Cabinet de Chevalier, Nicolas (1712)

Second cabinet de Nicolas Chevalier, situé à Utrecht (1712).

Cet ouvrage, dont on lira ci-des­sous le long titre com­plet, cor­res­pond au deuxième cabi­net de curio­si­tés de Nico­las Che­va­lier, qui a quit­té Amster­dam pour s'établir à Utrecht, de 1703 à 1713. Il y a eu plu­sieurs édi­tions de cette nou­velle des­crip­tion, au gré de chan­ge­ments de dédi­ca­taires, peut-être mécènes, peut-être clients poten­tiels. Cette des­crip­tion en forme de visite gui­dée est sui­vie d'un Cata­logue de 878 articles que l'on trou­ve­ra en mode image dans notre Gale­rie, et d'une série de planches gra­vées que le texte ci-des­sous men­tionne, et que l'on consul­te­ra de façon sui­vie sous forme d'album direc­te­ment dans la Gale­rie d'images. Ces planches sont aus­si assor­ties d'un "Indice" des­crip­tif en trois langues, éga­le­ment consul­table dans la Gale­rie. Nico­las Che­va­lier a enfin joint aux gra­vures les images d'une col­lec­tion de mon­naies qu'il pos­sède en double exem­plaire et qu'il pro­pose à la vente.

 

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Recherche curieuse d’antiquités,Venuës d’Italie, de la Grece, d’Egypte, et trou­vées à Nimegue, à San­ten, au Châ­teau de Wil­ten­burg proche d’Utrecht, dans le Châ­teau de Brit­ten proche de Leyde, et à Tongres.Contenant.Plu­sieurs Bas-reliefs, Sta­tues de marbre et de Bronze ;Ins­crip­tions Antiques, Cou­loirs, Talis­mans, Lampes, Cuillers, Cuillers Lachry­males, Phioles Lachry­males, Urnes, Stiles pour écrire, Bra­ce­lets, Romaines, Bagues, Cachets, Cou­teau appel­lée Seces­pi­ta, Phiole appel­lée Gut­tus, Medailles antiques et modernes, Poids des Indes, Figures Chi­noises, en un très grand nombre d’Animaux et de Mine­raux, drogs curieus quatre Volumes de Plantes des Indes, d’Oeufs de plus de cent sortes d’Animaux, et autres curio­sites de dif­fe­rentes especes, que l’on voit dans la Chambre de Rare­tez de la Ville d’Utrecht sur le nou­veau Canal dans l’Amo­ni­tie-huys, proche de l’Ecole Latine, avec sa Des­crip­tion : Le tout mis en ordre par Nico­las Che­va­lier sui­vant l’Octroi que lui en ont fait nos Sei­gneurs les Etats de la Pro­vince d’Utrecht et le vené­rable Magis­trat de cette Ville.Enrichie d’un grand nom­breDe Figures en Taille douce.Par Nico­las Che­va­lier. A Utrecht,Chès Nico­las Che­va­lier, Mar­chand Libraire et Medailliste, où l’on trouve toutes sortes de Medailles modernes à vendre. Anno 1712.

A Son Excel­lence

Jean Gomes da Sil­va,

Comte de Tarou­ca

Sei­gneur des villes de Ratou­ca, de Lalim, de Laza­rim, de Penal­va, de Gul­far, et de leurs depen­dances, etc. Com­man­deur de Vil­la Cova, du Conseil de Sa Majes­té le Roi de Por­tu­gal, Mestre de Camp Gene­ral de ses armées et son ministre ple­ni­po­ten­tiaire au Congrés de Paix à Utrecht.

Mon­sei­gneur,

Je prens ici la liber­té de pre­sen­ter à Vôtre Excel­lentce mes Recherches d’Antiquitez, enri­chies de figures, et accom­pa­gnées du Cata­logue des pieces conte­nues dans ma Gale­rie d’Antiquitez. Cet ouvrage n’est pas encore dans toute sa per­fec­tion ; j’ai des­sein d’y joindre un second volume ; Mais comme cela demande bien du tems et de la dépence je n’ai pas cru devoir attendre davan­tage à per­sen­ter à Votre Excel­lence cette pre­miere par­tie.

Le favo­rable accueuil, Man­sei­gneur, dont il vous a plu m’honorer, semble m’avoir ouvert le che­min auprès de Votre Excel­lence pour lui pre­sen­ter ce petit ouvrage ; et ce qui m’y a encore le plus enhar­di, c’est la connois­sance que j’ai avec le Public du plai­sir et du goût que Votre Excel­lence trouve dans la Lit­te­ra­ture et dans les beaux arts. C’est une espece de suc­ces­sion et d’heritage, Mon­sei­gneur dans vôtre Illustre Mai­son, dont vous soû­te­nez si digne­ment l’éclat en toutes manieres, puisqu’au manî­ment déli­cat et dif­fi­cile des Nego­cia­tions publiques vous joi­gnez des Lumieres vives qui se répandent sur l’étude des sciences qui peuvent avoir le plus de rap­port avec une Nais­sance aus­si Illustre qu’est la vôtre. Je suis avec un très pro­fond res­pect,

Mon­sei­gneur,

de Votre Excel­lence,

Le très humble, et très obéis­sant ser­vi­teur,

Nico­las Che­va­lier.

Pré­face.

Nous ne voyons guere de per­sonnes, qui n’aient des incli­na­tions par­ti­cu­lieres pour quelque science. Les uns s’adonnant aux ins­tru­mens, les autres a la musique, et ain­si des autres sciences. Il est cer­trin que la connois­sance de ces sciences et des arts, a été, presque de tout tems l’objet de la curio­si­té des plus beaux Esprits. Il ne s’est aus­si guere pas­sé de siecles, que les savans n’aient fait un ramas de Medailles Antiques et Modernes, et d’antiquites, et d’autres curio­sites, et qu’ils n’ayent cher­ché aus­si les Pro­duc­tions de la nature, fai­sant de ces recherches leurs occu­pa­tions et leur delices les plus cheres. Aus­si faut il avouër que ces occu­pa­tions et par­ti­cu­lie­re­ment celle des Medailles, ont quelque chose de bien plus noble, que celles des autres siences. Par les Medailles, outre la vie les moeurs, et les actions des plus grands hommes, dont elles nous font un por­trait beau­coup plus vifes plus natu­rel que celui qui l’Histoire nous en peut don­ner, elles nous decouvrent encore plu­sieurs cir­cons­tances, que l’Histoire se sau­roit mettre ou jour, ou du moins faire voir a fond. On ne connoit jamais, bien les choses par la Des­crip­tion qu’on en fait, que par une image sen­sible laquelle étant expo­sée à nos yeux, nous donne le moyen de consi­de­rer ces mêmes choses telles qu’elles sont au natu­rel, et c’est l’avantage que les Medailles, ont par des­sus l’Histoire, quoique l’Histoire en soit le corps, par ce que les Medailles sont les preuves de toutes les His­toire. Il est vrai que l’Histoire nous est utile pour ser­vir de com­men­taire, pour expli­quer le sens des Medailles et des Ins­crip­tion mys­te­rieuses qui se mettent sur les Medailles, ce qui oblige la plus­part des curieux à joindre à leur Cabi­net une Biblio­teque.

Ne voyons nous pas, par ce qui regarde les pro­duc­tions de la nature que l’ont ne peut nier que toutes les Des­crip­tions que l’ont en fait tent fidelles quelles soient ne nous en donnent jamais une si par faite connois­sance, que la vûe, et l’examen qu’on en fait soi même, un object qui frape les sens fait une bien plus forte impres­sion sur les Esprits que la simple lec­teure. On void dans ce même object presque d’un coup d’oeil, tout ce qui ne peut être ren­fer­mé que dans des volumes entiers ; et cette vue donne des Idées beau­coup plus sen­sibles qu’un dis­cours éten­du, qui le plus sou­vent pour être d’un stile, ou trop dif­fus ou trop lan­guis­sant, ne fait qu’une pein­ture impar­faite des choses, et n’en laisse, apres tout, dans l’Esprit du Lec­teur, qu’une image ou fort confuse, ou fort legere cela joint, à mon incli­na­tion et à m’a pas­sion domi­nante m’a obli­gé de faire une recherche d’Antiquites et de tout ce que pro­duit la nature, sans epar­gnier ni m’a penne ni mes soins pour la per­fec­tion du des­sin que je me suis pro­po­sé pour l’étabissement de la Chambre de rare­téz, que je viens d’établir espe­rant avec le tems de la rendre plus curieuse afin de satis­faire les curieux qui viennent la visi­ter.

Avant que de finir ce dis­cours je crois qu’il est à pro­pos de faire une petite dis­ser­ta­tion sur une Medaille frap­pée au sujet de l’etablissement de cette Chambre.

D’un côté de la Medaille, on voit un Saturne, ou le temps, qui detruit des monu­mens Antiques des Sta­tues et des Ins­crip­tions avec sa faux Autour on lit cette Ins­crip­tion.

CUNCTA MIHI CEDUNT,

qui veut dire

Tout cede pour moy

dans l’Exergue

ERIGENTE ET DIRIGENTE NICOLAO CHEVALIERO ;

qui veut dire

Eri­gée et diri­gée par Nico­las Che­va­lier.

[gra­vure de l’avers et du revers de la médaille]

REVERS.

Vous voyes un Curieux qui creuse dans des Ruines avec une bêche, et qui y trouve des Sta­tues des Ins­crip­tions, des urnes rem­plies de Medailles ; que la dili­gence recoit qu’elle donne ensuite à gar­der à la Minerve d’Utrecht la quelle nous fait entendre nos Sei­gneurs les Etats et le vene­rable Magis­trat, par l’empressement quils ont d’orner leurs ville, dans toutes les occa­sions qui s’en pre­sentent, comme ils viennent de le faire paroites par la per­mis­sion de l’établissement de cette Chambre, et en ne cherchent que le bien et l’avancement de leurs sitoiens, ce qui nous est fort bien repre­sen­té pas les urnes d’abondances qui est ou des­sous de leurs armes, les quelles répandent avec influence toutes sortes de fuits. Au tour on lit cette autre Ins­crip­tion

DILIGENTIA VICTRIX TEMPORIS

qui veut dire

La dili­gence vic­to­rieuse du tems.

dans l’Exergue

EX AUCT : ORDD : ET CIV TRAII.

KAL MAI CI ЭI Э CCVII.

Qui veut dire.

Par l’ordre des Etats et du vene­rable Magis­trats d’Utrecht

le pre­mier de May 1708.

Des­crip­tion de la Chambre de Rare­tez de la ville d’Utrecht.

Cette Chambre est un vais­seau demi ovale, long de vingt-quatre pas, et large de seize. La face, où sont les fenêtres, qui donnent sur le Canal, est expo­sée au Nord, et l’autre face au Sud. Le bout, qui est ovale, est à l’Orient, et l’autre à l’Occident. Elle a trois grandes croi­sées.

Vous trou­vez sur la porte de la Chambre, avant que d’entrer, ces mots Latins, OCULIS SIT LICENTIA, PAX MANIBUS, qui font com­prendre que les yeux ont toute per­mis­sion, mais qu’il faut du repos pour les mains.

En entrant par la porte, qui est pla­cée envi­ron au milieu de la cloi­son, oppo­sée à trois Alcoves, vous avez à main gauche une petite Biblio­theque, laquelle consiste en neuf planches, qui contiennent tous livres choi­sis, sur-tout les Ouvrages des celebres Auteurs, anciens et modernes, qui ont trai­té des Medailles antiques et modernes, des Metaux, et d’autres matieres curieuses, et des Manus­crits. De la Biblio­theque vous venez à une des croi­sées, qui est ornée sur les deux côtez de Baro­metres, de Ther­mo­metres, de Medailles, et de plu­sieurs petites Galan­te­ries de verre, comme de Micro­scopes, d’un Globe ardent, d’un Ins­tru­ment Mecha­nique et Phy­sique pour mon­trer la dif­fe­rence de la pesan­teur des liqueurs, de Metaux, et plu­sieurs autres de dif­fe­rentes sortes.

