Que choisir ? Comment ranger ? Voici le texte méthodique de référence au XVIIIe siècle pour savoir composer et arranger un "cabinet curieux". Un véritable répertoire du bon goût publié en 1727 au Mercure de France.

MERCURE DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROY.
JUIN 1727
SECOND VOLUME

A PARIS,
Chez :
LA VEUVE CAVELIER, au Palais.
GUILLAUME CAVELIER, fils, ruë S. Jacques, au Lys d’Or.
N. PISSOT, Quay de Conti, à la descente du Pont-Neuf, au coin de la ruë de Nevers, à la Croix d’Or.
________________________________
M.DCC.XXVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.

[p. 1294]
Pour Dieu seul ton cœur est sen­sible,
Gri­gnan, dans ce jour si ter­rible,
Qu’aurois-tu donc à redou­ter ?
_________________________________________________________________________

Voi­ci une Lettre, ou plu­tôt une Dis­ser­ta­tion très-cir­cons­tan­ciée & très ins­truc­tive, qui nous est tom­bée entre les mains ; nous la publions avec confiance, per­sua­dez du plai­sir qu’elle fera aux Ama­teurs de tous les Beaux Arts & des belles pro­duc­tions de la Nature, aux Anti­quaires & autres Curieux de belles choses. Celui qui l’a écrite joint à la pra­tique des beaux Arts & de la Pein­ture, une col­lec­tion consi­de­rable de Tableaux, d’Estampes & de Des­seins de grands Maîtres, avec un choix de Médailles, de Coquilles, & d’autres Curio­si­tez dont il a for­mé un Cabi­net qui est en répu­ta­tion depuis long-tems. Nous l’avons par­cou­ru plu­sieurs fois avec grand plai­sir, & nous pou­vons assu­rer que le Maître, qui a autant de poli­tesse que de goût, sera toû­jours char­mé de le com­mu­ni­quer aux Connois­seurs, & par­ti­cu­lie­re­ment aux Etran­gers, envers les­quels il se croit enga­gé à cette recon­nois­sance pour lui avoir ouvert les plus beaux Cabi­nets de l’Europe.

[p. 1295]

 

LETTRE sur le choix & l’arrangement d’un Cabinet curieux, écrite par M. Des-Allier d’Argenville, Secretaire du Roy en la Grande Chancellerie, à M. de Fougeroux, Tresorier-Payeur des Rentes de l’Hôtel de Ville.

Mon­sieur,

Il y a long-temps que vous me deman­dez mon sen­ti­ment sur le choix & l’arrangement d’un Cabi­net de Tableaux, d’Estampes, de Des­seins, de Livres, de Médailles & d’autres Curio­si­tez : quoique vous soyez plus capable de déci­der sur ce sujet que tout autre, je ne puis cepen­dant refu­ser à notre ami­tié ce que vous exi­gez d’elle en cette occa­sion. Ce sera à vous, Mon­sieur, d’en juger ? Connois­seur comme vous êtes & homme de bon goût, c’est à vos lumieres que je sou­mets ce Pro­jet. Quoique cha­cun range son Cabi­net à sa maniere & pré­tende qu’elle soit toû­jours la meilleure, il est bien sûr cepen­dant que c’est le bon goût qui doit en déci­der. J’ay lû, Mon­sieur, le peu que l’on a écrit (a) sur cette ma-

(a) L’Abbé de Marolles dans ses deux Cata­logues.

 

[p. 1296]
tiere, & j’ai remar­qué soi­gneu­se­ment la maniere dont jusqu’ici les Curieux du meilleur goût en usoient ; c’est sur ces remarques que je me suis for­mé l’idée d’un Cabi­net curieux, rem­pli de tout ce qui peut amu­ser un hon­nête homme, sans le jet­ter dans une dépense extra­or­di­naire.
Vous sça­vez, Mon­sieur, la rela­tion que j’ay eûë autre­fois avec Mrs de Mon­tar­cis, de Pilles, de Ganieres, Bou­cot, Logé, le Riche, Lot­tier, Cle­ment, & le com­merce que j’entretiens actuel­le­ment avec nos plus grands Curieux ; je ne vous parle point des prin­ci­paux Cabi­nets (a) de l’Europe que mes voyages m’ont mis à por­tée de visi­ter. Ce sont là les sources où j’ay pui­sé la matiere de cette Lettre.
Les Tableaux seront d’abord le pre­mier objet de notre Cabi­net, quoiqu’on ne puisse là-des­sus rien déter­mi­ner ; c’est aux facul­tez du Curieux & à des hazards très-rares que l’on doit la décou­verte des bons Tableaux, dont le nombre monte à de si grandes sommes, qu’il n’y a que les

(a) Le Comte dans son Cabi­net d’Architecture, Pein­ture & Gra­vure.
De Pilles, dans son Abre­gé de la Vie des Peintres. Ces Cabi­nets sont citez au bas des pages.

[p. 1297]
Princes ou gens d’une très grosse for­tune qui y puissent aspi­rer. En fait de Cabi­net, il faut opter, ou Tableaux, ou Estampes, ou Des­seins, ou Médailles, ou Livres ;  je dis pour en avoir en grand nombre ; cepen­dant on pour­roit avoir de tout, en se bor­nant dans chaque genre, mais il y a toû­jours l’espece domi­nante, qui est celle qui suit le plus l’inclination du Curieux.
Un Par­ti­cu­lier peut fort bien avoir un amas de bons Tableaux Fla­mans & Fran­çois, mêlé de quelques Ita­liens. Je sou­hai­te­rais pour cet effet qu’il fût exempt de deux def­fauts essen­tiels. Le pre­mier, c’est d’avoir trop de pré­ven­tion pour un pays plu­tôt que pour un autre : je veux par­ler, Mon­sieur, d’un cer­tain venin Ita­lien qui a sai­si quelques-uns de nos Curieux, & qui leur fait mépri­ser les bonnes choses qui naissent chez eux & dans les autres pays. Tout ce qui ne vient point d’Italie, ne vaut rien selon eux : Tableaux, Estampes, Des­seins, Musique, il n’importe. L’autre def­faut est de mêler la par­tia­li­té dans son goût, en n’estimant & ne vou­lant avoir des Tableaux d’un seul Maître, qu’on éleve infi­ni­ment au-des­sus des autres, aux dépens de la jus­tice qui est duë à tant d’habiles gens.

[p. 1298]
On peut dire en gene­ral, que les vrais Peintres sont les Fla­mans, & que s’ils avoient la par­tie du Des­sein aus­si accom­plie que celle du Colo­ris, ils seroient les pre­miers Peintres de l’Univers. Les Ita­liens, excep­té le Gior­gion, le Titien, le Palme, Paul Vero­nese, Tin­to­ret, le Cor­rege, le Guer­chin, le Domi­ni­quain, le Par­me­san, l’Albane & Lan­franc, sont ordi­nai­re­ment de faibles Colo­ristes. Miche­lange, Raphaël, Jules Romain, Poli­dor & les Caraches, n’ont eu que la cor­rec­tion, le beau génie, les grandes ordon­nances & l’expression en par­tage ; c’est la dis­tinc­tion que tous les bons connois­seurs en font.

 

Tableaux.

