Cabinet de Contant, Paul (1600)

C'est là la première version du cabinet de Paul Contant à Poitiers.

 

Il ne reste qu'un seul exem­plaire, à notre connais­sance, de cette pre­mière ver­sion du poème de Paul Contant, qui, consi­dé­ra­ble­ment aug­men­tée dans sa deuxième par­tie, devien­dra en 1609 le Jar­din, et cabi­net poe­tique. Le poème en effet, accom­pa­gné d'une seule gra­vure dépliante repré­sen­tant une superbe com­po­si­tion végé­tale, ce qui jus­ti­fie plei­ne­ment ce pre­mier titre de "bou­quet prin­ta­nier", est presque entiè­re­ment consa­cré aux plantes rares du jar­din du phar­ma­cien. On pour­ra décou­vrir, à la lec­ture de cette pla­quette unique conser­vée à la Marsch Libra­ry de Dublin, ce qui fut l'embryon du cabi­net de Contant, — son cabi­net poé­tique tout au moins. Chaque numé­ro ren­voie au des­sin d'une plante iden­ti­fiée (en prin­cipe !) par le même numé­ro sur la gra­vure : vous ferez appa­raître ces détails du "bou­quet" en cli­quant sur les pas­sages du poème qui appa­raissent en rouge.

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A MONSIEUR

DU LIGNERON

MAUCLERC, GENTIL-HOMME

POICTEVIN, SEIGNEUR DU

Ligne­ron Mau­clerc, La Bros­sar­diere et Reman-

guis, pres Aspre­mont sur Vie, Par­roisse de

Coex et du Fenoiller,

SALUT.

MONSIEUR,

J’ai appris des mieux nour­ris en la Phi­lo­so­phie natu­relle, qu’il est impos­sible à l’homme, pour curieux qu’il puisse estre, de com­prendre entie­re­ment l’immense diver­si­té de ses plus occultes secrets ; soit tant pour la pro­duc­tion des choses metal­liques aux entrailles de la terre, que pour la sin­gu­la­ri­té, rari­té, ver­tus et pro­prie­tez admi­rables des plantes ; soit de celles qui portent fruict, soit de celles qui ont des fleurs pour leur dot et par­ta-

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ge seule­ment. Tant d’obscures rari­tez à ceux qui ont esté curieux d’en cognoistre et recher­cher peni­ble­ment les causes et les effects, ont faict que les anciens n’y pou­vant don­ner atteinte à leur sou­hait, repre­sen­toient de leur temps l’image de nature, la face voi­lee, pour s’excuser si on ne pou­voit com­prendre la cause de tant de miracles en la nature, et mes­me­ment aux plantes. Aris­tote ne pou­vant trou­ver la rai­son du flux et reflux impe­tueux de l’Euripe, se noya de des­pit dedans cet endroit de mer, vou­lant estre com­pris en la chose qu’il n’avoit peu com­prendre. C’est pour mons­trer que la curio­si­té ne se doit pous­ser jusques à l’impossible, afin que le violent desir de bien cognoistre une cause occulte de quelque chose, ne nous prive de la cognois­sance de celles, qui sont plus que fami­lieres au sens com­mun. Pour mon regard, ma curio­si­té n’a jamais pas­sé plus loing que le sueil de ma pro­fes­sion. La cognois­sance des simples est tres-neces­saire à mon art, pour la com­po­si­tion des medi­ca­mens, veu mesme les divers simples des­quels ils sont com­po­sez, soit des fleurs, des fueilles, et racines, qu’autres choses propres et neces­saires pour aider à la nature à chas­ser la cause effi­ciente de la mala­die, et ce pour conser­ver la san­té. De dis­cou­rir de la nature et pro­prie­té des plantes, ce seroit plus­tost d’une main sacri­lege pro­pha­ner les escrits de tant d’excellens aut­heurs, qui ont en-

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tre les anciens et modernes choi­si ce sub­ject, pour un theatre propre à mani­fes­ter leur suf­fi­sance inimi­table, en bien dis­cou­rant de la nature des plantes. Mon des­sein est plus recrea­tif que pro­fi­table, aiant sur la seule ima­gi­na­tion de vostre sin­gu­liere eru­di­tion, en la cognois­sance des simples, resveillé ma Muse à ceste entree du Prin­temps, pour vous pre­sen­ter un recueil, comme un bou­quet de tous les plus beaux arbres et herbes por­tans fleur qui soient venus à ma cognois­sance, en toutes les par­ties de l’Europe, et de l’Asie : et pour vous faire paroir quel a esté le fruict de nostre curio­si­té en ce pais, et que nous avons recueilli de nos voi­sins, ce qui est mesme de nostre creu rare aux autres, et pareille­ment ce que nos amis des pro­vinces voi­sines nous ont par­ta­gé de rare et sin­gu­lier en leur cli­mat. De ce bou­quet j’ai desi­ré vous faire hom­mage, comme à un des mieux enten­dus en toutes sortes d’exercices ver­tueux. Si ce poëme n’est bien poli, excu­sez  l’ouvrier qui n’a pas les Muses si favo­rables, que le sub­ject le merite. Par­don­nez à sa teme­ri­té. Ce sub­ject se devoit traic­ter par un esprit plus facile, et plus che­ri des Graces et des Muses. Pre­nez tou­te­fois ce bou­quet, comme un essai de nostre bonne volon­té, pour un avor­ton, non pour un fruict par­faic­te­ment meur : Le temps et le tra­vail pour­ront addou­cir ce qui est trop aigre, n’aiant autre but pour le present, que de vous don­ner des arres de ce que l’Avril de nostre aage

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pou­voit, espe­rant que l’aage pro­dui­ra quelque chose de plus savou­reux à l’avenir à vostre goust. Que si je cognois que cela vous soit agreable, je me pro­pose de vous en faire voir toute la suitte. M’asseurant donques de vostre bon accueil, j’ai façon­né ce bou­quet à ma mode. Pre­nez-le, non pour l’artifice, mais pour gage d’un cœur qui est du tout vostre, plus riche de fecondes affec­tions à vostre ser­vice, que la nature n’est de diver­si­tez en l’esmail bizarre de ses fleurs. Adieu. Par

Vostre tres-humble et affec­tion­né

ser­vi­teur, Paul Contant.

p. 7

A MONSIEUR DU LI-

GNERON MAUCLERC,

SONNET.

Ce bou­quet prin­ta­nier, de mille fleurs nou­velles

Riche­ment bigar­ré, je pre­sente à vos yeux :

Voiez qu’il est plai­sant, et d’accueil gra­cieux,

Et tel qu’entre les fleurs il ne s’en voit de telles.

Ain­si que vos ver­tus eter­nel­le­ment belles

N’ont point de paran­gon, j’ai choi­si curieux

Ce bou­quet au plus beau de l’Eden de mon mieux,

Ne vou­lant vous offrir que choses immor­telles.

Sans fanir il sera ver­dis­sant pour tous­jours,

Sans fanir cou­le­ront heu­reu­se­ment vos jours

D’un renom meri­té, sans fanir il demeure :

Sans fanir vous vivrez : ain­si puis­siez tous deux

Vivre, lui tous­jours verd, vous tous­jours bien-heu­reux

En ce ter­restre val, et mor­telle demeure.

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A L’AUTHEUR, SUR SON

BOUQUET PRINTANIER,

SONNET.

Toy qui n’as point atteint que l’Avril de ton aage,

Qui tour­noies autour de l’Helicon cou­peau,

Qui des neuf Seurs har­di vas sui­vant le trou­peau,

Pour avoir sur Par­nasse un jour quelque avan­tage.

Qui as fait un bou­quet rem­pli de tout her­bage

Que l’on peut desi­rer, estant d’aspect si beau,

Qu’il passe les beau­tez que le lui­sant flam­beau

Nous fait voir par­fai­sant son jour­na­lier voiage.

Tu y as appor­té les simples d’Epidaure,

De la docte Medee, et de la blonde Aurore,

Des­cou­vrant les beau­tez à la pos­te­ri­té.

Que doit-on espe­rer de ton futur Automne

Sinon fruicts excel­lents, les­quels sans cru­di­té

Agen­ce­ront ton front d’une riche cou­ronne !

H. Betault, Bour.

p. 9

AD PAULUM CONTENTUM

EPIGRAMMA.

Quod dicam sine fraude tuæ dul­cis­sime famæ,

Hoc opus inge­nij vix reor esse tui.

Lem­nis­cos ludens conchi­li hos murice Pal­las

Texuit, ipse suà legit Apol­lo manu.

Cory­cio Musæ cro­ci­no tin­xère: bonusque

Quin­ta parte sui nec­ta­ris vnxit Amor.

Laguiller.

TRADUCTION DE CET EPIGRAMME.

Pour dire fran­che­ment sans frau­der ton renom,

Je n’osoy ce bou­quet croire de ton ouvrage ;

Pource que ce qu’on void au front de ton visage

Sur­passe ce qui est soubs le ciel, plus mignon :

Il semble que ce soient quelques fleurs, que Pal­las

Avecq’ son Apol­lon ayent ain­si choi­sies :

Que ce soit un bou­quet, que de leurs mains pol­lies

Ils ayent com­po­sé, pour leurs plai­sants esbats.

Qu’il aye des neuf Sœurs les plus riches cou­leurs,

Et qu’Amour tout ravi de sa beau­té divine

L’aye encor’ adou­ci d’une odeur Nec­ta­rine,

Bref qu’il soit œuvre faict des mains de tous les Dieux.

Mais puis qu’Amour, Pal­las, Apol­lon et les Muses

Ont chez toi de nou­veau choi­si leur Heli­con,

Je confesse que seul tu peux aveq’ rai­son

Autant qu’Amour, Pal­las, Apol­lon, et les Muses.

P. P.    A. D. P.

p. 10

SUR LE BOUQUET PRINTANIER

DE PAUL CONTANT.

Mais, qu’est-ce que je sens ! quel musc deli­cieux !

Quel bausme ! quel par­fum ! quelle sen­teur choi­sie !

Quelle dou­ceur, ô Dieux, a mon ame ravie !

