Cabinet de De Sully (duc), Louis-Pierre-Maximilien de Béthunes

Il s'agit du petit-fils du grand Sully, Louis-Pierre-Maximilien de Béthunes né en 1685 et mort en 1761. On peut se faire une idée assez précise de ce cabinet grâce au catalogue de la vente après décès dressé par les soins de Helle et de Rémy. La collection est dispersée en 792 lots dont environ 600 sont constitués de curiosités proprement dites : ces articles sont exposés "en l’Hôtel de Feu Monsieur le Duc de Sully, rue St. Dominique, Fauxbourg St. Germain à côté de M. l’Ambassadeur d’Espagne", là où l'on doit procéder à la vente, et les auteurs précisent que leur catalogue n'a pu tenir compte d'autres objets qu'ils n'ont pu voir, car "ils sont encore à Villebon".

Voi­ci la pré­sen­ta­tion du conte­nu du cabi­net, telle que les auteurs l'ont offerte en début de cata­logue :
Aver­tis­se­ment. La Col­lec­tion que nous anon­çons aux Ama­teurs, est très esti­mable par les dif­fé­rens genres de Curio­si­tés qu’elle ren­ferme. Elle l’est encore par plu­sieurs Mor­ceaux rares et pré­cieux. Nous nous conten­te­rons de rap­por­ter l’Eloge que M. Dar­gen­ville a fait de ce Cabi­net dans sa Conchy­lio­lo­gie, page 14 et 15. Il a eu occa­sion de le connoître par­fai­te­ment, puisqu’il étoit fort lié avec Mon­sieur le Duc de Sul­ly.

[En réa­li­té, Helle et Rémy reco­pient un peu vite le rap­port de Dezal­lier d'Argenville, se trom­pant par­fois sur les nombres (4 pièces au lieu de 5), et lais­sant de côté des détails, voire des phrases entières, et même la biblio­thèque. Nous res­ti­tuons entre cro­chets les par­ties du déve­lop­pe­ment de Dezal­lier d'Argenville que les auteurs du cata­logue de vente ont omises en repre­nant ses déve­lop­pe­ments dans la Conchy­lio­lo­gie]

« Mon­sieur le Duc de Sul­ly, Pair de France, et Che­va­lier de la Toi­son d’Or ; par son amour pour les Arts, et par la belle Col­lec­tion qu’il a amas­sée dans tous les genres de Curio­si­tés, mérite ici une place dis­tin­guée [; c'est une faible recon­nois­sance de ma part pour toutes les poli­tesses que j'en reçois tous les jours]. Son Cabi­net est com­po­sé de quatre [cinq] Pieces de suite, la pre­mière est [rem­plie d'une Biblio­thèque nom­breuse] ornée de Recueils de Cartes, d’Estampes et de Des­seins des meilleurs Maîtres : on voit sur la Cor­niche des Tablettes, un rang de Bustes de Marbre et d’Urnes, dont la plus grande par­tie sont Antiques ; les Fos­siles sont ren­fer­més dans deux Bureaux [pla­cés entre les croi­sées], sur les­quels sont deux cof­frets, l’un rem­pli de Pierres fines, et l’autre de Papillons étran­gers. [La seconde pièce est des­ti­née à la Pein­ture, on y remarque plu­sieurs tableaux de grands Maîtres], les Tables et la Che­mi­née [sont gar­nies de] Gra­dins qui portent quan­ti­té de Figures de Bronze antiques, par­mi les­quels on dis­tingue plu­sieurs Divi­ni­tés Egyp­tiennes et Gau­loises, avec un vase à anses, Egyp­tien et char­gé d’Hieroglyphes qui ser­voit à mettre l’eau lus­trale. Les Pierres pré­cieuses, les Agathes, les Jaspes rares, et les Pierres gra­vées, sont ren­fer­mées dans un grand Bureau ; et les Oiseaux, les Pois­sons, les par­ties d’Animaux, les cailloux d’Egypte se voient vis-à-vis, dans un beau Cabi­net de la Chine, sur­mon­té de Gra­dins ornés de Vases de Cris­tal de Roche, d’Albâtre Orien­tal, d’Ambre et de Pierre antique. On trouve dans le troi­sieme Appar­te­ment, deux Coquill[i]ers de qua­rante-huit Tiroirs, rem­plis de tout ce qu’on peut desi­rer en ce genre [, et ran­gé par familles. Les murs sont ornés de têtes de Marbre en bosses, ain­si que de plu­sieurs bas-reliefs antiques]. Une Lan­terne trou­vée dans un Ancien Sépulcre est sus­pen­due au milieu du Pla­fond . La qua­trième Piece [sui­vante est recom­man­dable par une armoire pleine de bijoux gar­nis d'or et d'argent, de belles Por­ce­laines, de Pierres fines, de Cris­taux de roche tra­vaillés, et de figures d'Ambre et d'Ivoire. Le bas de l'armoire com­porte plu­sieurs Plantes marines, des Coraux, des mines d'Emeraude et de Dia­mant, avec quelques par­ties d'Animaux. Deux petits cabi­nets de la Chine pla­cés au côtés de cette armoire ren­ferment les plus petites Coquilles de mer et de rivière. Enfin la cin­quième pièce est pour les Miné­raux, les Métaux, les Pierres figu­rées, les Cailloux, les Congel­la­tions, les Pétri­fi­ca­tions et les Marbres, avec un Dro­guier qui règne tout autour ran­gé sur des tablettes, dont le des­sus est orné de Plantes marines, de Madre­pores et de Coraux, avec quan­ti­té de petites figures de Por­ce­laine, d'émail et de pierre de Lare. On y retrouve] une belle Col­lec­tion de Médailles Consu­laires et Impé­riales, en Or et [en] Argent, avec une suite de Cachets [&] de Sceaux antiques et Gau­lois, et une autre très nom­breuse de Jet­tons Fran­çois et Etran­gers. [Les murs de ces deux der­nières pièces sont cou­verts de des­seins d'Animaux, de modes Turques et Chi­noises mises dans des bor­dures.

