Si les recherches conduites jusqu’à présent en histoire et en botanique ont montré l’importance de l’Italie dans la genèse du Cabinet d’histoire naturelle de Grenoble au 18e et au 19e siècles, l’intérêt de l’ancêtre de l’actuel Muséum de Grenoble pour les pays germaniques est resté quant à lui moins connu. Naturalistes dauphinois et savants germaniques nouèrent cependant très tôt des contacts, si bien que les influences réciproques de ces échanges dans leurs travaux sont nombreuses. C’est Dominique Villars (1745-1814), médecin botaniste et acteur depuis Grenoble d’un vaste réseau savant en Europe, qui assura la synthèse de toutes les influences reçues. Il fut l’auteur en 1786 d’une Histoire des plantes de Dauphiné, véritable exploration de la flore dauphinoise.

Le Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble fut fon­dé en 1773 à l’aide d’une sous­crip­tion par les Dau­phi­nois eux-mêmes qui venaient de créer l’année pré­cé­dente une Biblio­thèque publique. Un des prin­ci­paux ins­ti­ga­teurs de cette créa­tion fut le doc­teur Gagnon (1728–1813), grand-père de Sten­dhal. Le prin­ci­pal col­la­bo­ra­teur de ce Cabi­net fut le méde­cin bota­niste à la renom­mée inter­na­tio­nale Domi­nique Vil­lars, chi­rur­gien à l’Hôpital de Gre­noble, direc­teur du Jar­din de bota­nique et pro­fes­seur d’histoire natu­relle à l’Ecole cen­trale de Gre­noble.

La pré­sente contri­bu­tion se pro­pose d’offrir un éclai­rage nou­veau sur le monde savant gre­no­blois des 18e et 19e siècles autour de l’institution muséale que fut le Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble, figure emblé­ma­tique, pour les sciences natu­relles, de l’activité scien­ti­fique dau­phi­noise au tour­nant des Lumières. Elle est issue de ma thèse d’histoire sou­te­nue en juin 2006 à l’Université de Gre­noble sous la direc­tion du Pro­fes­seur Gilles Ber­trand et inti­tu­lée Du Cabi­net de curio­si­tés au muséum : les ori­gines scien­ti­fiques du Muséum d’histoire natu­relle de Gre­noble (1773–1855).

Des cabi­nets de curio­si­tés dau­phi­nois au Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble : l’influence des Kunst-und Wun­der­kam­mern (1752–1777)

Deux his­to­riens ont étu­dié les cabi­nets de curio­si­tés, ou « Kunst-und Wun­der­kam­mern », pour reprendre la déno­mi­na­tion en alle­mand consa­crée par les tra­vaux de Julius von Schlos­ser en 19082 : Krzys­tof Pomian3 et Antoine Schnap­per4. Les Kunst und Wun­der­kam­mern virent leur apo­gée au 16e et au 17e siècles. Avec le déve­lop­pe­ment des explo­ra­tions et la décou­verte de nou­velles terres au 16e siècle, bon nombre de princes, savants et ama­teurs de cette époque se mirent à col­lec­tion­ner les curio­si­tés en pro­ve­nance des nou­veaux mondes. Les cabi­nets de curio­si­tés étaient alors un résu­mé du monde où pre­naient place des objets de la terre, des mers et des airs, du règne miné­ral, du règne végé­tal et du règne ani­mal à côté des pro­duc­tions de l’homme. Les trois cabi­nets de curio­si­tés dau­phi­nois qui furent légués au Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble à sa créa­tion en 1773 et dont le plus ancien était celui de l’Abbaye de Saint-Antoine, mar­quèrent de leur empreinte les col­lec­tions du Cabi­net d’histoire natu­relle. Réunis­sant des col­lec­tions hété­ro­clites, ils répon­daient bien à la des­crip­tion d’un cabi­net de curio­si­tés qu’avait four­nie Pomian et Schnap­per : les curieux qui les avaient ras­sem­blées avaient réuni autour d’eux des miné­raux, des fos­siles, des ins­tru­ments de chi­mie et d’astronomie, des cos­tumes étran­gers, des ani­maux, des coquilles, des bronzes, des mon­naies, des dro­guiers et des momies. Ras­sem­blé entre 1752 et 1761, le cabi­net de curio­si­tés des Anto­nins ren­fer­mait des spé­ci­mens d’histoire natu­relle à l’intérieur de ses col­lec­tions égyp­tiennes, ain­si qu’une impor­tante col­lec­tion de coquilles. L’axe centre-est des mai­sons des Anto­nins, pré­cep­to­ries ou com­man­de­ries, men­tion­né par Adal­bert Mischlews­ki5 semble des­si­ner la carte des recherches scien­ti­fiques des Anto­nins et à leur suite, celle des natu­ra­listes du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble. Depuis le cabi­net de curio­si­tés des Anto­nins et jusqu’à l’avènement du Muséum d’histoire natu­relle de Gre­noble dans la deuxième par­tie du 19e siècle, le Dau­phi­né se trou­va ain­si à la croi­sée inces­sante de deux types d’influences : celle reçue du Sud depuis Mar­seille et l’Italie via l’Egypte, et celle reçue de l’est depuis les états alle­mands. C’est du deuxième type d’influence dont nous allons trai­ter.

