger­saint a consa­cré un cata­logue et les noms des ama­teurs les plus sou­vent cités, on voit gra­vi­ter autour de Ger­saint une petite com­mu­nau­té d’hommes qu’il appro­vi­sionne et qui se connaissent bien entre eux. En voi­ci une preuve maté­rielle amu­sante. En 1727, La Roque, rédac­teur du Mer­cure de France17, insère dans son jour­nal une lettre de A.-J. Dezal­lier d’Argenville « sur le choix et l’arrangement d’un cabi­net curieux » et La Roque rend hom­mage alors au propre cabi­net de Dezal­lier dans la pré­sen­ta­tion de la lettre. Dezal­lier est l’auteur d’un trai­té sur les jar­dins18 paru en 1709, mais sur­tout il fera paraître en 1742 un trai­té sur les col­lec­tions de coquillages et de fos­siles19. Quant à La Roque, il est lui-même col­lec­tion­neur et Ger­saint dres­se­ra le cata­logue de ses curio­si­tés en 1745. Nous voyons donc que, comme les biblio­philes, les « ama­teurs » peuvent à l’occasion deve­nir aus­si des experts. On per­çoit ain­si de pro­fondes ana­lo­gies entre les biblio­philes et les ama­teurs d’objets curieux.

Pour appro­fon­dir encore la ques­tion, on peut obser­ver la place de la « curio­si­té » et le regard por­té sur elle dans la socié­té de la fin du xviie siècle et du xviiie siècle à tra­vers La Bruyère, Male­branche et quelques autres pen­seurs mora­listes. Peut-être n’est-il pas inutile de rap­pe­ler briè­ve­ment la manière dont La Bruyère dépeint, avec une cer­taine mali­gni­té, le carac­tère du « curieux »20 :

La curio­si­té n'est pas un goût pour ce qui est bon ou ce qui est beau, mais pour ce qui est rare, unique, pour ce qu'on a et ce que les autres n'ont point ; ce n'est pas un atta­che­ment à ce qui est par­fait, mais à ce qui est cou­ru, à ce qui est à la mode ; ce n'est pas un amu­se­ment, mais une pas­sion, et sou­vent si vio­lente qu'elle ne le cède à l'amour et à l'ambition que par la peti­tesse de son objet. Ce n'est pas une pas­sion que l'on a géné­ra­le­ment pour les choses rares et qui ont cours, mais qu'on a seule­ment pour une cer­taine chose, qui est rare, et pour­tant à la mode.

La Bruyère, à tra­vers la satire, est le tenant d'une cer­taine forme de ratio­na­li­té et de mesure : ce qu'il cri­tique, ce n'est pas l'envie, fina­le­ment banale, de suivre un peu la mode, c'est la mono­ma­nie qui fait perdre le sens des réa­li­tés.

Chez Male­branche21, on sent davan­tage d’indulgence, même si pointe l’ironie :

On peut excu­ser la pas­sion de ceux qui se font une biblio­thèque entière de toutes sortes de dic­tion­naires, aus­si bien que la curio­si­té de ceux qui veulent avoir des mon­naies de tous les pays et de tous les temps. Cela peut leur être utile en quelques ren­contres ; et si cela ne leur fait pas grand bien, du moins cela ne leur fait-il point de mal. Ils ont un maga­sin de curio­si­tés qui ne les embar­rasse pas, car ils ne portent sur eux ni leurs livres ni leurs médailles.

Avec l’image du « cabi­net » vide et sombre que Locke uti­lise pour faire ima­gi­ner com­ment l’âme se rem­plit d’impressions que laissent fil­trer les ouver­tures des sens, même si l’on ne peut affir­mer que ce « cabi­net » est un cabi­net de curio­si­tés, on per­çoit bien com­ment le xviiie siècle sen­sua­liste, ou du moins empi­riste, accueille beau­coup plus favo­ra­ble­ment l’esprit même de la col­lec­tion. Il ne faut négli­ger aucune sti­mu­la­tion des sens, propre à sus­ci­ter les idées les plus ingé­nieuses. Le « spec­tacle de la nature », notam­ment, est propre à faire jaillir de mul­tiples ana­lo­gies fécondes22 et à don­ner à pen­ser. L’esprit ency­clo­pé­diste peut alors venir se gref­fer pour pro­cu­rer un ali­bi sup­plé­men­taire, celui de four­nir un inven­taire « rai­son­né » des connais­sances, argu­ment mis en avant par les cata­logues, qu’il s’agisse de col­lec­tions de livres ou d’objets.