Voi­ci les Maîtres Fla­mans, à qui je vou­drois don­ner entrée dans notre Cabi­net. Albert­dure, Hol­beins, Lucas de Leïde, le Breugle, Por­bus, Paul Bril, Adam Elsey­mer, Rothe­na­mer, Rubens, Ste­nuk, Van­deik, Jaques Jor­dans, Die­pen­bec, Cor­neille, Polem­burg, Braur, David The­niers, Fou­quieres, Bam­boche, Both, Her­man Sua­ne­feld, Rem­bran, Girar­deau, Miris, Scalque, Net­scher, Sneydre, Bar­to­lo­mé, Jean Mielle, Wau­vre­mans, Ber­ghem, Van Ostade, Ven­der­meu­len, Van­der­ca­bel, Van­der­méer, Genoëls & Lay­resse.

[p. 1299]
La France four­ni­roient des Tableaux de Voüet, Blan­chart, Pous­sin, Valen­tin, Loir, Stel­la, le Sueur, Bour­don, Cham­pagne, le Brun, Guaspre-Pous­sin, Mignart, Claude le Lorain, Cor­neille, la Fosse, Jou­ve­net, Bou­logne, Che­ron, Coy­pel, San­terre, Fran­cisque, Forest, Bap­tiste, Fon­te­nay, Par­ros­sel, Boyer & Wateau. (a)
L’on pour­roit y joindre quelques Tableaux Ita­liens des Maîtres sui­vans ;  d’André del Sarte, Poli­dor de Cara­vage, Jacques Bas­san, Mutian, Baroche, Miche­lange de Cara­vage, Guer­chin, Molle, Fran­cisque Bolo­gnese, Andrea Sac­chi, Pierre de Cor­tonne, Roma­nel­li, Ciro­fer­ri, Sal­va­tor-Rose, Miche­lange des Batailles, Bene­det­to Cas­ti­glione, Lés­pa­gno­let ou Ribe­ra, Lucas Jor­dans de Naples, Civo­li, Feti, Cignia­ni, Bour­gui­gnon, Car­lo-Mara­ti, Sebas­tien Ric­ci & Soli­mene.
Je n’y admets point de Tableaux des pre­miers Maîtres, comme de Leo­nard de Vici­ni, Miche­lange, Raphaël, Gior­gion, Titien, Par­me­san, Paul Vero­nese, Tin­to­ret, Cor­rege, les Caraches, Guide, Domi­ni­quain, Lan­franc & l’Albane, com-

 

(a) On n’a pas jugé à pro­pos de nom­mer ici les bons Peintres vivans, de même que dans la suite on a obmis les Sculp­teurs & les bons Gra­veurs du temps.

[p. 1300]
me étant hors de la por­tée d’un Par­ti­cu­lier, s’ils sont Ori­gi­naux, & je ne fais pas grand cas des copies, quelques belles qu’elles soient.
Voi­là, Mon­sieur, tout ce que nous dirons au sujet des Tableaux, dont je n’ai point des­sein de don­ner ici la maniere d’en connoître le beau, l’originalité & le nom des Maîtres. Je sup­pose dans un Ama­teur cette connois­sance toute acquise, & de plus un peu de pra­tique (a) dans cet Art. Quant aux Estampes & aux Des­seins de grands Maîtres, qui font le prin­ci­pal objet de nos Cabi­nets, j’en par­le­rai plus ample­ment, m’ayant paru que c’étoit sur cet article pré­ci­sé­ment que vous sou­hai­tiez que je m’étendisse, sans cepen­dant entrer dans la maniere d’y deve­nir connois­seur.

 

Estampes.

Les Estampes ont un merite sin­gu­lier : elles portent par tout, comme autant de Renom­mées, l’idée des bons Tableaux & Des­seins des grands Maîtres, dont on seroit pri­vé sans leur secours. Leur nom-

 

(a) De Piles pré­tend dans son Abre­gé de la vie des Peintres, que pour connoître le beau & l’originalité d’un Tableau, il faut un peu de pra­tique dans la Pein­ture. Le nom des Maîtres s’acquiert par une grande rou­tine.

[p. 1301]
bre, ain­si que des Gra­veurs, étant immense, on ne devroit s’attacher qu’à recueillir dix ou douze mor­ceaux de chaque Maître, sur tout des Anciens dont la maniere de gra­ver n’est pas celle qui plaît le plus à tout le monde, quoique (a) les contours en soient fort cor­rects. Ces mor­ceaux qu’on sup­pose choi­sis entre les meilleurs & les plus esti­mez de chaque Maître, suf­fi­roient pour en faire connoître la maniere. A l’égard des Maîtres modernes, dont la gra­vure est plus sça­vante & plus agréable aux yeux, on pour­roit recueillir une plus grande quan­ti­té de leurs mor­ceaux, sans s’entêter de faire des (b) Oeuvres com­plettes de chaque Maître, ce qui oblige à recher­cher les méchantes pieces comme les bonnes ; & ces méchantes pieces sont ordi­nai­re­ment les plus cheres, & celles qui donnent le plus de peine à trou­ver par leur rare­té.
On pour­roit faire des Recueils par­ti­cu­liers de chaque Maître, en ne met­tant dans un même Volume que les plus belles pieces de ce Maître, sans y mêler rien des autres ; par exemple, un Volume des

 

(a) Raphaël fai­soit lui-même le trait des Planches de Marc-Antoine, fameux Gra­veur contem­po­rain.
(b) Terme usi­té par­mi les Curieux.

[p. 1302]
Caraches, un du Titien, un de Rubens, de Van­deik, de le Brun, de Cal­lot, de la Belle, de le Clerc, & autres ; ce qui se sou­tien­droit mieux que de voir les bonnes pieces d’un Maître effa­cées par ce qu’il a fait de médiocre. Mais quoiqu’on pût se bor­ner dans cette entre­prise à ne faire des Recueils que des Maîtres les plus connus, & pour les­quels on a le plus d’inclination, cette idée ne lais­se­roit pas que de mener fort loin ; quelques belles même que soient les Estampes, il est ennuyeux dans un Volume, de n’en voir toû­jours que de la même main, au lieu d’étant rem­pli de pieces de dif­fe­rents Maîtres qu’on sup­pose choi­sies, l’oeil en est plus satis­fait & plus en état de juger de leur merite par le parel­lele qu’il peut faire des unes avec les autres.
Quoique ce soit la coû­tume de la plû­part des (a) Curieux, de ran­ger les Estampes par Maîtres, ain­si que le font tous les Mar­chands, & de faire des Oeuvres sépa­rées de cha­cun, pré­ten­dant par là être plus satis­faits en voyant le pro­grès d’un habile homme par la com­pa­rai­son de ses pre­mieres pieces avec les der­nieres ; il paroît cepen­dant qu’il y a plus de vani­té de leur part que de science, & que c’est pour gros­sir les Volumes.

 

(a) Le Cabi­net de M. le Pre­mier.