Avez vous espan­ché toute l’odeur des Cieux ?

Je n’ai jamais sen­ti dans ces ter­restres lieux

Un flair si odo­rant ; et jamais la Syrie

N’a de tel enfan­té, ni l’heureuse Ara­bie :

Aus­si n’est-il cogneu que de vous autres Dieux.

Ha ! je le voi, vrai­ment : c’est l’odeur flo­ris­sante

Du prin­ta­nier bou­quet, que Contant nous pre­sente ;

Pour nous faire admi­rer de ce grand Uni­vers

Toute la rare­té, et richesse declose

En un petit bou­quet entie­re­ment enclose,

Et voir son bel esprit en un mil­lier de vers.

I. Oli­vier.

P. CONTENTIO PHARMACEVTAE

per­itis­si­mo, in suum Ver­num Ser­tum,

EPIGRAMMA.

Hæc ego tam vario mira­tus pic­ta colore

Ser­ta, nec vllius dis­pe­ri­jsse decus:

Nunc tan­dem agnoui Phœbæo numine ple­na

Pec­to­ra, quæ for­mam, quæque dedere modos:

Vnde tibi assur­gunt virides in tem­po­ra lau­ri,

Per quas Pie­ri­dum iam tibi sacra patent.

For­tu­nate parens cui tantùm ver­na coro­na

Vic­tu­ra æter­no tem­pore ser­ta parit.

F. Citoys. D. Med.

p. 11

A MONSIEUR CONTANT

SUR SON BOUQUET POETIQUE.

SONNET.

Heu­reux celuy, Contant, que la jalouse envie

N’a jamais talon­né, ni ser­ré dans ses rets,

Qui culti­vant son art, ain­si comme tu faits,

N’a per­dant son loi­sir, fait escou­ler sa vie.

Heu­reux celui, Contant, lequel ne se sou­cie

Que de bien agen­cer de si riches bou­quets,

Fai­sant voir la nature en ses plus beaux secrets,

Et en si peu de lieu l’esmail d’une prai­rie.

Trois fois heu­reux encor, celui qu’un aiguillon

Pousse d’eterniser aux siecles son renom,

Fou­lant la mesme envie, et le des­tin, et l’aage.

Ain­si qu’on te peut voir, qui che­ri des neuf Sœurs,

Domptes l’ambition par ton bou­quet de fleurs,

Pre­fe­rant la ver­tu à l’arene du Tage.

T. Gar­nier

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ODE DE LA PHARMATIE
A MONSIEUR DU SIN,

TRES-FAMEUX APOTICAIRE

DE LA ROCHELLE.

1.

Repen­sant à la vie humaine,

Et la voyant de maux si pleine,

Je dis celuy bien for­tu­né,

Lequel ne voit ceste lumiere,

Mais qui le coup d’Atropos fiere

Reçoit, pre­mier que d’estre né.

2.

Oisive n’est jamais la barque

Du vieil Cha­ron, veu que la Parque

Sille nos yeux de toutes parts :

Et avant le temps nous assomme,

Pre­nant aus­si tost le jeune homme,

Que les froids et tram­blants vieillards.

3.

Quand l’audacieux Pro­me­thee

Eut du ciel la flamme empor­tee,

Jupin si fort se cour­rou­ça,

Que de son haut throne celeste

p. 13

De conta­gion et de peste

Tout ce bas monde ense­men­ça.

4.

Qui n’ont des­puis par­ti de terre,

Fai­sant conti­nuelle guerre

Aux pauvres et che­tifs humains :

Ain­si nostre incer­taine vie

Inces­sam­ment est pour­sui­vie

De cent mille maux inhu­mains.

5.

Mais je suis bien fol de me plaindre

Veu que tout mal se peut esteindre

Ou alen­ter par le secours

Que le Phar­ma­tien nous donne ;

Car il remet en san­té bonne

Ceux la qui ont vers luy recours.

6.

Assez vrai­ment on ne te prise

O Phar­ma­tie, qui trans­mise

Fus jet­tee du ciel ça bas,

Quand Jupin ce haut-ton­nant pere

Ayant dige­ré sa colere

Vou­lut retar­der nos tres­pas.

7.

Tu és la garde seure et ferme

De tout homme : veu que le terme

De ses brefs jours vas alon­geant

Tu remets és membres la force

p. 14

Qu’une lan­gueur perdre s’efforce,

Et les va sans cesse ron­geant.

8.

Sans toy, heu­reuse Phar­ma­tie,

Au tom­beau cher­roit nostre vie,

Comme elle fit pre­mie­re­ment.

Sans toi encor toute la race

Des hommes en bien peu d’espace

Se per­iroit tota­le­ment.

9.

Com­bien que la cruelle fille

Lache­sis, qui nos des­tins file

A la fin de son œuvre soit ;

Tu faits qu’Atropos sa sœur palle,

Pour cou­per la trame fatale

D’elle appro­cher ne s’oseroit.

10.

Jadis le pudic Hip­po­lite

Esteint par une mort subite,

Tu fis au monde reve­nir :

J’adis encore la Col­chide

Le vieillard Eson par son aide

Fit beau et gaillard deve­nir.

11.

Ain­si que durant la nuict brune

Au ciel on void luire la Lune,

Entre tous les autres flam­beaux :

Ain­si entre toutes sciences

p. 15

Reluire on voit tes excel­lences

Escrites en maints livres beaux.

12.

Or plu­sieurs Esprits s’evertuent,

Et au labeur presque se tuent,

Pour com­prendre tes beaux secrets.

Mais mon du Sin, toute sa vie

T’a si vive­ment pour­sui­vie

Que fami­liere tu luy és.

13.

Tu luy és donc si fami­liere,

Que tout ain­si qu’és la pre­miere

Entre les arts plus renom­més.

Il faut, du Sin, que je te nomme

De ce siecle le pre­mier homme

Des Phar­ma­ciens esti­més.

P. C.

p. 16

A MES INTHIMES

TRES-COURTOIS

GARSONNET, GARNIER

ET CITOIS,

Si quel­cun me blas­moit d’avoir trop entre­pris,

Fai­sant à mon bou­quet si tost voir la lumiere.

Tous trois dites pour moi, qu’au temps qui court, le pere

Peut à peine tenir les desirs de ses fils.

A Mon­sieur Gar­nier.

Gar­nier j’aime ma Muse

C’est tout mon passe-temps.

Quand docte elle m’amuse

Je ne perds point mon temps.

P. C.

p. 17

A MONSIEUR ROBIN TRES-

FAMEUX SIMPLISTE ET

HERBORISTE DU ROI.

SONNET.

Si mon petit bou­quet en quelque part qu’il aille

Est de tous cares­sé, et soit le bien venu,

Il t’en est obli­gé, seul il t’en est tenu :

Car de toy seul il tient tout l’honneur qu’on lui baille.

Tout ce qui luit en lui, ce qui son chef émaille,

Ce qui le faict paroir, ce qui le rend cognu

Ce qui le rend aimé, est de toi seul venu :

Seul tu l’as enri­chi d’une amour cor­diale.

Tout ce qui luit de beau, de rare et sin­gu­lier,

Dans l’immortel gazon de son verd prin­ta­nier,

C’est de tes larges dons la richesse infi­nie :

Toy seul dois empor­ter l’honneur de mon bou­quet

Robin, m’ayant tout seul mis en main ce sub­ject,

De des­crire ces vers, sans toi pri­vez de vie.

P. Contant.

QUATRAIN AUX ZOILES.

Ceux qui liront comme envieux

Ce verd bou­quet pour le reprendre :

Je les prie sans plus attendre

Qu’ils essaient de faire mieux.

p. 18

SUR LE BOUQUET

POETIQUE DE PAUL
CONTANT.

De ton bou­quet la forme indus­trieuse

Qui d’Atropos ne redoute l’effort,

Errant du Su, de l’Est jusques au Nord,

Mal­gré les ans res­te­ra vigou­reuse.

Divin bou­quet dont l’odeur amou­reuse,

Charme des sens l’harmonieux accort,

Lors qu’agitez par un mutin dis­cort,

Ils vont rou­lant vers la terre pou­dreuse.

L’Astre jumeau qui pre­mier te for­ma,

De ses raions ensemble t’anima,

Pour avec lui nou­vel astre paroistre.

Si qu’eslevé sur le plan­cher lui­sant

Tu te feras mal­gré le mes­di­sant

Par les deux bouts de l’univers cognoistre.

T. Gar­nier. A. D. P.

p. 19

AU LECTEUR LE

PRIANT DE ME DISTRIBUER

DE SES SINGULARITEZ, TANT

pour mon Jar­din, que pour mon

Cabi­net.

Reçoi ce verd bou­quet, lec­teur, de bon cou­rage,

Ain­si que de bon cœur je le mets en tes mains,

Juge sans pas­sion ; car mes foibles des­seins

Ne peuvent pas attaindre à un si haut ouvrage.

La curio­si­té, au milieu de mon aage,

Seule a gui­dé ma plume, et mes esprits tous pleins

De curio­si­té, ont de mes foibles reins,

Tiré cet avor­ton, que je t’offre pour gage.

Prens le donc de bon cœur, et si dans ton Jar­din

Quelque plante tu as qui ne soit pas au mien ;

Ou si ton Cabi­net de quelque drogue rare

Se voioit foi­son­ner, soit fruits, soit ani­maux,

Soit conches, soit pois­sons, soit pierres, soit metaux,

Pour m’en dis­tri­buer ta main ne soit avare.

P. C.

p. 20

SOUHAIT AU LE-

CTEUR SUR L’ENTREE DU SIECLE

1600.

Puissent tes jours en ser­vant Dieu

Voir de ce siecle le milieu ;

Et si Dieu le vou­loit encore,

Que de ce siecle tout entier

Tu puisse voir le jour der­nier,

Loué soit son nom qu’on adore.

P. C.

QUATRAIN A MONSIEUR CON-

TANT SUR SON BOUQUET

PRINTANIER.