Dans une Caisse vitrée posée devant cette fenêtre vous voyez plu­sieurs Manus­crits Chi­nois et Japo­nois, écrits sur des écorces d’arbre ; la mesure de la vraye Croix venuë de Jeru­sa­lem ; un Calen­drier Arabe, écrit sur du par­che­min, de dix pieds de long, et très rare ; un autre, qui est un des pre­miers Alma­nachs qui s’est fait depuis que les Bataves sont deve­nus Chrê­tiens du temps de Wille­brod ; un autre conte­nant un Rou­leau de quelques prieres Turques, et plu­sieurs Rou­leaux et Livres de figures Chi­noises ; une Fleche antique, que l’on peut voir dans la planche 35. figure 22 ; et plu­sieurs autres Curio­si­tez, que l’on pour­ra trou­ver dans le Cata­logue de ce que contient la Chambre. Entre cette fenêtre et l’autre on void plu­sieurs armes Indiennes propres pour les expe­di­tions de terre, avec d’autres Ins­tru­mens ser­vans à un canot du detroit Davis, et plu­sieurs armes à feu, et mas­suës, comme on ver­ra dans la planche 18. figure 89. Sur l’autre croi­sée au milieu pend la figure du Tom­beau de Maho­met, soû­te­nu par une pierre d’Aimant, comme on nous l’a vou­lu faire accroire, avec des Lampes. Sur les deux côtez il y a quatre colonnes de Medailles, des Tableaux de paille, d’autres écrits à la main, des Papiers cou­pez, des Pein­tures de minia­ture, et à l’huile, de très bon Maîtres. Entre l’autre croi­sée vous trou­vez un Pupitre, qui est atta­ché au mur. Au des­sus

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il y a six planches, sur les­quelles on a pla­cé plu­sieurs figures, (comme on le pour­ra voir dans la planche 28. figure 155. 158. et 160.) des Pierres avec des Ins­crip­tions, (comme on ver­ra dans la planche 6. fig. 1. planche 7. fig. 8. et toutes les figures, qui sont des­sus, planche 12. fig. 45. et 47.) des Urnes, des Lampes curieuses, et d’autres choses  de cette nature.

De là vous venez à la der­niere croi­sée, où l’on void sur chaque côté deux colonnes de Medailles et de Tableaux. Entre cette croi­sée et le pre­mier Alcove vous voyez un petit Cabi­net vitré, atta­ché au mur, dans lequel on void six belles Pyra­mides d’yvoire, d’un tra­vail fort deli­cat, et autres ouvrages de cette nature ; deux Oeufs, qui sont fer­rez cha­cun de deux fers de che­val. Sur le Cabi­net se voyent plu­sieurs figures. Au des­sous pendent trois Miroirs des Indes, comme ils sont gra­vez dans la planche 31. figure 193. 194. et I95. avec des carac­teres ; et plus bas il y a deux figures, posées cha­cune sur un pie­des­tal. La pre­miere est un Sphinx. Les Egyp­tiens l’ont dépeint comme un Monstre, moi­té femme, et moi­tié lion, ou oiseau (comme celui-ci nous est répré­sen­té) qui habi­toit dans les deserts et dans les rochers ; ces peuples pous­soient si loin leur super­sti­tion, qu’ils pré­ten­doient que cet Sphinx arrê­toit tous les pas­sans pour leur pro­po­ser des énigmes, (tel que celui-ci, Quel ani­mal c’étoit, qui mar­choit à quatre pieds au matin, à deux à midi, et à trois au soir, enten­dant par-là l’homme en ses trois âges) et qui met­toit en pieces ceux qui ne pou­voient devi­ner son énigme. Quelques uns plus spi­ri­tuels ont dit, que par cet Sphinx, par­tie femme, et par­tie oiseau, les Egyp­tiens desi­gnoient l’ame de l’homme, à laquelle ils don­noient une face humaine, parce que Dieu a fait l’homme, et qui ne peut être mieux com­pa­ré qu’au feu toû­jours agis­sant, comme on lui void sur la tête une flamme.

La seconde figure est la Deesse Isis, qui nous est répré­sen­tée allai­tant son fils Horus, ou le jeune Har­po­crate, à cause de ses grandes oreilles. Cette Deesse étoit en si grande vene­ra­tion par­mi les Egyp­tiens, qu’elle pas­soit pour la mere de toutes les choses sub­lu­naires, qu’elle conte­noit en soi les prin­cipes de toutes les gene­ra­tions, et four­nis­soit les ali­mens aux êtres créez. Elle étoit depeinte pour cette rai­son avec plu­sieurs mam­melles, telle que nous l’avons, et que nous vous la don­ne­rons dans son ordre et place.

Ensuite vous venez au pre­mier Alcove du Cabi­net. Sur vôtre gauche vous trou­vez la figure du Dieu Osi­ris, sur un pie­des­tal. Il étoit un des prin­ci­paux Dieux de l’Egypte. L’on pré­tend que c’est le même qu’Apis, ou Sera­pis, qui a fait beau­coup de bien aux Egyp­tiens. Il s’en trouve très grand nombre de terre cuite, telle qu’est celle-ci. Ils sont fort com­muns,

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et on les trouve d’ordinaire dans les corps des Mumies, qu’ils rem­plis­soient de leurs Idoles, pour les pré­ser­ver des insultes des Demons, et de la cor­rup­tion. Les Hie­ro­gly­phiques, qui y sont d’ordinaire répré­sen­tez des­sus, contiennent des éloges, qu’ils don­noient à ce Dieu, et qu’ils lui addres­soient. Ils por­toient d’ordinaire des fouëts dans les mains, pour signi­fier, qu’Osiris étoit le Soleil, auquel on donne des fouëts pour conduire ses che­vaux. A l’autre côté se void la figure d’une Ves­tale, avec son pot, où elle gar­doit le feu, qui étoit consa­cré ; si elle avoit le mal­heur de le lais­ser éteindre, on la fai­soit mou­rir. Au milieu vous avez un Cabi­net, sur lequel on doit faire peindre, quand il est fer­mé, les sciences et les arts qui s’occupent à la fabrique des Medailles et des autres monu­mens, sur les­quels on grave les actions des hommes illustres, pour en conser­ver la memoire. Cela nous est répré­sen­té en forme d’une Medaille, autour de laquelle on lit ces paroles,

SINGULARIS IN SINGULIS,

IN OMNIBUS UNICUS,

Ce qui signi­fie en Fran­çois, Seul dans chaque chose, et unique en tout. Sur le pie­des­tal on lit cette autre Ins­crip­tion,

REPOSITORIUM NUMISMATUM AC INSTRUMENTUM AD EA SIGNANDA

PERTINENTIUM,

Ce qui signi­fie en Fran­çois, Cabi­net qui ren­ferme des Medailles et les ins­tru­mens dont on se sert pour leur fabrique. Sur le Cabi­net se void le Buste du Roi Guillaume III. et de la Reine Marie ; au milieu une croupe de marbre de l’enlevement des Sabines, comme on la peut voir dans la planche 19. figure 94. Quand ce Cabi­net est ouvert,on y void peint un Balan­cier et un Mou­ton pour frap­per les Medailles. Sur l’un des côtéz des portes paroit à droite la fable de cet homme qui fai­soit tous les jours des prieres et des sacri­fices à son Idole, dans l’esperance d’en rece­voir du secours, et qui se fâchant enfin de n’en rien obte­nir, la bri­sa avec un levier, et y trou­va un thre­sor, qui le recom­pen­sa du culte qu’il avoit ren­du inuti­le­ment à son Dieu de bois. Sur l’autre côté paroit l’Histoire, à qui l’on pré­sente des Medailles, des Vases, des Urnes, et d’autres Pieces antiques, dont on a fait la decou­verte. Ce Cabi­net ren­ferme les coins à frap­per les Medailles, avec quelques tiroirs de Medailles modernes, et l’Histoire Metal­lique de Louïs XIV. Entre ce Cabi­net et le grand Alcove, vous voyez sur un pie­des­tal le Buste de Diane, à côté une Urne très belle appel­lée Pha­leces, où les anciens Romains met­toient leurs huiles, comme on pour­ra la voir dans la planche 13. Au des­sus se void une Hor­loge, qui marche sur une planche, qui va en pen­chant ; quand elle est en bas, on n’a qu’à la remettre en haut.

De là vous venez au grand Cabi­net , qui est pla­cé dans une Alcove. Il est peint en gri­saille pour l’expedition de la deli­vrance de l’Angleterre. Il est sepa­ré en sept Par­ties, dont les quatre plus grandes, qui forment les quatre coins, contiennent l’Histoire Metal­lique de Hol­lande. Sur les deux côtéz sont des Medailles antiques, de bronze et d’argent. Dans le milieu il y a une espece de petit Cabi­net, qui ren­ferme l’Histoire Metal­lique du Roi Guillaume III. et de la Reine Anne. Au des­sous dans le pie­des­tal il y a deux tiroirs conte­nans quelques coquilles curieuses ; et plus bas, dans une car­touche, se lit cette Ins­crip­tion,

INVEN. EXSTRUX. ORN.

NICOLAUS CHEVALIER

OLYMPIAD. D. CXVII. ANNI

AB URB. COND. M. M. CCCC. XXXXIII.

SAL. D. DC. XCI.

Sur le Cabi­net se void un Atlas, qui a à ses deux côtez Demo­crite et Hera­clite, l’un pleu­rant les folies

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du monde, et l’autre s’en riant. Demo­crite étoit fils du puis­sant Hege­sis­trate, homme si riche, qu’il don­na à man­ger avec une magni­fi­cence sur­pre­nante à Xerxès et à toute son armée. Ce Phi­lo­sophe cou­rut le monde pour apprendre les Sciences, et étant de retour en son pays il se reti­ra dans un jar­din, afin de s’appliquer à la Connois­sance des secrets de la Nature, et pour n’en être point detour­né il se ren­dit aveugle, se brû­lant les yeux en regar­dant fixe­ment dans un bas­sin d’airain enflam­mé. Il mou­rut âgé de 109. ans. Nous lisons néan­moins dans L’Apologetique de Ter­tul­lien, que ce grand Natu­ra­liste se fit perdre la vûe pour ne plus voir de femmes, parce qu’il les aimoit trop.

Au des­sus du Cabi­net, dans le fonds de l’Alcove, se voyent dans un cercle les douze Empe­reurs Romains en buste, et des­sous chaque buste leurs Medailles, et dans le milieu des dits bustes se void une Sphere, et dans le milieu des six bustes un Globe ter­restre et celeste. Des­sus l’Alcove se void Her­cule vain­quant le geant Cacus. Sur les deux côtez se voyent deux Pyra­mides de verre très belles, à trois faces, qui sont un Baro­metre et un Ther­mo­metre. Sur une des colonnes de l’Alcove, à gauche, se void un Gla­dia­teur. Il y en avoit de plu­sieurs sortes. Les uns étoient condam­nez à com­batre au milieu de l’arene, qui étoit faite exprès, où le peuple pou­voit voir les com­bats : d’autres étoient pré­ci­pi­tez dans des lieux, où ils ren­con­troient plu­sieurs bêtes feroces, qui les met­toient en pieces, ou ils étoient englou­tis par des feux, qui les consu­moient. Ceux-là étoient appel­lez Gla­dia­tores peg­ma­tis, à cause qu’ils com­bat­toient in peg­mate, seu construc­to tabu­la­to. A ces sortes de spec­tacles il per­is­soit fort sou­vent beau­coup de peuple, à cause que la grande quan­ti­té de gens fai­soit rompre l’Amphitheatre, sur lequel ils étoient pla­cez.

Sur l’autre colonne se void Her­cule, qui sur­monte Briances Mau­ri­tain. Au des­sous sur les colonnes se voyent plu­sieurs Medailles curieuses. Devant on void la figure de Pal­las sur un pie­des­tal, et à l’autre la figure de Mars. Au des­sus de l’Alcove il y a trois planches, qui forment un cercle, sur lequel se voyent plu­sieurs figures, une Lan­terne magique, des Cornes de rhi­no­ce­ros, des Vases, le Buste de Guillaume I., un Tym­pa­num Chi­nois, et plu­sieurs Bustes, et Fon­taines. Au des­sous l’on void le Por­trait de leurs Altesses Sere­nis­simes l’Electeur Pala­tin, et Madame l’Electrice, dont ils m’ont hono­ré, et au milieu un autre beau Tableau d’un très bon Maître.

A côté de l’Alcove il y a encore une Urne pareille à celle que nous vous avons expli­qué ci-des­sus. Ensuite vous avez le Buste de Venus Greque. De là vous venez au troi­sieme Alcove. A côté gauche vous voyez la figure d’Harpocrate, posée sur un pie­des­tal. Cette figure est assès sin­gu­liere, à cause qu’elle ne nous est point répré­sen­tée comme un enfant à l’ordinaire, mais comme un homme fait. Elle a au côté droit une grande oreille, en forme d’une corne, qui lui tombe jusque sur les épaules. Elle porte sur la tête une mitre à l’antique. Elle a les doigts sur la bouche, pour marque du silence, qu’on doit gar­der, après avoir reçû les secrets par une grande oreille, c’est-à-dire, avec atten­tion, comme dit fort bien Ovide,

Quique pre­mit vocem, digi­toque silen­tia sua­det.