En réa­li­té le xviiie siècle ouvre la chasse aux « effets curieux », avec une ému­la­tion toute par­ti­cu­lière entre les ama­teurs. Chasse aux textes rares, aux pièces fugi­tives, aux manus­crits per­dus, clan­des­tins, oubliés, dor­mant dans des por­te­feuilles bien cachés. Toute la cor­res­pon­dance entre Marais et Bou­hier, dans les années 1725, relate cette recherche per­ma­nente du texte curieux et rare. Il ne faut rien « lais­ser perdre », « on est bien aise » d’obtenir une pièce long­temps recher­chée, même en copie. Et Bou­hier, qui réside à Dijon et craint tou­jours de voir des textes impor­tants lui échap­per, a « l’eau à la bouche » quand Marais lui annonce qu’il va lui four­nir copie de satires qui cir­culent dans la capi­tale23. C’est que la dif­fé­rence entre un simple texte et un livre-objet ou un coquillage, c’est qu’on peut le repro­duire par copie et le dif­fu­ser ain­si.

Les biblio­philes sont moins coopé­ra­tifs et se livrent par­fois une concur­rence féroce sur le mar­ché res­treint du livre rare et pré­cieux. Cer­tains domaines deviennent très pri­sés, qu’il s’agisse de rare­tés typo­gra­phiques, de manus­crits orien­taux, de livres de che­va­le­rie, sou­dai­ne­ment sur­co­tés, au détri­ment de l’idéal de biblio­thèque équi­li­brée de l’honnête homme24.

Un autre trait rap­proche encore tous ces types de col­lec­tions curieuses : le pri­mat du goût, jusque dans le ran­ge­ment. Les col­lec­tion­neurs de textes, qu’ils les recueillent ou les reco­pient, les serrent dans des « por­te­feuilles » qui sont des sortes de porte-docu­ments, et on constate qu’il n’y a pas d’autre cri­tère de ran­ge­ment que celui de la fan­tai­sie du pos­ses­seur. Le mélange des pièces règne, sans qu’on puisse bien sou­vent en com­prendre une règle cachée25.

Sur les éta­gères des biblio­philes, règne sou­vent le même appa­rent désordre. Cer­tains cata­logues, faits dans la pré­ci­pi­ta­tion, reprennent par­fois sim­ple­ment l’ordre de l’inventaire après décès qui n’est autre que « l’ordre des tablettes ». On per­çoit quel­que­fois des rap­pro­che­ments de sujets ou d’auteurs, mais ils ne sont pas la règle la plus cou­rante. Seul le for­mat, pour des rai­sons de com­mo­di­té, semble rap­pro­cher les livres.

Enfin, sou­ve­nons-nous de la manière dont Ger­saint van­tait la belle dis­po­si­tion des coquilles dans leurs boîtes, ana­logue à un par­terre de fleurs : nulle consi­dé­ra­tion intel­lec­tuelle ne pré­si­dait à leur ran­ge­ment, seule la « récréa­tion des yeux » venait flat­ter le goût.

Ain­si chaque objet acquis devient une « pièce de col­lec­tion ». Le même mot de « pièce » revient dans tous les cas. C’est un objet com­plet, sou­vent rare et pré­cieux, mais c’est aus­si le mor­ceau d’un tout plus vaste, comme une pièce de puzzle (jeu qu’invente en Angle­terre vers 1760 l’imprimeur lon­do­nien John Spils­bu­ry) dont l’image prend tout son sens dans l’insertion au sein d’une série, d’une biblio­thque, d’un cabi­net.