C’est odo­rant bou­quet aus­si tost que j’odore,

Du Nim­phal Heli­con j’aperçoi que les fleurs

Des Hym­nides les prée, et les jar­dins de Flore

N’ont jamis sous­pi­ré plus souefves odeurs.

AUTRE DU MESME.

Vos levres arrou­sant au Caba­lin bru­vage

Che­mi­nant d’Apollon dans le tof­fu bos­quet

Vous avez double hon­neur, aiant cet advan­tage,

Que d’estre deco­ré d’un flo­ris­sant bou­quet.

F. C.  A. D. P.

p. 21

LE BOUQUET

PRINTANIER DE PAUL

CONTANT, A MONSIEUR DU

LIGNERON MAUCLERC, LA

Bros­sar­diere et Reman­guis,

pres Aspre­mont sur Vie,

Par­roisse de Coex et

du Fenoiller.

Je ne veux point chan­ter des dis­cordes civiles

Les tra­giques effects, ni les assaus des villes.

Je ne veux point chan­ter les armes d’un Cas­tor,

Du grand Tirin­thien, ni du Troyen Hec­tor

Les com­bats furieux, ni la san­glante guerre

Des sol­dats qui sont morts pour def­fendre leur terre.

Je veux tant seule­ment, Aonien trou­peau,

Chan­ter un verd bou­quet, qui tout riche et tout beau,

Rie de tous cos­tez, un bou­quet delec­table,

Un bou­quet seul hon­neur de ce temps agreable,

p. 22

Qui façon­né par moi, d’aromates divers,

Des­couvre les thre­sors de ce grand Uni­vers.

Je te baise et rebaise, ô bouche toute pleine

De Ser­po­let, de Thim, d’Aspic, de Mar­jo­laine,

D’Anet, de Basi­lic, d’Yssope, et de Jas­min,

De Lis, et de Sou­cis, d’odorant Roma­rin,

De Mirthes Paphiens, et d’œillets, et de Roses,

De beau Passe-velours, de doubles passe-roses,

Qui pro­duits en tout temps tant de rares cou­leurs,

Tant de simples plai­sans, tant de sortes de fleurs,

Que le ciel n’a point tant de brillantes estoilles,

La terre tant de grains, ni la mer tant de voiles,

Ni le fonds des ruis­seaux tant de sablons mou­vants,

Que dans toi nous voions renaistre tous les ans

De dif­fe­rantes fleurs, salu­tai­re­ment pleines

Des odo­rants par­fums des terres Sabéennes.

Car cet œil qui tout void, qui tous les jours visite

Le feu, l’air, et la terre, et qui dans l’Amphitrite

Trempe ses blonds che­veux, ne voit rien de si beau,

Du matin jusqu’au soir, que ce bou­quet nou­veau,

Sur lequel au prin­temps les mousches mes­na­geres

D’un suc chargent leur dos et leurs aisles legeres,

Puis par une faveur que leur a fait le ciel,

Miracle, elles en font et la cire et le miel.

Je te salue donc bou­quet, dont la sur­face

Tous les objects plus beaux de ce monde sur­passe :

Dont le front orgueilleux, super­be­ment enflé

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D’arbres et d’arbrisseaux est de tous contem­plé :

Et prin­ci­pa­le­ment en ceste sai­son belle,

Que le Phy­lanthe gay prend sa robe nou­velle.

Pour mon object pre­mier, Je te salue donc,

1. Toi des arbres le chef,  dont le tres-riche tronc

Du cou­peau Sirien jadis dedans Solime

Fut conduit à grand frais dans la mai­son sublime

Du grand Dieu d’Israel : Je te saluë aus­si

2. Hon­neur Savoi­sien, hon­neur du mont tran­si,

Dont jadis le Gre­gois pour Ilion des­truire,

Un che­val mon­tueux de ton bois fit construire.

3. Et toi dont le regard atriste mes espris,

Qui decores le rang des arbres de grand pris,

Qui de tous les cos­tez mille morts faits paroistre,

Si de toi quelqu’un veut les grands effects cognoistre,

Qu’il tente seule­ment d’un mor­phean som­meil

Le dor­mir chasse-ennui, s’asseure à son reveil,

Qu’une fievre tram­blante hasar­de­ra sa vie

Soubz les mornes rameaux de ton ombre obs­cur­cie.

4. Je m’incline à tes pieds reve­rant ta gran­deur,

Arbre Plu­to­nien, dont la triste ver­deur,

Jadis envi­ron­noit d’une funebre sorte

La porte du logis de la per­sonne morte.

Et lors que le corps mort au buste estoit ran­du,

Tu estois tout autour lar­ge­ment espan­du,

Ain­si ceux du convoi par ta sen­teur pre­sente

N’estoient point offen­sez d’aucune odeur puante1.

p. 24

Tous­jours verd Bour­de­lois, rare pira­mi­dal,

Propre pour fabri­quer un arceau trium­phal,

Tels que sont ceux qu’on voit pour ce jourd’hui reluire,

Dans l’esmaillé jar­din de celle qu’on peut dire

Digne de gou­ver­ner les ver­gers Alcy­nois,

Et ceux de Chante-loup, le plai­sir de nos Rois :

Tant curieuse elle a de soin de faire croistre

Ce que son feu mari d’excellent a fait naistre

Dans son ombreux bos­quet, pour don­ner volon­tiers

Un plai­sir rare et grand aux dames de Poic­tiers.

Un docte mede­cin, dont la longue prat­tique

Avoit d’honneur char­gé sa per­sonne publicque,

Pre­sa­geant son tres­pas en sa reli­gion,

Des plus sages blas­mé de super­sti­tion,

Conju­ra ses amis d’orner sa sepul­ture

De tes tristes rameaux d’une ido­latre cure :

Afin de tes­moi­gner par ce desir d’honneur

Qu’il estoit le pre­mier de tes arbres culteur.

5. Toi qui de tous cos­tez mille pointes aigues

As pour seure def­fence autour de toi cou­sues,

Qui herisse tes flancs propre à faire buis­sons,

Dont l’Itale se sert en ses seures cloi­sons,

Fidelle gar­dien d’un escar­té vignoble,

De peur que le lar­ron rava­geur et ignoble

Ne cueille avant le temps d’un mali­cieux cœur

Le fruict au bois pen­du qui n’est encore meur.

6. Dieu te gard Del­phien qui soubz ta tendre escorce

p. 25

Jadis allas cachant pour evi­ter la force

D’un Dieu trop amou­reux, les membres beaux et nuds,

Qui avoient à mes­pris2 les plai­sirs de Venus :

Dont le chef tous­jours verd va cou­ron­nant les testes

Des guer­riers tous char­gez d’honorables conquestes.

Que tu puisse tous­jours sacré Thes­sa­lien,

Hono­rer de mes fleurs le sejour Paphien,

Que tu puisse tous­jours loin rejet­ter la guerre :

Que nos estocs san­glants sur l’Othomane terre

Tournent leur fil tran­chant, et qu’en France à jamais

Tu sois signe cer­tain d’une eter­nelle paix.

Et qu’avec le haut chant des clai­rons et des trompes

On te voie por­ter aux paci­fiques pompes

Du Louvre de Paris, que ses Jas­pés arceaux

Soyent eter­nel­le­ment ornez de tes rameaux.

7. Je t’honore arbris­seau, dont les dames d’Athenes,

Qui de la chas­te­té don­noient preuves cer­taines,

Guir­lan­doient leur haut chef, et des feuilles fai­soient

Leur couche, en la sai­son qu’elles3 sacri­fioient

Aux manes de Ceres, pour que leur sacri­fice,

Dit Thes­mo­pho­rien, vers les dieux fust pro­pice.

8. Mais voi­la pas celui qui au goust de pinon

Porte un fruict rap­por­tant, et pro­fite dit-on

A ceux qui impuis­sants dans leurs rameuses veines,

N’ont pas dequoi four­nir aux joutes Cypriennes,

Defaillant le motif du comble des amours,

Fait que def­faut en eux le plai­sir de leurs jours.

p. 26

Mais par un laps de temps son noyau moelle verte,

A infus' dedans lui une ver­tu axperte,

Aigui­sant les esprits aux com­bats amou­reux,

Qui dou­blant les efforts, les rends plus vigou­reux.

Comme à ceux qui auroient man­gé de l’Erithrone

Pour onc ne se las­ser aux faveurs de Dione.

9. Voi­ci vrai­ment celui dont le bois excellent

Est pris pour façon­ner le poin­tu curedent,

Qui beau va deco­rant les garigues plai­santes

Du Lan­gue­doc, où sont ses beau­tés ver­dis­santes :

Arbre petit au pres de celui, soubs lequel

Le vieillard faux tes­moing, disoit à Daniel

Avoir Susanne veu com­met­tant adul­tere

Avec un jou­ven­ceau : dont la larme tres-claire

Dis­ti­lant de son tronc a cent mille ver­tus,

Dont mille et mille maux sont en nous com­ba­tus.

10. Que je t’embrasse aus­si dont la feuille pro­duit

Un excre­ment cor­nu, ines­ti­mable fruict,

Qui au prin­tans cueilli heu­reu­se­ment colore

Et la soie des Turcs, et des Gre­geois encore.

Dont la riche liqueur chez le Veni­tien

D’Hybla5, de Mace­doine, et du port Cyprien

Aborde abon­dam­ment, et qui tres-excel­lente,

Porte le nom de l’arbre où elle est resu­dante

21. Toi qui te plais le long d’un dous cou­lant ruis­seau,

Qui jadis parois­soit si superbe et si beau

Au bord d’une fon­taine, au pais de Licye,

p. 27

Où par diverses fois la gran­deur aguer­rie

D’un che­va­lier Romain, soubs son toict ares­té

A lui dix­huic­tiesme en son creux ban­que­té.

Et soubs lequel aus­si le puis­sant fils de Rhée

D’Europe vio­la la chas­te­té sacrée :

Arbre mal­en­con­treux, où jadis se pen­dit

Mar­cie le flu­teur, furieux et des­pit :

Et qui d’or tout mas­sif à ce grand Roi de Perse,

Ce grand Roi conque­rant, pere du puis­sant Xerce

Par un Bithi­nien Pithie sur­nom­mé,

Celuy duquel on a de tout temps renom­mé

Les thre­sors innom­breux, fut don­né par mer­veilles

Avec autres joiaux de valeurs nom­pa­reilles.