A l’autre côté vous avez un autre Har­po­crate, qui étoit le même que Horus par­mi les Egyp­tiens. Il étoit recon­nu pour le Dieu du silence, en signe dequoi il avoit les doigts sur la bouche. Ces peuples ont dit une infi­ni­té de choses mys­te­rieuses de ce Dieu. Le celebre Mon­sieur Cuper, Depu­té aux Etats Gene­raux, en a fait, il y a quelques années, un Livre entier. Ce sça­vant homme croid que cet Har­po­crate, ou Horus, étoit fils d’Isis et d’Osiris, et qu’il étoit pris pour le Soleil levant. Sur le Cabi­net vous voyez le Buste de

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Bri­tan­ni­cus, de marbre blanc, avec deux Urnes sur ses deux côtez. Un peu plus bas vous voyez deux autres figures de Cybele, ou d’Isis. Cybele est connuë par­mi les Romains, et Isis par­mi les Egyp­tiens. Nous vous en avons dit quelque chose ci-des­sus sur celle qui allaite son fils Horus, qui étoit pris pour le Soleil levant, à cause de la flamme, qui paroit sur la tête de sa mere, et l’herbe Lotus, qui croit dans le Nil. Elle a au milieu une grosse tête, comme un pavot. Ces deux-ci sont d’une autre forme ; elles ont une cou­ronne de tours sur la tête, avec un grand voile, qui leur pend sur les épaules. Deux Sphinx, qui étoient le sym­bole de la pru­dence, tiennent un fes­ton, qui lui embrasse la gorge, sur laquelle elle a un Can­cer. Des­sous ces fes­tons vous y voyez une ving­taine de mam­melles, qui nous denotent, qu’elle étoit la Deesse de la Terre et du Ciel. Des­sous ces mam­melles se voyent cinq Bas-reliefs. Le pre­mier nous la fait voir avec plu­sieurs ani­maux, à qui elle tend les bras, et à ses pieds sont deux Lions, qui nous marquent ses amours furieuses, qu’elle avoit pour Atys. Dans le second on void un Cerf, un Boeuf, et une Biche, qui se reposent à l’ombre d’un chêne, qui est ordi­nai­re­ment consa­cré à Jupi­ter. Le troi­sieme est un sacri­fice. Le qua­trieme contient plu­sieurs Insectes, et deux Dau­phins. Le Dau­phin est le sym­bole des XV. viri depu­tez pour gar­der ses oracles, et pour les consul­ter. Le cin­quieme est aus­si rem­pli d’Insectes et de Ser­pens, sym­bole de la pru­dence. Elle tient de la main droite un Crois­sant, et de l’autre un Globe. Tous ces types sont sin­gu­liers et mys­te­rieux, et nous denotent, qu’elle est la mere de toutes choses. Sur le pie­des­tal se lit cette Ins­crip­tion Greque, ΦΥCIC ΠΑΝΑΙΟΛΟC. La seconde est la même figure, avec d’autres Hie­ro­gly­phiques du Ciel et de la Terre. On lit à ses pieds cette autre Ins­crip­tion Greque, ΦΥCIC ΠΑΝΑΙΟΛΟC ΠΑΝT. MHT. Les Grecs l’appelloient IO, les Egyp­tiens Isis, et les Romains Cybele, sça­voir la Terre, ou la Nature. Les Egyp­tiens l’ont mariée avec Osi­ris, comme nous l’avons deja dit, à cause qu’il étoit le Soleil, pour la rendre plus feconde et la mere de toutes les pro­duc­tions, qui se forment en son sein, comme nous le disent fort bien Plu­tarque et Apu­lée. Isis (dit Apu­lée) rerum natu­ra parens, omnium ele­men­to­rum domi­na. Macrobe nous dit aus­si, nec in occul­to est, neque aliud esse Osi­rim quam Solem, nec Isin aliud esse quam Ter­ram, (ut dixi­mus) Natu­ramve rerum. Elle étoit ado­rée par-tout, et elle étoit la Deesse tute­laire de la ville de Paris, durant le Paga­nisme. Ste Gene­vieve pour­roit bien avoir pris sa place, puisqu’elle est à pré­sent la Sainte tute­laire de cette même ville. Elle étoit répré­sen­tée sous dif­fe­rentes figures, comme j’en ai de plu­sieurs sortes. Sui­vant les endroits, on l’appelloit Mere de Dieux, comme Tel­lus, Ops, Pro­ser­pi­na, Isis, Cybele, Rhea, Pan­do­ra, Bere­cyn­thia, Phi­lene, Din­dy­mene, et Pes­si­nun­ti­ca. Elle étoit fille de Pro­to­gone, qui signi­fie le pre­mier né. L’on pré­tend qu’elle étoit une Reine d’Egypte, et qu’elle regnoit avec le Roi Osi­ris, au temps des pre­miers Israë­lites. Tacite nous l’insinuë Hist. lib. V. par ces mots, Regnante Iside, exun­dan­tem per AEgyp­tum mul­ti­tu­di­nem Judaeo­rum in proxi­mas ter­ras exo­ne­ra­tam ferunt. L’on pré­tend qu’elle étoit une Deesse d’un très grand esprit et d’un grand cou­rage pour entre­prendre les choses les plus dif­fi­ciles. Elle fit construire un vais­seau pour voya­ger, dans lequel elle alla jusque dans les pays les plus éloi­gnez et les plus bar­bares, comme les Gaules, l’Allemagne, et la Suabe. Tacite nous dit encore, qu’elle y pene­tra, et que n’y ayant ren­con­tré que des peuples fort gros­siers et fort sau­vages, elle leur apprit à culti­ver la terre, et à y semer du bled. Elle fut en si grande vene­ra­tion par­mi ces peuples de la Suabe, qu’ils crurent, que c’étoit la Deesse de la Terre, à

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qui ils étoient rede­vables de leur avoir appris l’agriculture et l’exercice d’une Reli­gion, qu’ils avoient jusqu’alors igno­rée. Voi­ci les paroles lib. de Mori­bus Ger­ma­no­rum : Pars Sue­vo­rum et Isi­di sacri­fi­cat. Unde caus­sa et ori­go per­egri­no sacro, parum com­pe­ri, nisi quod signum ipsum in modum libur­nae figu­ra­tum docet advec­tam reli­gio­nem. Ce même His­to­rien remarque encore, que les Alle­mans de la Suabe l’adoroient sous la forme d’un vais­seau, en memoire de celui qui l’avoit appor­tée dans leur pays. Nous avons des Medailles de Julien l’Apostat, où on la void dans un vais­seau. Il se void des figures, qui portent un vais­seau sur la main ; ce qui fait dire à Dio­dore, et à Apu­lée, qu’elle pré­si­doit en mer ; et Apu­lée lui fait dire, Navi­ga­bi­li jam pela­go, rudem dedi­cantes cari­nam, pri­mi­tias com­mea­tus libant mei Sacer­dotes ; comme si elle avoit trou­vé la pre­miere l’art de navi­ger, ou au moins de se ser­vir de voiles. Au des­sous se void la tête d’un Dro­ma­daire. Ce Cabi­net ne ren­ferme que des Medailles antiques.

Un peu plus loin vous trou­vez la figure du Dieu Anu­bis. L’on répré­sente toû­jours ce Dieu avec une tête de Chien. Il étoit ado­ré des Egyp­tiens sous cette figure. Nous voyons que Vir­gile vers la fin du VIII. livre de son Eneide l’appelloit latra­tor Anu­bis. Il y avoit une ville, où il étoit en très grande vene­ra­tion, laquelle étoit pour cette rai­son appel­lée Cyno­po­lis, ou la Ville des Chiens. Les anciens Romains l’honoroient sous le nom de Mer­cure. Ils le répré­sen­toient, comme les Egyp­tiens, tenant en sa main gauche un Cadu­cée et en sa droite une Palme. Apu­lée rap­porte, que les peuples Orien­taux le pei­gnoient avec la tête d’un Chien, sur leurs Mumies et sur leurs Pyra­mides, pour mar­quer la sub­ti­li­té de Mer­cure, d’autant qu’il n’y a pas d’animal plus adroit et plus agile que le Chien. Dio­dore de Sicile apporte une rai­son de cela, qui me paroit plus vrai-sem­blable, quand il nous dit, qu’Anubis accom­pa­gna son pere Osi­ris à l’armée, où il don­na de si grandes preuves de sa valeur et de son grand cou­rage, qu’on le mit après sa mort au nombre des Dieux, et qu’on le pei­gnit avec une tête de Chien, sym­bole de la fide­li­té, parce qu’à l’armée il por­toit pour enseigne cet ani­mal, et que les Egyp­tiens l’honorent sous cette figure, pour don­ner à entendre, qu’il avoit été le fidèle Gar­dien de son pere. Ter­tul­lien en fait men­tion dans le chap. VIII. de son Apo­lo­ge­tique. Il le nomme Cyno­ce­pha­los, à cause de sa tête de Chien. Et St. Augus­tin rap­porte dans le chap. XIV. du II. livre de la Cité de Dieu, que les Romains l’avoient recon­nu pour Dieu, disant, que Plu­ton meri­toit bien d’être pré­fe­ré à Priape et à Anu­bis. Voi­ci comme il le rap­porte  : Certe vel Pria­po, vel ali­cui Cyno­ce­pha­lo, post­re­mo vel Febri, quae Roma­ni numi­na par­tim per­egri­na rece­pe­runt, par­tim sua pro­pria sacra­ve­runt. Lucain est aus­si du même sen­ti­ment ; ce qui fit, que Sedu­lius Prêtre se moc­quoit des anciens Romains, de ce qu’ils ado­roient des Dieux, qu’ils fabri­quoient eux-mêmes. A côté de ces Dieux vous voyez la figure de Ves­pa­sien, de marbre, entiere, qui tient de sa main gauche le bâton de com­man­de­ment, et de l’autre il semble qu’il la veut poser sur un Tro­phée de toutes sortes d’utensiles, dont on se sert dans les sacri­fices. C’est une très belle figure. Au des­sus, entre ces deux figures, vous avez un Bas-relief très beau, de marbre, de la chute de la Manne dans le desert en faveur des Israë­lites, et sur le côté l’armure du pois­son appel­lé Pris­tis ou Ser­ra. Au des­sus se void un Bas­sin de verre bleuatre, qui a été trou­vé dans la mai­son de Brit­ten, et plus haut vous avez la peau d’un Man­da­rin.

De là vous venez au qua­trieme Alcove, dans laquelle vous trou­vez sept planches emplies de figures, d’Urnes (comme vous le ver­rez dans la planche 7 figure 10. 11. 12. dans la planche 13. figure 53. et dans la planche 15. figure 65. 67. 69. 70. et 71. ) d’un

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Cou­loir, et de Vases antiques, dans les­quels on conser­voit l’encens et les drogues pour par­fu­mer les entrailles des bêtes, qu’ils vou­loient consca­crer. Vous y voyez des Roses de Jeri­cho, des Mouches des Indes, plu­sieurs Pois­sons curieux, et des Pommes de la mon­tagne du Liban. Vous y voyez une figure de Venus, avec celle de Junon, qui est gra­vée dans la planche 23. figure 115 . Il me semble, que celle-ci, sui­vant sa figure, est celle qui pré­si­doit aux nôces, sous le nom de Juno Pro­nu­ba, à cause qu’elle étoit enve­lop­pée presque à demi corps d’un grand voile, qu’on appel­loit Flam­meum. Cette figure est de marbre de Corinthe, très rare. Vous avez plu­sieurs Vases, qu’ils appel­loient Prae­fe­ri­cu­la, qui ser­voient dans les sacri­fices. On la trouve dans la planche 12. figure 46 . Vous avez encore deux belles figures de marbre, dont l’une répré­sente Rome assise sur un Tro­phée, et l’autre répré­sente la Deesse Salus, très belle. Vous voyez le Buste de marbre d’une figure incon­nuë, et vous avez ensuite une autre figure très rare, de marbre de Corinthe, des trois Graces, qui se tiennent par la main, et qui ren­ferment un poteau der­riere elles. Les Poëtes les font filles de Jupi­ter et d’Eurynome, et d’autres disent qu’elles doivent leur nais­sance à ce Monarque des Dieux et à Venus. Les Grecs nomment ces trois Deesses Cha­rites, dont la pre­miere s’appelloit Aglae, qui signi­fie Joye, la seconde Euphro­syne, qui veut dire Gaye­té, et la troi­sieme Tha­lia, qui signi­fie Beau­té et Bonne grace. Elles sont au nombre de trois, pour don­ner à connoître, que pour un plai­sir il faut en rendre deux, et c’est ce que les Peintres et les Sculp­teurs nous veulent faire entendre, lorsqu’ils peignent une de ces Graces tour­nant le dos, et les deux autres mon­trans leurs visages. La pre­miere signi­fie le plai­sir qu’on a fait, la seconde celui que l’on reçoit, et la troi­sieme celui qu’on rend. Elles sont auu­si répré­sen­tées nuës, jeunes, ayans le visage riant, et se tenans la main, pour nous apprendre, qu’il faut obli­ger ses amis avec sin­ce­ri­té et sans aucune dis­si­mu­la­tion, que la memoire des bien­faits ne doit jamais vieillir, et qu’elles doivent être accom­pa­gnées de la joye, et se suivre les unes les autres par un enchai­ne­ment per­pe­tuel. Lorsque les Poëtes mettent les Graces en com­pa­gnie de Venus, ils les consi­derent comme les Deesses de la beau­té et de la bonne grace. La pre­miere (à ce qu’ils disent) reside dans les yeux, qu’elle rend fins et brillans ; la seconde a son siege sur la bouche, qu’elle embel­lit, et sur la langue, à qui elle donne tous les charmes de la dou­ceur ; et la troi­sieme fait sa demeure dans le coeur, qu’elle rem­plit de ten­dresse et de beau­té. Ils les font aus­si com­pagnes des Muses et de Mer­cure, Dieu de l’Eloquence. Vous les voyez dans la planche 22 . figure 111.