Il va de soi que ce débit des objets « à la pièce » revêt aus­si un inté­rêt mer­can­tile. Les ventes aux enchères, au détail, sont bien plus ren­tables que les ventes en bloc à l’amiable, quel que soit l’objet ven­du. Ger­saint ne s’y trom­pait pas et s’en est fait une spé­cia­li­té. Dans le cata­logue qu’il dresse de la col­lec­tion Quen­tin de Loran­gère en 1746, son aver­tis­se­ment26 nous per­met de retrou­ver tous les élé­ments que nous avons évo­qués, qu’il s’agisse du désordre de la col­lec­tion sou­mise aux caprices du pos­ses­seur, qu’il mette l’accent sur le rôle du fai­seur de cata­logue char­gé de don­ner un sens et de créer un ordre au sein du désordre, ou qu’il tra­hisse les ficelles de son métier de mar­chand en mon­trant tous les avan­tages d’une vente mêlée pour atti­rer les curieux.

On voit donc tout le pro­fit qu’on peut tirer à rap­pro­cher les ensei­gne­ments des cata­logues de vente, livres ou objets. L’histoire des biblio­thèques et de la biblio­phi­lie et l’histoire des cabi­nets de curio­si­tés sont ana­logues à bien des égards. On ris­que­rait de faus­ser la pers­pec­tive si l’on pri­vi­lé­giait l’interprétation « ency­clo­pé­diste » au détri­ment de l’esprit de fan­tai­sie et du pri­mat du goût, dans l’un comme dans l’autre des domaines. Les rap­pro­che­ments opé­rés per­mettent de bien mettre en valeur le rôle de l’économique dans le cultu­rel et l’importance pri­mor­diale des ven­deurs-experts qui éta­blissent la liai­son entre les deux mondes.

Annexes

Annexe 1 : Catalogue de Gersaint – Vente de M. Quentin de Lorangère, 1746

cote BNF : V-24826

Page IV de l’Avertissement :

« M. de Loran­gère […], pen­dant toute sa vie, n’a connu d’autres plai­sirs que les moments qu’il pas­sait à cher­cher les occa­sions de se pro­cu­rer quelque nou­veau­té dans toutes les par­ties qui fai­saient l’objet de sa curio­si­té. Jamais Curieux ne fut plus ardent à acqué­rir : il résis­tait dif­fi­ci­le­ment à l’envie de pos­sé­der un beau mor­ceau quand il lui man­quait ; sou­vent même ses dési­rs trou­blaient son repos, quand quelque hasard l’empêchait de les satis­faire : il n’épargnait ni soins pour cher­cher, ni argent pour acqué­rir, & il a méri­té à juste titre la qua­li­té d’Amateur.

Le Cabi­net de M. de Loran­gère a tou­jours eu assez de répu­ta­tion par­mi les Connais­seurs, pour être dis­pen­sé d’en faire ici l’éloge. Par la lec­ture de ce Cata­logue, & par la mul­ti­tude des belles choses que l’on y trou­ve­ra, il sera aisé de connaître que ce n’est qu’avec beau­coup de temps & de dépense que l’on peut par­ve­nir à ras­sem­bler tant de rares curio­si­tés. […]

Je dois rendre compte au Public du peu d’ordre que l’on trou­ve­ra dans le Cata­logue des Estampes. […] J’aurais sou­hai­té, s’il m’avait été pos­sible, de pou­voir y pla­cer le tout par Ecoles & par Maîtres, & suivre le même plan éta­bli dans celui que j’ai don­né il y a quelques années, ce qui m’aurait été bien plus agréable, & ce qui serait aus­si deve­nu plus inté­res­sant. La façon sin­gu­lière dont feu M. de Loran­gère avait ran­gé ses Estampes, m’en a tota­le­ment empê­ché ; les matières et les Maîtres y sont tout-à-fait mêlés dans les Porte-feuilles où ils se trouvent col­lés, sou­vent même (comme on le ver­ra) les unes der­rière les autres. J’ai trou­vé dans un volume inti­tu­lé Gro­tesques, des mor­ceaux des plus rares & des plus beaux de Cor­neille Wischer, mêlés avec nombre de pièces médiocres & de peu de valeur : ain­si pour y éta­blir un ordre exact, il aurait fal­lu jeter toutes ces Estampes dans l’eau pour les décol­ler, & ensuite les dis­tri­buer cha­cune en leur place ; ce qui était abso­lu­ment impos­sible, eu égard à la quan­ti­té, au temps que cela aurait pris, & au lieu conve­nable que cette grande opé­ra­tion aurait deman­dé.