12. Approche, ne crains point com­pa­rois har­di­ment,

Petit Aca­tien usur­pé faus­se­ment

Pour l’espineuse plante en Egypte nais­sante,

Dont les feuilles on peut jusqu’à trois cens cin­quante

D’un seul poulce cou­vrir ; nous fai­sant à l’œil voir

Que la sage nature a beau­coup de pou­voir ;

Que ta fleur, fleur de poix, de sa cou­leur pour­prine

Embe­lisse ce lieu de sa beau­té divine.

13. De là est l’arbrisseau qui du Dodo­nien

Piquant et tous­jours verd a le feuillu main­tien,

Dont le fer­til pais, et la fameuse ville

De Mont-pel­lier reçoit un thre­sor tres-utile,

Par le suc rubi­cond d’un ver­meus excre­ment,

Qui soubs sa feuille croist fort copieu­se­ment :

p. 28

Dont l’ouvrier Gobe­lin d’une richesse exquise

Colore de ses draps l’estoffe plus requise :

Dont le Phar­ma­cien docte et soi­gneux d’avoir

Remede tres-exquis, fait par lui seul, revoir

Le jour, à ceux qui prés de l’Orque impi­toiable

Vou­loient pas­ser du Stix la rive inexo­rable.

14. Toi taneur arbruis­seau, dont le rou­gis­sant fruict

Aigre-doux, fait en grappe, attraiant ape­tit,

Es cui­sines gar­dé, graine deli­cieuse,

Qui la viande au goust nous rend tres-savou­reuse

Sur le tablier de lin, où se voit ordon­né

L’appareil sump­tueux du mati­nal dis­né.

15. Je revere sur tous cet6 arbre chasse-guerre,

Donne-paix, tous­jours-vert ; dont la fer­tile terre

De Pro­vence four­nit la France de liqueur,

Que son fruict savou­reux nous rend, quand il est meur.

16. Toi qui vas hono­rant d’un beau vert qui recree

Les cous­taus où se voit la fon­taine sacree

Du roc passe-lour­din, et qui portes le nom

Du pais, où tu prens ton Cyprien renom,

Bien qu’en divers endroits ta tous­jours verte plante

Sans culture se voit abon­dam­ment nais­sante :

Pour­tant le grand thre­sor que ta feuille nous rend

Fait qu’à te culti­ver un grand plai­sir se prend.

Non pas en ce païs, où ta feuille peu veue

En ses rares effets n’est encores cognue ;

Ains en toute l’Asie, et aus terres qui sont

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A l’infidelle Turc, où les dames se font

De ta feuille sei­chee une double mer­veille,

Qui teint en cou­leur jaune, et en cou­leur ver­meille

Et leurs pieds, et leurs mains, et leurs beaux che­veux longs,

Qui leur pendent du chef jusque sur les talons.

17. Je t’admire arbris­seau, dont le fruict de la fraise

Res­semble, ou du pla­tan, ou bien de la fram­boise :

Beau, digne d’estre7 veu, qui decores les bois

Taillis mare­ca­geus des sables Olon­nois.

18. Vien porte-rose-verd approche Delien,

Sti­gienne poi­son pour l’Asne et pour le Chien,

Pour beau­coup d’animaux venin par trop contraire,

Et à l’homme tout seul remede salu­taire,

Quand mor­du du ser­pent, crain­tif te va que­rir,

Pour un remede utile et prompt à le gua­rir

Du venin, qui des­ja dans ses vaines trem­blantes

A mor­tel conge­lé ses cha­leurs vio­lantes :

Qui de l’Apulëen en Asne trans­for­mé

De ta fleur as deçeu le sça­voir consom­mé,

Lors qu’il8 te pen­soit estre une ver­meille rose,

Qui devoit mettre fin à sa meta­mor­phose,

Pource que par le ciel il estoit arres­té

Qu’il pren­droit par la rose encore sa beau­té.

Mais lui qui n’ignoroit en sa figure asniere

Chose qui lui peust nuire, il se retire arriere,

De crainte de gou­ter un si funeste appas

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Qui au lieu de sa vie advan­çast son tres­pas,

Espe­rant par le temps avoir autre ouver­ture

De trou­ver gue­ri­son en sa triste adven­ture.

19. Arbre à Venus sacré qui dés l’aube du jour

Jusques à l’occident, ne chantes que d’Amour,

Convoque ce trou­peau, que ta plante amou­reuse

Aimee de Cypris deesse gra­tieuse

Com­mande à ce balet, fai qu’aujourd’hui tu sois

L’honneur des monts, des prés, des valons, et des bois.

Qu’aujourd’hui tu sois veu assis­té de la sorte,

Que chasque feuille et fleur reve­rence te porte :

Et que du beau prin­temps les prin­ta­nieres fleurs

Soient conduites par toy au comble des hon­neurs.

20. Bon jour, belles, bon jour, Dieu vous gard chere troupe,

Qui le prin­temps aimé nous ame­nés en croupe,

Qui mal­gré les Autans ne lais­sez de paroir,

Qui dans les froids gla­çons faites qu’on vous peut voir

Toutes cou­vertes d’or, vous soiez bien venues,

Comme aus­si celles la qui de vous sont tenues,

Et qui vont res­sem­blant vos feuilles et vos fleurs,

Vostre ver­tu puis­sante et vos vives cou­leurs.

21. Sois aus­si de la troupe, ô toi qui as la feuille,

Et qui portes le nom de la mou­vante oreille

Du jus­neur ani­mal, qui de deux fois sept jours

D’un som­meil Mor­phean vas ter­mi­nant le cours

Dans ta grotte escar­tee, ani­mal foible veue

Sur l’eschine duquel, la per­sonne eper­due,

N’a pas si tost mon­té, que la trem­blante peur

Ne soit au mesme ins­tant ban­nie de son cœur ;

Har­die montre toi. Et toi mignar­de­lette,

22 . Toi belle perse fleur, fleu­rante vio­lette

Sim­bole des amours : ah ! je voi que tu veux

Du prin­ta­nier bou­quet anne­ler les che­veux

De ta celeste fleur, dont la beau­té j’admire,

Je baise autant de fois que Flore son Zephire.

Car tant de doux bai­sers dans mes membres mi-morts

Font ren­trer la san­té qui en estoit dehors.

23 . Toi jaune chef pen­chant qui ne crains la froi­dure

Du ven­teux Sci­tyen, dont la verte coif­fure

Appa­roist au milieu de tant de froids gla­çons,

Et monstre son chef d’or dans les lai­neux floc­cons

D’un par-terre blan­chi. Sui, toi qui de toi mesme

24. Te ren­dis amou­reux, dont en fin la mort blesme

Mit fin à tes amours, montre nous ton plus beau,

Et de grace sois chef du trois fois dix trou­peau

Que porte ton beau nom, dont les fleurs blan­chis­santes,

Des jaunes, de beau­coup ne sont pas dif­fe­rentes.

25. Et toi Ami­clean qui jeune et ten­dre­let

Ne fus prompt d’eviter la cheute du palet,

Quand ce grand Cyn­thien dans le champ de Mer­cure

Per­çoit presque les cieux de mainte pierre dure,

Serene toy le front, et te plains qu’à grand tort

Le blond Lato­nien fut cause de ta mort :

p. 32

Las ! povre tu mou­rus en l’Avril de ton aage,

Ren­dant au noir Plu­ton ton âme pour hom­mage :

Car le palet lan­cé du haut d’Olimpe en bas,

Tum­bant des­sus ton chef, te don­na le tres­pas,

Dont les ondes de sang à flots flots decou­lantes

Font ger­mer tout sou­dain mille fleurs excel­lentes,

Qui retiennent ton nom, de qui le pou­voir beau,

Ne se voit en vigueur, sinon au renou­veau :

J’idolatre en ta fleur la cou­leur azu­ree,

Et ton pers, et ton blanc, ta grace desi­ree,

Et de celles encor, qui diverses ont pris,

Par leur forme et cou­leur, ton nom de si haut pris.

26. Prin­ta­niere beau­té dont la feuille ter­naire

Du trois-fois tout-puis­sant nous sert de for­mu­laire,

Indi­vi­du en toi dés ta nati­vi­té,

Ain­si qu’est le triple-un dés toute eter­ni­té.

27. Mais quelles celles-ci dont les cou­leurs diverses,

Riches de cent beau­tez, des magni­fiques Perses

Nous font voir les Tur­bans, dont les fronts affe­tez

Montrent je ne sçai quoi rem­pli de majes­tés,

Ca ça mon­trez vous donc, haus­sez vos riches crestes,

Et nous faittes paroir les beau­tez de vos testes :

Car on admire en vous mille belles cou­leurs,

Brillantes dans le jour de vos diverses fleurs ;

Fleurs au nombre infi­ni, qui belles et aimables,

Rem­plis­sez ce bou­quet de cou­leurs variables ;

Fleurs dignes d’enrichir d’un invin­cible Roi

p. 33

Les jar­dins sump­tueux, apres qu’un desar­roi

D’un peuple muti­né soubs quelque faux pre­texte

A vou­lu de son Roi des­cou­ron­ner la teste,

Qui se voiant vain­queur pai­sible en ses estats

Recherche les moyens, hors des san­glants com­bats ;

Le plus sou­vent quil9 peut d’une ame curieuse

Le plai­sir d’admirer de l’Inde pre­cieuse

Les simples non encor dans nos jar­dins venus,

Et ceux qui ne sont pas du vul­gaire cognus,

Ains des chers nou­ris­sons du divin Epi­daure

Pidoux, Lavau, Milon, le Coq, Cytois encore,

D’un Robin, dont le nom vole par l’univers,

Qui merite avec eux, place dedans ces vers.

