Résumé : le Cabinet d’histoire naturelle de Grenoble, ancêtre du Muséum actuel, a été créé en 1773. Un premier historique mentionne tous les cabinets d’où il était issu : un cabinet dauphinois -celui des Antonins-, et deux cabinets grenoblois -celui du négociant grenoblois Raby l’Américain et celui du père Ducros, premier garde du Cabinet d’histoire naturelle de Grenoble2. Une caractéristique commune permet de rattacher ces trois cabinets aux cabinets de curiosités du début du XVIIIe siècle : l’hétérogénéité de leurs collections. Les curieux qui les avaient rassemblées avaient en effet réuni autour d’eux des minéraux, des fossiles, des instruments de chimie et d’astronomie, des costumes étrangers, des animaux, des coquilles, des bronzes, des monnaies, des droguiers et des momies. Des trois cabinets, le cabinet des Antonins était le plus ancien. Légué au Cabinet d’histoire naturelle de Grenoble en 1777 afin d’en constituer les premières collections, il avait été rassemblé en Dauphiné à l’abbaye de Saint-Antoine entre 1752 et 1761. C’est Jean-François Champollion, garde du Cabinet d’histoire naturelle de Grenoble, qui dressera en 1811 et 1812 les premiers inventaires des spécimens d’histoire naturelle compris dans les collections égyptiennes du cabinet de curiosités des Antonins.
Joëlle ROCHAS1Liste des abré­via­tions
  • BMG : Biblio­thèque Muni­ci­pale (d’études et d’information) de Gre­noble

L’Ordre des Anto­nins était pré­sent en Dau­phi­né depuis le Moyen Age3. Un édit royal de Louis XV en 1768 por­tant « sup­pres­sion sur les ordres reli­gieux ne comp­tant pas plus de 20 membres par mai­son reli­gieuse » le condam­na4. L’Ordre fut sup­pri­mé en 1777, fai­sant obli­ga­tion aux Anto­nins de « céder tous biens, immeubles, sei­gneu­ries et domaines » à l’ordre de Saint-Jean de Jéru­sa­lem. Le 25 sep­tembre 1777, le der­nier abbé, le bailli Jean Marie de Navarre, légua le cabi­net de curio­si­tés à la Biblio­thèque publique de Gre­noble avant la réunion des Anto­nins à l’ordre de Malte, pré­vue pour le 9 novembre 17775.

C’est sous l’abbatiat d’Etienne Gal­land qu’avait été réuni, de 1752 à 1761, le cabi­net de curio­si­tés des Anto­nins6. Le cata­logue des livres de la biblio­thèque fut rédi­gé par le cha­noine Jacques Des­champs qui le dédia en 1761 à l’abbé Gal­land :

Embra­sé d’amour pour les belles lettres vous avez, à grands frais et avec une appli­ca­tion et un soin plus grands encore, ras­sem­blé dans cette abbaye tout ce qui est sus­cep­tible d’éclairer les esprits et sur­tout de favo­ri­ser l’intérêt pour l’Antiquité7.

La trans­mis­sion de leur cabi­net de curio­si­tés, ce qu’il advien­drait de leurs livres et de leur médaillier avait tou­jours pré­oc­cu­pé les Anto­nins, comme en témoigne l’expressivité tou­chante de la pré­face figu­rant au cata­logue de leur médaillier :

On n’a pas pu se dis­pen­ser de mettre en latin les ins­crip­tions des médailles, mais on a pen­sé qu’il conve­nait de don­ner en fran­çais les petits pré­cis des his­toires pour la com­mo­di­té de ceux qui auront soin du Cabi­net et médaillier de l’Abbaye de St Antoine.
Pré­cis très court de l’histoire romaine pour l’intelligence des médailles et des sta­tues antiques : Mon inten­tion, en entre­pre­nant cet ouvrage, n’a point été de me don­ner pour auteur d’une his­toire romaine : tant d’habiles gens ont si bien trai­té et tel­le­ment épui­sé cette matière, qu’il ne me convien­drait pas d’y reve­nir après eux. Mon des­sein est sim­ple­ment de jeter sur ce papier quelques traits prin­ci­paux de la vie des rois, empe­reurs, impé­ra­trices et tyrans de cet empire du monde, afin de pou­voir satis­faire plus aisé­ment la curio­si­té de ceux qui vou­dront apprendre quelque chose de plus, que le nom des médailles ou sta­tues que je leur mon­tre­rai dans le Cabi­net de l’Abbaye de St Antoine : mes vœux seront com­blés et mon tra­vail bien récom­pen­sé s’il peut être utile, ou pro­cu­rer quelque satis­fac­tion à ceux qui me suc­cè­de­ront dans cet emploi8.

Le cabi­net occu­pait vrai­sem­bla­ble­ment le pre­mier étage d’un bâti­ment situé dans la basse-cour de l’abbaye, à proxi­mi­té de la mai­son abba­tiale, entre le che­vet de l’église et le novi­ciat9. Il ren­fer­mait alors 5.400 mon­naies et médailles, 360 antiques dont une momie de femme, deux vases canopes en albâtre, des amphores, des bronzes antiques et des natu­ra­lia – ou choses de la nature – c’est-à-dire des col­lec­tions d’histoire natu­relle. Le tout était pré­sen­té dans de petits appar­te­ments en enfi­lade, ornés de boi­se­ries, d’alcôves et d’un décor de gyp­se­ries ; ces pièces ouvraient au nord, sur le jar­din « à fleurs » et, au sud, sur la cour inté­rieure ou basse-cour de l’abbbaye10. Le cata­logue dres­sé tar­di­ve­ment en 1841 par le conser­va­teur du cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble, Sci­pion Gras, montre qu’à côté des mon­naies, des médailles et des antiques, le cabi­net de curio­si­tés des Anto­nins conte­nait de riches col­lec­tions scien­ti­fiques11. Celles-ci se com­po­saient d’une impor­tante col­lec­tion de coquilles, témoi­gnant ain­si de la conchy­lio­ma­nie qui sai­sit les Anto­nins comme de nom­breux curieux du XVIIIe siècle12.