[p. 1303]
Ils perdent dans cet arran­ge­ment, l’ordre his­to­rique & chro­no­lo­gique, & confondent les matieres ensemble, je veux dire le Por­trait avec l’Histoire & avec le Pay­sage, l’Histoire Sainte avec la Pro­fane, le gro­tesque avec le sérieux ; ce qui ne satis­fait pas le Curieux sça­vant, qui veut, outre le plai­sir de voir de belles Estampes, en pou­voir tirer quelqu’avantage.
Je m’attens bien, Mon­sieur, à voir beau­coup de gens, qui sui­vant l’ancien usage de faire des Oeuvres, s’opposeront à mon sen­ti­ment ; mais je vous prie de faire atten­tion que vous m’avez fait l’honneur de me le deman­der, & que je ne pré­tens nul­le­ment y contraindre per­sonne.
On ne peut gueres déci­der sur l’arrangement des Estampes ; car pour conci­lier tous les pro­jets dont nous venons de par­ler, il fau­droit voir une piece jusqu’à trois & quatre fois, & par dif­fe­rentes col­lec­tions, les ran­ger dans plu­sieurs classes, en met­tant pre­mie­re­ment un Por­trait dans l’Oeuvre du Peintre d’après lequel il est gra­vé. 2°. Dans l’Oeuvre du Gra­veur. 3°. Dans la suite Chro­no­lo­gique des Princes, Car­di­naux, Evêques, dont fait par­tie la per­sonne qui est gra­vée, & 4°. dans (sic) la suite des Rois, Papes, Car­di­naux ou autres per­son­nages re-

[p. 1304]
mar­quables d’un tel pays ; dis­tinc­tions, par­mi les Estampes, qui satis­font beau­coup l’esprit, mais qui menent très-loin.
Comme cet ordre est infi­ni & sur­passe de beau­coup la por­tée d’un Par­ti­cu­lier qui veut faire une cer­taine dépense pour conten­ter sa curio­si­té ; voi­ci le plan qu’on s’est pro­po­sé, en s’écartant des (a) Cata­logues immenses que l’Abbé de Maroles a don­nez au Public, & du grand pro­jet de Cabi­net inse­ré dans le Livre du sieur le Comte, les­quels sont très-capables de dégou­ter les Curieux.
On met­troit pre­mie­re­ment à part toutes les anciennes Estampes dont on feroit des Recueils sépa­rez & mêlez de dif­fe­rens sujets.
A l’égard des modernes qui sont en plus grand nombre, on dis­po­se­roit par matieres tout ce qui regarde l’Histoire, la Sacrée à part, la Pro­fane, la gro­tesque de même.
Les Por­traits seroient ran­gez par condi­tions, & l’on n’y admet­troit que ceux qui sont gra­vez par les grands Peintres ou par d’excellens Gra­veurs, ou enfin les per­sonnes très-illustres les mieux gra­vées qu’on pour­roit trou­ver ; sur­quoi il est bon de faire remar­quer qu’un Cu-

(a) Son pre­mier Cata­logue va à 500 Volumes & le second à 237.

[p. 1305]
rieux ne doit pas se pic­quer d’avoir tous les Por­traits qui ont été gra­vez jusqu’à present, mais seule­ment les meilleurs de chaque Pays : dif­ferent en cela d’un His­to­rien exact, à qui il n’est pas per­mis de negli­ger le moindre trait d’Histoire.
On ran­ge­roit les Pay­sages par Pays : ce qui met chaque Maître dans son rang, & vous répre­sente si bien le (a) Site natu­rel d’un Pays, que vous croyez encore y voya­ger.
Quant aux mor­ceaux d’Architecture, Orne­mens, Déco­ra­tions de Théatre, Ani­maux, Chasses, Marines, de la Géo­gra­phie, Topo­gra­phie, des Habille­mens des dif­fe­rentes Nations, des Pieces (b) noires & des Petits Maîtres modernes, on en fera des Volumes sépa­rez, comme il sera expli­qué dans la suite.
Ce sont donc trois ordres prin­ci­paux que l’on se pro­pose dans l’arrangement de ce Cabi­net ; l’Histoire par matieres, le Por­trait par Condi­tions, & le Pay­sage par Pays.
C’est de cette maniere, qu’en s’amusant à regar­der des Estampes, on peut en tirer

(a) Terme de Pein­ture.
(b) On appelle Pieces noires, des Estampes qui n’étant point gra­vées à l’ordinaire, paroissent enfu­mées & comme lavées à l’encre de la Chine.

[p. 1306]
quelque uti­li­té : rien n’est plus capable d’imprimer faci­le­ment dans l’esprit, l’Histoire, la Fable, la Chro­no­lo­gie, la Géo­gra­phie & une connois­sance gene­rale des Sciences & des Beaux-Arts ; cet ordre même suf­fit pour vous faire trou­ver sur le champ une piece que vous vou­lez voir sans le secours d’aucune Table : on pour­roit encore y obser­ver un ordre his­to­rique & chro­no­lo­gique, en met­tant, par exemple, les Por­traits des Empe­reurs ou des Papes, sui­vant le temps qu’ils ont vécu, & les mor­ceaux d’Histoire, sui­vant l’époque de leur ave­ne­ment ; mais à moins que l’ont en ait un grand nombre, cet ordre devient gênant & impos­sible dans plu­sieurs mor­ceaux, sur tout dans les pieces alle­go­riques.
Il fau­droit évi­ter dans ces Recueils, de faire ce que fai­soient Mrs de Gar­nieres, Cle­ment & Lot­tier, qui, plu­tôt en His­to­riens qu’en vrais connois­seurs, met­toient par­mi de belles Estampes, les mor­ceaux les plus com­muns jusqu’aux Alma­nachs. On voyoit dans leurs Recueils de Por­traits, ceux de Lar­mes­sin & de Mont­cor­net, mêlez avec les Por­traits de Nan­teüil & d’Edelink, ils ne se don­noient pas même la peine de s’informer si la per­sonne qu’avoit gra­vé Lar­mes­sin ou Mont­cor­net, n’étoit pas gra­vée par une

[p. 1307]
meilleure main ; il suf­fi­soit qu’ils l’eussent dans leurs Recueils, sans s’embarrasser du choix ; c’est ce que je leur ai sou­vent repro­ché. Eloi­gnez de l’idée de tous ces Curieux, nous sui­vrons celle de notre Cabi­net, qui, comme vous voyez, Mon­sieur, est bien dif­fé­rente ; elle embrasse tout au plus cin­quante volumes d’Estampes & une quin­zaine de volumes de des­seins, qui étant rem­plis de mor­ceaux choi­sis, satis­fe­ront plus que ces grands Recueils, où il faut feuille­ter long-tems pour trou­ver du bon.
J’ai détaillé ici les noms des meilleurs Maîtres dans chaque genre, sur-tout ceux dont les ouvrages méritent le plus d’être recher­chez.
On feroit trois portes-feuilles d’anciennes Estampes ; le pre­mier, des (a) vieux Maîtres ; le second, des anciens Maîtres, & le troi­sième, de ceux qu’on appelle petits Maîtres. Les vieux Maîtres, comme André Man­teigne, Alber­dure, Lucas de

(a) Dif­fé­rence entre vieux Maîtres et anciens Maîtres ; on entend par vieux Maîtres les pieces gothiques faites en 1490 dans l’origine de la gra­vure ; au lieu que les anciens Maîtres sont ceux qui ont tra­vaillé depuis le réta­blis­se­ment de la bonne Gra­vure, comme Marc-Antoine, Augus­tin Veni­tien, &c. On appelle petits-Maîtres ceux qui n’ont tra­vaillé qu’en petit.