J’ai donc pris le par­ti d’exposer en Vente chaque Porte-feuille dans l’état où il s’est trou­vé, sans y rien ôter ni ajou­ter, en le par­ta­geant seule­ment en plu­sieurs lots ; et j’en ai fait le Cata­logue de suite, ain­si que les pièces étaient ran­gées. »

On trouve cepen­dant une table alpha­bé­tique des Maîtres à la fin du volume.

Ger­saint pro­cède d’abord à la vente des Tableaux (com­men­çant le lun­di 2 mars 1744) avec des « meubles pré­cieux, bijoux et très belles tapis­se­ries », puis « conjoin­te­ment des Des­sins, Estampes et Coquilles » chaque jour « afin que cha­cun puisse trou­ver à se satis­faire jour­nel­le­ment dans la par­tie qui lui fait plai­sir ».

« Comme mon unique but est de satis­faire les Curieux, & de les atti­rer par tout ce qui peut leur deve­nir agréable et inté­res­sant, je don­ne­rai la faci­li­té à ceux qui le dési­re­ront, de venir exa­mi­ner les articles de cette Vente, sur les­quels ils pour­raient avoir des vues, trois jours avant la vente, à com­men­cer du jeu­di 27 février, depuis neuf heures du matin jusqu’à midi ; & les après-dînées, depuis deux heures jusques à six heures. Cha­cun par ce moyen sera en état de don­ner ses enchères avec confiance & connais­sance de cause ; & cela prou­ve­ra en même temps au Public, la bonne foi qui régne­ra dans tout le cours de cette Vente, ce qui me donne lieu d’espérer que l’on y vien­dra avec plai­sir. »

Annexe 2 : Les catalogues de vente étudiés

Clas­se­ment par ordre alpha­bé­tique

Angran

1748

Baron

1768

Bou­cot

1699

Chu­bé­ré

1760

Clai­raut

1765

Geof­froy

1731

Joly de Fleu­ry

1756

La Caille

1762

Le Camus

1768

Pajot d’Onsenbray

1756

Quen­tin de Loran­gère

1746

Tri­chet du Fresne

1662

Cata­logue de coquilles… (Ger­saint)

1736

Clas­se­ment par ordre chro­no­lo­gique

Tri­chet du Fresne

1662

Bou­cot

1699

Geof­froy

1731

Cata­logue de coquilles… (Ger­saint)