Les témoi­gnages sur la beau­té de l’abbaye et sur celle de son médaillier nous laissent devi­ner la richesse des col­lec­tions scien­ti­fiques que ces savants léguèrent au Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble. La magni­fi­cence de l’abbaye était attes­tée au début du XVIIIe siècle par un manus­crit consa­cré à l’histoire de Saint-Antoine13. Dans ce manus­crit figu­rait en pré­am­bule un extrait du voyage en France de deux Béné­dic­tins et de leur visite à l’abbaye en 171714. Les deux voya­geurs témoi­gnaient de la richesse des tableaux ornant le maître autel ain­si que tous les autels de l’abbaye et la sacris­tie 15:

Cette abbaye est assu­ré­ment magni­fique. L’église après la cathé­drale de Vienne est la plus belle du Dau­phi­né : l’autel est d’un marbre noir accom­pa­gné de quatre belle figures de bronze d’un trait admi­rable. On conserve dans l’autel le corps de Saint Antoine, dans une belle chasse d’ébène cou­verte de lames d’argent. On dit que l’autel avec tous ses orne­ments a coû­té six mille écus et assu­ré­ment il les vaut bien. Le chœur est der­rière l’autel dans le fond de l’église, orné de plu­sieurs tableaux de prix, aus­si bien que tous les autels de cet auguste temple. La sacris­tie est four­nie d’ornements et d’argenterie : on y garde aus­si les saintes reliques […]

Les deux béné­dic­tins purent appré­cier éga­le­ment la biblio­thèque qu’ils jugèrent peu grande mais four­nie de bons livres. Ils appor­tèrent leur témoi­gnage sur l’art chi­rur­gi­cal pra­ti­qué à l’abbaye de Saint-Antoine par les reli­gieux. Ces savants s’étaient ren­dus célèbres en gué­ris­sant le mal des ardents, un fléau du Moyen Age dû à l’ergot du seigle qui empoi­son­nait le sang et pro­vo­quait abcès et gan­grène. Les chi­rur­giens anto­nins ampu­taient à la scie. Pour pro­di­guer leurs soins aux pèle­rins affluant tout au long des siècles à l’abbaye, ils uti­li­saient un onguent à base de plantes et de graisse de porc dont ils déte­naient le secret et qui était appe­lé « baume saint Antoine16 ». Ils ser­vaient à leurs malades une nour­ri­ture saine, sub­sti­tuant au seigle la viande de porc. Les frères uti­li­saient les plantes dans leur phar­ma­co­pée. Qua­torze plantes entraient dans la com­po­si­tion du saint Vinage, breu­vage par­ti­cu­lier fabri­qué par les frères de l’abbaye. A côté de l’apothicairerie, les Anto­nins culti­vaient un jar­din de simples où ils cueillaient les plantes séda­tives, nar­co­tiques ou aux pro­prié­tés vaso­di­la­ta­trices des­ti­nées à sou­la­ger les souf­frances des malades atteints du « feu saint Antoine »17. C’est là qu’ils concoc­taient les emplâtres et les décoc­tions uti­li­sés dans leurs infir­me­ries:

Nous avons dit que les malades infects du feu Saint Antoine, avaient don­né occa­sion à l’établissement de l’ordre, qui porte le nom de ce saint. Cette mala­die ayant dis­con­ti­nué durant cent ans, avait com­men­cé à se faire sen­tir depuis un an et les reli­gieux avaient cha­ri­ta­ble­ment rou­vert leurs hôpi­taux for­més depuis si long­temps aux pauvres misé­rables qui en sont atta­qués. Nous y vîmes avec beau­coup de com­pas­sion une ving­taine, les uns sans pieds, les autres sans mains et quelques uns sans pieds et sans mains. Car on ne peut gué­rir ce mal qu’en cou­pant les membres aux­quels il s’attache d’abord. Il y avait là un frère fort habile, qui n’en man­quait aucun. Il nous fit voir les pieds et les mains cou­pés depuis cent ans, qui sont sem­blables à ceux qu’il cou­pait tous les jours. C’est à voir. Tout noirs et tout secs…18.

La richesse de l’abbaye fut confir­mée quelques années plus tard par un mémoire du Révé­rend de l’abbaye sur son ordre. Dans ce mémoire de 1732, le Révé­rend Père For­nier, grand prieur de l’Abbaye de Saint-Antoine, trans­met­tait la des­crip­tion détaillée de son abbaye, riche notam­ment du nombre consi­dé­rable de tableaux de maîtres dans le goût ita­lien, de magni­fiques orne­ments et de beaux jar­dins à la fran­çaise19. Il pré­sen­tait Saint-Antoine comme étant « une des plus belles abbayes de France ». Il dépei­gnait les Anto­nins comme un ordre sou­cieux de suivre la mode du XVIIIe siècle, rema­niant, agran­dis­sant et embel­lis­sant son abbaye, sacri­fiant à un nou­veau pro­gramme déco­ra­tif, recons­ti­tuant ain­si pro­gres­si­ve­ment le tré­sor pillé pen­dant les guerres de reli­gion. Depuis des siècles, on venait hono­rer les reliques du saint de l’Europe entière :

Plu­sieurs autres sei­gneurs ecclé­sias­tiques et sécu­liers sont venus depuis et viennent tous les jours hono­rer les reliques de Saint Antoine avec un infi­ni­té de peuples de toutes les nations de l’Europe. On en a comp­té jusqu’à dix mille en l’année 1514. Seule­ment de l’Italie, sans les Alle­mands, les Hon­grois, les Espa­gnols et les Fran­çais des pro­vinces voi­sines qui étaient venus en plus grand nombre20.