[p. 1308]
Leyde-Jean Hol­beins (sic), Hans-Bre­sanc [,] K. Hans-Bosa­mer, Sebalde Béems, Cor­met, Hop­fer, &c. Les anciens Maîtres comme Leo­nard de Vin­ci, le Geor­gion, le Titien, Michel-Ange, Raphaël, Jules-Romain, Poli­dor de Cara­vage, Per­in Del­va­ga, André Del­sarte, le Por­de­none, le Pri­ma­tice ou S. Mar­tin de Bou­logne, Daniel de Vol­terre, le Par­me­san, les Palmes, Fre­de­ric Zuc­cha­ro, le Mutian, les Bas­sans, Stra­dan, Spran­ger, Charles Ver­man­der & Mar­tin de Vos, gra­vez en par­tie par ces Peintres & par Marc-Antoine, Augus­tin Veni­tien, Syl­vestre de Ravennes, Jules Bona­sone ou Bolo­gnese, Eneas Vicus, Sua­vius, Cor­neille Cort, Augus­tin Carache, Fran­çois Vil­la­mene, Mar­tin Rot­ta, Georges Man­tuan, Dia­na Man­tua­na, Nico­las Bea­tri­cius, Domi­nique Cus­tos, Cara­glius, Simon Fri­sius, Leon Daven, Lucas Chiam­ber­la­nus, Vir­gi­lius solis, Che­ru­bin Albert, Theo­dore Matham, Hie­rôme Cock, Lucas Kilian, & Cris­pin de Passe. Les petits Maîtres comme de Georges Pents, His­bins, Hen­ry Alde­graëf, Maître Etienne de Lône, Jacques de Geyn, Theo­dore de Brie, Tho­mas de Leu, Adrien Col­laert, Adreas Adreaf­fi ou le petit Albert, le petit Ber­nard, & plu­sieurs autres.
Six portes feuilles de sujets concer­nant

[p. 1309]
l’Histoire Sacrée, mêlez des meilleurs Maîtres qui ont sui­vi les Anciens ; comme de Paul Vero­nese, Tin­to­ret, Baroche, le Cor­rege, Joseph Pin, les Caraches, le Guer­chin, l’Albane, le Môle, le Guide, le Domi­ni­quain, Lan­franc, Andrea Sac­chi, Pietre de Cor­tone, Roma­nel­li, Cyro­fer­ri, le Cala­brois, Cave­done, Sche­done, Ribe­ra ou Lés­pa­gno­let, Sal­va­tor Rosa, Bene­dette Cas­ti­glione, Lucas Jor­dans de Naples, le Feti, Civo­li, Cignia­ni, Car­lo­ma­ra­ti, Sebas­tien Ric­ci, Soli­mene de Naples, Otto Venius, Rothe­na­mer, Rubens, Van­deik, A. Bloe­mart, Die­pen­bek, Van-Tul­den, Cor­neille Chut, Erasme Quel­li­nus, Jacques Jor­dans de Flandres, Lay­ress, Voüet, Blan­chart, Pous­sin, Bour­don, le Valen­tin, Loir, Cham­pagne, Ber­to­let, Stel­la, la Hyre, le Sueur, le Brun, Mignart, Cotelle, Che­ron, les Cor­neilles, les Coy­pels, les Bou­lognes, Jou­ve­net, & la Fosse, gra­vez en par­tie par ces Maîtres, & et par Cor­neille & Fre­de­ric, Bloe­mart, Hen­ry Gol­tius, les Gal­lé, les Wirix, Bol­se­vert, Paul Pon­tius, Wit­douc, Hol­lart, Per­rier, Spierre, Nata­lis, Cha­pron, Car­lo-Cae­sius, Wos­ter­man, Saren­dam, Suy­de­rhof, Swa­nen­burg, Coë­le­mans, le Fèvre de Venise, Jean Raphael, Juste, & Gilles Sade­ler, Pierre

[p. 1310]
Lom­bart, Jean Pesne, Pie­tro-San­ti-Bar­to­li, Mul­ler, les de Iode, Jean Cou­vay, Charles David, l’Alleman, Tem­peste, Greu­ter, Melan, Hain­zel­man, Lou­ve­mont, Vouille­ment, Cha­tillon, Bau­det, Michel-Lasne, Far­jat, Rous­se­let, Clau­dine Stel­la, Chau­veau, les Poilly, les Audran, l’Enfant, Daret, Dori­gny, Bou­lan­ger, Regnes­son, Ede­link, Ver­meu­len, Pitau, Roul­let, Mas­son, Valet, Nata­lis & Châ­teau.
Six autres porte-feuilles de Sujets tou­chant l’Histoire pro­fane, com­po­sez de tous les Maîtres ci-des­sus nom­mez, tant des mor­ceaux gra­vez de leur main, que de ceux qu’on a gra­vez d’après eux.
Deux volumes de pieces noires gra­vées d’après Knel­ler, T. Mur­rey Sale­man, Scalque, Clos­ter­man, Dahll, H. Vorest, Maès, David Teniers, Van-Ostade, Girar­dau, Miris, Coy­pel, Gil­lot, Net­scher, San­terre, Vau-Haes­ten, A. de Ger­der, gra­vées la plu­part par Smith, Bot­te­ling, W. Fai­thorne, Schenk, Golle, Van-Bruge, Zei­gler, Rugen­das, Sar­ra­bat, Col­le­mans, Picart, Ber­nard, Vaillant, & G. Whithe.
Deux volumes de Gro­tesques, Bac­cha­nales, Bam­bo­chades, Car­messes, Pas­to­rales, de dif­fé­rents Maîtres ; comme Poli­dor de Cara­vage, Michel-Ange de

[p. 1311]
Cara­vage, Anni­bal Car­rache, Michel-Ange des Batailles, Man­fre­di, Pietre-Teste, Pas­quo­li­no de Venise, Mar­tin Hem­skerk, Breugle, David & Abra­ham Teniers, Braure, Guillaume Baur, Pierre de Lâart dit Bam­boche, Jean Mielle, Girar­dau, Miris, Ber­ghem, P. Boot, Wau­vre­man, Scalque, Rem­bran, Van-Vlief, Livens, Van Velde, Van-Ostade, Net­scher, Bega, Van-Affen, C. du Sart, Theo­dore, Lay­resse, Pous­sin, Valen­tin Fre­mi­net, Bre­biette, la Fage, Stel­la, le Nain, Gil­lot, Wateau, gra­vez en par­tie par ces Peintres et par Augus­tin Car­rache, Vila­mene, Cha­pron, Per­rier, Bloë­mart, Gol­tius, Mel­chior Kuf­fel, Bol­se­vert, Vos­ter­man, Saë­ren­dam, Dan­chers, les Vischer, Romain de Hogue, Bot­te­ling, Schenk, Pie­tro-Sanc­ti, C. Cae­lius, Hol­lar, Ertin­ger, & le Pôtre.
Dix volumes de Por­traits ran­gez par condi­tions, deux de gens d’Eglise, deux de gens d’Epée, deux de gens de Robbe, deux pour les Sciences, un pour les Arts, & le dixième concer­nant les Femmes Illustres, gra­vez d’après dif­fe­rents Maîtres, comme le Gior­gion, le Titien, le Tin­to­ret, le Padoüan, Hol­beins, Rubens, Van­deik, Por­bus, Rem­bran, Juste, Fer­di­nand, A. Van­der­veff, Mire­velt, Knel­ler, Lelii, le Fèvre, Janet, Peti­tot,

[p. 1312]
San­terre, Jou­ve­net, gra­vez par les Sade­ler, les Vischer, les Bloë­mart, Vos­ter­man, Del­phius, Mul­ler, Sua­nen­burg, Sui­de­rhof, Cris­pin de Pas, Sou­te­man, San­drat, Bote­ling, Gol­tius, G. Valch, J. Bur­ghart, J. Tour­ney­ser, P. Lom­bart, Lucas, Wolf, & Bar­the­le­my Kilian, Tho­mas de Leu, Matham, Saren­dam, Hol­lar, Van-dalen, Bol­suert, Pierre de Jode, Paul Pon­tius, Cor­neille, Phi­lippe & Theo­dore Galle, Spiere, Van-Gunft, Michel-l’Asne, Mas­son, Nan­teuil, Rous­se­let, Gri­gnon, Melan, l’Enfant, Morin, Poul­ly, Pitaut, Ede­link, Ver­meu­len, Vans­cu­pen, & les Audrans, &c.
Quatre Portes feuilles rem­plis de petits mor­ceaux sur toutes sortes de matieres, qu’on col­le­roit en com­par­ti­ment sur chaque feüille, en lais­sant des marges & espaces agréables aux yeux, & le plus que l’on pour­roit en forme de cul-de-lampe, c’est-à-dire, les plus grandes au haut de la page, qui se ter­mi­ne­roit par une ou plu­sieurs petites. C’est où l’on ramas­se­roit ce qu’ont fait de meilleur, (a) Rem­bran, Hol­lart, Wirix, Galle, Cal­lot, la Belle, le Clerc, les Audrans, Chau­veau, les le Pôtres, Roul­let, Bosse, & Gil­lot.