L’influence des cabi­nets ger­ma­niques chez le doc­teur Gagnon, grand-père de Sten­dhal

Le doc­teur Gagnon (1728–1813), grand-père de Sten­dhal et ins­ti­ga­teur à Gre­noble du pro­jet de créa­tion d’un cabi­net d’histoire natu­relle, fut lui-même beau­coup influen­cé par les cabi­nets de curio­si­tés, ceux de Mont­pel­lier tout d’abord où il avait fait ses études de méde­cine, puis celui des Anto­nins dont il se char­gea du trans­port vers Gre­noble en 1777. La pra­tique des cabi­nets de curio­si­tés déter­mi­na chez Gagnon l’organisation du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble : elle en inflé­chit les choix en matière d’acquisitions de nou­veaux spé­ci­mens. Le tout pre­mier spé­ci­men que Gagnon ache­ta pour les col­lec­tions du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble après sa créa­tion fut en effet un veau marin : il mon­trait en cela qu’il était essen­tiel­le­ment inté­res­sé par les col­lec­tions exo­tiques dans l’organisation du cabi­net, rejoi­gnant ain­si un autre grand col­lec­tion­neur qui l’avait pré­cé­dé en Autriche, l’archiduc Fer­di­nand II du Tyrol pour son cabi­net de curio­si­tés dans son châ­teau d’Ambras. C’est l’étude com­pa­ra­tive de la com­po­si­tion du Cabi­net de curio­si­tés du Châ­teau d’Ambras à Inns­bruck en Autriche avec le Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble à ses débuts qui nous a per­mis de déce­ler, dans l’organisation des col­lec­tions du cabi­net gre­no­blois, les influences des cabi­nets de curio­si­tés ger­ma­niques.

 

Portrait du docteur Henri Gagnon (1728-1813), grand-père de Stendhal, reproduction photographique du portrait à l’huile déposé au Musée Stendhal, Grenoble.

Por­trait du doc­teur Hen­ri Gagnon (1728–1813), grand-père de Sten­dhal, repro­duc­tion pho­to­gra­phique du por­trait à l’huile dépo­sé au Musée Sten­dhal, Gre­noble.

Les rela­tions entre le Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble à la fin du 18e siècle et les « savants alle­mands » sont nom­breuses : si Domi­nique Vil­lars ne nous a pas don­né avec exhaus­ti­vi­té les noms de ces « voya­geurs alle­mands » venus visi­ter le Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble, du moins y fai­sait-il allu­sion dans les intro­duc­tions his­to­riques pré­sen­tant le pro­gramme de son cours à l’Ecole cen­trale de Gre­noble, mon­trant ces « hommes des Alpes » oeu­vrant dans le sillage du natu­ra­liste alle­mand Abra­ham Got­tlob Wer­ner et de Johann Gott­fried Schrei­ber, le direc­teur saxon des Mines du Dau­phi­né, son élève. Vil­lars cite les noms de Saus­sure, Pic­tet, Gosse et Gau­dy ain­si que d’autres « savans de Genève », géné­ra­le­ment ses cor­res­pon­dants, relais en Suisse auprès de Vil­lars des loin­tains natu­ra­listes ger­ma­niques avec les­quels le bota­niste sou­haite nouer des contacts6. Cer­tains de ces natu­ra­listes pou­vaient venir d’Innsbruck, c’est du moins ce que laissent sup­po­ser les écrits de Domi­nique Vil­lars lorsque celui-ci ortho­gra­phie pho­né­ti­que­ment le nom de la ville en Inns­pruk, tel que le pro­noncent eux-mêmes les Autri­chiens, preuve que le nom de cette ville était fami­lier aux natu­ra­listes gre­no­blois.

Le châ­teau d’Ambras abrite aujourd’hui encore les col­lec­tions du cabi­net de curio­si­tés ras­sem­blé au 16e siècle par l’archiduc Fer­di­nand II du Tyrol. Mécène et grand col­lec­tion­neur de la mai­son des Habs­bourg, Fer­di­nand II était le neveu de Charles Quint, empe­reur d’Allemagne et roi d’Espagne, et l’oncle de l’empereur Rodolphe II à Prague, le prince des col­lec­tion­neurs. C’est Fer­di­nand II qui avait trans­mis à Rodolphe II son goût de la col­lec­tion. Consi­dé­ré comme l’ancêtre des muséums d’histoire natu­relle pour les natu­ra­lia et les exo­ti­ca qu’il recèle, le cabi­net de curio­si­tés que Fer­di­nand avait consti­tué à Ambras, un des exemples de cabi­net de curio­si­tés ger­ma­nique qui nous reste, s’est révé­lé d’une grande richesse pour l’étude du cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble à ses débuts. Un rap­pro­che­ment entre les deux éta­blis­se­ments nous a paru digne d’intérêt, tous deux offrant des simi­li­tudes dépas­sant leur seule situa­tion géo­gra­phique au sein de la chaîne des Alpes.

 

La « Kunst- und Wun­der­kam­mer » d’Ambras est tout à la fois le reflet des richesses natu­relles de l’arc alpin et le témoin de la volon­té hégé­mo­nique de la mai­son des Habs­bourg dans le Nou­veau Monde7. Le cabi­net de curio­si­tés de l’archiduc pré­sente les richesses de l’univers avec une volon­té didac­tique de repré­sen­ta­tion du monde, tout en mon­trant l’intérêt des princes ger­ma­niques pour les col­lec­tions miné­ra­lo­giques et zoo­lo­giques locales des Alpes : sud de l’Allemagne, Autriche et pro­vinces du nord de l’actuelle Ita­lie8. A Ambras, la dis­po­si­tion des col­lec­tions d’animaux exo­tiques, fidèle à l’Inventaire après-décès de l’archiduc Fer­di­nand II en 1596, pré­cède les col­lec­tions de curio­si­tés des Alpes. Quatre ani­maux marins sus­pen­dus au pla­fond du cabi­net devancent un ours abat­tu par l’archiduc Fer­di­nand et des bois de cerf9. Plus évo­ca­trice encore que la recons­ti­tu­tion actuelle, certes fidèle, du cabi­net de curio­si­tés, la lec­ture de l’inventaire après décès de l’archiduc Fer­di­nand daté de 1596 montre tout d’abord que le pla­fond du cabi­net était entiè­re­ment recou­vert d’animaux10. L’inventaire per­met éga­le­ment d’établir la pré­séance des col­lec­tions exo­tiques sur les col­lec­tions alpines, tant par la posi­tion qu’elles occupent au sein de l’inventaire que par leur écra­sante majo­ri­té en nombre de spé­ci­mens. Par­mi les spé­ci­mens appen­dus, on compte entre autres pas moins de sept cro­co­diles, une défense d’éléphant, quatre cornes de rhi­no­cé­ros et autres cornes de gazelle, cinq nageoires de grands pois­sons et une tête d’éléphant entraî­nés par un pre­mier grand cro­co­dile11.