Les Anto­nins n’ont pas trans­mis d’inventaire pré­cis des spé­ci­mens conte­nus dans leur cabi­net de curio­si­tés. C’est pour­quoi seule la richesse de l’abbaye que nous venons de dépeindre laisse devi­ner celle de leurs col­lec­tions. Les Anto­nins ont tou­te­fois trans­mis le Cata­logue des livres du cabi­net de curio­si­tés. Celui-ci est com­pris dans le cata­logue du médaillier qu’ils don­nèrent, avec le cabi­net, à la Biblio­thèque publique de Gre­noble21. Le cata­logue est à l’image des col­lec­tions conte­nues dans le cabi­net. Il est com­po­sé essen­tiel­le­ment de livres d’histoire antique grecque et romaine, d’ouvrages de numis­ma­tique et d’égyptologie22. Cer­taines des pièces conte­nues dans les col­lec­tions des Anto­nins, et notam­ment les spé­ci­mens d’égyptologie, ont pu être col­lec­tion­nées avant la for­ma­tion du cabi­net : lors de leur visite à l’abbaye en 1717, dom Mar­tenne et dom Durand s’étaient vu offrir des sta­tuettes antiques et un papy­rus égyp­tien. Le cata­logue contient les titres de 26 ouvrages in folio du XVIe et du début du XVIIe siècles, avec pour sujet l’histoire romaine antique, l’histoire des rois et la numis­ma­tique antique. Il contient les titres de 22 ouvrages in quar­to trai­tant de numis­ma­tique. Sur le plan scien­ti­fique, le cata­logue livre éga­le­ment les titres de trois ouvrages trai­tant de sciences natu­relles : la Litho­lo­gie et la conchy­lio­lo­gie du comte d’Angivillier édi­tée à Paris en 1742, l’Orictologie du même auteur à Paris en 1755 ain­si que sa Zoo­mor­phose ou repré­sen­ta­tion des ani­maux à coquilles à Paris en 175723. Le cata­logue révèle l’intérêt que les Anto­nins mani­fes­tèrent pour l’égyptologie avec La Des­crip­tion de l’Egypte sur les mémoires de M. Maillet par l’abbé Le Mase­nier à Paris, 173424. La biblio­thèque des Anto­nins indique déjà la direc­tion que prirent les recherches des savants gre­no­blois en miné­ra­lo­gie et celle des hommes de lettres comme Fou­rier et le jeune Cham­pol­lion en égyp­to­lo­gie. Elle consti­tue la pre­mière clé vers les col­lec­tions miné­ra­lo­giques et les tra­vaux en égyp­to­lo­gie du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble. Le cata­logue des Anto­nins répond éga­le­ment bien au goût de l’époque où, dans l’Europe entière, de riches cabi­nets de médailles et de curio­si­tés s'étaient créés, aus­si bien en Hol­lande qu’en Angle­terre, dans l’Empire et en France après les guerres de reli­gion25. A l’époque, un médaillier joint à une belle biblio­thèque était un signe exté­rieur de richesse appré­cié des nobles et des princes26. Il est fort pos­sible qu’Etienne Gal­land, qui avait visi­té en 1749 le cabi­net de curio­si­tés de l’abbaye Sainte-Gene­viève à Paris27, ce soit ins­pi­ré de ce cabi­net, car c’est au retour de son séjour qu’il déci­da de créer en 1752 le cabi­net de curio­si­tés de Saint-Antoine « à l’image » de Sainte-Gene­viève en joi­gnant, à la biblio­thèque, un cabi­net propre à l’étude des sciences.

Consti­tué de 1752 à 1761, le cabi­net de curio­si­tés des Anto­nins porte la marque de la pre­mière évo­lu­tion qui affec­ta les cabi­nets de curio­si­tés à par­tir de 1730, date à laquelle les col­lec­tion­neurs qui s’étaient jusqu’à pré­sent pas­sion­nés pour l’histoire sacrée et pro­fane, se détour­nèrent des médailles pour se consa­crer aux coquilles et aux col­lec­tion d’histoire natu­relle28. Concer­nant les cabi­nets pari­siens dont l’un d’entre eux ins­pi­ra le cabi­net de curio­si­tés des Anto­nins, K. Pomian pré­cise que pen­dant les années 1700–1720, 39% des col­lec­tion­neurs d’intéressaient aux médailles, alors qu’il n’étaient plus que 21% dans les années 1720–1750. Inver­se­ment, les objets d’histoire natu­relle tels que les coquillages, les miné­raux, les spé­ci­mens ana­to­miques et bota­niques, qui ne repré­sen­taient que 15% des col­lec­tions pari­siennes dans les années 1700–1720, consti­tuaient 21% dans les années 1720–1750 puis 39% dans les années 1750–1790. A Paris comme à l’abbaye de Saint-Antoine, ce fut désor­mais la nature qui à par­tir des années 1750 inté­res­sa les col­lec­tion­neurs. Le coquillage, sym­bole marin célé­bré dans la col­lec­tion anto­nine, joua le rôle de média­teur vers les col­lec­tions exo­tiques futures, comme l’attestent les tra­vaux des savants puis des conser­va­teurs gre­no­blois du 19e siècle.