(a) On les peut appe­ler petits Maîtres modernes.

[p. 1313]
Six volumes de Pay­sages, ran­gez par pays, deux volumes d’Italie, deux de Flandre, Hol­lande, Alle­magne, & deux de France, d’après le Gior­gion, le Titien, les Dosses, le Mutian, les Bas­sans, les Caraches, Cam­pa­gnole, Fran­ces­co-Gri­mal­di Bolo­gnese, Ludo­vi­co Poz­zo, le Guer­chin, le Mole, Sal­va­tor-Roza, Vanude Romain, Cres­cen­tius, Fran­cisque de Neve, les Breugles, les Paul Pril, Adam Elsei­mer, Cor­neille Polem­burd, Monpre, Her­man Sua­ne­velt, Roland Save­ry, Fou­quier, P. Ste­pha­ni, Hans-Bol, Rubens, Abra­ham Bloë­mart, D. Teniers, Van-Aken, Jean Wil­dens, Meye­ringh, Van­de­rhorst, Van-Velde, Hon­dius, les Boot, Cor­neille Vie­rin­gen, Louis Van-Artois, Vers­cure, Van­der­ca­bel, Roland Rog­man, le Pous­sin, Guaspre du Guet, Bour­don, la Hire, Claude Lorain, Fran­ciscque Milet, Genoels Docus, Guille­rot, Col­lan­don, Forest, gra­vez en par­tie par ces Peintres & par Gol­tius, Jean Val­dor, du Per­ac, Fre­de­ric Scal­berge, Lon­der­seël, les Sade­ler, Hon­dius, Nico­las de Bruyn, Domi­nique Bar­rieres, Mel­chior Kus­sel, Morin, Water­lo, Mau­per­ché, Pie­ter-Nolpe, du Jar­din, les Vischers, Dan­chers, Nieul­lan, Goy­rand, de Ligny, Cochin, le Pôtre, Moyse Foüard, Goudt, Pesne

[p. 1314]
Hie­rôme Cock, Col­li­gnon, Châ­tillon, Bon­nart, Bau­douin, Rous­seau, Macé, Cor­neille, Isaac Major, Jean Pis­ca­tor, Simon Fri­sius, Merian, Schenk, Prou, Per­elle, & Syl­vestre.
Un Porte-feuille de Déco­ra­tions de Theatre, Pers­pec­tives, Bal­lets, Carou­sels, Entrées, Tour­nois, Triomphes, Cata­falques, & autres Fêtes publiques, de Torel­li, Can­ta Gal­li­na, Jules Pari­gi, Bibie­na, Ste­nuix, Pie­ter-noëfs, Rous­seau, Phi­lippes Juva­ra, Ber­rain, & Tes­sin Sue­dois, gra­vez par la Belle, Cal­lot, Chau­veau, le Pôtre, Col­li­gnon, Marot, Doli­vart, & Sco­tin.
Un volume de Batailles, Marches d’armée, Chasses & Ani­maux d’après Stra­dan, Tem­peste, Guillaume Baure, Bour­gi­gnon Jesuite, Rubens, Bam­boche, les Boot, Sneydre, Kerinx, Wau­vre­man, Ber­ghem, Poo­ter, Stroope, Van­der­meër le jeune, du Jar­din, Fla­men, Van­boucle, Boulle, David Vinc-Boons, Van­dez-Heche, Rugen­das, Van­der­meu­len, & Paro­zel, gra­vez en par­tie par ces Peintres & par les Col­laërt, les Galle, les Wischer, Sout­man, W. Peeur, Mel­chior Kus­sel, Hol­lart, Bau­douin, & Cochin.
Un volume d’Architecture, Orne­mens, Fleurs, Fruits, Vases, Tapis, Par­terres, Fon­taines, d’après Jean d’U-

[p. 1315]
diné [,] Per­in Del-Vaga, Mario de Fio­ri, le Mal­tois, le Breugle, Daniel Segers Jesuite, Sneydre, Mignon, Bap­tiste, le Moine, la Fleur, Bre­biette, Tes­te­lin, Char­me­ton, Cotelle, Marot, Ber­rin, la Belle, le Pôtre, Fon­te­nay, Audran, le Blond, & Toro, gra­vez en par­tie par ces Maîtres & par Augus­tin Veni­tien, Eneas Vicus, Cor­neille Cort, Per­rier, Sco­tin Dai­gre­mont, Doli­vart, &c.
Un volume de Veües de Mer ou Marines, de Fabriques, & de Ruines, d’après Phi­lippes Napo­li­tain, Jacinte Lupres­si, Bor­so­ni, Breugle, Paul Pril, Guillaume Baur, Cor­neille Polem­burg, Boot d’Italie, Her­man d’Italie, Bar­tho­lo­mé, Sée­man, Van­der­ca­bel, Van­dermëer, Claude Lorain, Jean Asse­lin, Mon­tagne, Van­becq, & Puget, gra­vez en par­tie par ces Maîtres et par du Per­ac, les Sade­ler, Bron­chorst, Jerôme Cock, Bap­tiste Mer­ca­ti, Hon­dius, Mel­chior, Kus­sel, Domi­nique Bar­rieres, Schenk, Goy­ran, Prou, Moyse Fouard, Per­elle, Syl­vestre & Fla­men.
Quatre volumes concer­nant la Topo­gra­phie des prin­ci­pales Villes du monde, tirez de Marius Mer­ca­tor, Mel­chior, Merian, Hoff­nagle, Châ­tillon, Tes­sin, Beau­lieu ; les Délices de l’Europe, les Vûes de Suede, celles d’Allemagne, & d’Hollande par Schenk ; les Vûes d’Italie

[p. 1316]
par Fal­da, Ven­tu­ri­ni, Spec­chi, Guillaume Baur, les Vûes de France par Per­elle, Syl­vestre, Marot, Cruyl, Prou, de Fer, & les Figures tirées de plu­sieurs Livres & Voyages.
Un Volume de Geo­gra­phie com­po­sé des meilleurs Cartes de San­son, de Duval, de Fer, de Lisle, & Beau­lieu ; ces cinq volumes rap­pellent aux Voya­geurs en un moment tous les pays qu’ils ont par­cou­ru.
Trois volumes conte­nant les habille­mens & modes des dif­fe­rentes Nations du monde ; le pre­mier ren­fer­me­roit l’Europe ; le deuxième l’Asie ; le troi­sième l’Affrique & l’Amerique. On y trou­ve­roit les Modes du Titien, les Charges du Carache, les Modes de S. Igny, de Bosse, de Cal­lot, de Saint-Jean, d’Arnoult, celles de Picart, de Wateau, Gif­fart, Trou­vain, les Suites de Van­de­raà, le volume du Levant de le Haye, & quan­ti­té de Modes d’Angleterre, d’Hollande, d’Allemagne, d’Italie & de France, qui font par­cou­rir toutes les Nations du monde sans sor­tir de son cabi­net.