 

Nous avons retrou­vé, dans notre étude sur la créa­tion du cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble, cette pré­séance des col­lec­tions exo­tiques sur les col­lec­tions locales, avec ce pre­mier achat par Gagnon d’un objet d’histoire natu­relle des­ti­né aux col­lec­tions étran­gères – le veau marin – réflexe héri­té des anciens cabi­nets de curio­si­tés. L’intérêt double des « savants alle­mands » en rela­tion avec Gre­noble pour les col­lec­tions locales et exo­tiques peut expli­quer un inté­rêt simi­laire chez les Dau­phi­nois pour les exo­ti­ca des cabi­nets de curio­si­tés qu’ils léguèrent au cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble. Avec leurs maté­riaux exo­tiques asso­ciés aux objets autoch­tones et euro­péens, Horst Bre­de­kamp a vu dans les cabi­nets de curio­si­tés ger­ma­niques, ancêtres des muséums d’histoire natu­relle, les pre­miers témoins d’une eth­no­lo­gie capable de por­ter res­pect à une culture étran­gère12. De la même façon, nous avons obser­vé dans la consti­tu­tion des col­lec­tions étran­gères du cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble la volon­té des Dau­phi­nois de dépas­ser les fron­tières de leur pro­vince en s’intéressant à d’autres cultures. Tout comme dans les cabi­nets de curio­si­tés ger­ma­niques, les col­lec­tions exo­tiques du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble ont-elles ain­si eu la pré­séance sur les col­lec­tions locales alpines. Cette ten­dance de la double nature des col­lec­tions d’histoire natu­relle à Gre­noble avec la pré­séance des col­lec­tions exo­tiques sur les col­lec­tions alpines allait se pour­suivre jusqu’à l’avènement du Muséum d’histoire natu­relle de Gre­noble en 1849.
L’influence de la Renais­sance dans les tra­vaux de Domi­nique Vil­lars : l’Université et le Jar­din royal de Mont­pel­lier, centre for­ma­teur des méde­cins et bota­nistes fran­çais, suisses et autri­chiens

Les bota­nistes de la Renais­sance eurent une impor­tance déter­mi­nante dans l’œuvre du bota­niste dau­phi­nois Domi­nique Vil­lars. Depuis la lec­ture de son pre­mier ouvrage de bota­nique, un her­bier impri­mé de Pier Andrea Mat­thiole13 riche­ment illus­tré, Domi­nique Vil­lars n’eut de cesse de retrou­ver, et ce jusqu’à la fin de sa vie, leurs livres, leurs planches, leurs gra­vures et leurs her­biers. Huma­nistes et voya­geurs, de Vienne en Autriche à Leyde, en pas­sant par Zurich, les méde­cins qui l’avaient pré­cé­dé en bota­nique avaient tous fait leurs études en France, à l’université de Mont­pel­lier. Ces bota­nistes du 16e siècle – Conrad Ges­ner de Zurich (1516–1565) 14, Gas­pard Bau­hin (1550–1634) 15, Pierre Richer de Bel­le­val (1564–1632) – tous natu­ra­listes for­més à l’Université de Mont­pel­lier ou en rela­tion avec Mont­pel­lier, ont à leur tour ins­pi­ré Vil­lars.


Portrait de Dominique Villars. Anonyme. Ecole française du 19e siècle. Musée départemental de Gap.

Por­trait de Domi­nique Vil­lars. Ano­nyme. Ecole fran­çaise du 19e siècle. Musée dépar­te­men­tal de Gap.

Gas­pard Bau­hin avait eu pour maître Charles de l’Ecluse (1526–1609), bota­niste de Maxi­mi­lien II d’Autriche, un des plus illustres des­crip­teurs de son époque et qui avait lui-même fait ses études à Mont­pel­lier. Le Pinax thea­tri bota­nia que publia Bau­hin en 1623 eut une impor­tance capi­tale sur Lin­né16., et par voie de consé­quence sur Domi­nique Vil­lars. Bau­hin y dési­gnait chaque plante par un sub­stan­tif latin cor­res­pon­dant à ce qui devien­drait plus tard le genre, sui­vi de deux ou trois adjec­tifs dési­gnant l’espèce : c’était l’ébauche de la nomen­cla­ture binaire qu’imposerait Lin­né. De plus, Bau­hin rap­pe­lait pour chaque espèce les noms qui lui avaient été don­nés anté­rieu­re­ment. C’est ce que ten­ta de faire à nou­veau le bota­niste Domi­nique Vil­lars à la fin de sa vie en essayant de réa­li­ser un Pinax de la flore alpine. Il sem­blait vou­loir don­ner, à par­tir du Dau­phi­né et englo­bant tout l’arc alpin, la cor­res­pon­dance syno­ny­mique de chaque fleur dans les dif­fé­rentes langues et dia­lectes. Il s’inspirait en cela de l’œuvre de Charles de l’Ecluse, lequel avait le pre­mier intro­duit un glos­saire hon­grois des noms de plantes dans sa Flore de Pan­no­nie et d’Autriche17.