Coquille(Collections du Musée d'histoire naturelle de Grenoble)

Coquille
(Col­lec­tions du Musée d'histoire natu­relle de Gre­noble)

Les pre­miers inven­taires des col­lec­tions anto­nines seront dres­sés au XIXe siècle par les frères Cham­pol­lion, alors gardes du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble, et par leurs col­la­bo­ra­teurs. L’abbé Jul­lien, natu­ra­liste, don­ne­ra ain­si en 1809 le Cata­logue des oiseaux exo­tiques du cabi­net des Anto­nins deve­nu Cata­logue du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble, déter­mi­nant ain­si une col­lec­tion d’oiseaux pro­ve­nant d’Afrique et d’Amérique du Sud. Le jeune Jean-Fran­çois Cham­pol­lion, futur égyp­to­logue, don­ne­ra en 1811 et 1812 deux états des col­lec­tions égyp­tiennes du cabi­net des Anto­nins. Enfin en 1813, l’abbé Jul­lien don­ne­ra l’état des coquilles conte­nues dans la col­lec­tion anto­nine.

Jean-François Champollion dit le Jeune, gravure sur cuivre(Bibliothèque municipale de Grenoble, Pd 1, 2)

Jean-Fran­çois Cham­pol­lion dit le Jeune, gra­vure sur cuivre
(Biblio­thèque muni­ci­pale de Gre­noble, Pd 1, 2)

La Pré­face de l’Expédition d’Egypte rédi­gée à Gre­noble par Fou­rier avec l’aide de Jacques Joseph Cham­pol­lion-Figeac, fut publiée en 1809 et Jean-Fran­çois Cham­pol­lion dit le Jeune dres­sa dès 1811 et 1812 les deux pre­miers cata­logues du cabi­net des Antiques de Gre­noble, repé­rant par là même, les pre­miers spé­ci­mens d’histoire natu­relle des col­lec­tions égyp­tiennes du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble. Il n’était pas encore biblio­thé­caire adjoint lorsqu’il rédi­gea le pre­mier cata­logue (il le fut en 1812) mais accom­pa­gnait déjà son frère dans ses tra­vaux à la biblio­thèque29. En fai­sant don en 1857 des cata­logues manus­crits de son frère à la Biblio­thèque publique, Cham­pol­lion-Figeac prit bien la peine de spé­ci­fier que ceux-ci inté­res­se­raient les dif­fé­rentes biblio­thèques aux­quelles ils étaient des­ti­nés30. La concep­tion qu’avait Cham­pol­lion-Figeac de la biblio­thèque de Gre­noble était celle d’un « dépôt » dans lequel il avait la charge d’enrichir les biblio­thèques ali­men­tant dif­fé­rents éta­blis­se­ments, cabi­net d’histoire natu­relle et musée de pein­ture. Un pre­mier inven­taire, déjà connu, livre par­mi les col­lec­tions égyp­tiennes des Anto­nins, les spé­ci­mens qui relèvent des sciences natu­relles. Ce manus­crit est daté de 1811. Nous l’analyserons en pre­mier. Le second docu­ment, inédit, est un inven­taire auto­graphe de Jul­lien que nous avons daté, par recou­pe­ment avec la cor­res­pon­dance incluse dans les papiers de la famille Cham­pol­lion-Figeac, de 1809. Bien que plus ancien, nous le trai­te­rons en second parce que Figeac l’a trans­mis au dos des manus­crits de son frère. Si nous avons pu véri­fier que les tra­vaux de Jul­lien avaient bien eu lieu en 1809, il est pos­sible qu’il n’ait reco­pié son tra­vail pour les frères Cham­pol­lion qu’après 1811, après que Jean-Fran­çois ait pro­duit le pre­mier cata­logue des col­lec­tions égyp­tiennes anto­nines. Dans ce cas, la posi­tion du manus­crit de Jul­lien à la suite de ceux de Jean-Fran­çois Cham­pol­lion prouve que les trois savants avaient eu la cer­ti­tude d’avoir tra­vaillé aux col­lec­tions héri­tées du même cabi­net : celui des Anto­nins.

Jean-Fran­çois Cham­pol­lion dres­sa donc en 1811 le tout pre­mier état des col­lec­tions d’antiques reçues prin­ci­pa­le­ment de l’abbaye de Saint-Antoine, col­lec­tions à l’origine du cabi­net des Antiques de Gre­noble. Cer­tains, par­mi ces onze objets décrits, concer­naient des spé­ci­mens d’histoire natu­relle et reve­naient sur le plan intel­lec­tuel au cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble. Il fai­sait état ain­si, par­mi les anti­qui­tés égyp­tiennes, de deux momies d’ibis dont la seconde aurait fait par­tie des col­lec­tions scien­ti­fiques du cabi­net des Anto­nins31. Figu­rait éga­le­ment dans cette nomen­cla­ture « un frag­ment de gra­nit noir égyp­tien à petits grains vul­gai­re­ment appe­lé Basalte d’Egypte 32». Concer­nant les objets d’histoire natu­relle, le deuxième cata­logue manus­crit de Jean-Fran­çois Cham­pol­lion dres­sé en 1812 se fai­sait plus pré­cis et l’on peut obser­ver au pas­sage com­bien, avec l’égyptologie, la fron­tière entre les objets rele­vant de l’histoire natu­relle et du musée d’art était étroite. Ce deuxième cata­logue por­tait les indi­ca­tions sui­vantes :