 

Desseins.

Les Des­seins, Mon­sieur, ont quelque chose de super­ieur aux Estampes, quoique moins ter­mi­nez ; ce sont les pre­mieres idées d’un Peintre où l’on décou-

[p. 1317]
vre tout le feu de l’imagination & l’esprit de sa touche. Cette curio­si­té demande beau­coup plus de sça­voir que les Estampes, puisqu’il s’agit de juger, ain­si que dans les Tableaux, de la bon­té d’un des­sein, de son ori­gi­na­li­té, & de connoître la maniere d’un Maître d’avec un autre, sa touche par­ti­cu­liere, qui est comme un carac­tere d’écriture sin­gu­lier à un cha­cun, lequel fait recon­noître l’Auteur du des­sein. Un beau Recueil de Des­seins des meilleurs Maîtres est une vraie école de Pein­ture. (a) Comme on n’en pos­sède pas un si grand nombre que d’Estampes, on les divi­se­roit seule­ment par matieres & par pays tout ensemble, en la maniere sui­vante.
Six volumes concer­nant l’Histoire en gene­ral, & la Figure, deux des meilleurs Maîtres d’Italie, deux volumes des meilleurs Maîtres Fran­çois, & deux autres volumes sur la même matiere, des Maîtres Fla­mands, Hol­lan­dois, Alle­mands, & Anglois.
Six volumes de Pay­sages, Marines, Ani­maux, Gro­tesques & autres, par­ta­gez par pays, deux d’Italie, deux de Flandre, Hol­lande, Alle­magne, & deux de France.

(a) Le Cabi­net du Roy, le Cabi­net du Grand Duc à Flo­rence, le Cabi­net de Sacre­do à Venise, celui de Magna­vac­cha à Bou­logne, celui de M. Cro­zat à Paris.

[p. 1318]
Un volume de petits Des­seins à la plume très-finis.
Un volume de Vûes, Esquisses, & Cro­quis faits d’après nature.
Un volume d’études de grands Maîtres, & de figures appel­lées Aca­de­mies.
Un volume de des­seins d’Architecture, Orne­mens, Vases, Cata­falques, Triomphes, Déco­ra­tions de Theatre, Fon­taines, Par­terres, &c.

 

Livres.

Je vais pas­ser plus lege­re­ment, Mon­sieur, sur les Livres, les Medailles, les Pierres gra­vées, les Mine­raux, les Bronzes, & les Coquilles ; matiere qui deman­de­roit seule un volume.
Leur arran­ge­ment par­ti­cu­lier est de dis­po­ser les Livres par matieres, les Médailles & les Pierres gra­vées par suites, & les Coquilles par familles ou par com­par­ti­ments. Les Tableaux, les Bronzes, & les autres curio­si­tez se rangent sui­vant la place que l’on a, & sui­vant le goût qui convient le mieux à la déco­ra­tion du Cabi­net.
Les Livres com­posent un genre de curio­si­té neces­saire, mais immense, dont on fait des col­lec­tions sui­vant le genre de lit­te­ra­ture que l’ont choi­sit, ou bien sui­vant sa pro­fes­sion. En gere­nal, il est bon

[p. 1319]
qu’un homme d’esprit ait un peu de Livres sur chaque matiere. Plu­sieurs édi­tions de Bibles dif­fé­rentes, quelques Per­es de l’Eglise, des Théo­lo­giens, des Com­men­ta­teurs, Here­siarques, Casuites, des Livres de morale & de pie­té, une suite d’Historiens, de Chro­no­logues, de Phi­lo­sophes, de Gram­mai­riens, de Poëtes Grecs, Latins, Ita­liens, & Fran­çois ; les Auteurs com­men­tez ad usum Del­phi­ni & les vario­rum, ou les mêmes en petit, avec le Texte seul de l’édition des fameux Elze­vir ; les mêmes Auteurs avec leur (sic) meilleurs Tra­duc­teurs. Une col­lec­tion de Livres de Droit, de Mede­cine, d’Anatomie, Chi­rur­gie, Phar­ma­cie, Chi­mie, Bota­nique, Agri­cul­ture, des Livres de Phy­sique, de Mathé­ma­tique, de Geo­gra­phie, d’Architecture, de Médailles, Bla­zon ; des Dic­tio­naires, des Voyages, des Memoires, & les Vies des grands hommes, celles des Sça­vans, leurs Oeuvres, le Recueil de leurs Lettres, les Livres de Theatre, les Poëtes modernes, quelques Recueils de Jour­naux, Repu­bliques des Lettres, des Livres connus sous le nom de Mis­cel­la­nea sur toutes sortes de matieres, peu d’Historiettes & de Romans, excep­té celui de la Rose, l’Astrée, Dom Qui­chotte, Tele­maque & la Prin­cesse de Cléves, que le fa-

[p. 1320]
meux (a) Evêque d’Avranches ne dédai­gnoit pas de lire quel­que­fois. Il fau­droit avoir quelques Livres gotiques rem­plis de Migna­ture pour la sin­gu­la­ri­té seule­ment.

 

Medailles.

Quant aux Medailles, vous sça­vez, Mon­sieur, que c’est une belle curio­si­té, la pre­miere, en un sens, comme garante de l’Histoire ancienne, & qui a beau­coup ser­vi à la trans­mettre jusqu’à nous. Cette étude mene un peu loin & coute infi­ni­ment, quand on veut avoir des suites com­plettes & des Medailles antiques bien conser­vées. (b) Un Otthon en grand Bronze, selon M. Patin, n’a pas de prix, un Per­ti­nax, un Pes­ce­nius Niger. On pré­tend que (c) les Medailles étoient les vraies mon­noyes des Anciens, hors les Medaillons qui étoient des pré­sents que les Princes fai­soient à leurs favo­ris. Les Antiques ont été frap­pées envi­ron jusqu’au sep­tième siecle. On les dis­tingue en Grecques & en Latines ; les Grecques, qui sans contre­dit sont les plus anciennes

(a) Huet.
(b) Le Cabi­net du Roy. Le Cabi­net de M. le Duc du Maine. Celui de l’Empereur. Celui du Duc de Parme. Celui de Mos­car­dy à Verone. La Biblio­teque Bar­be­rine à Rome.
(c) Patin, Vaillant, Spon, Dumou­li­net.