Or mon che­ri Robin, mon Robin que j’honore10

Ami, seul ins­tru­ment qui faits que ma muse ore

S’esveille avant le temps : ami de qui je tiens

Tant de sortes de fleurs, pran comme d’un des tiens

En gré ces quatre vers : non pas qu’en eux je chante

Ce que doit meri­ter ta ver­tu renais­sante :

Ains pour gaige d’un cœur, du tout voué pour toi,

Et qui mesme est plus tien qu’il ne peut estre à moi.

Her­bo­riste fameux du plus puis­sant monarque

Qui ait oncques pas­sé dans l’infernale barque,

Autre Ana­zar­been, d’un cha­cun esti­mé,

Comme estant d’Apollon le fils plus renom­mé,

Suplée à mon defaut : Robin fai que ma Muse

En un si beau che­min à chan­ter ne refuse

p. 34

Les plus rares beau­tez que le ciel fasce voir,

Desous son clair man­teau du matin jusqu’au soir.

Car toutes les cou­leurs qui dans la mer se voient

Qui dans l’air, dans la terre, et aux cieulx se des­ploient

Dans le nombre infi­ni de ces superbes fleurs,

De ce vaste Uni­vers se voient les cou­leurs.

28. Quelle est cette beau­té fola­tre­ment superbe,

Qui d’un pied glo­rieux foule la plus basse herbe,

Fachee de se voir en ses riches habits

Com­paigne d’avortons trop foibles et petits.

Mais quel est son beau nom, sa majes­té roiale

Me semble le Lalé11 Cou­ronne Impe­riale,

Cou­ronne qui jadis as le peuple Fran­çois

Conduict onze cens ans soubs tes saliques loix.

Ores qu’un temps brouillé fait que morte on te pense,

La France et les Fran­çois tumbent en deca­dence.

29. Et l’autre qui la suit de son pas mesu­ré,

Semble seule embe­lir ce bou­quet azu­ré,

Semble seule effa­cer de sa riche appa­rence,

Tout ce qui naist12 autour de sa chere pre­sence ;

Semble seule effa­çer les plus riches beau­tez

Des simples tout autour du verd bou­quet entez.

Tout ain­si que Phe­bus des rais de sa lumiere,

Efface la clar­té de la brune cour­riere.

Pre­miere de son rang, du par­terre l’honneur,

Du doux-flai­rant bou­quet, dont l’estrangere fleur

Semble le bras Fran­çois rouge du feu car­nage

p. 35

Du sang conci­toien, lors que rem­pli de rage

Aban­don­nant son Prince et delais­sant sa foi

Il se ren­dit sub­ject d’une etran­gere loi,

Pour che­tif demeu­rer tout le temps de sa vie

Esclave sous le joug du Roi de Can­ta­brie.

C’est l’unique beau­té, c’est13 ceste unique fleur

Ditte le beau d’un jour, qui par­faite en cou­leur,

Merite que l’on face un hymne de louange,

Qui publie son nom de l’Inde jusqu’au Gange.

30. Et toi grosse d’honneur, richesse du bou­quet,

Dont la racine porte un mer­veilleux effet

A ceux qui tra­vaillez d’une incu­rable peine

Tombent du mesme mal, duquel le fils d’Alcmene

Fut jadis sur­mon­té, toi belle dont la fleur

Simple et double se voit, dont la vive cou­leur

Semble un glaive vin­cueur qui sort de la bataille,

Apres avoir don­né et d’estoc14 et de taille

Un mil­lion de coups, sans qu’un seul ait trou­vé

Lieu qui peust resis­ter au tren­chant esprou­vé.

Ouvre ton rouge sein, que ta fleur pavo­tee,

Paree riche­ment ne soit plus depi­tee ;

Et ne face refus de faire voir son beau

Soubs le brillant aspect du Delien flam­beau.

31. Et toi blanche sa seur dont les beau­tez exquises

Ne sont moindres d’honneur, ni de ver­tus acquises,

Tres-rare en tes effects, et qui n’as point encor

Fait voir en ce bou­quet ton flo­ris­sant thre­sor,

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Thre­sor qui ne vaut moins que la riche abon­dance

Du Lidien Pac­tol, de Crœ­sus la che­vance.

Car j’aime mieux ta fleur, lors qu’elle15 est de sai­son,

Que tout l’or de Midas, que le gain de Jason.

32. Mais quelles celles-cy ? dont les pas lens et graves

Superbes au mar­cher rendent mes sens esclaves

De leurs per­fec­tions, et dont les riches fleurs

Me font voir en un bloc mille belles cou­leurs ?

Ça ça je vous cognoi, ça ça venez mignardes,

Rece­vez de bon cœur ces caresses gaillardes,

Telles que vos beau­tez meritent : car sans vous

Nous n’aurions rien de beau, nous n’aurions rien de doux.

Venez pre­mie­re­ment vous riche, à larges feuilles,

Dont la ver­dastre fleur double de trente feuilles,

Tache­tee du jus du pourpre pre­cieux,

Qui jadis colo­roit de nos Rois demi Dieux,

Les habits sacro-saincts : Toi double Coc­ci­nee,

Qui portes la cou­leur du teint de Cythe­ree,

Toute mignar­de­lete ; et toi blanche où és tu ?

Vien vien, approche toi, deploie ta ver­tu,

Ores que l’escadron de ta bande gaillarde

Se serene le front pour faire l’avant-garde

A tant de rare­tez, qui te suivent de pres,

Comme sur les buis­sons s’eslevent les Cypres.

[32.] Toi jaune, toy celeste, et toi belle azu­ree,

Et toy estroitte feuille, à la fleur empour­pree,

Marche en rang, ne crains point : car certes tu auras

p. 37

De l’honneur, quand au nom de toutes tu diras,

Pour conten­ter vos yeux, pour resjouïr vos ames,

Pour orner les bou­quets des plus accortes Dames :

Ce grand, dis-je16 pre­mier, qui nous a des­cou­vers,

Et qui pour nous trou­ver, de ce grand Uni­vers

A fait presque le tour, nous aiant de Bis­ance,

D’Espagne et Por­tu­gal tirés dés nostre enfance,

Pour esclaves nous voir rever­dir cha­cun an

Du prin­temps desi­ré, dans le flan­drois Lei­dan :

Hon­neur qui ne reçoit soubs ceste riche voulte,

Prix qui puisse ega­ler ceste richesse toute,

C’est ce grand de l’Ecluse, à qui nostre pou­voir

A esté decou­vert, comme bien pou­vez voir

En tant de ces labeurs, dont la docte science

A faict que tout le monde en ait eu cognois­sance.

Car non content d’avoir de nous tout le plai­sir

Qu’il pou­voit sou­hait­ter d’un louable desir,

Pre­mier nous fit paroistre aux Jar­dins des grands Princes,

Et depuis trans­por­ter en cent mille pro­vinces :

De sorte que cha­cun ores desire avoir

Le bien tant seul­le­ment que de nous pou­voir voir,

Atten­dant qu’un Hymen d’une bonne semence

Face mul­ti­plier le rare en abon­dance,

Et de ce doux Hymen, de ce nop­cier heu­reux,

Le mesme de l’Ecluse à ceux qu’il aime mieux,

Non chiche a depar­ti par tous les coins de France,

Les enfans pro­creez de si rare semance :

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Aux lieux à tout le moins, qui pour leur grand sça­voir

Ont tous seuls meri­té le bien de nous avoir :

Et nous fai­sant pas­ser par incer­taine voie,

A l’hasard à Poi­tiers, en paquets nous envoie

A ce grand Coq fameux, l’honneur de nostre temps,

Ce Coq qui rever­dit, comme l’herbe au prin­temps :

Ce Coq qui fut de nous l’avancoureur fidelle,

Tout ain­si que le coq, dont la ba-batante æsle

Nous pre­sa­gist l’honneur de l’Orizon vou­té,

Lors que son chant nous fait cer­tains de sa clar­té.

Ain­si ce docte Coq, de qui la renom­mee

En Flandre, en Alla­magne, en Itale est semee.

Or che­ri dans Poic­tiers Epi­daure17 Gau­lois

Pre­mier nous a receus du bas pays Flan­drois ;

Estant digne d’avoir de nous la cognois­sance,

Et le bien de jouir de si chere che­vance.

Qui joieux nous receut, et cognut estre aimé

De ce grand de l’Ecluse en ce monde esti­mé ;

Et en faveur de lui nous loge et nous retire,

Et d’un par­fait amour le prin­temps il desire,

Pour voir nos riches fleurs, pour s’egaier en nous,

Et dans la mer du temps rece­voir un temps dous.

33. Mais qui sont celles ci dont les testes poin­tues,

Orgueilleuses qua­si per­çent les hautes nues,

Irri­tees je croi, et bouf­fantes d’orgueil,

Nous res­semblent mon­trer leur mal-talent à l’œil18,

Jalouses de l’honneur : car leur beau­té merite

p. 39

Louange qui ne soit trop vile et trop petite.

Ces­sez mignardes donc, ces­sez vos justes pleurs,

N’offancez vos beau­tez par vos tristes dou­leurs,

Ce n’est point par oubli si je vous ai lais­sées,

Ce n’est point par des­dain si vous n’estes posées

Au plus beau de ce lieu : mais chas­cun doit avoir

Lieu selon son merite, et selon son pou­voir.

Toi qui semble le pied de l’oiseau d’Ericine,

Pour­quoi t’offences tu ? veu mesme que Cyprine

Grande, aimee des Dieux, la mere des vivants

Ne s’offence si tost : Toi, des oiseaux jouants

Dedans l’air19 balaié, le pro­digue exem­plaire

De l’humble cha­ri­té du fils envers le pere,

Pour­quoi s’arme ton bec ; ô qui­conque tu sois

Qui du veillant trou­peau qui forme un Y-gre­geois,

Portes le bec poin­tu, de si superbe audace

N’ensanglante les tiens au milieu de la place.

Ains sage et bien apris au milieu du trou­peau

Qui suit ta majes­té, montre nous ton plus beau :

Comme aus­si fai nous voir des autres les especes,

Dont les fleurs rouges sont, fusques, pour­prines, perses.

34. Quoi, je pense sor­tir du com­bat d’un cos­té,

Et sou­dain je me voi par un autre arres­té.