  • N° 4 Momie d’Ibis ren­fer­mée dans un vase de terre cuite dont le cou­vercle hémi­sphé­rique était daté : ce vase vient des hypo­gées de Sak­ka­rah qui en ren­ferment plu­sieurs mil­lions du même genre.
  • N° 5 Osse­ments et plumes d’Ibis
  • N° 6 Momie d’Ibis
  • N° 7 Frag­ment d’une figure pas­to­phore de basalte égyp­tien […] Cette sta­tue qui était age­nouillée tenait entre ses mains une tête sym­bo­lique d’Isis […] à oreilles de chatte. La plus grande par­tie de cette tête existe encore. Au-des­sous de la tête d’Isis était une liste ornée d’hiéroglyphes en creux dont quatre seule­ment ont res­té33. Les deux pre­miers font par­tie d’un groupe qui forme le nom de l’Egypte dans l’inscription de Rosette. Sur la tête même d’Isis est une table quar­rée por­tant une ins­crip­tion hié­ro­gly­phique dont voi­ci la copie et la tra­duc­tion d’après le sens qui est attri­bué à ces mêmes figures dans le monu­ment de Rosette 34:
    Osi­ris dieu sau­veur dieu bien­fai­sant35. Le frag­ment a six pouces et demi de hau­teur totale36.

Avec ces deux cata­logues, le jeune Jean-Fran­çois Cham­pol­lion était le pre­mier à dres­ser un inven­taire des col­lec­tions égyp­tiennes héri­tées du cabi­net de curio­si­tés des Anto­nins, nous don­nant ain­si le seul état approxi­ma­tif des col­lec­tions scien­ti­fiques de l’Ordre.

Mon­trant bien le lien que les deux égyp­to­logues fai­saient entre les col­lec­tions égyp­tiennes héri­tées du cabi­net des Antiques et les col­lec­tions exo­tiques du cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble, Jacques Joseph, véri­table conser­va­teur de la mémoire, fai­sait suivre ces deux pre­miers cata­logues de son frère du Cata­logue d’une caisse d’oiseaux rares de la Biblio­thèque de Gre­noble, rédi­gé par M. Jul­lien, pro­fes­seur d’histoire natu­relle37.

Nous avons pu éta­blir avec l’aide d’Armand Fayard, actuel Direc­teur du Muséum de Gre­noble, que ce docu­ment consti­tuait le pre­mier cata­logue des oiseaux du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble. L’originalité de ce cata­logue réside dans la pro­ve­nance des espèces décrites : cette nomen­cla­ture ne com­prend en effet que des oiseaux exo­tiques, nous lais­sant sup­po­ser que la col­lec­tion orni­tho­lo­gique ori­gi­nelle du cabi­net fut une col­lec­tion exo­tique avant tout. Les oiseaux sont numé­ro­tés de 1 à 55 : il n’y a aucune inter­rup­tion dans la numé­ro­ta­tion, aucune intro­duc­tion d’espèce locale. Jul­lien avait pris la peine de pré­ci­ser qu’il s’agissait de la même numé­ro­ta­tion que celle uti­li­sée dans le musée pour repé­rer les oiseaux, nous indi­quant ain­si que le cata­logue des oiseaux du cabi­net de Gre­noble était bien un Cata­logue orni­tho­lo­gique de col­lec­tions exo­tiques. Les 55 oiseaux sont décrits selon leur empla­ce­ment dans les locaux mêmes du cabi­net (« face du nord », « face droite », « face gauche », « face occi­den­tale », « face méri­dio­nale », « face moyenne sud-est », « face orien­tale » et « centre »). Les ouvrages de Lin­né et de Buf­fon avaient ser­vi à leur déter­mi­na­tion.

Euplecte ignicole, Soudan

Euplecte igni­cole, Sou­dan

Les oiseaux men­tion­nés dési­gnaient essen­tiel­le­ment deux pro­ve­nances : l’Afrique et l’Amérique du Sud. Quelques espèces pro­ve­naient du Bré­sil. Daté approxi­ma­ti­ve­ment de 1819 par son dona­teur (Cham­pol­lion-Figeac le trans­mit tar­di­ve­ment en 1857 et avait pu oublier la date exacte des tra­vaux), ce cata­logue est en fait datable de 1809, grâce à une lettre de Jul­lien à Cham­pol­lion-Figeac dépo­sée dans le Fonds Cham­pol­lion des Archives Dépar­te­men­tales de l’Isère38. Dans cette lettre, Jul­lien expli­quait qu’il avait dû reprendre le pré­cé­dent cata­logue truf­fé d’erreurs de déter­mi­na­tion remis au minis­tère de l’Intérieur par Mol­lard, adjoint de Cham­pol­lion-Figeac au cabi­net39. Le cata­logue de Jul­lien est à joindre au Cata­logue des Oiseaux par­mi les cinq men­tions de cata­logues ori­gi­naux décrites par Cham­pol­lion Figeac dans le volume 2 du Fonds Cham­pol­lion dépo­sé aux Archives dépar­te­men­tales de l’Isère : le Cata­logue de la Miné­ra­lo­gie, celui des Qua­dru­pèdes, celui des Oiseaux, celui des Insectes et celui des Plantes alpines qui com­po­sait l’Herbier de la Biblio­thèque40. Il consti­tue le pre­mier cata­logue des Oiseaux du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble, cata­logue d’une col­lec­tion uni­que­ment exo­tique41. Y sont décrits par exemple un bar­bu de Cey­lan, un jaca­nard et un tyran du Bré­sil, un car­di­nal hup­pé du Cap de Bonne Espé­rance, une per­ruche et un pic du Séné­gal, un ben­ga­li, des oiseaux-mouches ain­si que des coli­bris.