A côté se void en bronze la figure de St. Jean. Au des­sus deux Cupi­dons de marbre, à demi nuds ; plu­sieurs figures d’Isis, avec des carac­tères Hie­ro­gly­phiques ; deux Lampes, une de la figure d’un Chien, qui étoit d’ordinaire consa­cré à Diane, et l’autre la figure d’Arion, qui se sauve sur un Dau­phin. Vous les voyez dans la planche 18. fig. 86. Vous voyez deux Dieux marins, un de bronze, et l’autre de marbre. On donne à celui de bronze trois noms, sça­voir Meli­cer­ta, Palae­mon, et Por­tum­nus ; il nous est répré­sen­té cou­ché sur une natte d’eau ; sa figure en Dieu marin. Celui de marbre tient un gou­ver­nail ; on le répré­sen­toit aus­si sous la figure d’un enfant assis sur un Dau­phin ; ceux-là nous marquent les Jeux Isth­miques, qui furent ins­ti­tuez par Sisyphe, à l’honneur de Meli­certe. L’un répré­sente le Tibre, et l’autre l’Euphrate. L’on void deux Ibis, que l’on pré­tend ne se trou­ver qu’en Egypte, où ils sont en très grande quan­ti­té, detrui­sans les troupes des Ser­pens ailez, qui y viennent des deserts de l’Arabie. Quand ils sont malades, ils vont à la mer, et se donnent eux-mêmes un

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clys­tere. On pré­tend que c’est de là qu’est venu l’usage du clys­tere. L’Ibis étoit consa­crée à la Lune, comme Elien nous l’apprend au liv. 2. chap. 38 des Ani­maux ; et comme Isis étoit la Lune, (à ce que nous rap­porte Plu­tarque entre autres pag. 372. et 377. de son Trai­té d’Isis) il faut conjec­tu­rer de là que cet oiseau a été aus­si consa­cré à cette Deesse. Le même Elien au liv. 10. chap 29. dit, que l’Ibis étoit aimée de Mer­cure. Mar­tia­nus Capel­la la met aus­si entre les marque ou les insi­gnia ou argu­men­ta de ce Dieu au liv. 2. pag. 42. Et Pla­ton dans son Phedre pag. 240. nous apprend, qu’elle étoit dediée par les Egyp­tiens au Dieu Teuth, qui étoit le même que Mer­cure, à ce que Cice­ron au liv. 3. de la Nature des Dieux et Eusebe pag. 219. de la Pré­pa­ra­tion Evan­ge­lique le temoignent. Voyez la planche 18. fig. 90. L’on void un Terme d’un Satyre, la figure de Cybele, de Nep­tune, de Cerès, qui étoit fille de Saturne et d’Ops, la figure de Minerve, de Diane, d’Esculape, Dieu de la san­té. C’est lui le pre­mier qui a trou­vé le che­min aux hommes pour la Mede­cine et qui l’a mise en pra­tique. Le Ser­pent lui a été consa­cré, sym­bole de la pru­dence, comme il en faut avoir beau­coup pour la pra­tique de la Mede­cine. Il cher­cha inuti­le­ment pour sça­voir les moyens de se rajeu­nir. Ensuite vous voyez la figure de la San­té, de Saturne, d’un petit Har­po­crate, et de la Deesse Ange­rone, que les anciens Romains reve­roient comme la Deesse tute­laire du silence, de même qu’Harpocrate ; plus la figure d’un Sacri­fi­ca­teur ou Prêtre Egyp­tien, plu­sieurs Kannes de la Com­tesse Jaco­ba, une figure extra­or­di­naire d’une femme, qui se bouche la bouche d’une main, et de l’autre son der­riere. Sur la der­niere planche se void la figure du Buste de la Reine Arte­mise, qui est posée au milieu de la planche ; on la nomme la Reine des femmes, parce qu’il n’y en a point eu qui ait aimé son mari avec autant de ten­dresse qu’elle che­ris­soit le sien. Elle étoit Reine de Carie, et femme de Mau­sole. Après la mort de ce Prince elle lui fit éle­ver un tom­beau si magni­fique et enri­chi de tant d’ornemens, qu’il a pas­sé pour une des sept Mer­veilles du monde. Depuis ce temps-là tous les monu­mens de cette nature ont été appel­lez Mau­so­lées. L’Histoire nous rap­porte, que cette Reine ava­la les cendres de son mari, après les avoir mêlées dans du vin, et qu’elle éta­blit pour les Sça­vans, qui tra­vaille­roient à l’éloge de ce Roi, un prix, qui fut rem­por­té par Theo­pompe. Vous en voyez la figure dans la planche 19. fig. 96.

Sur le côté de cette Alcove vous voyez sur un pie­des­tal la Jus­tice. Entre cette Alcove vous voyez sur une Tablette, atta­chée au mur, cinq planches ; au des­sous se void un Bas-relief de Cice­ron, de marbre, très rare. A côté vous avez un petit Cabi­net vitré, dans lequel on void deux bras d’une veri­table Mumie, enve­lop­pée de ses linges odo­ri­fe­rans ; plus un pied, et une main, avec plu­sieurs doigts de Mumies, et la figure de la Mon­tagne des sables mou­vans de l’Arabie. Voyez la planche 31. fig. 191. et 192. Et sur une petite planche se void la pierre Amian­thus. C’étoit de cette pierre que les anciens Romains tiroient leur filasse pour faire leur linge incom­bus­tible. Vous voyez cette filasse et le linge dans le même Cabi­net ; il y a aus­si du pain du pays de Lapland. Sur ce Cabi­net vous voyez un More d’yvoire, qui est cou­ché sur un tom­beau, sur lequel on lit, MEMENTO MORI. A côté de ce Cabi­net on a un Tableau du juge­ment de Paris.

Sur la pre­miere planche de la Tablette se voyent plu­sieurs figures, des Urnes, l’épreuve d’un Cor­don­nier des Indes, qui est un escar­pin très curieux. Sur la seconde on trouve des Vases, des Phioles lachry­males de metal, la figure de Phoe­bus, des Vases de terre sigil­lée, la figure de Mars, une Ves­tale, un Cochon de metal, et un petit Cupi­don. La troi­sieme contient de très beaux Vases de terre rouge, trou­vez

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dans le Châ­teau de Brit­ten, proche de Leide. (Voyez la planche 6. fig. 2) Plus neuf figures de Sau­teurs Chi­nois, très curieux, de bronze, et de bois. Sur la qua­trieme planche il y a douze Pyra­mides de mine­raux avec un homme au des­sus, de dif­fe­rentes façons, comme ils tra­vaillent dans les mines. Elles sont entre­mê­lées de plu­sieurs Phioles ; dans une se voyent un Cha­me­leon, une Main d’un enfant, un Pois­son volant ; deux autres contiennent la figure d’un Alcyon mâle et femelle. Sur la cin­quieme planche se void la figure de Sca­ra­mouche, de verre, très bien faite ; plus trois figures de Prêtres du Japon, et d’un gueux, trois Bou­teilles, où se voyent plu­sieurs Ser­pens des Indes conser­vez dans de l’esprit de vin ; une autre, où se void un mor­ceau du lard d’une petite Baleine, qui fut prise dans le Zuy­der-zee, que j’ai cou­pé moi-même ; une autre d’une Cou­leuvre des Indes, d’une Hage­disch, d’une autre sorte de Cha­me­leon. A côté se void la figure d’un Arle­quin de verre. Au des­sus de ces planches se voyent deux Tableaux de fleurs peints par Monsr. Scho­vill, Cha­noine de St Denis à Liege. Au milieu un Tableau de Gala­tée assise sur un Dau­phin. Sur le côté gauche de la tablette se void atta­chée au mur une San­dale ancienne, une Dent d’élephant, une Ruche de mouches de Suri­nam très curieuse, un Bras­se­let d’yvoire des Indes. A l’autre côté une Cou­ronne faite de pieces de bois enchas­sées l’une dans l’autre, de sorte qu’il n’y a que la der­niere piece qui les lie toutes ensemble, une autre Ruche de mouches, un autre Bras­se­let, deux Machines, sur les­quelles les Chi­nois comptent d’une très grande vitesse. Au des­sous, sur le plan­cher, sur un pie­des­tal, se void une Bac­cha­nale de Bac­chus, très curieuse ; au côté se void la figure d’une Matrone de Rome, de marbre.

Ensuite vous venez au cin­quieme Alcove, qui est rem­pli de 8. planches gar­nies d’Urnes, d’Amphores, de Pre­fe­ri­cules. (Voyez la planche 14. fig. 60. 61. 63 et 64. planche 12. fig. 42. et 44. planche 15. fig. 66. sur une on lit des­sus LIVIA) de Vases, où ils conser­voient l’encens et autres drogues pour par­fu­mer les entrailles des bêtes, qu’ils consa­croient ; d’autres, dans les­quels ils met­toient l’eau lus­trale ; d’autres de metal d’une mesure, sur laquelle on lit cette Ins­crip­tion,

IMP. CAESARE. L. SEPTIMO

SEVERO. COS.…..

MENSURAE EXACTAE

IN CAPITOLIO.

Voyez la planche 9. fig. 19. Il pend après la pre­miere planche d’enbas plu­sieurs curio­si­tez. Vous voyez la figure d’Hercule en trois façons  ; (vous en ver­rez une dans la planche 23. fig. 113 ) un Mer­cure très rare, qui n’est pas encore connu dans aucun Auteur ; un Jupi­ter, tenant ses foudres de la main droite, et de l’autre la figure d’une Sup­pliante, et au des­sus la figure du Des­tin, qui tient un mar­teau avec un cloud, aus­si très rare ; un Auguste, qui est debout sur un globe ; un Consul Romain ; deux figures Gothiques ; (Vous en ver­rez une dans la planche 31. fig. 184 ) deux Miroirs ardens ; deux figures de femmes, qui se peignent d’une main, et qui tiennent de l’autre un miroir ; une figure d’une Mumie de terre  ; plu­sieurs Cachets de terre ; (comme on les pour­ra voir dans la planche 26. figures 136. 138. et 139. planche 27. fig. 145. jusques à 153. inclu­si­ve­ment) des Gla­dia­teurs ; la figure d’un homme avec une grande barbe, qui a des ailes à ses oreilles, qui pour­roit bien être le Temps, comme nous l’a fort bien decrit Monsr. Cuper dans son Apo­theose d’Homere, et dans son Har­po­crate, que ces deux choses sont des signes de ces Divi­ni­tez Payennes ; plus la figure de Mars, trou­vée à Nimegue ; (Voyez la planche 28. fig. 162. ) plus un petit Atlas de metal, avec un globe ; deux Pierres de por­phyre, dont les cou­leurs forment un globe natu­rel ; un Cupi­don prêt