Ah ! pau­vrettes ces­sez, que vos voix coaxantes,

Ne soient à mon dis­cours aucu­ne­ment nui­santes :

N’empruntez cette voix, contan­tez vous du nom,

« Assez acquiert celui qui a vogue et renom,

p. 40

Vous estes en estime, on fait de vous grand feste,

O belles, qui por­tez le sur­nom de la beste

Pro­phete du prin­temps : puis les rares ver­tus,

Qui vont sui­vant de pres vos corps de vert ves­tus,

Meritent que l’on face à vostre grande suitte

Un hymne triom­phal, plein de vostre merite :

Car trois fois douze fleurs, ou plus encore, font

Ce bou­quet glo­rieux des beau­tez qu’elles20 ont.

35. Bon Dieu quel esca­dron, quelle tourbe mutine

Est ce qu’yci j’entends, et qui droit s’achemine

A moi d’un pas har­di, et qui pousse au devant

Signe de sa gran­deur, un je ne sçai quel vent ?

Vent super­na­tu­rel, vent qui de la Sabee

Aporte avecque soi la sen­teur dero­bee.

Tout beau, belles, tout beau, patien­tez un peu,

Car je vous garde bien l’honneur qui vous est deu.

Croiez que vous serez, en ce verd edi­fice,

Celles qui ren­dront beau l’œilladé fron­tis­pice.

Toi masle sauge-feuille, et toi femelle aus­si,

Pour­quoi n’esteignez vous mon eter­nel sou­ci

Par vostre belle fleur ? vostre incar­nate rose,

Qui ver­meille obs­cur­cit de l’Aurore declose

Les habits emper­lez, quand son vieillard gri­son

Dort pares­seu­se­ment des­sous nostre Ori­zon ?

Toi qui de feuille semble à ceste herbe sublime,

A ceste herbe oste-faim, la mari­niere Halyme ;

Aproche libre­ment, toi belle qui du Thim

p. 41

Porte la feuille, aus­si toi qui du Ros­ma­rin,

Toi qui de la Lavande, et vous trois qui du Saule,

Du Mirthe et Mar­jo­laine avez la feuille et caule,

N’usez point de des­dain, ains toutes libre­ment

Venez nous faire voir vostre beau pare­ment,

Toutes je vous y somme, et par l’amour extreme

Dont, belles, vous sça­vez qu’ardemment je vous aime

Belles, si le Soleil nous fait rien voir de beau

De sa nati­vi­té jusques à son tom­beau.

Car l’eternelle main n’a d’une ver­tu seule

Hono­ré vostre espece, ains des­sus vostre feuille

Il fait pleu­voir un ros, dont le bar­bu men­ton

Des chevres et des boucs, se charge, ce dit-on,

Lors qu’ils broutent glou­tons les gras-gluans feuillages

De vos tendres jet­tons, aymez sur tous her­bages :

Quand cos­toians autour, leur long poil blanc-bar­bu,

De cet humeur en fin se trouve tout imbu.

Et outre il croist au pied de vostre caule, un germe,

Dont il se fait un suc, d’une ver­tu tres-ferme ;

Car sei­ché au Soleil et par soin épu­ré,

Aporte à plu­sieurs maux un remede assu­ré.

Voi­la comme vos fleurs, feuilles, et sur-racines,

Seules ne sont par nous mises en mede­cines ;

Ains le tout nous est beau, tout est exquis en vous,

Et rien n’en sort, qui n’ait quelque effect bon pour nous.

36. Ici la verte-blanche et solaire fleu­rette

Qui du Grec en Fran­çois, laict d’oiseau s’interprette,

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Marche d’un large front, et d’un envieux pas,

Ses com­pagnes d’orgueil che­minent sans com­pas,

Ne vou­lant pas ceder leur nombre sep­te­naire,

A un nombre plus grand, bien que sexa­ge­naire.

37. Sexa­ge­naire trouppe hon­neur des riches prez,

Hon­neur des monts, des bois, des valons dia­prez,

Des male­fi­ciez tres-sin­gu­lier remede,

Remede pour Venus, qui tous autres pre­cede,

Et qui por­tez le nom des Faunes esvan­tez,

Et qui du Redemp­teur la main repre­sen­tez,

Qui du chien masle encor por­tez en la racine

Les dents, et les tes­moins, propres en mede­cine,

Dont maints gla­cez amants, et maints vieils amou­reux

Usent pour aug­men­ter21 plus de cha­leur en eux,

Pour au doux jeu d’Amour avoir plus de puis­sance

De four­nir au def­faut de leur chiche semence.

38. Mais quelle ceste ci qui semble avoir en main

Un Sceptre impe­rial guide du genre humain ?

Qui superbe en ses pas meine pour son escorte

Suitte de deux fois-trois de sa sem­blable sorte.

39. Vous qui belles sem­blez, et qui por­tez le nom22

Du flam­beau de la nuict, qui avez le renom

D’un blanc-lui­sant satin, dont maintes damoi­selles

Decorent par hon­neur leurs poic­trines jumelles.

40. Vous qui du Poëte Grec aveugle avez le nom,

Dont la racine semble au cui­si­nier oignon,

Qui pour exor­ci­zer estes par trop utiles,

p. 43

Et aus enchan­te­mens remedes fort habiles.

41. Vous Letheanes fleurs, dont les testes cou­pees

Rendent un laict tout plein de som­meils de Mor­phees,

De dor­mirs eter­nels, si le suc épu­ré

D’antidotes cer­tains23 n’est tres-bien pre­pa­ré.

42. Vous qui por­tez le nom de ce Roi d’Illirie,

43. Gen­tie sur­nom­mé. Vous24 dont la fleur che­rie

D’un astre flam­boiant qui bluette sem­blez,

Vostre tre­zeine trouppe à ce bal assem­blez,

Pour apor­ter du lustre, et pour don­ner lumiere

A ce bou­quet, l’honneur de ceste prime-vere.

44. Mais quelles celles-ci, qui pleines de venin,

Belles pour­tant de fleurs, se mettent en che­min,

Et fachees s’en vont à la teste bais­see,

Prandre de ce bou­quet la place mieux gen­cee.

Roine folle d’amour, qui pour le fils d’Eson

Endor­mis le Dra­gon, pour avoir la toi­son

De l’or Pac­to­lean, Roine qui sceus bien faire

Pour agreer au fils, rajeu­nir le vieil pere :

Et qui traistre à la fin osa bien atten­ter,

Trop indis­cre­te­ment, de tes yeux s’absenter :

Ton Roiaume a don­né25 à ces bul­beuses plantes

Le nom, dont les ver­tus sont beau­coup dif­fe­rentes.

45. Vous qui belles sem­blez à l’enazé museau

Du cor­nu porte-Europe, alors qu’au bord de l’eau26

Au prin­temps il bon­dit en une verte pree,

Quand libre exempt du joug ses esprits il recree27.

p. 44

47. Toi dont la feuille sert, et qui portes le nom

De l’effect, pour lequel tu as vogue et renom :

Feuille porte-coton, porte-fil porte-laine,

Bru­lante et esclai­rante, en une lampe pleine

D’huile, ain­si que feroit le filet etillé,

Ou le Mal­thois cot­ton par la femme filé,

Com­pa­rois har­di­ment, que ta fleur rou­gis­sante

D’honorer ce bou­quet ne soit point refu­sante :

Fai mar­cher apres toi d’un signal, pour la voix,

Ta suitte qui par­fait nombre douze fois trois.

48. Vous belles, qui sem­blez aux griffes tres-poin­tues

De l’Aigle Impe­rial, qui domine les nues,

Dont vous por­tez le nom, mons­trez vostre valeur,

Belles, qui de la mere à nostre Redemp­teur,

Por­tez des gans le nom, faites que vos especes

Com­pa­roissent ici en leurs robes diverses ;

Car sans vous nous n’aurions le moien de rien voir

De ce qui beau se peut dire en ce bas ter­roir :

49. Toi belle qui faits voir dans ta fleur, l’excellence

Des diverses cou­leurs de l’arc28 de l’alliance,

Monstre nous ton plus beau, et semons libre­ment

Le bul­beux jaune-fleur, à paroir promp­te­ment,

Assis­té du bul­beux à la fleur ceru­lee,

Du bul­beux dont la fleur est de bleu variee,

Du deux fois flo­ris­sant, et du grand Dal­ma­tic,

Du Susia­nien, du bla­fard Illi­ric,

Et les autres res­tans, fai mar­cher de vitesse,

p. 45

Pour en ce beau bou­quet esta­ler leur richesse :

Car trois fois dix et plus, d’un front bouf­fi d’orgueil,

S’ouvrent en cette place au lever du Soleil.

50. Et toi blanche du laict escou­lé de for­tune

Du tetin de la fille au pere de Nep­tune,

Femme et sœur de Jupin, empe­riere de l’air,

Qui com­mande en la terre, et dans l’ondeuse mer,

Avec tout l’escadron de ta bande amiable,

Assiste ce convoi de ta grace agreable.

Vous oren­gées fleurs, qui flo­ris­sez si tard,

Vous flam­meus qui por­tez dans vos habits à part

Le bulbe semen­cier, qui semé repre­sente

En sa per­fec­tion toute la mesme plante :

Vous rouges bien aimez, mon desir prin­ta­nier,

Qui mes sou­cis cui­sans me faites oublier,

Lors que j’admire en vous tant de graces infuses,

Tant de rares pro­jets, tant de beau­tez confuses,

Tant de varie­tez, dignes cent et cent fois

D’enrichir les jar­dins des Princes et des Rois.

Ornez ce beau prin­temps, belles fleurs d’excellence,

Rien de beau ne se voit que par vostre pre­sence.

53. Toi superbe croi­sé, dont ta fleur, le Tur­ban

Semble du Per­sien, ou du Turc Otho­man,

De cette belle escadre aie soin je te prie,

Et de te faire voir un long temps ne t’ennuie.