Quant à Richer de Bel­le­val, le fon­da­teur en 1593 du Jar­din royal de Mont­pel­lier sous l’instigation du roi Hen­ri IV, son œuvre reste bien vivante dans celle de Vil­lars. Son nom figure en tête d’une impor­tante liste, tenue par Vil­lars, de savants et de bota­nistes de tous les pays venus par­cou­rir le Dau­phi­né. Les excur­sions de Richer de Bel­le­val dans les Alpes entre 1615 et 1618 et en firent un décou­vreur de la flore des Alpes fran­çaises et méri­dio­nales. De retour de son voyage en Dau­phi­né, Richer de Bel­le­val avait été le pre­mier bota­niste à publier une nomen­cla­ture sur les plantes de cette pro­vince. Il avait fait gra­ver plus de 500 cuivres, les Icones, repré­sen­tant des végé­taux des Alpes. Par­mi les plantes alpines, nom­breuses étaient celles qui étaient nou­velles et elles le res­taient encore au 18e siècle. Vil­lars atta­cha une impor­tance très grande aux manus­crits de Richer de Bel­le­val qui avaient décrit les plantes alpines, et aux cuivres où ils les avaient figu­rées pour la pre­mière fois. Ces manus­crits et ces des­sins avaient alors béné­fi­cié des pro­grès réa­li­sés par l’illustration à la Renais­sance. Ils étaient d’une fidé­li­té remar­quable et, sans s’embarrasser des sys­tèmes et clas­se­ments qui ne seront adop­tés que plus tard, ils consti­tuaient pour Vil­lars et les bota­nistes de la fin du 18e siècle une res­source scien­ti­fique ines­ti­mable car de pre­mière fraî­cheur. Les planches de Richer de Bel­le­val n’avaient pas été tirées, et seuls cer­tains des cuivres avaient ser­vi au bota­niste lyon­nais Gili­bert, dans ses Démons­tra­tions de bota­nique en 1789. On sait aujourd’hui que la vie de Domi­nique Vil­lars fut une quête inces­sante des manus­crits des bota­nistes de la Renais­sance et du début du 17e siècle. Il obtint de Gili­bert de se faire prê­ter les manus­crits de Richer accom­pa­gnant les cuivres gra­vés, et cor­ri­gea même le tra­vail de Gili­bert : une qua­trième édi­tion de Gili­bert aug­men­tée des cor­rec­tions de Vil­lars parut alors en 1796, scel­lant ain­si la filia­tion entre les tra­vaux issus du Jar­din royal de Mont­pel­lier et du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble18.

La biblio­thèque et l’herbier des plus proches col­la­bo­ra­teurs de Domi­nique Vil­lars au Jar­din bota­nique de Gre­noble, les jar­di­niers Lio­tard, témoignent éga­le­ment de l’intérêt que por­tèrent les bota­nistes gre­no­blois aux auteurs de la Renais­sance et par­ti­cu­liè­re­ment ceux venus des pays de langue ger­ma­nique. On y retrouve les ouvrages de Rem­bert Dodoens (1518–1554), auteur d’une His­toire des plantes dont le col­la­bo­ra­teur Charles de L’Ecluse assu­ra lui-même la tra­duc­tion du bas-alle­mand en fran­çais, et bien sûr ceux de Charles de L’Ecluse. L’intérêt des natu­ra­listes gre­no­blois pour les tra­vaux issus des savants de langue ger­ma­nique ne sera pas démen­ti par la suite avec l’entrée dans leur cata­logue des ouvrages du bota­niste et méde­cin suisse de Zurich Johann Jakob Scheu­ch­zer (1672–1733) et enfin ceux de Hein­rich von Crantz, bota­niste autri­chien dont la flore était connue de Domi­nique Vil­lars.
La cor­res­pon­dance et les échanges de Domi­nique Vil­lars avec la Suisse

L’étude de la cor­res­pon­dance et des her­biers de Domi­nique Vil­lars ain­si que la carte que nous en avons éta­blie montrent clai­re­ment que le bota­niste dau­phi­nois se ser­vit de la Suisse comme d’une base pour lan­cer ses recherches afin d’atteindre l’Autriche (Vienne) mais aus­si l’Allemagne (Leip­zig, Göt­tin­gen et Ber­lin).

Domi­nique Vil­lars et le réseau savant en France et en Europe19

Dominique Villars et le réseau savant en France et en Europe

Domi­nique Vil­lars et le réseau savant en France et en Europe

La cor­res­pon­dance de Domi­nique Vil­lars avec le méde­cin et bota­niste suisse Pol Gau­dy20, relais de Vil­lars à l’intérieur des Alpes, fait prendre la mesure de l’œuvre unique de Vil­lars sur la flore alpine et la com­pa­rai­son que celui-ci avait entre­prise dans ces régions aux marches du Saint-Empire avec d’autres flores à l’est des Alpes. Vil­lars mar­chait sur les traces scien­ti­fiques d’Albrecht von Hal­ler (1708–1777), cher­chant à reve­nir aux sources de l’œuvre du bota­niste et méde­cin suisse qu’il avait connu et qui res­tait pour lui un « modèle21». Il cher­chait à retrou­ver son her­bier, ses planches, s’informait sur la per­ti­nence de ses tra­vaux et de leur influence sur la nou­velle géné­ra­tion de bota­nistes. De nom­breux points avaient rap­pro­ché Vil­lars et Hal­ler. Hal­ler avait été l’un des maîtres de Vil­lars. A la fois poète et bota­niste, on l’avait nom­mé le « Pline de la Suisse », intro­dui­sant dans ses poèmes le sen­ti­ment de la nature et de la mon­tagne. Son His­toire des plantes de la Suisse, édi­tée une pre­mière fois en latin en 1768 puis une deuxième fois en alle­mand en 1795 avec tra­duc­tion fran­çaise, était res­tée long­temps la plus riche des flores euro­péennes. Vil­lars entre­tint d’ailleurs en 1806 une cor­res­pon­dance avec le fils de Hal­ler, lui-même bota­niste, Direc­teur du Jar­din bota­nique de Berne22. Sen­tant sur la fin de sa vie la néces­si­té d’établir un inven­taire de toutes les espèces connues, Vil­lars déci­da même d’œuvrer à la rédac­tion d’un .