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à deco­cher sa fleche ; trois autres Cupi­dons ; deux figures du Phi­lo­sophe Confu­cius ; (Voyez la planche 25. fig. 124. ) la figure d’un Phi­lo­sophe ; un très beau Vase de marbre, appe­lé Pré­fe­ri­cule ; un Autel Chi­nois de la figure du Des­tin ; deux Lampes extra­or­di­naires ; la figure de Venus, qui tient la pomme, que Paris lui don­na ; le Dieu Canope ; deux Lampes de la figure d’un Sphinx. (Voyez la planche 18. fig. 91. ) Quoique je vous aye deja par­lé du Sphinx, je ne lais­se­rai pas d’en tou­cher un petit mot en pas­sant, à cause de la rare­té de la Lampe. Nous vous avons rap­por­té, com­ment il étoit fait. Les Egyp­tiens lui font rendre des Oracles, parce qu’ils étoient abu­sez par leurs Prêtres, qui fai­soient rendre l’Oracle à un Sphinx mons­trueux, qui étoit proche de la rive du Nil et de la grande Pyra­mide ; ils avoient creu­sé un trou par des­sous ce Sphinx, où il étoit pla­cé, qui abou­tis­soit au ventre et à la tête, et où le Prêtre étant pla­cé par des­sous ren­doit reponse à ceux qui venoient consul­ter l’Oracle, contre­fai­sant une très grosse voix, qui s’augmentoit dans la conca­vi­té inter­ieure de cette figure, et qui ne trou­vant point d’autre issuë qu’une large bouche, il en sor­toit avec grand bruit, et ces pauvres incre­dules demeu­roient tous en extase, de frayeur d’entendre une voix ter­rible de cette pré­ten­duë Divi­ni­té ; ce qui les confir­moit dans la fausse vene­ra­tion, qu’ils avoient pour elle. Il s’en ren­con­troit sou­vent sur des monu­mens Egyp­tiens, que l’on met­toit sou­vent devant ou dedans les temples, pour mar­quer leur Theo­lo­gie, qui étoit obs­cure, énig­ma­tique, et pleine de mys­teres. Ils la depei­gnoient en deux manieres, à cause du sens alle­go­rique, qu’ils lui don­noient, ou sous la figure d’un Lion pla­cé sur un lit de jus­tice, ou sous la forme d’un Monstre, qui avoit le corps d’un Lion et le visage d’une Vierge. La pre­miere répré­sen­toit MOMPHIA, Divi­ni­té Egyp­tienne, qui com­man­doit sur les eaux, et qui étoit comme la direc­trice du debor­de­ment du Nil. La seconde mar­quoit l’accroissement de ses flux. Ces figures, sui­vant mon opi­nion, ne sont pas une preuve, que ces peuples ayent crû, qu’on trou­voit de sem­blables ani­maux en quelque endroit du monde, mais qu’ils ne les pre­noient que pour des emblemes et des carac­teres sen­sibles, qui expri­moient leurs pen­sées, et que ce nom de Sphinx ne peut signi­fier autre chose, que l’état, où le Nil se trou­voit, lorsqu’il se debor­doit dans l’Egypte, et que ses inon­da­tions arri­voient au moins de Juin et de Juillet, lorsque le Soleil par­court les signes du Lion et de la Vierge ; de sorte qu’étans natu­rel­le­ment por­tez à faire de ces sortes d’unions mons­trueuses, ils n’eurent pas de peine à s’imaginer une pareille figure, ram­pante sur terre, et com­po­sée des par­ties d’un Lion et d’une Vierge, et pour deno­ter, que le Nil met­toit leurs cam­pagnes sous l’eau, lorsque le Soleil par­cou­roit ces deux signes. Les Grecs le répré­sen­toient avec des ailes ; c’est de là que Stace livre 2. de sa Theb. 505. l’appelle ali­tem, et qu’Ausone l’a mis entre les Por­ten­ta tri­cor­po­ra, dont il fait cette des­crip­tion  :

Ter­ruit Aoniam volu­cris, leo, vir­go, tri­for­mis

Sphinx, volu­cris pen­nis, pedi­bus fera, fronte puel­la.

L’on void pour­tant dans la Table Isiaque de Pigno­rius, et sur une Medaille d’Auguste, frap­pée dans l’Egypte, (comme il paroit par le L.B. c’est-à-dire ΑΥΚΑΒ.B.  en Latin Anno II.) un Sphinx ailé, quoique tous les Auteurs anciens nous disent, que les Egyp­tiens l’ont répré­sen­té sans ailes ; mais celui-ci n’a ni la tête d’une Vierge, ni les pâtes d’un Lion ; au contraire il est fait d’une tête d’homme à barbe, et les pieds sont d’un boeuf, ou de quelque autre ani­mal. C’est pour­quoi je crois, que ce pour­roit bien être un Cepus, ou Κηπος, dont parle l’illustre Monsr. Span­heim à la pag. 214. de ses sça­vantes Dis­ser­ta­tions.

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Ensuite vous voyez la figure d’une Hyae­na ; je ne sçai à quelle Divi­ni­té Payenne elle fut consa­crée. C’est un ani­mal d’Afrique et de Syrie, dont Aris­tote et Pline font la des­crip­tion. On la void sur une Medaille de l’Empereur Phi­lippe, comme le rap­portent les illustres Mes­sieurs Span­heim et Medio­bar­bus : mais j’aurois sou­hai­té d’en voir les ectypes, pour les confe­rer avec ma figure ; au reste il se peut faire, que cette bête ait été pre­mie­re­ment vûe à Rome dans les Jeux Secu­laires de cet Empe­reur, et comme les super­sti­tions Payennes com­men­çoient à ceder à nôtre sainte Reli­gion, il est à croire, que cet ani­mal fut mis sous la pro­tec­tion de quelque Dieu, et d’autant plus qu’il étoit sale et vilain, sui­vant ce que nous dit St. Jerome sur Jerem. Chap. 13. Vivit cada­ve­ri­bus mor­tuo­rum, et de sepul­cris solet effo­dere cor­po­ra ; ce que confirme le même sur le chap. 65. d’Esaïe, et Aris­tote 8. 5. des Ani­maux ; comme aus­si Pline 8. 30. de son His­toire Natu­relle. Je crois que son Altesse Elec­to­rale ne sera pas fâchée de ces petites Remarques.

Puis vous voyez une Deesse Egyp­tienne avec des Hie­ro­gly­phiques, le Genie du monde, qui a sur la tête une tiare en forme d’un bois­seau, qui est la figure ordi­naire, qu’on lui donne. Il porte un Timbre d’un pen­nache, qui est sur­mon­té d’un Globe, pour nous mar­quer la grande incom­pre­hen­si­bi­li­té de l’Esprit de Dieu sur le monde sen­sible. La sublime connois­sance de Dieu nous est fort bien répré­sen­tée dans son habille­ment, qui est caché d’un voile impe­ne­trable à l’esprit humain, n’ayant point de sepa­ra­tion à ses pieds, à cause qu’il est immo­bile et indi­vi­sible en soi, quoique toû­jours en action. Nous lisons dans Helio­dore liv. 3. fol. 148. que l’ame de Dieu est immor­telle, et figu­rée en mar­chant, non pas qu’il ait une marche ordi­naire, met­tant suc­ces­si­ve­ment un pied devant l’autre ; mais parce qu’il fend les airs avec impe­tuo­si­té, laquelle se doit plû­tôt appe­ler une pene­tra­tion, qu’un pas­sage. C’est pour cette rai­son, que les Egyp­tiens ne donnent point de pieds à leurs Dieux. Ce Genie est accom­pa­gné de deux figures d’Anubis. Sur ses deux côtez, et à ses pieds, il y a deux Chiens, sym­boles de la fide­li­té. Vous voyez une Main de bronze d’un sacri­fice fait à Sera­pis, un Buste de Jules Cesar de bronze, deux Lampes antiques, avec un Cha­me­leon des­sus. Nous vous ferons une petite des­crip­tion du Cha­me­leon, qui est un mot Grec, qui signi­fie un petit Lion. Il pour­roit bien être, que l’on lui a don­né ce nom à cause de sa queuë retrous­sée comme celle du Lion. Il s’en trouve beau­coup du côté du grand Caire, et dans l’Egypte, dans les hayes et les arbris­seaux, qu’on appelle Burg-épines. Ils ont quelque res­sem­blance avec les Cro­co­diles. Leur dif­fe­rence est dans la cou­ver­ture de la tête, dans la langue, dans les yeux, et dans les ali­mens, dont ils se nour­rissent. Ils ne rampent point sur le ventre, mais marchent à quatre pieds. Ils ont leur tête à-peu-près sem­blable à celle d’un pour­ceau, ou plû­tôt à celle d’un belier, en ce qu’elle finit en pointe. Ils n’ont point les yeux cou­verts de pau­pieres, et les tournent où ils veulent. Ils sont fort lourds et pares­seux. Il semble qu’ils n’ayent point de sen­ti­ment, si non que, quand ils veulent man­ger et qu’ils tirent leur langue, alors ils sont prompts et agiles. Ils detruisent beau­coup de mou­che­rons, de sau­te­relles, de che­nilles, et de ver­mis­seaux. Ils n’ont point de dents, mais ils ont un grand os le long de la machoire, cou­pé en forme de scie ; cepen­dant ils ne s’en servent point, parce qu’ils ne font qu’avaler, sans mâcher. Ils ont le col fort court, de sorte qu’il semble que leur tête et leur poi­trine se tiennent ensemble. Ils n’ont ni rate, ni ves­sie, parce qu’ils ne boivent jamais. Ils dechargent tous leurs excre­mens par der­riere, comme les oiseaux. Leur dos est cou­vert d’une peau dure, forte, écaillée, et heris-

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sée de quelques épines. Leurs pieds res­semblent à ceux des Singes. Ceux de devant ont trois doigts tour­nez en dedans, et deux en dehors ; ceux de der­riere, tout au contraire, avec des griffes cro­chuës, dont ils se servent pour empoi­gner, comme les Singes. Leur marche est fort plai­sante ; lorsqu’ils approchent les deux pieds du côté gauche, ils éloignent ceux du côté droit, et au contraire, lorsqu’ils approchent ceux du côté droit, ils éloignent ceux du côté gauche. Ils font cela d’une maniere si ridi­cule, que l’on ne peut les voir sans rire ; mais ils grimpent sur les arbres avec tant de rapi­di­té, qu’on diroit qu’ils volent. Ils se pendent fort adroi­te­ment aux branches par leur queuë, comme par un croc, afin de se tenir des­sus. L’on peut conclurre de là, qu’ils se tiennent plus sou­vent sur les arbres, qu’à terre. Pour leurs yeux, ils sont admi­rables par-des­sus ceux des autres ani­maux ; ils les ont comme deux jumeaux, qui n’ont que le même mou­ve­ment, et qui regardent tous deux du même côté ; mais, quand ils veulent, ils en donnent deux divers mou­ve­mens, tenans l’un fixe, et l’autre ils le tour­ne­ront comme il leur plai­ra ; de l’un ils regardent en haut, et de l’autre en bas : il faut rire, quand ils en tournent un du côté du dos ; ain­si ils peuvent voir par der­riere et par devant. Ils se nour­rissent d’une maniere sur­pre­nante, ne pre­nans pas du bec, comme les oiseaux ; ils ne ruminent pas, comme les Boeufs et les Chevres ; ils ne succent pas, comme les Lam­proyes et les Sang­sues ; ils ne mâchent pas, comme la plû­part des autres ani­maux ; mais ils tirent la langue, et avalent les mor­ceaux, avec tant de sub­ti­li­té, qu’il y a de la peine à les voir ; quand ils cherchent à man­ger, ils tournent les yeux de tous côtez, l’un en bas, et l’autre en haut, tan­tôt par der­riere, et tan­tôt par devant ; s’ils decouvrent quelque chose, ils tiennent les yeux fixes sur l’objet qu’ils ont decou­vert, et ouvrent leur gueule, et tirans leur langue d’une demi-paume de long, ils attrapent leur proye sans y man­quer. Leur langue est ren­fer­mée dans un tuyau creux, tout char­nu et spon­gieux ; le long de ce canal regne un nerf beau­coup plus éten­du que la corde d’un vio­lon, qui prend son ori­gine de l’os de leur langue ; cet os dans ces ani­maux n’est pas comme dans les hommes ; il est creux, et de la lon­gueur de la langue, afin de leur ser­vir d’étui, quand ils retirent leur langue, qui s’étend par le moyen des esprits ani­maux, qui y coulent, et le nerf la fait ren­trer, lorsqu’elle est char­gée de mou­ve­ment et de ver­mis­seaux. Au bout de leur langue ils ont une glande vis­queuse, pour tenir leur proye ; ce qui detruit le sen­ti­ment de ceux qui veulent, que ces ani­maux ne vivent que d’air. Le sen­ti­ment de ceux qui veulent, qu’ils se changent en toutes sortes de cou­leurs, n’est pas vrai. Pan­ci­rolle Romain, dans son Ana­to­mie du Cha­me­leon, nous dit, que la cou­leur natu­relle de cet anmal est cen­drée, et que les dif­fe­rentes pas­sions du froid et du chaud sont les seules causes, qui y apportent quelque chan­ge­ment ; par exemple, quand il est chaud, il devient tant soit peu gri­satre, et sa peau est d’un gris cen­dré ; mais sa cou­leur natu­relle est toû­jours la cen­drée, comme on le pour­ra voir par celui que j’ai, et qui lui demeure après sa mort. Cet Auteur dit, que ceux, qui croyent autre­ment, se trompent beau­coup, assû­rant qu’il est impos­sible, qu’ils puissent prendre les cou­leurs des objets, qui les envi­ronnent, et que ce n’est autre chose que le mou­ve­ment du coeur ; c’est donc le froid et le chaud, qui pro­duisent ces chan­ge­mens, parce que, comme il a peu de sang et de chair, il est fort sen­sible à l’un et à l’autre.