Nous ana­ly­sons ce cata­logue comme la résul­tante de l’intérêt à la déter­mi­na­tion des col­lec­tions étran­gères sus­ci­té par les tra­vaux de Fou­rier à Gre­noble avec sa Des­crip­tion de l’Egypte. Joint aux deux cata­logues du pre­mier inven­taire des col­lec­tions égyp­tiennes héri­tées du cabi­net des Anto­nins éta­bli par Jean-Fran­çois Cham­pol­lion, le cata­logue orni­tho­lo­gique de Jul­lien peut être consi­dé­ré comme le cata­logue orni­tho­lo­gique des col­lec­tions exo­tiques des Anto­nins. Aux côtés des Cham­pol­lion, Jul­lien s’est d’ailleurs livré à d’autres tra­vaux sur le cabi­net de curio­si­tés de l’Ordre : c’est notam­ment lui qui, bien avant Sci­pion Gras en 1841, a don­né dès 1810 la pre­mière éva­lua­tion de la col­lec­tion égyp­tienne des coquilles léguée par les Anto­nins42. La liste que nous avons éta­blie des publi­ca­tions de Jul­lien nous a per­mis de consta­ter que le natu­ra­liste s’était autant inté­res­sé à la faune et à la flore du dépar­te­ment de l’Isère qu’aux loin­taines col­lec­tions exo­tiques, s’enracinant bien ain­si dans la tra­di­tion trans­mise au cabi­net43. La tra­di­tion était d’autant plus res­pec­tée que ses tra­vaux d’herborisation avec Vil­lars datés de 1794 tra­dui­saient l’influence de l’université de Mont­pel­lier : pour déter­mi­ner une col­lec­tion myco­lo­gique des mon­tagnes de Bel­le­donne en Dau­phi­né44, il s’était ser­vi de la nomen­cla­ture de Louis Gérard, méde­cin et bota­niste for­mé au sein de cette uni­ver­si­té et auteur d’une Flore de la Pro­vence, deve­nu le vade-mecum des bota­nistes des Alpes45.

Concer­nant l’héritage des Anto­nins, nous avons donc recon­nu dans les pre­miers cata­logues éla­bo­rés par Jean-Fran­çois Cham­pol­lion et dans ceux de Jul­lien la mani­fes­ta­tion de l’influence des tra­vaux de Fou­rier à Gre­noble et celle de la paru­tion de la Des­crip­tion de l’Egypte. Si Michel Dewach­ter, insis­tant sur l’importance de l’environnement docu­men­taire du jeune Cham­pol­lion, estime que c’est à l’Abbaye-aux-Bois en 1807–1809 que Jean-Fran­çois Cham­pol­lion, en com­pa­gnie du savant abbé Cam­pion de Ter­san « engran­gea le plus46», nous avons pu éta­blir que le futur égyp­to­logue fit du Cabi­net d’histoire natu­relle aux envi­rons de 1811 et 1812 à la Biblio­thèque publique de Gre­noble, son pre­mier champ d’expérimentation en égyp­to­lo­gie. A ses côtés, le natu­ra­liste Jul­lien ouvrait alors lui aus­si en 1809 les pre­mières voies vers l’étude des col­lec­tions exo­tiques. Les deux savants uti­li­sèrent à plein le lieu de sto­ckage pro­pice à de riches pos­si­bi­li­tés d’amalgame que fut le cabi­net de curio­si­tés des Anto­nins en matière d’égyptologie et de sciences natu­relles.