Tou­jours par l’intermédiaire de Pol Gau­dy en Suisse, Vil­lars adres­sa des graines à Carl Lud­wig von Will­de­now à Leip­zig. Selon Vil­lars, Carl Lud­wig von Will­de­now fai­sait par­tie des nom­breux « flo­ristes » qui avaient pris des varié­tés pour des espèces et avaient ain­si fait « des doubles emplois, des répé­ti­tions »23. On a aujourd’hui retrou­vé les spé­ci­mens envoyés par Vil­lars dans l’Herbier Carl Lud­wig von Will­de­now conser­vé au Muséum et Jar­din bota­nique de Ber­lin.

 

Pol Gau­dy fut éga­le­ment un bon inter­mé­diaire qui mit Vil­lars, par le biais de la cor­res­pon­dance, en rela­tion avec Hed­wig, autre bota­niste alle­mand à Leip­zig24 :

Je viens de rece­voir les der­niers cahiers […] d’Hedwig avec une lettre très ami­cale de l’auteur et une incluse pour vous : je me féli­ci­te­rai d’avoir été l’occasion d’établir une com­mu­ni­ca­tion entre deux savants qui ont tant de rap­ports, du moins dois-je croire d’après sa lettre qu’il espère que vous pour­rez lui être d’une grande uti­li­té. Il m’annonce un sup­plé­ment à son grand ouvrage et j’imagine qu’il serait char­mé de l’enrichir de plu­sieurs mousses de vos mon­tagnes25.

C’est Gau­dy qui dif­fu­sait sur Vil­lars les nou­velles de la com­mu­nau­té scien­ti­fique suisse, l’informait des tra­vaux de Tin­gry, Pic­tet et Bois­sier26, et notam­ment des ana­lyses que ceux-ci venaient d’effectuer sur les eaux ther­males de Saint-Ger­vais27. Le ton fami­lier de la cor­res­pon­dance savante entre Vil­lars et Gau­dy montre à quel point tous les natu­ra­listes suisses évo­qués par les deux cor­res­pon­dants étaient bien connus de Vil­lars. Pic­tet et Tin­gry étaient tous deux membres de l’Académie del­phi­nale à Gre­noble. La for­ma­tion des deux savants, l’éclectisme de leur par­cours n’est pas sans rap­pe­ler celui de Vil­lars. Face à la pré­oc­cu­pa­tion de Vil­lars d’étendre ses tra­vaux de bota­nique à l’Autriche et le Saint-Empire ger­ma­nique, Gau­dy le tenait éga­le­ment infor­mé sur les moyens de se pro­cu­rer en Suisse ou à Vienne les ouvrages du bota­niste autri­chien Jac­quin, direc­teur du Jar­din impé­rial de Schön­brunn à Vienne, ou ceux de l’Allemand Gme­lin28. Récu­pé­rer les biblio­thèques des bota­nistes suisses décé­dés, savoir à quelle socié­té bota­nique, géné­ra­le­ment anglaise, étaient des­ti­nés leurs pré­cieux her­biers, fai­saient par­tie des pré­oc­cu­pa­tions de la com­mu­nau­té scien­ti­fique dont Gau­dy se fai­sait l’écho29. Il infor­mait aus­si Vil­lars sur les bonnes récoltes des her­bo­ristes suisses et du suc­cès de leurs her­biers au-delà de leurs fron­tières :

On lui mande de la Bohême et de la Hon­grie, que dans ces pays, les dames raf­folent de la bota­nique30.

Il s’exprimait enfin sur la volon­té de Vil­lars, vieilli et fati­gué, de trans­mettre à de Can­dolle le soin de rédi­ger à sa place le Pinax tant atten­du31 : A tra­vers la cor­res­pon­dance, cet appel de Vil­lars à de Can­dolle son­nait comme la recon­nais­sance, par le Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble, du long che­min par­cou­ru avec les natu­ra­listes gene­vois. De Can­dolle avait été, avec Thouin (1747–1824) 32 l’un des tout pre­miers cor­res­pon­dants du jar­di­nier Lio­tard à la créa­tion du Jar­din de bota­nique de Gre­noble. Le Pinax de Vil­lars réa­li­sé par de Can­dolle ne devait hélas jamais voir le jour.

 

La cor­res­pon­dance de Domi­nique Vil­lars avec Gau­dy à Genève mais aus­si avec Römer33 à Zurich révèle l’intérêt que le savant por­tait aux bota­nistes autri­chiens, comme Host à Vienne et Jac­quin, tou­jours à Vienne34. Vil­lars s’appuyait sur sa cor­res­pon­dance en Suisse pour se redé­ployer et atteindre la capi­tale autri­chienne, d’où il pour­rait com­pa­rer sa flore alpine dau­phi­noise avec la pre­mière flore alpine autri­chienne don­née au 17e siècle par Charles de l’Ecluse, bota­niste de l’empereur d’Autriche et de Hon­grie. Par­tant géné­ra­le­ment de Suisse, les plantes et les graines envoyées par Vil­lars et retrou­vées dans les her­biers de Vienne, puis, depuis Vienne, dans ceux de Leip­zig et de Got­tin­gen, et enfin les spé­ci­mens retrou­vés dans les her­biers de Ber­lin, montrent la richesse des échanges que le bota­niste dau­phi­nois entre­te­nait tou­jours d’avantage avec les Etats de l’Europe cen­trale, de même qu’ils sont le signe de la bonne connais­sance qu’il avait des cabi­nets et des natu­ra­listes alle­mands. Autour du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble se croi­sèrent ain­si inlas­sa­ble­ment les influences réci­proques des cabi­nets de curio­si­tés et des natu­ra­listes ger­ma­niques, ren­for­cées qu’elles étaient par les efforts déployés par le bota­niste Domi­nique Vil­lars. Point d’orgue aux rela­tions entre le Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble et les pays ger­ma­niques, c’est pour Stras­bourg, ville avec laquelle le bota­niste avait tis­sé des liens et dont il devint doyen de la Facul­té de méde­cine, que Domi­nique Vil­lars quit­ta en 1805 la ville de Gre­noble.