1736

Quen­tin de Loran­gère

1746

Angran

1748

Joly de Fleu­ry

1756

Pajot d’Onsenbray

1756

Chu­bé­ré

1760

La Caille

1762

Clai­raut

1765

Baron

1768

Le Camus

1768

  1. Voir mon article « Typo­lo­gie des cata­logues de vente de biblio­thèques », in Les Ventes de livres et leurs cata­logues (xviie-xxe siècle), éd. Annie Cha­ron et Eli­sa­beth Pari­net, col­lab. Domi­nique Bou­gé-Gran­don, Paris, 2000 (« Études et ren­contres de l’École des Chartes », 5). []
  2. on trou­ve­ra la liste en annexe. []
  3. 1760, Gabriel Mar­tin []
  4. 1756, Gabriel Mar­tin. []
  5. 1731, Gabriel Mar­tin. []
  6. Il est l’auteur d’un Code médi­ca­men­taire et d’un Trai­té de la matière médi­cale. []
  7. 1768, Méri­got l’aîné. []
  8. 1762, Veuve Damon­ne­ville et Musier fils. []
  9. Sur l’exemplaire de la BNF, conser­vé sous la cote DELTA.48839. []
  10. 1765, Le Clerc. []
  11. Camus ou Le Camus, 1768, impr. Prault. []
  12. 1756 pour le cata­logue (mais il est mort en 1754), G. Mar­tin et M. Damon­ne­ville. []
  13. C’est le Ger­saint, ami de Wat­teau, pour lequel le peintre a réa­li­sé le tableau L’Enseigne de Ger­saint. []
  14. P. 73–77. []
  15. Ger­main Brice, Des­crip­tion nou­velle de la ville de Paris, 1698, II, 97, cité par Edmond Bon­naf­fé, Dic­tion­naire des Ama­teurs fran­cais au xviie siècle, Paris, A. Quan­tin, 1884, p. 34–35. []
  16. Ger­saint, Cata­logue rai­son­né de coquilles et autres curio­si­tés natu­relles. On a joint à la tête du cata­logue quelques obser­va­tions sur les coquilles, avec une Liste des prin­ci­paux Cabi­nets qui s’en trouvent, tant dans la France que dans la Hol­lande ; une autre liste des Auteurs les plus rares qui ont trai­té de cette matière […], à Paris, chez Fla­haut et Prault fils, 1736. []
  17. Il est rédac­teur du Mer­cure de 1724 à 1744. []
  18. La Théo­rie et la pra­tique du jar­di­nage où l'on traite à fond des beaux jar­dins appe­lés… "les jar­dins de pro­pre­té", [par Antoine-Joseph Dezal­lier d'Argenville], Paris, J. Mariette, 1709. []
  19. L'Histoire natu­relle éclair­cie dans deux de ses par­ties prin­ci­pales, la litho­lo­gie et la conchy­lio­lo­gie… par M*** [Dezal­lier d'Argenville.], De Bure aîné, Paris, 1742. []
  20. La Bruyère, Les Carac­tères, Livre de Poche, 1973, Chap. xiii, "De La mode", n° 2, p. 359–366. []
  21. Male­branche, Recherche de la véri­té, où l’on traite de la nature de l’Esprit de l’homme, & de l’usage qu’il doit en faire pour évi­ter l’erreur dans les Sciences, 6e éd., I, Paris, Michel David, 1712. []
  22. L’analogie est le mode de rai­son­ne­ment que pri­vi­lé­gie, par exemple, Dide­rot, qui l’analyse et l’utilise tout au long du Rêve de d’Alembert. []
  23. Toutes ces cita­tions sont gla­nées au fil des pages de la Cor­res­pon­dance lit­té­raire du Pré­sident Bou­hier, pré­sen­tée et anno­tée par Hen­ri Duran­ton, Uni­ver­si­té de Saint-Étienne, 1980. []
  24. On consul­te­ra avec pro­fit sur ce sujet les tra­vaux de Jean Viar­dot, comme « Livres rares et pra­tiques biblio­phi­liques », His­toire de l'édition fran­çaise, dir. Roger Char­tier et Hen­ri-Jean Mar­tin, t. II, Le Livre triom­phant, Paris, Pro­mo­dis, 1984, p. 446–467 et « Nais­sance de la biblio­phi­lie : les cabi­nets de livres rares », His­toire des biblio­thèques fran­çaises, t. II, Les Biblio­thèques sous l'Ancien Régime, 1530–1789, dir. Claude Jol­ly, Paris, Pro­mo­dis — Éd. du Cercle de la Librai­rie, 1988, p. 269–289. []
  25. Je ren­voie à mon livre, La Poé­sie fugi­tive au xviiie siècle, Paris, Cham­pion, 2002, en par­ti­cu­lier p. 20 sqq. et p. 105 sqq. []
  26. J’ai pré­fé­ré en don­ner de longs extraits en annexe plu­tôt que de résu­mer ce texte impor­tant []