Vous trou­ve­rez diverses Lampes dans la planche 18. fig. 88. et la figure du Cha­me­leon au natu­rel, dans la planche 33. fig. 201. De plus on void un Vase, ou une Urne, avec la figure d’Isis. Outre cela deux Lampes posées sur un Cerf, qui est consa­cré à Diane, et

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en même temps la marque de la ville d’Ephese ; ce qui pour­roit avoir été quelque conse­cra­tion, que l’on auroit faite à Diane dans cette ville. Cer­taines Lampes se voyent dans la planche 18. fig. 92. qui ont été trou­vées dans le châ­teau de Brit­ten, duquel vous voyez le plan dans la planche 5. Plus le Buste d’Auguste en bronze, et celui du Phi­lo­sophe Solon, un des sept Sages de Gréce, natif de Sala­mine, et grand Legis­la­teur des Athe­niens. On lui attri­buë l’institution de la cour de l’Areopage. Ce Sage disoit, qu’on ne pou­voit appe­ler per­sonne heu­reux avant sa mort.

Ensuite vous voyez un Enfant de bronze, fait par le celebre du Ques­noy, et le Buste de Caton le Cen­seur, aupa­ra­vant appel­lé Pris­cus, et ensuite Caton, à cause de sa grande pru­dence et de la seve­ri­té de ses moeurs ; il pas­sa par toutes les charges de la Repu­blique Romaine avec un très grand éclat, et il nous a lais­sé plu­sieurs excel­lens ouvrages en Latin. Vous voyez encore la figure de Terence, et plu­sieurs autres Curio­si­tez.

Au des­sus il y a atta­ché à la grande planche un bâton de Canelle, de treize pieds de long, très beau ; et sur les deux côtez de l’Alcove se voyent des Vases, que les Sol­dats Romains por­toient à leurs côtez pour boire ; et à côté, sur la droite, en bas, se void sur un pie­des­tal un Terme de marbre. Les Romains le répré­sen­toient toû­jours sans bras et sans pieds ; et, si on veut croire ce que dit Polybe, la super­sti­tion en vint par les que­relles que ces peuples eurent pour leurs limites, les­quelles étant appai­sées, ils poserent des sta­tuës au Dieu, qu’ils croyoient avoir pré­si­dé à leur accord. De là est venu le JUPITER TERMINALIS des Cro­to­niates et des Syba­rites. Vous en trou­vez la figure dans la planche 23. fig. 114.

Entre cette Alcove il y a une Tablette, qui contient six planches. Au des­sous il y a huit plâtres très beaux pour l’ouvrage ; plus haut une Bac­cha­nale, la vûe du Louvre, et un autre Tableau d’une pierre natu­relle, qui forme une ville. Sur la pre­miere planche de la Tablette l’on void une figure fort bizarre d’un homme, qui a ses mains sur son dos et une femme sur ses épaules, les pieds par devant, lui ban­dant les yeux, ayant les mains sur ses par­ties hon­teuses. Une autre d’une femme qui se bouche la bouche d’une main, et de l’autre son der­riere.

Ensuite vous trou­vez les sept Idoles, qui étoient ado­rées par les peuples de ces Pro­vinces, avant qu’ils n’eussent embras­sé le Chris­tia­nisme. La pre­miere Idole étoit pour le pre­mier jour de la semaine, qu’on appel­loit le jour du Soleil. Ils avoient dans leur Temple la figure d’un Soleil peint comme un demi-homme, éle­vé sur un pie­des­tal, devant lequel ils se pros­ter­noient. Son visage étoit tout rayon­nant de flammes de feu : de ses mains il tient une rouë de feu devant sa poi­trine : cette rouë marque le mou­ve­ment du Soleil, qui tourne à l’entour de toute la terre. Ses rayons, qui sont ardens et lumi­neux, fai­soient voir, que le Soleil par sa lumiere et par son ardeur éclaire et échauffe toutes les choses ter­restres, et qu’il leur donne la vie et l’accroissement. Cha­cun lui ren­doit des hon­neurs divins, et lui offroit des sacri­fices, parce que les peuples croyoient, que le Soleil, qui est au fir­ma­ment, avoit com­mu­ni­ca­tion avec cette Idole, et qu’ils tra­vailloient tous deux ensemble pour aider à ceux qui venoient les invo­quer. On nom­moit cetgte Idole Son­dag, en Fran­çois Dimanche.

La seconde Idole est la figure de la Lune, qui est répré­sen­tée comme une femme, et néan­moins elle a un habit court, comme celui d’un homme, avec un cha­pe­ron sur sa tête, et deux grandes oreilles. Elle tient avec ses deux mains une Lune d’argent devant sa poi­trine. Ses sou­liers sont faits comme des escar­pins. Elle est debout sur un pie­des­tal avec un habit d’hom-

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me, fai­sant voir par-là, qu’encore qu’elle eut le visage d’une femme, elle n’en avoit point les infir­mi­tez, ni les fai­blesses, mais qu’elle avoit le coeur gene­reux, comme un homme. Son cha­pe­ron mon­troit, qu’elle n’étoit ni fiere, ni orgueuilleuse, mais douce, tendre, et bien­fai­sante. Ses longues oreilles signi­fioient, qu’elle étoit toû­jours atten­tive aux prieres de ceux qui implo­roient son assis­tance ; et ses sou­liers poin­tus desi­gnoient, que tous ceux, qui com­bat­troient après l’avoir invo­quée, defe­roient leurs enne­mis avec leurs fleches et leurs jave­lots. La Lune d’argent, qu’elle por­toit devant sa poi­trine, figu­roit, qu’elle étoit la Patrone de la mer ; car les mate­lots, les pêcheurs, et tous les voya­geurs de mer la pren­noient pour leur grande Deesse, et lui offroient leurs sacri­fices et leurs ado­ra­tions. Ils l’appelloient Maan­dag, qui en Fran­çois veut dire Lun­di.

La troi­sieme Idole est Tuisce, que Tacite appelle Tuis­to, qui étoit le plus ancien Dieu de toute l’Allemagne. On écri­voit en haut Satyurs­dag, et en Anglois Tues­day, et en Fla­mand Ding­sdag, et en Ita­lien Tudes­chi, et en haut Alle­mand Tuys­co­chen, c’est-à-dire en Fran­çois Mar­di. Il est éle­vé sur un pie­des­tal, habillé de peaux à l’ancienne maniere de la nation Fla­mande, tenant un sceptre de la main droite, et la main gauche éten­duë. Il est comme un vieillard avec une longue barbe et des che­veux blancs. Sa tête decou­verte, sa longue barbe, et ses che­veux blancs nous font com­prendre, qu’il est un des plus anciens Dieux, et qu’on devoit avoir plus de vene­ra­tion pour lui, que pour les autres. Son sceptre figu­roit sa puis­sance sou­ve­raine et l’empire qu’il avoit sur toutes choses. Sa main gauche, qu’il tenoit éten­duë, étoit pour faire voir, qu’il secou­roit tous les mal­heu­reux. Son habit de peaux desi­gnoit sa force et sa grande vigueur. Sa tête nuë fai­soit voir, qu’on ne devoit s’approcher de lui qu’avec la tête nuë.

La qua­trieme Idole est Woden ; on la nom­moit Wodes­dag, qui repond à Woens­dag d’aujourd’hui en Fla­mand, et en Fran­çois, Mer­cre­di. Ce Dieu est posé tout droit sur un pie­des­tal, armé de pied en cap, tenant à sa main droite un glaive, et à sa main gauche un bou­clier. Il est vêtu d’une cotte d’armes, ayant des escar­pins à ses pieds, et une cou­ronne sur sa tête : et tous ses habille­mens figu­roient, qu’il étoit un des Dieux de la guerre. Il étoit vaillant et cou­ra­geux. Son épée nuë, qu’il tient à la main, fait voir, qu’il fal­loit toû­jours être prêt à com­battre. Le bou­clier, qu’il a dans sa main gauche, fait voir, qu’il ser­vi­roit de defense et de bou­clier à ceux qui l’imiteroient. Sa cotte d’armes fait voir, qu’il faut être intre­pide dans le com­bat. Ses escar­pins mon­troient l’agilité de son corps. Sa cou­ronne répré­sen­toit, qu’il étoit le Dieu des armées, et qu’on l’invoquoit avant que d’aller au com­bat, en lui offrant des sacri­fices et des prieres, afin de rem­por­ter la vic­toire sur ses enne­mis. Quand les vieux Bataves s’étoient dis­tin­guez dans une bataille, et qu’ils avoient sur­mon­té ceux qui les avoient atta­quez, ils alloient à ce Dieu, pour lui offrir en sacri­fice tous les pri­son­niers, qu’ils avoient faits dans ce com­bat.

La cin­quieme Idole est le Dieu Thorn, autre­ment appel­lé Thurn, et par les Bra­ban­çons Thun­res­dag, et par les Bataves Don­der­dag, c’est-à-dire en Fran­çois Jeu­di. Ce Dieu est avec grande majes­té posé dans une grande salle, assis au pied d’un lit cou­vert. Il a sur sa tête une cou­ronne d’or, et au des­sus et à l’entour il a douze étoiles brillantes. Il tient à sa main droite un sceptre royal. Il a une longue robe, ger­mée par le haut avec quatre bou­tons, et une cein­ture. Tout cet appa­reil magni­fique, où il étoit, figu­roit sa gran­deur et majes­té. Son sceptre répré­sen­toit son grand pou­voir. Sa cou­ronne d’or fai­soit connoître, que sa domi­na­tion étoit au des­sus de toute la force et de tou-

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tes les puis­sances du monde. Ses étoiles brillantes, qui étoient autour de sa tête, desi­gnoient, qu’il étoit aus­si puis­sant dans le ciel que sur la terre, et qu’il étoit le maître de l’air, des vents, et de tout l’univers, et que, lorsqu’il étoit irri­té, il pro­dui­soit les éclairs, les ton­nerres, les tem­pêtes, les grandes pluyes, la grêle, et le mau­vais temps ; mais quand on l’appaisoit par les ado­ra­tions, les sacri­fices, les invo­ca­tions, et autres hon­neurs, qu’on lui ren­doit, il envoyoit aux hommes un fort beau temps et fort propre, il fai­soit croître en abon­dance toute sorte de grains et de fruits, et il éloi­gnoit d’eux la peste et toutes les autres mala­dies conta­gieuses.

La sixieme Idole est la Deesse Fri­ga, qui étoit peinte avec les deux natures, comme un Her­ma­phro­dite, étant homme et femme. A sa main droite elle tient une épée nuë, et à sa main gauche une arba­lète, pour faire voir, qu’une femme peut aus­si bien qu’un homme se tenir prête à com­battre, lorsqu’il est neces­saire. Les uns l’adoroient comme un Dieu, les autres comme une Deesse ; mais elle étoit tenuë pour une Deesse plus que pour un Dieu. Les peupes croyoient, qu’elle don­noit la paix et toute l’abondance, qui étoit dans le pays. Elle étoit aus­si la mere et la cause de l’amour ; c’est ce que répré­sente son arc. Son épée fait voir, qu’elle étoit toute puis­sante auprès du Dieu de la guerre. C’est pour­quoi Olaus Magnus dit, que dans la Nord-Hol­lande, lorsque le Dieu Thorn étoit assis dans une grande salle au pied du lit cou­vert, le Dieu Woden étoit à un côté de la Deesse Fri­ga. Quelques uns écrivent le nom de Frea, et non pas Fri­ga : et son nom dans le haut Saxon est écrit Frige ; c’est pour­quoi les hauts Saxons nom­moient ce jour Fri­ge­deng, parce qu’il étoit consa­cré à Fri­ga, et les Bataves Vry­dag, parce qu’elle por­toit ancien­ne­ment le nom de Frea, ce qui en Fran­çois veut dire Ven­dre­di.