Charles de L’Ecluse. Rariorum aliquot stirpum. Anvers, Plantin, 1576 (Bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle de Grenoble)

Charles de L’Ecluse. Rario­rum ali­quot stir­pum. Anvers, Plan­tin, 1576 (Biblio­thèque du Muséum d’histoire natu­relle de Gre­noble)

Conclu­sion

Ayant déjà éta­bli dans mon tra­vail de thèse les influences et les apports réci­proques dans le domaine des sciences natu­relles entre Gre­noble et l’Italie, cet article apporte un nou­vel éclai­rage sur la place des cabi­nets ger­ma­niques et des savants alle­mands dans la genèse du Muséum d’histoire natu­relle de Gre­noble. En effet, depuis les cabi­nets de curio­si­tés dau­phi­nois du 18e siècle jusqu’à la créa­tion du Muséum de Gre­noble en 1849 en pas­sant par le Cabi­net d’histoire natu­relle en 1773, les influences ger­ma­niques se croisent inlas­sa­ble­ment en Dau­phi­né et se recon­naissent dans la consti­tu­tion même des col­lec­tions d’histoire natu­relle ras­sem­blées à Gre­noble. Ces influences réci­proques pous­sèrent les curieux des cabi­nets de curio­si­tés à s’intéresser d’abord et avant tout aux col­lec­tions exo­tiques, dépas­sant ain­si les limites du domaine alpin. Elles unirent ensuite savants alle­mands et natu­ra­listes dau­phi­nois en fai­sant remon­ter à la Renais­sance leurs ori­gines com­munes, à l’Université puis au Jar­din bota­nique de Mont­pel­lier leur for­ma­tion médi­cale ori­gi­nelle. Ce sont les recherches du méde­cin bota­niste Domi­nique Vil­lars qui syn­thé­ti­sèrent au mieux ces influences, celui-ci pous­sant tou­jours plus loin à l’est, aux confins des Alpes, ses tra­vaux de com­pa­rai­son de la flore dau­phi­noise. Influen­cé par les auteurs de la Renais­sance, il recher­cha leurs her­biers impri­més aux­quels la richesse ico­no­gra­phique conser­vait encore à son époque toute leur valeur scien­ti­fique. Il s’inspira de leurs tra­vaux, son inté­rêt pour la syno­ny­mie n’étant pas sans rap­pe­ler les tra­vaux en Autriche de Charles de L’Ecluse dont les glos­saires en hon­grois don­naient le nom des plantes de Pan­no­nie. Dépas­sant le cadre de la Renais­sance, Domi­nique Vil­lars entre­tint une cor­res­pon­dance avec les natu­ra­listes suisses pour retrou­ver les tra­vaux des bota­nistes du 18e siècle, notam­ment les her­biers et les planches du bota­niste suisse Albrecht von Hal­ler puis les ouvrages de l’Autrichien Nico­laus von Jac­quin à Vienne. C’est de Suisse que par­tirent au début du 19e siècle les spé­ci­mens que Vil­lars envoya pour les her­biers de Vienne, de Leip­zig, de Got­tin­gen et de Ber­lin. Les tra­vaux, la cor­res­pon­dance et les échanges du bota­niste Domi­nique Vil­lars, les­quels syn­thé­tisent les échanges réci­proques des influences ger­ma­niques du Cabi­net d’histoire natu­relle de Gre­noble, sont alors net­te­ment orien­tés vers l’Est : par­tant de Gre­noble, ils suivent l’arc alpin à tra­vers la Suisse pour atteindre les états alle­mands.