[p. 1321]
& les plus par­faites pour le Coin, vont au plus à 400 [;] elles com­mencent sous Amin­tas Roy de Mace­doine ; les Latines se dis­tinguent en (a) Consu­laires & en Impe­riales, qui se divisent encore en haut & bas Empire ; le haut Empire com­mence à Cesar 44 ans avant Jesus-Christ, & finit vers l’an 260 de Jesus-Christ ; le bas Empire com­prend près de 1200 ans, c’est-à-dire, jusqu’à la prise de Constan­ti­nople par Maho­met II en 1453 [ ;] :es belles Impe­riales ne passent pas le Regne d’Heraclius, en 641, où les Arts s’avilirent entie­re­ment. Les Medailles Modernes se comptent envi­ron depuis 300 ans. Il y a encore des Medailles Hebraïques, Gotiques & Puniques. On dis­tingue trois sortes de suites de Médailles ; celle en or qui est la moins nom­breuse & la moins rare, va à 1000 dans les Impe­riales ; celle d’argent à 3000 & celle de bronze grand, moyen & petit à près de 7000 dans les seules Impe­riales. On peut faire encore une suite de Papes depuis Mar­tin V. jusqu’à pré­sent avec les Car­di­naux ; une de Medailles qui concernent l’Histoire de France & les autres Monar­chies. Une suite de Mon­noyes modernes de tous les pays ne

(a) Les Consu­laires, sui­vant Patin, vont à 1037 dont 42 en or. Introd. pag. 84.

[p. 1322]
lais­se­roit pas d’être curieuse, ain­si qu’une suite de jet­tons, qui vous met au fait de presque toutes les familles. Il se faut garan­tir des Medailles contre­faites ; les (a) Padouannes, les Par­me­sannes, les Car­te­ronnes ou Hol­lan­doises sont de ce nombre. On connoît les Antiques au poids, à l’épaisseur, à la cou­leur du métail, à la dure­té du ver­nis, à la net­te­té du coin, à la fier­té & à la ten­dresse de l’Antique, à la fran­chise des carac­teres de la Legende ou de l’Exergue.

 

Pierres gravées.

Les Pierres gra­vées ont beau­coup de rela­tion à l’Histoire ancienne, puisqu’à la matiere près, ce sont de secondes Medailles. Leur forme ordi­naire est ovale ; cepen­dant il y en a de rondes, de quar­rées, & à pans ; on les dis­tingue en pierres (b) annu­laires & en pierres constel­lées ou Talis­mants, les unes sont opaques, les autres trans­pa­rentes. Les plus belles sont orien­tales, & antiques pour la gra­vure ; nean­moins il y a de belles Têtes gra­vées par les modernes. Un peu de pra­tique vous fait décou­vrir aisé­ment le carac­tere

(a) On garde les coins des Padouannes à la Biblio­teque de Sainte Gene­vieve.
(b) Les Anciens met­toient les pierres annu­laires aux doigts, & les constel­lées au bras & au col.

[p. 1323]
de l’antique. On en trouve de gra­vées en creux & en relief sur des Agathes, Cal­ce­doines, Lapis, Onix, Cor­na­lines, Jades, Sar­doines, Jaspes, Primes d’Emeraude, Ser­pen­tine, & Mala­chitte. (a) On peut aus­si gra­ver sur toutes les pierres pré­cieuses, même sur le (b) dia­mant, comme je l’ai vû faire à Rome.

 

Pierres Précieuses.

Vous sou­ve­nez-vous, Mon­sieur, d’avoir vû ensemble dans un cabi­net à Paris, (c) des tiroirs sépa­rez en petites cel­lules rem­plies de toutes les pierres pré­cieuses, orien­tales & occi­den­tales, dis­tin­guées & oppo­sées par leur espece ; le Dia­mant, le Saphir, l’Emeraude, Rubis, Tur­quoise, Topase, Gre­nat, Ame­tiste, Jacinte, Opale, Aigue-Marine, Chry­so­lite, Per­idot, Ver­meille & les perles.

 

Mineraux, Métaux, Petrifications, Croissances de mer, Bois rares.

D’autres tiroirs étoient rem­plis de Mine­raux, Métaux, Petri­fi­ca­tions, Crois­sances de mer, Cris­tal de Roche, Corail,

(a) Le Cabi­net de M. Bour­da­loue.
(b) On n’a nulle connois­sance que les Anciens ayent gra­vé sur le Dia­mant qui ne leur ser­voit qu’à mettre en poudre pour gra­ver les autres pierres.
(c) Le Cabi­net de M. Vivant à Paris.

[p. 1324]
rouge, blanc & noir ; Ambre des deux cou­leurs, Por­phyre, Albâtre, Pierre ou Corne d’Ammon, Langue de Ser­pent, Mar­cas­sites, pierres de Croix, d’Aigle, d’Aiman, de Touche ou Paran­gon, Quinte-feuille, la pierre de Cœur, de Verolle, de Judée, de Bezoart, l’Etoilée, le Jaye, le bois de Corail, de Cou­leuvre, l’Hystericum, le Calam­bouc, & Laloës (a).

 

Ouvrages de Tours, Armures, Habillemens Etrangers, Animaux, Plantes & Fruits rares.

Nous y vîmes encore quan­ti­té de bijoux mis en œuvre, des Pein­tures en émail, ain­si que de très-beaux ouvrages de Tour & de Fili­grame. Il ne faut pas oublier les dif­fé­rentes Armures, habille­ments, chaus­sures anciennes & étran­geres ; plu­sieurs oiseaux, pois­sons & ani­maux des­se­chez ; des plantes & des fruits rares ; des Livres sur des écorces d’arbre, sur des feüilles de Pal­mier, sur des joncs, la plu­part rou­lez autour d’un bâton ; de l’Ecriture & du Papier de tous les Pays (b).

(a) Le Cabi­net d’un Mede­cin à Pise. Celui de la Vigne Chi­gi à Rome. Celui de Geof­froy à Paris.
(b) Le Cabi­net de Ser­vier à Lyon.

[p. 1325]

Coquilles

Voi­ci, Mon­sieur, une curio­si­té toute des plus natu­relles, ce sont les Coquilles (a), je vous avoue­rai que j’ai les yeux satis­faits quand je les jette sur un tiroir de coquilles bien émaillées : j’y admire plus qu’en toute autre chose l’Auteur de la nature ; Quelle varie­té dans les cou­leurs ? Il semble que la nature s’y soit joüée de même que dans les formes dif­fé­rentes des coquilles ? On les dis­tingue (b) en plu­sieurs classes ou familles, celle des Huitres, des Limaces, des Cor­nets, des Por­ce­laines, & autres. Voi­ci celles à qui l’on a don­né des noms. L’Amiral, le Vice-Ami­ral, l’Imperialle, le Nau­tille, la Concha Vene­ris, le Bou­ton ou Echi­nus Mari­nus, l’Escalier, la Thiare, la plume (sic), le Cloud, le Lepas, le Foudre, l’Hermite, la Brû­lée, la Musique, le plein-Chant, la Gen­sive, la Que­notte, le Ruban, la Veuve, la Pie, le Tigre, la Cas­sandre, la Bouche d’or, celle d’argent, le Drap d’or, celui d’argent, la Peleure

(a) Le Cabi­net du Roy, celui du Grand Duc de Tos­cane, celui d’un Bour­gue­mestre à Amster­dam, celui de M. Seloanne Mede­cin à Londres, celui de M. Hou­douard Mede­cin à Londres, celui de M. Sevin à Paris.
(b) Aldro­van­dus, Rum­phius, Lisier, Bon­na­ni, les dins­tinguent diver­se­ment.