La sep­tieme Idole est la figure de Sea­ter ; et la prin­ci­pale place, où elle étoit reve­rée, étoit sur une mon­tagne, qui s’appelloit Sea­ter­berg. On avoit fait sur un pie­des­tal une perche, et ce Dieu étoit posé sur les arrêtes poin­tuës de ce pois­son, ou sur les veines de son dos. Elle étoit maigre de visage, ayant de longs che­veux et une grande barbe. Elle avoit aus­si la tête nuë, de même que les pieds. Dans sa main gauche elle tient une rouë en haut, et dans sa main droite elle porte un seau d’eau, où il y a des fleurs et des fruits. Sa robe longue est ceinte d’une cein­ture de linge blanc. Sa tête nuë, et les aiguillons poin­tus de cette perche, sur laquelle elle étoit posée, signi­fient, que tous ceux, qui la reve­re­roient et qui la prie­roient et l’adoreroient, pour­roient pas­ser par les che­mins les plus dif­fi­ciles et les plus per­illeux, sans être bles­sez et sans craindre aucun mal. Par cette rouë étoit mar­quée la bonne union des Saxons, qui alloient tous ensemble par le même che­min. Par la cein­ture, que le vent enle­voit, étoit figu­rée la liber­té des Saxons. Le seau d’eau, qui est plein de fleurs et de fruits, desi­gnoit, que ce Dieu avec une pluye natu­relle pou­voit pro­duire des fleurs et des fruits, et tout ce qui étoit neces­saire à ceux qui venoient l’invoquer. Sa longue barbe fai­soit voir son anti­qui­té, et la reve­rance, qu’on devoit avoir pour sa vieillesse. Ses jambes et ses pieds nuds fai­soient voir, que les vents, les sai­sons, et les tem­pêtes étoient sous sa domi­na­tion, et que ceux, qui s’adresseroient à elle dans des temps fâcheux, goû­te­roient un air doux, calme, et serein. Le sep­tieme jour tiroit son nom de cette Idole, que les hauts Saxons appel­loient Sea­ters­dag, les Anglois Satur­day, et les Bataves Satur­dag, c’est-à-dire en Fran­çois Same­di. Je crois que le Lec­teur ne sera pas fâché d’avoir cette petite dis­ser­ta­tion sur ces faux Dieux.

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Nous vien­drons pré­sen­te­ment aux autres figures, qui suivent. Vous en voyez une d’une femme extra­or­di­naire, qui est sur les épaules d’un homme, à qui elle bouche la bouche, et lui se bouche le der­riere avec sa main. Une autre d’une femme, qui a sa main sur son der­riere, tenant de l’autre un membre viril.

Sur la seconde planche se voyent treize Cuillers antiques de dif­fe­rentes sortes. Cha­cun étoit employé à dif­fe­rentes bêtes, qui étoient consa­crées, pour prendre l’encens dans le coffre, qu’ils appel­loient Acer­ra. (Vous les voyez dans la planche 16. fig. 72. 73. 74. 76. et 77. ) Ces Cuillers sont entre­mê­lées de six sortes de Styles, cinq de metal, et un d’yvoire, où se void le che­val Pegase, très rare. Ces Styles étoient des especes de poin­çon de cuivre ou d’autres metaux, avec les­quels ils écri­voient sur leurs tablettes. Voyez la planche 25. fig. 117. 121. et 123.

Sur la troi­sieme planche se voyent dix Phioles lachry­males, de marbre, de verre, et de bois. Ils les appel­loient en Latin Phia­lae lachry­ma­to­riae. Ils louoient pour leur pompe funebre des pleu­reuses, qui étoient un titre d’office par­mi les anciens Romains. Elles avoient de petites cuillers longues et étroites, avec qoi elles pre­noient sur leurs visages les larmes, pour ensuite les mettre dans leurs phioles. Ensuite ces phioles furent mises dans les urnes des defunts. (Vous els ver­rez dans la planche 16. fig. 75. ) Plus une Ves­tale, un petit Tau­reau, qui étoit d’ordinaire consa­cré à Mars, à Junon, et à Cerès ; la figure d’une Diane, la Deesse Isis d’une autre maniere.

Sur la qua­trieme planche se voyent une Cloche du Japon fort curieuse, avec des carac­teres des­sus, la Deesse Isis, quatre figures extra­or­di­naires de trois femmes, qui marchent sur un homme, qui est cou­ché sur son ventre ; celle du milieu bouche la bouche aux deux autres. La figure de Silene, un Satyre, une Balle de cuivre avec des carac­teres, laquelle les anciens Romains appel­loient Tym­pa­num, un autre Satyre, une figure extra­or­di­naire de trois femmes, dont l’une est à genoux sur les épaules des deux autres, leur fer­mant la bouche, et les deux autres leur der­riere ; une autre d’un homme se fer­mant la bouche d’une main, et son der­riere de l’autre, le Dieu Mars, un Vase, dans lequel ils met­toient leur eau lus­trale, la figure d’un homme avec la tête d’un fau­con, la figure de Clo­tho, une autre de la Fide­li­té, un Mer­cure en Terme, un autre Mer­cure por­tant un belier sur ses épaules, la figure d’Angerone, qui tient un peche en sa main, fruit qui étoit consa­cré au Dieu du silence, un membre viril de Priape, qui a des oreilles au milieu ; c’est un hie­ro­glyphe pour les nou­veaux mariez pour la consom­ma­tion de leur mariage ; conse­cra­tion faite au Dieu Priape, la Deesse Volu­pia, à qui les Romains bâtirent un temple, et qu’ils répré­sen­toient comme une jeune et belle per­sonne, ajus­tée mignar­de­ment ; elle tenoit d’ordinaire la Ver­tu sous ses pieds ; de plus un petit Har­po­crate, la figure de Typhon, la figure de Mer­cure posé sur un globe, le Dieu Priape ; il y avoit des temples, qui lui étoient consa­crez, où les femmes alloient faire leurs devo­tions ; elles s’échauffoient quel­que­fois si fort, qu’elles hur­loient comme des Bac­chantes, et elles avoient en fai­sant cette devo­tion une petite figure de ce Dieu pen­duë à leur col, laquelle étoit d’ordinaire bien four­nie du membre viril de Priape. Il étoit defen­du aux hommes d’entrer dans ces sortes de temples. Ces femmes étoient d’ordinaire cou­vertes d’un grand voile, et ces sortes de devo­tions se fai­soient sur le soir. Les Prêtres, qui ser­voient dans ces temples, s’appelloient Mys­ta ; ils ser­voient éga­le­ment à Priape et à Bac­chus. Ils s’appelloient encore Phal­lo­pho­ri, comme le remarque fort bien Hero­dote, à cause des figures, qu’ils tenoient dans leurs cere­mo­nies de Priape, ou de Bac­chus, phal­lis orna­tas, i.e. Men­tu­lis. Plus une autre fi-

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gure avec la tête d’un coq, et cette Ins­crip­tion Gréque, ΣΩΤΗΡ ΚΟΣΜΟΥ. Les Latins l’appelloient Muti­nus.

Sur la cin­quieme planche se voyent la Tête d’un Lion et d’une Lionne, la figure de Cerès, la Tête d’un Bar­be­rousse, qui est moi­tié cerf, et moi­tié pour­ceau, appor­té de l’île de Lebre, et la figure d’un Lut­teur.

Sur la sixieme planche se voyent un très beau Vase de terre rouge et cou­vert, un Micro­scope d’Angleterre, un Miroir ardent de metal, un Cylindre de metal, une Urne de metal. Par des­sus pend à la grande planche deux mons­trueuses Pattes d’écrevisses de mer, deux Oeufs d’aûtruche, trois grandes Phioles lachry­males.

Sur les deux côtez de cette Tablette à gauche se voyent un Bas-relief de Tibere, une Main de marbre de Lucrece, une Pierre ronde, sur laquelle on lit cette Ins­crip­tion, EX. GER. INF. Deux Pate­rae, dont ils se ser­voient pour recueuillir le sang de la vic­time, que l’on vou­loit consa­crer. Il y en avoit qui étoient ornées de feuilles de fou­gere, d’autres de feuilles de lierre, d’autres appel­lée Pate­rae pam­pi­na­tae, qui étoient cise­lées de feuilles ou de pampres de vigne. (Voyez la planche 13. fig. 57. ) Plus vous voyez un très beau Cou­loir de bronze, pour pas­ser le vin ou le lait dans les sacri­fices. Celui-ci paroit avoir été consa­cré à Bac­chus, par tous les Bas-reliefs, qui nous sont répré­sen­tez là-des­sus. Sur le pre­mier vous voyez Ura­nie, qui s’y repose au des­sous d’une arbre ; Bac­chus s’en approche ; Cupi­don, qui est sur le côté, semble en être bien aise. L’on pour­roit aus­si bien le prendre pour Sile­nus, que pour Bac­chus, à cause de sa grande barbe, quoiqu’il soit constant qu’on a depeint Bac­chus de cette maniere, selon ce que nous assûre Mr. Cuper. Sur le second Bas-relief se void un jeune Bac­chus assis, cou­ron­né, tenant un pot, deux figures debout, dont l’une tient une coupe, ou Pate­ra, et un pot, tout de même que les Prêtres dans un marbre ancien publié par Monsr. Du Choul dans son Trai­té de la Reli­gion des anciens Romains de l’impression de Lyon pag. 315. L’autre figure porte une Acer­ra, qui étoit un petit coffre, où l’on met­toit l’encens, comme on ver­ra une sem­blable figure dans l’Apo­theose d’Homere par Monr. Cuper pag. 74. Dans l’autre Bas-relief de des­sus on void un Prêtre à genoux, tenant la tête d’un bouc, et un autre levant le maillet pour le tuer et le sacri­fier, et enfin un Bouc, et un Satyre dan­sant, et vou­lant lut­ter. Il y a quelques années qu’il s’en est trou­vé une sem­blable, qui a été pro­po­sée par Monsr. Marc Mayer aux ama­teurs de l’Antiquité, pour en decou­vrir l’usage. J’ai mis au jour mes remarques sur cette piece, que le Lec­teur pour­ra voir.

On peut voir la figure de mon Cou­loir dans la planche 16. fig. 78. Au des­sous se voyent deux Cou­teaux, qui ont ser­vi à égor­ger les vic­times. Vous en voyez un dans la planche 6. fig. 5. A l’autre côté se void le visage de Jean de Wit tiré sur lui-même, en plâtre ; au des­sous un Pied fait par Michel Ange, de pierre, ori­gi­nal, une Pierre ronde, avec cette Ins­crip­tion, LEG. I.  PMNE. Plus deux Pateres, un Cou­loir, qui est ren­fer­mé dans une boëte, avec sa cuiller pour rece­voir ce qui y pas­soit, deux Poi­gnards, un avec un manche d’agathe, qui a été pris sur les Turcs par Monsr. De Four­neaux, qui m’en a fait pré­sent ; l’autre des Indes, avec son manche d’une branche de corail rouge.

Vous venez au sixieme Alcove, dans lequel il y a six planches. Il pend après plu­sieurs fruits, la figure d’un Pois­son en forme de Dra­gon ; (voyez la planche 34. fig. 206. ) plus divers Pois­sons en étoile, Tor­tues, Pois­sons volans, une Huitre petri­fiée, le Gosier d’une femme, plu­sieurs Armures d’un Pois­son nom­mé Ser­ra, une Corne de pois­son, (voyez la planche 34. fig. 251. ) et plu­sieurs autres Curio­si­tez.

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Sur la pre­miere planche on void l’Anatomie de Michel Ange de bronze, la Deesse Flore, très curieuse, de bronze, une autre figure de bois, très belle, un St. Jean de bronze, un petit enfant de marbre, qui paroit être dans une cor­beille, s’appuyant sur un cous­sin, la figure d’un Christ émaillé, le Buste en bronze de Chris­tian Roi de Dan­ne­marc, une Pyra­mide de 60. sortes de mine­raux, très rare, avec les ouvriers, qui tra­vaillent dedans, le Buste de Jules César de bronze, Her­cule qui écrase un Lion contre son corps.

A la seconde planche pendent un Frag­ment de bronze d’un Ser­pent antique, un Dra­gon, une Poire pour faire des expe­riences Mathe­ma­tiques, un Qua­dran antique, le Buste de JULIA DOMNA, d’yvoire, antique, (que l’on ver­ra dans la planche 6. fig. 4) elle a été trou­vée dans le Châ­teau de Brit­ten par Monsr. De Rous­seau, Mar­chand Dra­pier à Leude, qui m’en a fait pré­sent, avec le Buste de SEVERUS son mari, aus­si d’yvoire. (Voyez la même planche 6. fig. 3.) Dans l’année 1687. nous fûmes ensemble pour voir ledit châ­teau, (comme on en ver­ra le plan dans la planche 5.) et nous entrâmes dedans par le moyen d’un petit bâteau. Je ne lais­sai pas d’y trou­ver quelques Vases, et des Frag­mens de l’Antiquité. Plus on void un Cachet antique, (comme on le ver­ra dans la planche 25. fig. 126 ) une Fibu­la très rare, qui ser­voit pour atta­cher les vête­mens des anciens Romains sur l’épaule ; elle est ronde et gra­vée ; plus un autre Cachet antique, un Lion, qui a ser­vi de manche à quelque ins­tru­ment, un Cachet Indien, le Manche d’un Cou­loir antique, une Pipe des Indes avec un Came­leon des­sus, un mor­ceau de bois cou­pé artis­te­ment aux Indes, et un mor­ceau de corail blanc. Sur cette même planche se voyent deux petits enfans de du Ques­noy, les figures de Mars et de Venus de marbre, deux Kannes de la Comp­tesse Jaco­ba, deux figures de femmes de bronze, un Ibis, un Bac­chus, un Vase antique, la figure d’une femme, la figure de Bac­chus sur un éle­phant, très curieux, la figure de Priape, la figure du Genie, avec une peau de Lion, et un Belier entre ses jambes, un Mer­cure tenant son cadu­cée, Jules César, un Gla­dia­teur, la figure d’Isis avec des Hie­ro­gly­phiques, un très beau Vase avec des Bas-reliefs des­sus ?