1 D. VILLARS, His­toire des plantes de Dau­phi­né, en 3 vol., Gre­noble ; Lyon ; Paris ; chez l’auteur ; Per­isse, Piestre et de La Molière ; Pré­vost ; 1786–1787-1789 (Muséum d’histoire natu­relle de Gre­noble, V HPL 3).
2 J. von SCHLOSSER, Die Kunst-und Wun­der­kam­mern der Spä­tre­nais­sance, ein Bei­trag zur Ges­chichte des Sam­mel­we­sens, Leip­zig, Klin­khardt und Bier­mann, 1908.
3 K. POMIAN, Col­lec­tion­neurs, ama­teurs et curieux : Paris, Venise, XVI-XVIIIe siècle, Paris, Gal­li­mard, 1987, 364 p.
4 A. SCHNAPPER , Le Géant, la licorne et la tulipe (Col­lec­tions et col­lec­tion­neurs dans la France du XVIIe siècle) : his­toire et his­toire natu­relle, Paris, Flam­ma­rion, 1988, 415 p.
5 « Entre royaume de France et Saint-Empire : les mai­sons des Anto­nins dans le Centre-Est », in A. MISCHLEWSKI , Un ordre hos­pi­ta­lier au Moyen-Age : les cha­noines régu­liers de Saint-Antoine-en-Vien­nois, Gre­noble, PUG, 1995, p. [X], carte n° 2.
6 « Nom des bota­nistes, des savants et des hommes d’Etat ayant voya­gé dans les Alpes », extraite de D. VILLARS, « Ecoles d’histoire natu­relle », in Sur l’histoire natu­relle : pro­gramme pour l’an 7 [à l’Ecole Cen­trale de Gre­noble], Aix [en Pro­vence], 1798, Intro­duc­tion (Biblio­thèque muni­ci­pale de Gre­noble, R 9736).
7 E. SCHEICHER, « The Col­lec­tion of arch­duke Fer­di­nand II at Schloss Ambras : its pur­pose, com­po­si­tion and evo­lu­tion », in The Ori­gins of museums : the cabi­net of curio­si­ties in six­teenth-and seven­teenth-cen­tu­ry Europe, sous la dir. de Oli­ver Impey et Arthur Mac­Gre­gor, Oxford, Cla­ren­don, p. 29–38.
8 « Les pois­sons, les sau­riens et les osse­ments, les restes des sque­lettes de monstres accro­chés au pla­fond étaient si nom­breux qu’ils don­naient l’impression que celui-ci en était entiè­re­ment recou­vert. Ils voi­si­naient avec un cerf dont les bois avaient pous­sé à tra­vers un chêne, [monstres marins et cerf des Alpes] offrant ain­si une vision syn­thé­tique de l’ensemble de la col­lec­tion », in E. SCHEICHER, Kunst­kam­mer, Samm­lun­gen Schloss Ambras, Inns­bruck, Kuns­this­to­risches Museum, 1977, p. 21 (trad. J. Rochas).
9 « Notice 399 inti­tu­lée Requin. La signa­lé­tique pré­cise Renard de mer pro­ve­nant de Fiume : l’inventaire de 1596 du cabi­net de curio­si­tés signale que de nom­breux pois­sons empaillés sont sus­pen­dus au pla­fond, tout autour du cabi­net » ; « Notice 402 inti­tu­lée Sau­rien : deux cro­co­diles plus petits, entiè­re­ment empaillés, avec leur quatre nageoires » ; « Notice 403 inti­tu­lée Ours abat­tu par l’archiduc Fer­di­nand, Alle­magne du Sud, 2e moi­tié du XVIe siècle, men­tion­né dans l’inventaire de 1621 » ; « Notice 404 inti­tu­lée Bois de cerf, men­tion­né en 1596 dans l’Inventaire de l’archiduc Fer­di­nand II », in E. SCHEICHER, Kunst­kam­mer…, op. cit., p. 153–154 (trad. J. Rochas).
10 Je tiens à remer­cier ici le Dr Auer, direc­teur du châ­teau d’Ambras (Inns­bruck), ain­si que sa col­lègue Mme Mar­got Rauch pour l’entretien qu’ils m’ont accor­dé, les pré­ci­sions qu’ils ont appor­tées à mes déve­lop­pe­ments ain­si que les docu­ments com­plé­men­taires qu’ils m’ont remis, et notam­ment la copie par­tielle de l’Inventaire après décès de l’archiduc Fer­di­nand II. Je remer­cie éga­le­ment le Dr Vero­ni­ka Sand­bi­chler, res­pon­sable des col­lec­tions au châ­teau d’Ambras.
11 « Inven­tar 1596 », in K+ kHof­bi­blio­thek, p. CCCXII-CCCXIII, notice 480–483 (Inns­bruck, Schloss Ambras).
12 H. BREDEKAMP, La Nos­tal­gie de l’antique, sta­tues, machines et cabi­nets de curio­si­tés, Paris, Dide­rot Arts et Sciences, 1996, p. 46.
13 Dans ses Com­men­ta­rii in sex libros pada­cii Dios­co­ri­dis, le méde­cin et bota­niste ita­lien Pie­tro Andrea Mat­thiole a décrit les espèces nou­velles qu’il avait récol­tées dans le Tyrol.
14 GESNER (Conrad, 1516–1565) : bota­niste de Zurich ayant voya­gé à Mont­pel­lier, maître à pen­ser des natu­ra­listes de sa géné­ra­tion ; auteur d’une His­to­ria Plan­ta­rum.
15 BAUHIN (Gas­pard, 1550–1634) : méde­cin et bota­niste, il fit ses études à Mont­pel­lier.
16 LINNE (Karl von, 1708–1778) : auteur d’une nomen­cla­ture dite bino­male pour la clas­si­fi­ca­tion des plantes.
17 La Pan­no­nie est l’ancienne région de l’Europe cen­trale, à l’emplacement de l’actuelle Hon­grie, et par­tiel­le­ment de la Croa­tie. « Fest­schrift anlässs­lich der 400jährigen Wie­der­kehr der wis­sen­schft­li­chen Tätig­keit von Caro­lus Clu­sius (Charles de l’Escluse) im pan­no­ni­schen Raum“, in Bur­genländ­lische For­schun­gen, Son­de­rheft V, Eisenss­tadt, 1973, 309 p. (Biblio­thèque de l’Université de Stras­bourg).
18 268 planches de Richer de Bel­le­val repré­sen­tant des plantes gra­vées viennent d’être décou­vertes au Muséum de Gre­noble. Nous avons pu les authen­ti­fier grâce aux lettres auto­graphes de Vil­lars conte­nues dans le Fonds Cha­per de la Biblio­thèque de Gre­noble : « M. Gili­bert m’a confié 259 planches, dont 5 pour le Règne ani­mal, reste 254 : 14 doubles, ce qui porte à 268 le nombre de plantes gra­vées », in D. VILLARS, Lettre au doc­teur Lamou­reux, biblio­thé­caire de l’Université de Mont­pel­lier, Gre­noble, 26 août 1790 (BMG, N 2826 (6).
Les Planches Richer de Bel­le­val figurent désor­mais dans le Fonds Vil­lars du Muséum de Gre­noble (MHNG, Fonds Vil­lars, Planches Richer de Bel­le­val).
19 Le fond de carte sur la France et l’Europe est dis­po­nible sur : www.hist-geo.com (consul­té le 30.06.2005).
20 Pol Gau­dy, nom de plume du bota­niste Isaac-Louis Gau­dy (1757–1839), dit Gau­dy de Confi­gnon, dans sa cor­res­pon­dance avec Domi­nique Vil­lars.
21 P. GAUDY, Lettre à Vil­lars, Genève, 16 bru­maire an 7 [6 novembre 1798] (MHNG, Fonds Vil­lars, E III).
22 A. HALLER, Lettres à Vil­lars, pro­fes­seur de bota­nique à Stras­bourg, Berne, lettres des 23 jan­vier, 1er mars et 9 juillet 1806 (MHNG, Fonds Vil­lars, E III).
23 On emploie sou­vent à tord le mot « varié­tés » pour « espèces » : par exemple la pomme Malus com­porte de très nom­breuses varié­tés qui ont été sélec­tion­nées par l’Homme mais il n’y a qu’une seule espèce à la base, qui s’est dif­fé­ren­ciée par la sélec­tion. Note tirée de A. ALLORGE, La Fabu­leuse odys­sée des plantes, les bota­nistes voya­geurs, les Jar­dins des Plantes, les her­biers, Paris, Lat­tès, 2003, p. 101.
24 HEDWIG (Jean, 1730–1799) : méde­cin alle­mand, titu­laire de la chaire de bota­nique de Leip­zig.
25 P. GAUDY, Lettre à Vil­lars du 6 novembre 1798, op. cit.
26 TINGRY (Pierre-Fran­çois, 1743- 1821) : phar­ma­cien gene­vois, pro­fes­seur de chi­mie ; BOISSIER (Hen­ri, 1762–1845).
27 P. GAUDY, Lettre au doc­teur Vil­lars, pro­fes­seur de bota­nique à Stras­bourg, Confi­gnon, 23 février 1807 (MHNG, Fonds Vil­lars, E III).
28 JACQUIN (Nico­laus Joseph, baron de, 1727–1717) : bota­niste autri­chien, pro­fes­seur de bota­nique à l’université de Vienne et direc­teur du Jar­din bota­nique de Schön­brunn, élève de Ber­nard de Jus­sieu au Jar­din du roi à Paris ; GMELIN (Jean Fré­dé­ric, 1748- ?) : méde­cin et bota­niste alle­mand, pro­fes­seur à l’université de Göt­tin­gen.
29 P. GAUDY, Lettre à Vil­lars du 6 novembre 1798, op. cit.
30 Depuis la fin du 16e siècle, on publiait dans les villes de Cluj en Rou­ma­nie, celle de Güs­sing dans l’actuelle Autriche, celle de Levo­ca en Tché­co­slo­va­quie et enfin celle de Debre­cen en Hon­grie les ouvrages don­nant une vue d’ensemble sur la riche flore de la Hon­grie, pays de culture des plantes à des fins médi­ci­nales. Il faut citer l’Herbarium de Peter Milius Hor­rhi paru en 1578 et celui d’Andreas Beythe en 1595. In E. PETHES, Plantes médi­ci­nales en Hon­grie, Buda­pest, Athe­naeum, 1967, [p. 6–7] (Ouvrage en fran­çais tra­duit du hon­grois).
31 Après la direc­tion du Jar­din bota­nique de Mont­pel­lier, le bota­niste suisse de Can­dolle allait deve­nir pro­fes­seur à l’Académie de Genève en 1816 puis direc­teur du Jar­din bota­nique de Genève jusqu’en 1835.
32 THOUIN (André, 1747–1824) : jar­di­nier en chef du Jar­din du roi en 1764, il devint en 1793 titu­laire de la chaire d’agriculture et de culture des jar­dins au Muséum natio­nal.
33 Römer, direc­teur du Jar­din Bota­nique de Zurich.
34Voir la carte inti­tu­lée « Domi­nique Vil­lars et le réseau savant en France et en Europe ».