[p. 1326]
d’Oignon, la Moresque, le Casque, le Tur­ban, le Scor­pion, la Grive, la Gui­née ou la Spe­cu­la­tion, le Dau­phin, le Man­teau Royal, la Tonne, le Cœur, le Cadran, l’Araignée, l’Epineuse, le Rou­leau, la Becasse, le Por­phyre, le Cilindre, le Sabot, le Leo­part, l’Ecorchée, la Mere-Perle ou la Nacre, la Por­ce­laine, le Maron rôti, l’Olive, l’Herisson, l’Oeuf, l’Agatte, le Cor­net, la Magel­lane, le Teton, l’Oreille d’Asne, le Coû­teau, le Clo­porte, l’Hebraïque, la Tanée, la Meûre, l’Oreille de Mer, la Che­nille, la Trompe, le Nom­bril, la Col­lique, l’Eperon, la Lampe, la Vis sans fin, le Bro­cart, le Fuseau, l’Hirondelle, l’Argus, la Cou­ronne d’Ethiopie, l’Oreille de Cochon, le Chou, la Tour de Babel, la Figue, & le Bois vei­né.

 

Bronzes & Pieces antiques.

Les Bronzes servent beau­coup a l’embellissement des Cabi­nets ; il en fau­droit avoir quelques Antiques bien conserve (sic), & de beaux Modernes bien repa­rez. Les Anti­quaires ont sou­vent en Bronze tout ce qui concerne la belle anti­qui­té, comme Dieux Penates, Lares, Priapes, Urnes, Vases, Lampes, Phioles, Lacri­ma­toires, Voeux, Tom­beaux, Cine­raires, Ossuaires, Ins­crip­tions, Hie­ro­glyphes. Ce qui

[p. 1327]
ser­voit aux anciens Sacri­fices des Egyp­tiens, Grecs, & Romains, comme Autel, Tré­pied, Hache, Patere, Cuillieres, Cou­teaux, & autres ins­tru­mens ; (a) des styles dont ils écri­voient ; l’Abacus avec lequel ils comp­toient ; les Stri­gilles dont ils se ser­voient dans le bain ; leurs Clefs & Cade­nats de Bronze ; les Plom­beaux dont ils châ­tioient leurs Esclaves ; leurs Idoles, Sphinx, Cachets, Bagues magiques, Amu­lets, Talis­mans ; leurs Sistres & autres ins­tru­mens de Musique ; leurs mesures, comme le Conge, le Sex­tier, le Quar­ta­rius ; l’As, le Qua­dra­sis, le Denier, le Qui­naire, le Ses­terce, le Sicle, le Talent, la Drachme & autres mon­noyes ; le Semis, Triens, Qua­drans, Sex­tans, & autres poids.

 

Droguier, Herbier, Momies, Embrions, Porcelaines, Cabinets de la Chine, Fayance émaillée, Tableaux de Pieces de rapport.

Je ne vous par­le­rai point, Mon­sieur, d’un Dro­guier, d’un Her­bier, des Momies d’Egypte, des Embrions de tous âges

(a) La Gal­le­rie du Pere Kir­cher à Rome. Le Cabi­net du Car­di­nal Gual­tie­ri à Rome. Celui de Setal­li à Milan. Celui de Sainte Gene­viéve à Paris. Celui de l’Abbé Fau­vel à Paris.

[p. 1328]
tant d’hommes que d’animaux ; des Boëtes où sont arran­gez par com­par­ti­ment des Mouches rares & des Papillons ; des Pagodes ; des ouvrages de terre, des Por­ce­laines de la Chine & du Japon ; de leurs Cabi­nets, Para­vants, Boëtes, Caba­rets, Cof­frets, & autres pieces de bois ver­ni ; ain­si que de quelques vases & plats de fayance émaillez d’après Raphael, tant en Ita­lie qu’à Limoges ; des Tableaux de Pieces de rap­port en pierres fines ou en bois rares, faits à Flo­rence, qui trou­ve­roient bien leur place par­mi toutes les belles choses dont nous venons de par­ler. Il en seroit de même d’un amas de mor­ceaux excel­lents de Sculp­ture, soit Figures, Bustes, Bas-reliefs, ou Modeles faits en Marbre, en Por­phyre, en Gra­nite, en Albâtre, en Bois, en Terre cuite, en Hyvoire, en Cire & en Buis (a) ; il y en a de la main de Michel-Ange, du Dona­talle, Bac­cio Ban­di­nelle, Lal­garde, Jean Bolo­gna, Cava­lier Ber­nin, Dome­ni­co Gui­di, Zum­bo, Fran­çois Fla­mant dit le Ques­noy, Pilon, Gou­jon, Des­jar­dins, les Mar­si, Puget, Jaillot, Tubi, Sar­ra­sin, le Gros, Girar­don, Coy­se­vox, & de quan­ti­té d’autres bons Sculp­teurs tant Etran­gers que Fran­çois.
Un Phy­si­cien ou un Geo­metre demande-

(a) L’Ancien Cabi­net de Girar­don.

[p. 1329]
roient encore à trou­ver ici tout ce qu’on peut sou­hai­ter pour les forces mou­vantes & l’Hydraulique ; des Figures de Geo­me­trie, de For­ti­fi­ca­tions, & d’Architecture en relief ; des modeles en cuivre, de Mor­tiers, de Canons, Bombes & autres pieces d’artillerie (a) ; les dif­fé­rentes Expé­riences de l’équilibre des Corps, de la pesan­teur de l’air, & des liqueurs ; de l’effet de la poudre à Canon ; des Ins­tru­mens (b) d’Astronomie, de Mathe­ma­tiques & de Navi­ga­tion, comme Astro­labes, Spheres, Globes, Lunettes d’approches, Teles­copes, Bous­soles, demi Cercle. On y join­droit tout ce qui est neces­saire pour l’Optique, & les Expé­riences de Phy­sique, le Miroir ardent, la Pierre d’Aimant, les Verres à Facette & de toutes sortes ; un Micro­scope uni­ver­sel avec toutes les Expé­riences qu’on peut faire pour la cir­cu­la­tion du sang, & l’examen des liqueurs ; le Cylindre, le Cône, le Prisme avec leurs figures, plu­sieurs Chambres optiques, une Lan­terne magique, une Machine Pneu­ma­tique, des Baro­metres, Ter­mo­metres, Hygro­metres, des Alam­bics, Creu­sets, Reci­pients, Scy­phons,

(a) Le Cabi­net de M. Dosem­bray. La Gale­rie du Pere Sebas­tien. Le Cabi­net du Gene­ral Mar­silly à Bou­logne.
(b) Le Cabi­net de Bian­chi­ni à Rome.

[p. 1330]
Tubes avec les­quels on pour­ra faire quelques Expé­riences de Chi­mie, tou­chant le vif-argent, les Phos­phores, les Pierres de com­po­si­tion & autres.
En véri­té, Mon­sieur, le sujet m’emporte trop loin, & au four­neau & à la fumée près d’un sou­fleur, notre Cabi­net est deve­nu uni­ver­sel, & rem­plit une idée gene­rale, telle qu’on n’en trouve nulle part ; il faut donc conve­nir qu’on doit opter en cette matiere ; la grande dépense y met assez de frein, joint à ce que l’inclination natu­relle nous porte plus vers une science que vers une autre ; un Sça­vant, par exemple, ne res­pire que les Livres, un (a) Anti­quaire ne recherche que les Médailles, un Phy­si­cien que les Expé­riences, un Natu­ra­liste que les pro­duc­tions de la Nature ; nous autres, Mon­sieur, qui pan­chons plus pour la Pein­ture, nous trou­ve­rons sûre­ment cette car­riere assez grande pour nous arrê­ter long-temps.         Je suis, Mon­sieur, &c.

(a) Patin à peine se peut résoudre à com­pa­rer les Médailles aux Livres & aux Tableaux. Introd. à l’Histoire des Médailles, pages 7 & 8.