46. Toi qui portes le nom de cet oiseau Roial

Dont la par­lante voix, d’un dis­cours Jovial

p. 46

Esjouit du pas­sant, ren­fer­mé dans sa cage,

L’humeur melan­co­lic, qui son cer­veau ravage,

Quand d’esclatante voix il se nomme tout haut,

Le cher mignon du Roi, à qui don­ner il faut

Le friand des­ju­ner, et folastre babille,

Et raconte aux pas­sants les secrets de la ville.

Mes yeux jeunes ont veu et mille et mille fois,

Dedans Romme au Palais d’un Car­di­nal Fran­çois,

Un de ces ani­maux, dont l’affetté lan­gage

Artis­te­ment apris par un frequent usage,

Rapor­toit pro­pre­ment d’un disert ora­teur

Les graves-doux dis­cours : car d’un pro­pos fla­teur,

Tan­tost il enton­noit de Petrarque la Laure29,

Et tan­tost de sa voix il allu­moit encore

Les feux Gre­geois esteints : et tan­tost en latin

Il disoit quelques vers, puis quand son aver­tin

Le pre­noit, il chan­toit, tan­tost un vau de ville,

Tan­tost une Pavane, or d’une voix pupille

Contre­fai­soit l’enfant, puis en dis­cours divers

Il amu­soit le peuple, or en prose, or en vers.

Si que le ciel qui voit tous les thre­sors du monde,

Ne voioit rien plus beau sur la terre, et dans l’onde.

Je te salue aus­si toi feuille qui pro­duicts,

Par toi seule racine, et fleurs, feuilles, et fruicts :

Fruicts du fruict du figuier aiant la resem­blance,

Mais non le goust si bon, ni si plein d’excellence :

Qui rare te faits voir et te faits admi­rer

p. 47

Dans le riche pour­pris du Romain, Bel-veder :

Où mainte et mainte fois, ma jeu­nesse écar­tee

En admi­ra­tion j’ai30 sen­ti trans­por­tee,

En voiant par mer­veille en une feuille tant

De feuilles qui s’aloient l’une sur l’autre entant.

C’est toi cher Mori­ceau, c’est31 toi fils de Per­messe

Qui me faits pos­se­der une telle richesse,

C’est de toi que je tiens un si riche thre­sor,

Que je n’estime moins, que les perles et l’or

De l’Inde pre­cieuse, et que cent fois encore

Ce que voit ce grand œil qui le monde re-dore.

Ce sont de tes bien faicts, Mori­ceau : mais croi-moi

Qu’un jour j’entonnerai ton renom : mais pour­quoi

En un sub­ject si beau faut il que je m’arreste ?

Non il ne le faut pas ; Muses tost qu’on m’apreste

Du dou­ce­reux Nec­tar un hanap Pithyen

Pour mon­ter plus dis­pos au mont Per­mes­sien :

Où glou­ton je boi­rai dans la vive fon­taine

Des bouillons Ambro­sins, de la source Hipo­crene,

Pour chan­ter à jamais enni­vré de ton eau

Les sin­gu­la­ri­tez que j’ai32 par Mori­ceau.

Que l’on voit aujourd’hui paroistre par mer­veilles

Dedans mon cabi­net plein de choses nou­velles,

Que l’Inde, le Peru, que le Nil, que le Nort,

Ont par faveur jet­té sur le bizarre bord,

Du Clan large ruis­seau, où la faveur divine,

M’a faict en cet endroict favo­rable Lucine.

p. 48

Toi pleu­reux Cro­co­dil qui as dai­gné quit­ter

Ton Gosen ser­pen­tant, pour venir visi­ter

Le Poic­tou, qui chez soi ne voit mou­rir ni naistre

Rep­tile si puis­sant, qui de toi m’as faict maistre,

M’estimant estre digne, indigne tou­tes­fois,

D’estre ton gar­dien : toi qui­conques tu sois

Qui resemble à te voir le monstre que Regule

Atta­qua vive­ment quand le gros de Romule

Inti­mi­dé des­sa tant de sortes d’engins,

Qu’il en eust rui­né l’empire des Romains,

S’il eust vou­lu tour­ner ses armes homi­cides

Enne­mi du repos, comme les patri­cides,

Vers son païs natal : montre har­di ta lon­gueur

De treze pieds et plus, et ta ronde gros­seur,

A tous ceux qui diront, mes­croiant33 la puis­sance

Du trois-fois-Tout-puis­sant, qu’il ait don­né nais­sance

A un si gros, si long, si furieux ser­pent,

Qui soit des­sus le ventre en la terre rem­pant.

Et dis à haute voix, au moins si la parole

Te vient ; mais en ceci je sers de pro­te­colle,

Faites à Mori­ceau, humble remer­ci­ment :

Car par lui vous avez l’heur et conten­te­ment

De me voir en ce lieu, aiant quit­té mon maistre

Apol­lon Roche­lois, pour me faire paroistre

Dans les Phar­maques mains de Contant, qui chez soi

A dequoi conten­ter l’esprit mesme d’un Roi.

Le rep­tile Toüous me sert de com­pa­gnee,

p. 49

Et l’Iuanas encor, et la pointe ace­ree,

Du cou­teau pois­son­nier, le furieux Dra­gon

Y pre­side d’honneur, le marin heris­son

De ces pointes armé dont les vives poin­tures

Des Viperes en rien ne cedent aux mor­sures,

L’Irondelle de mer, le Tibu­ron den­té

La Squa­tine, et encor le Creac haut van­té

L’Ipocampe marin, et celui qui estrange

Selon l’object pro­chain de cou­leur sou­dain change.

Le Stinc vene­rien le Remore petit

Qui des vents irri­tez ne craint point le des­pit,

Quand son foible museau sur la nef agi­tee

Des per­illeux efforts de la mer irri­tée,

S’attache vive­ment, que tous les Aqui­lons

Que tous les vents en un furieux et felons

S’arment pleins de des­pit, que toute la machine

Pour esbran­ler la nef et des­pla­cer s’obstine,

Rien, rien, le Tout-puis­sant qui de telle ver­tu

La Remore a rem­pli, ne peut estre abba­tu,

Ains ferme res­te­ra jusqu’à ce que son moufle

Fiché contre la nef, des vents l’effort ne trouble.

Je ne suis seule­ment des ani­maux de mer

Com­pa­gnon, mais encor de ceux qui sont en l’ær.

Ceux qui rempent sur terre, et ceux que le feu mesme

Tient en sa gar­ni­son, dont la froi­deur extreme

Amor­tit la cha­leur des bra­siers plus ardans,

Quand pour en faire preuve on les jette dedans.

p. 50

Les fruicts que le Peru pro­duict à grand mer­veilles

Y sont abon­dam­ment, et les Conches tres-belles

Que la mer jette à bord, apres le dur tres­pas

Des hostes casa­niers qu’elle34 tient en ses35 bras.

Les gommes à foi­son, les larmes36, les resines,

Les bois les plus exquis, les metaux les plus dignes,

Dedans son cabi­net se voient lar­ge­ment.

Bref chez lui l’on peut voir, soit du froid éle­ment,

Soit du chaud, soit du sec, ou bien soit de l’humide,

Cent mille rare­tez, il n’y37 a rien de vuide.

Que si vous l’ignorez, pour n’estre dit men­teur,

Voiez son cabi­net : mon maistre de bon cœur

Mon­tre­ra ce thre­sor. car certe il ne desire

Rien que de conten­ter tout esprit qui aspire

Aux celestes ver­tus : sa bonne volon­té

Les curieux y a de long temps inci­té.

54. Je ne t’oublierai38 pas Melea­gride fleur

Qui ès des prez her­bus de sainct-Benoist l’honneur.

52. Ni vous belles, l’honneur du mont de Cori­cie

Thre­sor presque infi­ni de la grand Car­ma­nie.

Car outre la beau­té que l’on voit dedans vous,

Il se recueille39 encor dans vos fleurs, un poil rous

Leger et odo­rant, dont la cou­leur exquise

Des Abde­roises mains en œuvre est sou­vent mise :

Dont la jaune cou­leur tei­gnoit ancie­ne­ment

Les theatres mar­brés, quand pro­di­ga­le­ment

Ce grand Domi­tian, dans son Amphi­theatre,

p. 51

Fai­soit cou­ler par tout ceste cou­leur jau­nastre.

Mon­trant au Thra­cien, au Sar­mathe, à l’Anglois,

Et à l’Egyptien, à l’Arabe, au Fran­çois,

Sa libe­ra­li­té, fai­sant comme à l’envie,

Degout­ter en tous lieux le suc de Cory­cie.

55. Toi fils Cyna­rien frere et fils de ta mere,

Engen­dré des vieux reins de ton pere-grand-pere,

Quand ta mere sen­tant des bran­dons allu­mez

Du mignard Paphien ses esprits consom­mez,

D’un deshon­neste amour, amour ille­gi­time,

Toute pleine d’horreur, de fraieur et de crime,

Affecte d’assouvir ses char­nels appe­tis

Avec son geni­teur, lors que tous ses esprits

De rage bouillon­nants, ne craint point, deshon­neste,

Avec son pere Roi, de com­mettre un inceste,

Sois pro­pice à mes vœux ; pource qu’en ta faveur

Je veux à ta Cypris ordon­ner quelque hon­neur.

56. Mais qu’est-ce que j’entens ? tout eston­né je tremble

Je fre­mis de fraieur, car j’entends, ce me semble,

Ce trou­peau Lethean, trou­peau chez qui la mort

Tient forte gar­ni­son, tient un rem­part tres-fort ;

Trou­peau qui per­illeux sa nais­sance raporte

Du baveux chien d’Enfer, de Plu­ton garde-porte.

Plantes belles de fleurs, mais de trop fort venin

Vostre ventre est far­ci, vostre esto­mach est plein.

Mais bien que vous por­tiez la pasle mort en croupe

p. 52

Il faut qu’honneur soit fait par vous à ceste troupe.

Lais­sez vostre venin, faites seule­ment voir

Vos fleurs, dont les cou­leurs vous font belles paroir,

Imi­tans le ser­pent, qui son venim delaisse,

Quand d’amour la Lem­prois chau­de­ment il caresse :

Affin que sans dan­ger mille autres belles fleurs

Apportent à ce bal leurs bigearres cou­leurs.