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Annexes

Sum­ma­ry

The influences of Ger­man natu­ra­lists and cabi­nets of won­ders on the gene­sis of the Cabi­net of Natu­ral His­to­ry of Gre­noble (1773–1839)

Howe­ver the researches led in His­to­ry and Bota­ny so far high­ligh­ted the impor­tance of Ita­ly in the gene­sis of the Natu­ral His­to­ry Cabi­net of Gre­noble (France) during 18th and 19th cen­tu­ries, the influence of Ger­man coun­tries on the pre­de­ces­sor of the cur­rent Natu­ral His­to­ry Museum of Gre­noble is much less known.

As a mat­ter of fact, natu­ra­lists from the Dau­phi­né and Ger­man scien­tists got in contact very ear­ly. As a conse­quence, a lot of mutual influences can be obser­ved in their works. Domi­nique Vil­lars (1745–1814), the doc­tor and bota­nist who crea­ted from Gre­noble a huge scien­tist net throu­ghout Europe, mixed all these influences. In 1786, he wrote the “His­to­ry of plants of Dau­phi­né” (“His­toire des plantes de Dau­phi­né”), the first des­crip­tion of the flo­ra of Dau­phi­né

 

Zusam­men­fas­sung : la véri­fi­ca­tion de la tra­duc­tion du résu­mé en alle­mand a été assu­rée par Franz Zöh­rer, pro­fes­seur à Graz (Autriche).
Der Ein­fluss deut­scher Natu­ra­lis­ten und von deren Kurio­sitä­ten­samm­lun­gen auf die Ent­wi­ck­lung des natu­rhis­to­ri­schen Kabi­netts in Gre­noble (1773–1839)

Die bishe­ri­gen his­to­ri­schen und bota­ni­schen Unter­su­chun­gen zur Ent­wi­ck­lung des natu­rhis­to­ri­schen Kabi­netts von Gre­noble im 18. und 19. Jah­rhun­dert ver­wei­sen auf die wich­ti­gen Rolle Ita­liens. Die Ein­flüsse der Gebiete des heu­ti­gen Deut­schlands auf den Vorhän­ger des Museums von Gre­noble hin­ge­gen sind wenig bekannt. Natu­ra­lis­ten der Dau­phi­né haben aber mit deut­schen Gelehr­ten schon früh Kon­takte geknüpft, und zwar so inten­siv, dass auf bei­den Sei­ten zahl­reiche Hin­weise darauf in den Publi­ka­tio­nen zu fin­den sind. Domi­nique Vil­lars (1745–1814), Arzt und Bota­ni­ker, spann ein euro­pa­weites, wis­sen­schaft­liches Netz ; ihm oblag es, die Kon­takte und wis­sen­schaft­li­chen Ein­flüsse in eine Syn­these zu lei­ten. 1786 veröf­fent­lichte er seine « His­toire des plantes de Dau­phi­né », eine regel­rechte Aus­le­geord­nung der Flo­ra der Dau­phi­né.