1 Joëlle Rochas est doc­teur en his­toire et biblio­thé­caire à l’Université de Savoie. Ses tra­vaux sur les cabi­nets de curio­si­tés s’inspirent de sa thèse sou­te­nue en 2006 à l’Université de Gre­noble sous la dir. du Pro­fes­seur Gilles Ber­trand et inti­tu­lée : « Du Cabi­net de curio­si­tés au Muséum : les ori­gines scien­ti­fiques du Muséum d’histoire natu­relle de Gre­noble (1773–1855).
2 E. DUCROS, « His­to­rique du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble », in Biblio­thèque, cor­res­pon­dance admi­nis­tra­tive 1791–1822 (BMG, R 8711, che­mise 2).
3 A. MISCHLEWSKI, Un ordre hos­pi­ta­lier au Moyen Age : les cha­noines régu­liers de Saint-Antoine-en-Vien­nois, Gre­noble, PUG (La pierre et l’écrit), 1995, 216 p.
4 H. DIJON, L’Eglise abba­tiale de Saint-Antoine en Dau­phi­né : his­toire et archéo­lo­gie, Gre­noble, Falque et Per­rin, 1902.
5 « Déli­bé­ra­tion du 25 sep­tembre 1777 », in Ori­gine et for­ma­tion de la Biblio­thèque et Aca­dé­mie del­phi­nale, docu­ment n° 9, p. 60 (BMG, R 8709).
6 L’abbé Etienne Gal­land gou­ver­na l’Ordre des Anto­nins de 1737 à 1763. In G. KUENY, J. YOYOTTE, Gre­noble, musée des Beaux-Arts, col­lec­tion égyp­tienne, Paris, Ed. de la Réunion des musées natio­naux, 1979, p. 10.
7 Cita­tion extraite de G. MOCELLIN-SPICUZZA, « Le Cabi­net de curio­si­tés de Saint-Antoine l’Abbaye et sa biblio­thèque », in Erasme ou l’éloge de la curio­si­té à la Renais­sance, cabi­nets de curio­si­tés et jar­dins de simples, sous la dir. d’Alexandre Vanaut­gaer­den, Gre­noble, Musée dépar­te­men­tal de Saint-Antoine l’Abbaye, 1997, p. 27.
8BIBLIOTHEQUE DE GRENOBLE, Cata­logue du médaillier des Anto­nins, Musei Anto­nio­ni, t. 3, 1752 (BMG, R 4743).
9 G. MOCELLIN, I. EXPERTON, Saint-Antoine et l’ordre des Anto­nins aux XVIIe et XVIIIe siècles, cata­logue d’exposition, Saint-Antoine l’Abbaye, 1er mars-11 mai 1992, Gre­noble, A.G.C. Consul­tants, [1992], p. 19.
10 G. MOCELLIN-SPICUZZA, Erasme…, op. cit., p. 28.
11 Ce cata­logue reprend les tra­vaux faits en 1811 par Jean-Fran­çois Cham­pol­lion sur le conte­nu des col­lec­tions égyp­tiennes et des spé­ci­mens d’histoire natu­relle du cabi­net des Anto­nins. Voir infra cha­pitre IV.
12 [S. GRAS], Cata­logue du Musée des Antiques et de Conchy­lio­lo­gie de Gre­noble, com­prend le Cata­logue des momies, figu­rines en bronze, marbre, terre cuite ain­si que des autres curio­si­tés anciennes et modernes du Musée de Gre­noble, [1841] (AMG, R.57 d 3).
13 Dom A. FALCOZ, Abré­gé de l’isthoire de Sainct Anthoine escript par des aut­heurs eclé­sias­tiques […], ms., s. d. [18e s] (BMG, U 4390–4391).
14 Extrait [en 4 p.] du Voyage lit­té­raire en France par deux Reli­gieux Béné­dic­tins, Dom Mar­tenne et D. Durand, Paris, 1717, t. 1, p. [1–2] (BMG, U 4390–4391).
15 Le Saint Jérôme de Georges de La Tour, huile sur toile datant de 1639 envi­ron et ayant appar­te­nu à l’abbaye de Saint Antoine, se trouve aujourd’hui du musée de Gre­noble (Sai­sie révo­lu­tion­naire, don de l’Administration dépar­te­men­tale de l’Isère, 1799).
16 G. MOCELLIN-SPICUZZA, Erasme…, op. cit., p. 21. 17 Le jar­din du cloître dans lequel étaient culti­vées les plantes médi­ci­nales fut rema­nié au XVIIe siècle et devint au cours de la deuxième moi­tié du XVIIIe siècle un jar­din d’agrément dénom­mé « jar­din inté­rieur ». Voir sur ce point G. MOCELLIN-SPICUZZA, « Les Jar­dins de l’Abbaye de Saint-Antoine aux XVIIe et XVIIIe siècles : le Jar­din des plantes médi­ci­nales ou Jar­din du cloître », in 1000 [Mille] ans de jar­dins, cata­logue d’exposition, Saint-Antoine (Isère), Musée dépar­te­men­tal de Saint-Antoine l’Abbaye, 2002, p. 13.
18 Extrait [en 4 p.] du Voyage lit­té­raire en France par deux Reli­gieux Béné­dic­tins, Dom Mar­tenne et D. Durand, op. cit., p. [1–2].
19 C. FORNIER, Mémoire abré­gé sur l’origine, le pro­grès et l’estat actuel de l’ordre de Saint-Antoine de Vien­nois, [1732] (BMG, R.6026). 20 Ibi­dem, p. [35].
21 BIBLIOTHEQUE DE GRENOBLE, Cata­logue du médaillier des Anto­nins Musei Anto­nio­ni, 1752–1761 (BMG, R 4743).
22 Géral­dine Mocel­lin et Isa­belle Exper­ton pensent que deux biblio­thèques ont peut-être co-exis­té à Saint-Antoine : la « grande » biblio­thèque, la plus ancienne, décrite en 1717 par dom Mar­tenne et dom Durand (Voyage lit­té­raire en France par deux Reli­gieux Béné­dic­tins, Dom Mar­tenne et D. Durand, op. cit., BMG, U 4390–4391), et une biblio­thèque plus petite, celle rela­tive au Cata­logue des livres du cabi­net de curio­si­tés. In G. MOCELLIN, I. EXPERTON, Saint-Antoine et l’ordre des Anto­nins…, op. cit., p. 18.