57. Vous belles qui por­tez dans vos tendres racines

Mille sortes de morts, et mille mede­cines,

Qui faites mou­rir l’un, qui l’autre gue­ris­sez,

Qui retar­dez la mort, et qui trop l’avancez,

Qui seules gue­ris­sez ceux à qui l’on peut dire

Qu’ils doivent voia­ger en l’Isle d’Anticire,

Qui du cabrier Melampe avez receu le nom,

Comme aiant le pre­mier acquis un grand renom,

Pour avoir sçeu gue­rir par vos noires racines,

Les mugis­sants abois des buglantes narines

Des Proë­tides sœurs, quand de sau­vage voix

Elles rem­plis­soient l’air, les plaines et les bois.

58. Et vous dont les beau­tez ne sont moins admi­rables

Que vos effets se font trou­ver espou­van­tables,

Qui por­tez dans vos fleurs, racines, feuilles, fruis,

Mille morts, mille hor­reurs, mille eter­nelles nuits.

Bien qu’entre tant de morts, qu’avec vous on espreuve,

Une de vostre espece à ce jourd’hui se treuve

Tres­par­fait ali­ment, dont un monde nou­veau

Se nour­rit, tout ain­si que d’un friand mor­ceau :

p. 53

Mor­ceau tout tube­reux, dont la racine riche

Ne se demontre avare, et encore moins chiche.

Car un fruict radi­cal en terre replan­té

En pro­duict chas­cun an si grande quan­ti­té,

Que d’un pied seule­ment deux cents et pres de trente,

Miracle, j’ai cueilli de cou­leur rou­gis­sante :

Dont les Ame­ri­cains pour mets pleins de delices,

Ain­si que du Maïs, font leurs exquis ser­vices,

Dont ils vivent che­tifs, n’aiant pas, comme nous,

Le fro­ment au gros grain, blanc dedans, des­sus roux.

Je te rends mille fois, et mille fois encores

Humbles remer­ci­mens, toi qui docte decores,

Par tes rares ver­tus, la ville dont le nom

Est reco­gnu par tout d’un meri­té renom :

Ville blanche jadis, ô Ligne­ron lumiere,

Qui comme un autre Phare aux Roche­lois esclaire ;

De cest âge l’honneur, qui sçaits si dex­tre­ment

D’un com­pas mesu­ré faire un com­par­ti­ment,

Et qui tres­docte faits par tes Mathe­ma­tiques,

Mille sortes d’engins, que si bien tu appliques,

Que ton esprit har­di desi­reux de l’honneur,

Aguer­ri de long temps à ce che­ri labeur,

A docte fabri­qué, chose que fort on louë,

Une simple mou­vante et double et triple rouë,

Mou­ve­ment infi­ni, qui par soi va tous­jours,

Tout ain­si que par soi vont che­mi­nant les jours,

Par revo­lu­tion, et pour lever les ondes

p. 54

Jusques à la hau­teur des nues vaga­bondes :

Et maints autres labeurs qu’escrire je ne veux,

Que pour sub­ject je laisse à nos futurs40 nep­veux.

Mais l’envieux mou­rant, et l’envie vivante,

Jaloux de tant d’honneurs, que ton ame sça­vante

Te fai­soit acque­rir, ont palles essaié

Rompre de tes des­seins le labeur étaié.

Mais comme un haut Sapin que l’aquilon agite

Or deçà41, or de là, par le vent tourne-vite,

Sans bran­ler tant soit peu, resiste cou­ra­geux

Aux efforts bour­souf­flants d’un esprit ora­geux,

Pied-ferme, tous­jours-beau, monstre sa verte42 tresse

Dans l’obscur boca­geux d’une forest epesse :

Tout ain­si tu t’es veu des mes­di­sans abois,

Sans qu’ils t’aient43 peu vaincre, atta­qué main­te­fois :

Mais ferme tu as sceu rompre leur vaine atteinte,

Aiant de la ver­tu au cœur la force emprainte,

Outre tant de sça­voirs, dont tu vas deco­rant,

Comme un Archite vray, ce siecle doux-cou­rant.

Tu as tous­jours vaqué de toute ta puis­sance

De cher­cher les thre­sors, qui dans l’Inde ont nais­sance

Pour en ton cabi­net mon­trer en un moment

Tout ce qui naist et meurt en ce bas éle­ment :

Dont ta grande bon­té et ton amour loialle

M’a dai­gné depar­tir d’une main libe­rale :

Entre autres le Tatou, et le Ste­lif pois­son44,

Maints fruicts, maints ani­maux, maint rare lima­çon,

p. 55

Et maints autres pre­sens, dont je te remer­cie,

Que chers je gar­de­rai tout le temps de ma vie :

Comme aus­si je receu d’un soing bien curieux

Ce trefle rouge-peau, Sola­num tube­reux.

C’est à toi que j’en doi faire reco­gnois­sance,

Comme à celui qui seul de toute ceste France

Le pre­mier m’a don­né le moien de l’avoir,

Et dedans mon jar­din à tous le faire voir,

Et le com­mu­ni­quer par sa grande abon­dance,

A ceux qui font estat d’avoir la cognois­sance

Des simples étran­gers, et qui m’ont, ver­tueux,

Aug­men­té le desir d’estre45 si curieux.

Car je me puis van­ter que dedans mon par­terre,

Qui contient seule­ment deux fois dix pas de terre,

En lon­gueur et lar­geur46 douze cent plantes sont

Dif­fe­rentes de nom, qui portent sur le front

Un si grave main­tien, qu’à les voir on peut dire

Qu’il ne se peut rien voir de plus beau, soubs l’empire

De ce grand Lyn­cean, et que ce large Tout

N’a rien de plus exquis de l’un à l’autre47 bout ;

Que je voue à toi seul, qu’à toi seul je dedie,

Qu’à tes yeux je consacre : et pource je te prie

Le vou­loir accep­ter, le present est petit,

Mais tel qu’il est pour­tant, tous­jours-vert il flo­rit,

Tous­jours un gai prin­temps luit sur sa verte tresse,

Et de l’Hyble tous­jours la liqueur plus epesse,

Tombe sur l’infini de ses varie­tez,

p. 56

Et le bel œil du jour che­mine à ses cos­tez.

Tous­jours doncques sur vous, belles, le miel dis­tille,

Tous­jours tous­jours en vous se trouve chose utile,

Tous­jours tous­jours sur vous le beau s’aille cueillant,

Tous­jours vostre beau­té soit superbe, fou­lant

Les mor­tels Aco­nits, les Napels, les Anthores,

Et la froide Ciguë, et les chauts Elle­bores.

Du don de Dieu je

suis CONTANT.

FIN.

Notes de base de page numériques:

1 Le texte porte « N’estoient en point offen­sez », vers faux : nous cor­ri­geons.
2 Nous cor­ri­geons « m’espris ».
3 Nous cor­ri­geons « quelles ».
4 Le mot com­mence par une majus­cule, que nous sup­pri­mons.
5 Majus­cule absente dans le texte.
6 Nous cor­ri­geons « c’et ».
7 Nous cor­ri­geons « destre »
8 Nous cor­ri­geons « quil »
9 Nous cor­ri­geons « quil ».
10 Nous cor­ri­geons « que J’ohonore ».
11 Nous cor­ri­geons « le Talé ».
12 Nous cor­ri­geons « n’aist ».
13 Nous cor­ri­geons « cest ».
14 Nous cor­ri­geons « des­toc ».
15 Nous cor­ri­geons « quelle ».
16 Nous cor­ri­geons « disje ».
17 Nous cor­ri­geons « Epi­di­daure ».
18 Nous cor­ri­geons « lœil ».
19 Nous cor­ri­geons « lair ».
20 Nous cor­ri­geons « quelles ».
21 Nous cor­ri­geons « argu­men­ter ».
22 Nous cor­ri­geons « et por­tez le nom », vers faux.
23 Nous cor­ri­geons « ces­tains ».
24 Pas de majus­cule dans le texte.
25 Nous cor­ri­geons « donne ».
26 Nous cor­ri­geons « leau ».
27 Nous cor­ri­geons « il se recree ».
28 Nous cor­ri­geons « larc ».
29 Pas de majus­cule dans le texte.
30 Nous cor­ri­geons « jai ».
31 Nous cor­ri­geons « cest ».
32 Nous cor­ri­geons « jai ».
33 Nous cor­ri­geons « m’escroiant ».
34 Nous cor­ri­geons « quelle ».
35 Nous cor­ri­geons « ces ».
36 Nous cor­ri­geons « l’armes ».
37 Nous cor­ri­geons « ni ».
38 Nous cor­ri­geons « tou­blie­rai »
39 Nous cor­ri­geons « receuille ».
40 Nous cor­ri­geons « futeurs ».
41 Nous cor­ri­geons « deca ».
42 Nous cor­ri­geons « ver­tu ».
43 Nous cor­ri­geons « taient ».
44 Cette leçon est peu pro­bable ; 1609, avec la même construc­tion, parle de « l’Uletif pois­son » : c’est notre pois­son-scie.
45 Nous cor­ri­geons « destre ».
46 Nous cor­ri­geons « l’argeur ».
47 Nous cor­ri­geons « lautre »
*
SOURCE : LE BOUQUET PRINTANIER DE PAUL CONTANT, D. P. A MONSIEUR DU LIGNERON MAUCLERC, GENTIL-HOMME POICTEVIN, Sei­gneur du Ligne­ron Mau­clerc, pres Aspre­mont sur Vie. [marque typo­gra­phique] A LA ROCHELLE, Par Haultin.1600.

En relation :

  • Cabi­net de Contant, Paul (1600–1628)

    Cabi­net par­tiel­le­ment décrit et ver­si­fié dans un poème de 1609 par Paul Contant lui-même, Le Jar­din, et Cabi­net poe­tique, ver­sion déve­lop­pée d’un pri­mi­tif Bou­quet prin­ta­nier (1600). Ce cabi­net est encore cité par Pierre Borel en 1649, vingt ans après la mort de son pro­prié­taire.