M. le Duc de Sul­ly a encore dans ses terres,d'autres col­lec­tions d'Histoire Natu­relle, avec une gale­rie d'armes anciennes et modernes et une suit de médailles Impé­riales et Grecques, grand, moyen et petit bronze.] »


Des Armes anciennes de dif­fé­rens Pays, des Habille­mens de Sau­vages, Indiens et Chi­nois, et des Mon­noies dont Mon­sieur Dar­gen­ville n’a pas fait men­tion, méritent beau­coup de consi­dé­ra­tion : on y remarque nombre de Pieces rares qui ne se trouvent (à ce que l’on croit) que dans ce Cabi­net.

Men­tion­nons une très courte rubrique "Ana­to­mie" qui ter­mine la liste des curio­si­tés natu­relles, juste avant les livres de la biblio­thèque : "Plu­sieurs Membres d’une Momie venue en droi­ture d’Egypte, à Mon­sieur le Duc de Sul­ly en 1714" (lot 652)et "L’Ybis, Oiseau d’Egypte, très bien conser­vé sous des ban­de­lettes".

Une note infra­pa­gi­nale pré­cise à pro­pos du vase orné d'hiéroglyphes : "ce Vase et plu­sieurs Mor­ceaux de ce Cabi­net, sont gra­vés dans l’explication des Monu­mens sin­gu­liers des plus Anciens Peuples, par Dom Jacques Mar­tin, savant Béné­dic­tin". Il s'agit des Epli­ca­tions de divers monu­mens sin­gu­liers qui ont rap­port à la reli­gion des plus anciens peuples… publié à Paris, chez Lam­bert, 1739.

 

C'est le 8 mars 1762 que l'on pro­cé­da à la vente du cabi­net du petit-fils du célèbre Sul­ly, Louis-Pierre-Maxi­mi­lien de Bethune, duc de Sul­ly. Le cata­logue de cette vente est un in-12 de 88 pages.

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SOURCES:

DEZALLIER D'ARGENVILLE, L'Histoire natu­relle éclair­cie dans deux de ses par­ties prin­ci­pales, La litho­lo­gie et la Conchy­lio­lo­gie, Paris, De Bure, 1742, IIe par­tie, cha­pitre 10, p. 200–201. dis­po­nible en ver­sion numé­ri­sée sur Gal­li­ca

HELLE et REMYCata­logue d’une très-belle col­lec­tion de bronze et autres curio­si­tés egyp­tiennes, etrusques, indiennes et chi­noises ; figures, bustes et bas-relief de bronze, d’albâtre et de marbre, antiques et modernes ; pierres gra­vées, mon­tées en bague ; mon­noies et médailles d’or, d’argent, de billon et de bronze ; des­seins, estampes, coquilles, et autres objets qui ont rap­port à l’Histoire Natu­relle ; ouvrages de laqs, habille­mens indiens et chi­nois, armes anciennes, tant des pays etran­gers que de France ; livres d’Histoire Natu­relle, d’Antiquités, etc. Du Cabi­net de Feu M. le Duc de Sul­ly, Pair de France, et Che­va­lier de la Toi­son d’Or. Paris, Didot l'aîné, 1762.

Loca­li­sa­tion: (pour Helle et Rémy)

- Paris, Arse­nal : 8-S-15000.
— Paris, Sainte-Gene­viève : 8° Qb 449 INV 1225 Res (p2).