23 Le comte d’Angivillier, sur­in­ten­dant des Bâti­ments du roi, manu­fac­tures et aca­dé­mies du royaume à Ver­sailles, s’était vu confier par le roi Louis XVI la res­pon­sa­bi­li­té de la créa­tion d’un musée dans ses col­lec­tions du Louvre. Cor­res­pon­dant du jar­di­nier-her­bo­riste Lio­tard à Gre­noble, il était lui-même pro­prié­taire d’un cabi­net de miné­ra­lo­gie recen­sé par Dezal­lier d’Argenville en 1782 et ren­fer­mant une superbe col­lec­tion de mines d’or. 24 MAILLET (Benoit de, 1656–1738) : consul de France en Egypte sous Louis XIV, auteur de la Des­crip­tion de l’Egypte conte­nant plu­sieurs remarques sur la géo­gra­phie ancienne et moderne de ce païs, Paris, Gen­neau et Rol­lin, 1735 (BMG, D.131).
25 T. SARMANT, Le Cabi­net des médailles de la Biblio­thèque natio­nale, 1661–1848, Paris, Ecole des Chartes, 1994, 403 p.
26 Médaillier : armoire ren­fer­mant des médailles dans les cabi­nets de curio­si­tés puis dans les cabi­nets d’histoire natu­relle du XVIIIe siècle.
27 G. MOCELLIN, I. EXPERTON, Saint-Antoine et l’ordre des Anto­nins…, op. cit., p. 16.
28 K. POMIAN, Col­lec­tion­neurs, ama­teurs et curieux : Paris, Venise, XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Gal­li­mard, p. 143–162.
29 « M. Cham­pol­lion le jeune, Pro­fes­seur, adjoint d’histoire à la facul­té des lettres de l’Académie de Gre­noble, nom­mé Biblio­thé­caire adjoint par arrê­té de M. le maire de Gre­noble, en date du 29 février 1812, approu­vé par M. le Pré­fet du Dépar­te­ment le 4 mars sui­vant », in « Liste chro­no­lo­gique des biblio­thé­caires de 1773 à 1938 » du Registre pour ser­vir aux archives de la Biblio­thèque de la ville de Gre­noble, op. cit., men­tion n° 6, p. 2.
30 Une men­tion auto­graphe de Figeac intro­dui­sait ce pre­mier cata­logue qu’il datait, ain­si que le second : « Ces cata­logues datent des années 1810 à 1812, dix années avant la décou­verte de l’alphabet des hié­ro­glyphes. Ils ont le mérite d’être auto­graphes et d’intéresser les biblio­thèques pour les­quelles ils ont été faits. Don­nés à la Biblio­thèque au mois de février 1857 », in J.-F. CHAMPOLLION, Cabi­net des Antiques de la ville de Gre­noble 1811, [5 f.] ; [5 f. de pl.] (BMG, R 7635).
31 Cette momie porte le n° 4 dans le cata­logue Cham­pol­lion, le n° 348 dans le cata­logue Tres­son et le n° 209 dans l’inventaire de Kue­ny et Yoyotte p. 150 sous l’intitulé « Vase conique ayant conte­nu une momie d’Ibis ».
32 « [Objet] n° 7 », in J.-F. CHAMPOLLION, Cabi­net des Antiques de la ville de Gre­noble, op. cit.
33 Suivent les hié­ro­glyphes.
34 Suivent d’autres hié­ro­glyphes.
35 Sou­li­gné dans le texte.
36 J.-F. CHAMPOLLION, Biblio­thèque de Gre­noble, Cabi­net des antiques, Egypte, [1812] (BMG, R 7635).
37 J. J. CHAMPOLLION-FIGEAC, Cata­logue d’une caisse d’oiseaux rares de la Biblio­thèque de Gre­noble, rédi­gé par M. Jul­lien pro­fes­seur d’histoire natu­relle, 1809, [6 p.] (BMG, R 7635).
38 Abbé JULLIEN, Lettre à Cham­pol­lion-Figeac, Gre­noble, 9 sep­tembre 1809 (ADI, Fonds Cham­pol­lion, 185 J, vol. 2).
39 « J’ai tra­vaillé à toutes les ques­tions concer­nant l’ornithologie. Mol­lard a fait beau­coup d’erreurs dans la déno­mi­na­tion des indi­vi­dus qui sont presqu’autant des espèces et qu’il ne s’est pas don­né la peine de déter­mi­ner ou qu’il n’a pas connu », in abbé JULLIEN, Lettre du 9 sep­tembre 1809 à Cham­pol­lion-Figeac, op. cit., texte ori­gi­nal.
40 J. J. CHAMPOLLION-FIGEAC, Lettre à Fou­rier, pré­fet de l’Isère, Gre­noble, 31 mai 1809 (ADI, Fonds Cham­pol­lion, 185 J, vol. 2). 41 Les « zones auteur et titre » intro­dui­sant ce cata­logue sont de Cham­pol­lion-Figeac, la rédac­tion de la nomen­cla­ture est de l’abbé Jul­lien.
42 Abbé JULLIEN, « Notice sur le Recueil des Coquilles du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble », in Socié­té des Sciences et des Arts de la ville de Gre­noble, 23 jan­vier 1810 (BMG, R 7589–90, docu­ment n° 125).
43 Voir docu­ment en fin de cha­pitre.
44 Abbé JULLIEN, Decu­ria fun­go­rum quos legi in pago the­sia­no, anno 1784, Liste des cham­pi­gnons cueillis par moi à Theys [Isère], abbé Jul­lien en her­bo­ri­sa­tion avec Vil­lars, liste selon [Louis] Gérard [12 p.] (MHNG, Fonds Vil­lars I-13, Voyages et her­bo­ri­sa­tions). GERARD (Louis, 1733–1819) ; méde­cin et bota­niste for­mé à l’université de Mont­pel­lier, auteur en 1761 du Flo­ra Gal­lo-pro­vin­cia­lis ; ami et cor­res­pon­dant de Vil­lars.
46 M. DEWACHTER, « De la curio­si­té aux socié­tés savantes : les pre­mières col­lec­tions d’antiquités égyp­tiennes », in L’Expédition d’Egypte, une entre­prise des Lumières 1798–1801, Paris, Tech­nique et docu­men­ta­tion, 1999, p. 355–356.