Sur la troi­sieme planche pendent après 60. Cachets, ou Bagues, et des frg­mens. Cela me mene­roit trop loin, si je vou­lois en don­ner l’explication ; nous les gar­de­rons pour un autre ouvrage. Sur la dite planche vous voyez la figure de Cupi­don, une Lampe très curieuse, qui forme une tête d’homme ; plus la figure d’Arion, un Pied de marbre, très beau et antique, deux Phioles de verre appel­lées Gut­ti, dans les­quelles ils met­toient leur huile quand ils se bai­gnoient, et dont ils se ser­voient pour se frot­ter avec l’étrille, un Vase appel­lé Amphore, un autre Pied de marbre, une Lampe d’une figure d’un Satyre, sur laquelle on trouve ces lettres L.D.S.V.S.L.M. que l’on pour­roit inter­pre­ter ain­si, Lari­bus domes­ti­cis sacra­vit ut servent lac­tum… un autre Pied de marbre, la figure d’un Cou­reur de nuit appel­lé Loup-garou.

Sur la qua­trieme planche pendent après deux Bra­ce­lets, (comme on les pour­ra voir dans la planche 25. figure 122  . et planche 26. figure 132. ) qu’on appel­loit Armil­la ; plus trois Clefs, (on en ver­ra une dans la planche 25. figure 127.) dix figures du membre viril de Priape, qu’ils pen­doient à leurs cols, quand ils les lui alloient consa­crer ; (on en trou­ve­ra quatre dans la planche 26. fig. 128. 134. 36. et 141. ) plus quatre Fibu­lae, qui ser­voient pour atta­cher les bords de leurs man­teaux et de leurs sur-tous ; (vous en trou­ve­rez trois dans la planche 25. fig. 18. 19. et 20. ) plus deux Têtes de Beliers. (voyez la planche 26. fig. 140. ) Dans le milieu vous ver­rez une Piece fort rare, qui est une

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(fig. 46.) Ensuite vous avez un autre frag­ment d’une Ins­crip­tion de marbre,

M… ILAPA MAT… M…

A côté une très belle Urne avec des signes mili­taires des­sus. (comme on pour­ra la voir dans la planche 13. fig. 52. ) A côté se void un frag­ment d’une Ins­crip­tion,

UVVIU

A côté un petit Beni­tier por­ta­tif, où ils met­toient leur eau lus­trale. Voyez la planche 12. fig. 42.

Sur la qua­trieme planche paroit un Lion de metal, un très beau Vase de ser­pen­tine. A côté l’on void cette Ins­crip­tion,

PALLADI VICTRICI.

A côté vous voyez la figure de Cleo­patre, quand elle se fit piquer par un aspic. A côté un Bas-relief de marbre du juge­ment de Salo­mon. (Voyez la planche 14. fig. 62. ) A côté le Buste de Domi­tien de marbre ; plus une très belle Ins­crip­tion de marbre, avec les signes mili­taires, qu’ils por­toient sur leurs éten­darts ; on lit des­sus,

L. ANTONIUS. L.F. FAB. QUADRA. TORQUIBUS ET. ARMILLIS. AD. T. CAESARE. BIS. LEG. XX.

Une autre de marbre, sur laquelle on lit,

DIS. MANIBUS. L. CESTIO VALENTI. VIX. ANN. XV. FEC. MACAREIUS P. PIISSIMO.

A côté vous voyez le Buste de Tra­jan, aus­si de marbre ; plus une autre Ins­crip­tion de marbre, sur laquelle on lit,

M. LICINIUS HERCULANUS ? VIX AN ? XX. H. S. ESI. I. R. Q. L. D. S. ILLI. T. L.

A côté vous voyez la figure du Phi­lo­sophe Confu­cius ; plus un autre Vase de ser­pen­tine. A côté l’on void un Bas-relief de marbre d’une figure, dont on pré­tend que les Anciens se ser­voient pour faire prê­ter le ser­ment, et pour cela ils fai­soient mettre les doigts dans la bouche de cette figure, et quand on ne disoit pas la veri­té, elles se fer­moit.

Sur la cin­quieme planche l’on void le frag­ment d’une Pierre, que les anciens Romains met­toient à la tête de leurs legions ; on lit des­sus, LEG. XXXV. A côté se void la figure d’une Lampe, de Priape. Ensuite le frag­ment d’une Ins­crip­tion de marbre,

M. MANUELI PHILEMO.

A côté une Pierre quar­rée avec cette Ins­crip­tion,

LEG. X. GER.

A côté le Buste de Jules César ; plus une autre Ins­crip­tion sur un marbre,

POSTUMIA. P.L. MURTIS.
A. POSTUMIUS P.L. EUDAMUS.
F.V. POSTUMIA. L.Э. L. LESBIA.

Plus une autre Pierre quar­rée avec cette Ins­crip­tion,

CC. PE. EXER. L. NF.

Une autre,

X. GER. INF ?

Une autre,

LEG. I.P. MINE.

Une autre,

LEG. VIII. AUG.

Une autre de marbre,

C. LUCILIUS. C.

L. HERACLEO.

A côté vous avez une figure de bronze incon­nuë, une autre Pierre quar­rée avec cette Ins­crip­tion,

LEG. VII. AUG.

A côté le frag­ment de marbre d’une Ins­crip­tion,

OSSA TRONIAE ANTIOCH. PIAE.

A côté se void la figure d’un Ado­nis ; plus une autre Pierre quar­rée avec ces lettres, L. XXXV.

Sur la sixieme planche se voyent un Bas-relief d’Her-

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cule, un Vase. (comme il est répré­sen­té dans la planche 12. fig. 50. ) A côté se void cette autre Ins­crip­tion,

Q. MALLONIUS. BATHYLLUS VIVO SIBI ?

Le celbre Monsr. Spon la rap­porte dans ses Recherches des Anti­qui­tez de la Ville de Lyon page 203. A côté se void une Tête demarbre incon­nuë, plus un Vase, où ils met­toient l’eau lus­trale. (comme je vous l’ai répré­sen­té dans la planche 12. fig. 44.) Ensuite vous voyez la tête d’Auguste, et celle d’Atys ; plus un Vase appel­lé Prae­fe­ri­cu­lum ; ensuite la Tête de Romu­lus, de marbre. A côté se void cette Ins­crip­tion,

MATRIS. AUG. MASTONIA. BELLA. V.S.L.M.

que Monsr. Spon rap­porte encore dans ses Anti­qui­tez de la Ville de Lyon page 91. A côté se void une très belle Canne, avec plu­sieurs figures des­sus ; plus un Bas-relief de marbre de l’Empereur Helio­ga­bale.

Sur la sep­tieme planche se void une Pierre, que les anciens Romains met­toient sur les tom­beaux, et sur laquelle il y a, L. XXXVV. A côté on trouve un très beau frag­ment d’un Bas-relief de marbre, très rare, répré­sen­tant com­ment les anciens Romains man­goient, une autre Pierre sepul­chrale avec ces lettres, LEF. XXXV. Ensuite vous avez trois autres Ins­crip­tions, qui m’ont été don­nées de l’Eglise de St. Paul d’Utrecht, qu’on a demo­lie.

De là vous venez à un Cabi­net vitré, qui ren­ferme toutes sortes d’Estampes pour la fabrique des Medailles. Au des­sus paroit une figure, qui tient un écus­son, sur lequel il y a une Ins­crip­tion, que nous avons ci-devant rap­por­tée. A côté vous trou­vez une Caisse, qui ren­ferme un Indien dans sa peau avec ses che­veux. Au des­sous se void un petit Sque­lete d’un enfant. A côté il y a un Cabi­net, qui ren­ferme vingt-cinq Boëtes de toutes sortes d’Insectes, avec plu­sieurs Œufs, comme de Cro­co­dile, et d’autres ani­maux. Au des­sous il y a quatre planches, où l’on trouve plu­sieurs Vases très rares, et autres figures antiques. Au des­sus il y a sur la droite une figure, qui tient une espece de chan­de­lier d’Eglise, et de l’autre un écus­son, sur lequel on lit ces paroles,

DILIGES DEUM TUUM TOTO CORDE TUO. Matth. xxii.

A côté vous voyez un Boëte, qui ren­ferme un Vase fait au tour, qui en ren­ferme plu­sieurs autres ; plus la figure de Gala­tée, une Pyra­mide de dix-neuf sortes de mine­raux, une autre figure, sur l’écusson de laquelle on lit,

ET PROXIMUM TUUM, SICUT TE IPSUM.

Au des­sus vous voyez atta­ché à la cloi­son dix Fleches des Indes, avec deux Arcs, et deux Bou­cliers. Dans l’entre-deux vous voyez un Vase, que l’on appelle Pel­li­can, dans quoi les Anciens fai­soient leur or potable. Sur la planche, qui est par-des­sus, se void le membre viril d’une baleine, et ses deux tes­ti­cules, avec un petit Canot. Il pend à la planche deux Porte-voix, l’un de fer blanc, et l’autre de verre ; et sur le côté de la porte il y a une Caisse, qui ren­ferme le Sque­lete d’une femme.

De là vous venez au milieu de la Chambre, où vous voyez une très belle Fon­taine, qui jette de l’eau par des Ser­pens, des Cra­paux, et un Dra­gon, et ensuite par un Dau­phin. Dans le plat-fonds vous voyez un très beau Canot et un homme dedans, avec une double rame et tous ses autres agrets, qui a été appor­té du detroit Davis. A côté il y a un Ser­pent de vingt-cinq pieds de long, qui a englou­ti trois Negres proche de Suri­nam. Vous y voyez un Nid d’Alcyons très rare, plus un Pois­son volant, (voyez la planche 35. fig. 215. ) un autre en forme de Dra­gon, (voyez la planche 34. fig. 206. ) un autre appel­lé Raja levis, un

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autre en Dra­gon, (voyez la planche 34. fig. 208.) un autre appel­lé Pis­cis mono­ce­ros, unautre nom­mé Snot­tolf, une Tor­tuë, (voyez la planche 36. fig. 223.) un autre Snot­tolf, trois Courges de Caco, deux Pois­sons en forme de Dra­gon, une grosse Rose de Jeri­cho, un Lezard du Bre­sil de 24. pieds de long, huit Arcs des Indes, un Pois­son appel­lé Canis mari­nus, un autre appel­lé Pis­cis gib­bo­sus, (voyez la planche 35. fig. 213. ) un autre appel­lé Ser­ra ou Pris­tis, (voyez la planche 35. fig. 219. ) un autre gros Pois­son incon­nu. De l’autre côté du Canot on void un Ser­pent de dix-huit pieds, nom­mé Boi­gna­cu, un autre de dix-sept pieds, un Pois­son appel­lé la Croix, et en Latin Zygae­na, seu Libelle alte­ra, une autre Ser­ra ou Pris­tis, l’Os de l’épaule d’une Baleine, un Dau­phin, trois Cai­mans, un Etur­geon

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appel­lé en Latin Aci­pen­ser, un petit Cro­co­dile, un Cra­paud d’une gros­seur extra­or­di­naire, (voyez la planche 34. fig. 205.) une Arma­dille, (voyez la planche 34. fig. 217.) un Pois­son incon­nu, un autre appel­lé Lum­pius Anglo­rum, un autre nom­mé Pis­cis orbis, un Bufo cau­da­tus, deux petites Baleines, un petit Pois­son appel­lé la Croix, un petit Cro­co­dile, une autre Ser­ra, un autre Dau­phin, un autre qui a une forme extra­or­di­naire, et incon­nu, une autre petite Ser­ra, une Lan­terne de papier des Indes, et un petit Vais­seau.

Voi­là à-peu-près ce que contient la Chambre, que l’on espere d’augmenter, et d’en don­ner la suite au public, avec les planches des figures et des ani­maux. Voi­ci l’Indice de ce que contiennent les planches de ce pre­mier Volume.

FIN.

*

SOURCE: Nico­las CHEVALIER. Recherche curieuse d'antiquités… Utrecht, 1712.

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